Ces jours qui disparaissent de Timothé Le Boucher

CES JOURS QUI DISPARAISSENT.jpgRésumé

Que feriez-vous si d’un coup vous vous aperceviez que vous ne vivez plus qu’un jour sur deux ? C’est ce qui arrive à Lubin Maréchal, un jeune homme d’une vingtaine d’années qui, sans qu’il n’en ait le moindre souvenir, se réveille chaque matin alors qu’un jour entier vient de s’écouler. Il découvre alors que pendant ces absences, une autre personnalité prend possession de son corps. Un autre lui-même avec un caractère bien différent du sien, menant une vie qui n’a rien à voir. Pour organiser cette cohabitation corporelle et temporelle, Lubin se met en tête de communiquer avec son « autre », par caméra interposée. Mais petit à petit, l’alter ego prend le dessus et possède le corps de Lubin de plus en plus longtemps, ce dernier s’évaporant progressivement dans le temps… Qui sait combien de jours il lui reste à vivre avant de disparaître totalement ?

Ma lecture

J’avais entendu parler de ce roman graphique lors d’un speed-booking à ma bibliothèque mais je n’avais pas forcément eu envie de le découvrir. Je guettais du même auteur Le patient (qui est toujours sorti lorsque je passe……) et pour me faire patienter, ma bibliothécaire m’a conseillé de lire le précédent donc celui-ci.

Je sais ce qui m’avait gênée dans la présentation de ce roman graphique, c’est le sentiment qu’il s’agissait d’une histoire fantastique, de science-fiction et je ne suis pas une adepte de ce genre d’univers. Mais je dois avouer que je me suis laissée embarquer malgré tout par l’histoire, du moins dans la première moitié.

Lubin, suite à une chute, s’aperçoit qu’une partie de sa vie lui échappe, qu’il existe désormais deux Lubin : Lui, Lubin et l’Autre Lubin. Ils sont identiques physiquement mais très différents moralement. Un dédoublement de personnalité qui peut faire penser à Jeckyll et Hyde ou à une forme de schizophrénie, tant tout les oppose.

Un homme deux personnalités, l’un poète, artiste, l’autre machine à gagner, carriériste, structuré, efficace. Tout les oppose et pourtant, même si au début ils s’accordent, très vite le fonctionnement va jouer en défaveur de Lubin, l’Autre prenant peu à peu toute la place pour ne laisser que peau de chagrin à son hôte.

Timothé Le Boucher a entouré son héros d’un cercle d’amis et de petites amies bienveillants, fidèles, parfois décalés sur lesquels il peut compter et qui lui permettent de suivre les activités de l’Autre pendant ses moments de dédoublement mais aussi de conserver certains repères.

Grâce aux dialogues et petites astuces mises en place par Lubin nous n’avons aucune difficulté à identifier les deux personnalités mais je ne suis pas totalement conquise par le récit. J’ai trouvé parfois le temps long, les événements tournant un peu en rond, les illustrations agréables mais assez « plaquées », froides et la fin m’a un peu déçue et j’ai peut-être eu un peu de mal à en saisir tout le sens.

Je pense qu’il faut être adepte du genre fantastique pour apprécier totalement cet ouvrage et je suis peut être un peu trop terrienne pour l’apprécier. Par contre s’il s’agit de l’interpréter comme une dédoublement de la personnalité, le yin et le yang d’un être je trouve cela réussi car nous savons bien que nous sommes souvent deux, qui se combattent, s’affrontent dans bien des situations.

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Editions Glénat – Septembre 2017 – 192 pages

Ciao

La lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne

LA LETTRE ECARLATEBoston, 1642. Hester, dont le mari est porté disparu, est mise au pilori car elle a commis l’adultère. Condamnée par la colonie puritaine à porter sur la poitrine un A écarlate jusqu’à la fin de ses jours, elle part vivre à la périphérie de la ville, seule avec sa fille, car elle a refusé de livrer le nom de son amant …
Considéré comme le premier grand roman du continent américain, cet ouvrage connut à sa publication, en 1850, un immense succès, mais par sa peinture d’une société intégriste et d’une femme éprise de liberté, il n’a rien perdu aujourd’hui de sa force et de son attrait.

 

Pourquoi j’ai choisi ce livre

Je lis régulièrement des classiques, car ils sont pour moi essentiels, ils sont les fondements de toute littérature. Je n’avais jamais entendu parler de Nathaniel Hawthorne, le titre du roman m’a interpellée. Ensuite j’ai vu de temps en temps ce roman revenir comme référence dans la littérature américaine, donc j’avais apparemment fait un bon choix…..

Ma lecture

1650 – Boston, dans une société puritaine, Hester Prynne, se voit marquer non pas au fer rouge mais à pire finalement. Elle devra porter la lettre A en rouge, bien visible sur ses vêtements, car elle a mis au monde une enfant Perle, alors que son mari a disparu et ne veut révéler le nom du géniteur.

A travers cette histoire, l’auteur dénonce l’hypocrisie et le puritanisme d’une certaine société, soi-disant bien pensante, réglant peut être ses comptes avec sa propre famille, son grand-père ayant été un des juges assesseurs du célèbre procès des Sorcières de Salem (si vous ne connaissez pas je vous mets le lien ICI).

Hester va faire de cette marque d’infamie un objet artistique : elle va la broder de façon remarquable, elle la portera comme on porte un emblème, en faisant une sorte de force.  Sa fille, Perle, jolie, vive deviendra sa seule richesse et au lieu de se cacher ou de vivre dans la honte, elle décide de rester au sein de la communauté qui l’a condamnée.

Depuis des années, elle considérait de ce point de vue spécial les institutions humaines et tout ce que les prêtres et les législateurs avaient établi, exerçant sa critique sans plus de respect que l’Indien n’en ressentait à l’égard du rabat du prêtre, de la robe du juge, du pilori, de la potence ou de l’église. Le sort qu’on lui avait imposé l’avait libérée. La lettre écarlate était un passeport pour les régions où les autres femmes n’osaient pas s’aventurer. Le honte, le désespoir, la solitude, tels avaient été ses instructeurs, rébarbatifs et sévères ; et ils l’avaient faite forte, mais sans discernement. (p160)

Dans une introduction assez longue, le Directeur du Bureau des Douanes (mais on peut penser que Nathaniel Hawthorne s’est glissé dans la peau de ce personnage),  plante le décor, les mentalités, les circonstances de la découverte d’un manuscrit relatant les faits  dont il se fait le porteur ainsi que d’un morceau d’étoffe rouge portant la lettre A…..

Hester est une femme d’une immense force morale, n’évitant aucun regard ni affront. Elle assume totalement ses actes, ne regrette rien et reste silencieuse sur sa liaison. Elle est une héroïne intemporelle, son histoire peut s’appliquer à toute société à œillères, mal pensante et repliée sur elle-même,  associant tout acte au satanisme,  omniprésent. Les personnages masculins sont plus ambigus, faibles et troubles. L’un, le révérend Arthur Dimmesdale, apparaît comme fragile,  tourmenté et faible et le médecin Roger Chillingworth, est lui un être fourbe et manipulateur.

Certain ne porte pas l’infamie visible mais l’endure comme un fardeau invisible. Est-il plus facile de vivre au grand jour en assumant ses fautes (si faute il y a) que de vivre libre mais portant le poids de la culpabilité ?

Tu ne peux pas te rendre compte, Hester, du soulagement que j’éprouve (…) à regarder des yeux qui me voient tel que je suis. Si j’avais un seul ami – serait-ce même un ennemi cruel – vers qui je puisse me tourner chaque jour, lorsque je suis écœuré des louanges qu’on me donne, et qui me reconnaisse comme le plus méprisable des pêcheurs, il me semble que mon âme en serait revivifiée. Ce peu de vérité me sauverait. Mais, hélas ! il n’y a autour de moi que fausseté, vide et mort ! (p153)

Pamphlet sur une société puritaine, intégriste qui juge, condamne, hypocrite n’hésitant pas à  bénéficier du don d’Hester pour la couture et la broderie, faisant appel à elle même au plus haut degré mais  lui rappelant à tout moment, comme la lettre écarlate, son « crime ».

Ce roman connut un grand succès dès sa sortie, l’auteur réglant peut-être lui-même ses comptes avec le passé de sa famille et l’on y trouve les thèmes de la vengeance et des remords qui en font un récit à multiples tiroirs, avec des secrets, des révélations et des rebondissements.

J’ai pris du plaisir à cette lecture qui peut encore malheureusement trouver un écho dans nos sociétés modernes, malgré une écriture un peu datée, belle mais parfois ampoulée, pompeuse. L’auteur en fait une réflexion sur le comportement humain, sur l’amour et la haine.

N’est-il pas curieux qu’on puisse se demander, lorsqu’on se donne la peine de réfléchir, si la haine et l’amour ne sont pas la même chose au fond ? L’un et l’autre sentiment supposent un degré avancé d’intimité et de connaissance du cœur. L’un et l’autre font dépendre n individu d’une autre personne pour sa vie émotive. L’un et l’autre laissent dans la désolation celui qui aime ou hait ardemment lorsqu’il perd l’objet de son amour ou de sa haine. (p213)

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Traduction de Charles Cestre

Editions Pocket – Avril 1996 – 216 pages (1ère parution 1850)

Ciao