Ne m’oublie pas de Alix Garin – Coup de 🧡

NE M'OUBLIE PAS IG

La grand-mère de Clémence souffre de la maladie d’Alzheimer. Face à son désespoir, elle prend la décision de l’enlever de la maison de retraite et de prendre la route en quête de l’hypothétique maison d’enfance de sa mamie. Une fuite, une quête, un égarement, l’occasion de se retrouver ? À moins que ce ne soit plutôt des adieux…

Ma lecture

Ce roman graphique très personnel d’Alix Garin évoque non seulement la maladie d’Alzheimer, maladie qui touche la grand-mère de la narratrice, Clémence, mais également de beaucoup d’autres thèmes plus ou moins liés à la famille. Le sujet, souvent traité, peut se révéler assez « plombant » mais l’autrice en fait un récit tendre sûrement, en partie, parce qu’il aborde une histoire, son histoire, sa Mamycha.

La dernière fugue de Mamycha, la grand-mère de Clémence n’offre comme seule option pour sa fille, la mère de Clémence, que d’accepter que lui soit administrée une camisole chimique qui facilitera le travail de l’Ephad où elle réside mais également une sécurité pour elle et sa famille. Cette décision Clémence, en la refusant , n’a d’autre solution que de la kidnappée et ainsi débute une folle équipée « sauvage » pour les deux femmes, une échappée belle où l’une va se pencher sur sa vie, ses rapports avec sa grand-mère et sa mère mais également sur son enfance, son identité et son métier de comédienne. Pour l’autre, son esprit flottant dans un monde où plus rien ne s’imprime durablement, il s’agit obsessionnellement de retrouver ses parents, la maison de son enfance, une période dans laquelle elle retrouve certaines traces et sensations.

Il émerge de ce récit tant de tendresse, de mélancolie, de douceur mais aussi d’humour, car parfois il vaut mieux rire que pleurer, qu’il est impossible de rester insensible à ce duo intergénérationnel lié par le sang mais plus par la mémoire pour l’une d’entre elles, par ce que la plus jeune sait et que la plus âgée a oublié, par ce que la plus âgée, malgré le désert de son esprit, peut encore, malgré tout apporter à la plus jeune.  C’est une échappée qui s’apparente à un voyage dans le temps, dans le passé mais également dans le futur mettant face à ce que l’être humain peut devenir, devient, à la fois intellectuellement mais aussi physiquement. C’est à la fois doux et violent par la confrontation brutale avec une réalité que l’on est pas toujours prêt à affronter. Avec une sobriété dans les illustrations et les textes, tout se jouant souvent sur les faciès, les mimiques, les attitudes, l’autrice, dont on comprend très vite (dès la dédicace) que ce récit est à peine masqué, y a mis tout l’amour mais aussi tous les questionnements qui s’imposent à vous face à cette maladie qui renvoie non seulement à la personne touchée mais également à soi-même.

Comment ne pas trouver émouvante la manière illustrée dans laquelle Alix Garin a su terminer son ouvrage : les vides qui subsistent, les sons qui résonnent et les images qui vous accompagnent ensuite, d’une grande beauté par leur sobriété chargée de tant de messages, de symboles à qui sait regarder, comprendre le chemin qui mène à l’autre.

Je l’ai vu souvent passé depuis sa sortie et les éloges que j’avais lues n’étaient pas imméritées. Jamais mièvre, jamais pathos (même si parfois l’émotion est présente), le juste équilibre entre la détresse face à la maladie, l’impuissance face à elle mais également ce qu’elle a offert comme moments partagés, inoubliables relatés avec ce qu’il faut de pudeur mais également de mises à nu des sentiments, des corps, de l’intime pour évoquer un mal qui vous efface de la mémoire de ceux que vous aimez.

Coup de 🧡

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Editions Le Lombard – Janvier 2021 – 224 Pages

Ciao 📚

Jours de sable de Aimée De Jongh – Coup de 🧡

Etats-Unis, 1937. John Clark, un photoreporter de 22 ans, est engagé par la Farm Security Administration, un organisme gouvernemental chargé d’aider les fermiers victimes de la Grande Dépression. Sa mission : témoigner, grâce à la puissance d’évocation de la photographie, de la situation dramatique des agriculteurs du Dust Bowl. Située à cheval sur l’Oklahoma, le Kansas et le Texas, cette région est frappée par la sécheresse et par des tempêtes de sable spectaculaires qui plongent les habitants dans la misère, poussant bon nombre d’entre eux à migrer vers la Californie.
Mais au fil du temps, John comprend que, pour accomplir sa tâche, il devra surmonter un obstacle bien plus grand qu’un climat hostile…

Ma lecture

Ce roman graphique est une pure merveille. Dès que je l’ai ouvert je n’ai pu m’en détacher tellement je retrouvais ce que John Steinbeck évoquait dans Les raisins de la colère ayant d’ailleurs souvent en couverture une photographie de Dorothea Lange célèbre pour sa photo, Migrant Mother, qui a elle seule résume tout le livre.

Milieu des années 1930 – A la jonction de l’Oklahoma, cet état en forme de poêle, du Texas et du Kansas s’est produit un étrange phénomène climatique, le Dust Bowl, dû à une absence de pluies et à des techniques agricoles inappropriées se traduisant par des tempêtes de poussière qui obscurcissent le ciel, l’air et s’infiltrent dans toutes les maisons et organismes humains provoquant maladies, pauvreté, famines, migrations et décès.

Au sortir de la crise de 1929, John Clark, jeune photoreporter décroche un travail de photoreportage dans cette région afin de fournir à un organisme gouvernemental des clichés représentatifs de la crise traversée par les populations. Mais les photographies peuvent-elles, à elles seules, être les témoins d’un drame ? Qui se sont ceux qui prennent la pose ? Quelles sont les épreuves réellement traversées par ces hommes, ces femmes et ces enfants ? C’est ce dont John Clark va prendre conscience après avoir, dans un premier temps, suivi une check-list fournie par son employeur des thèmes à représenter mais peu à peu et au contact de ses sujets, il va être confronté aux drames qui l’entourent car il ne s’agit plus de représentations sur papier glacé, certes utiles et nécessaires pour informer, garder une trace, figer les faits, les visages mais d’êtres humains avec leur dignité malgré les déboires résultant d’un phénomène en partie consécutif de l’activité humaine et provoquant abandons des terres mais des dégâts dans les corps jusqu’à la mort parfois.

Voilà le genre de roman graphique qui porte un coup au cœur comme les romans de Steinbeck vous saisissent à la fois par sa brutale réalité mais également par la beauté, dans le cas de l’écrivain, de l’écriture superbement réaliste, témoin de son temps et d’une actualité. Ici ce sont les illustrations qui se suffisent à elles-mêmes, l’ajout des textes permettant uniquement de mieux comprendre l’ampleur d’un phénomène qui entraîna, entre autres les migrations décrites par Steinbeck.

Aimée De Jongh confronte le travail du photographe, arrivant sur le terrain, déterminé à remplir la tâche qui lui incombe dans une période où le moindre travail était source de revenus, à la réalité de son sujet, prenant conscience d’un drame humain dont il observe peu à peu toutes les conséquences qui ne sont pas seulement énoncées en mots sur une liste mais en preuves concrètes, sous ses yeux, comme la poussière qui envahit tout, qui s’infiltre partout jusque dans ses appareils photos laissant la trace indélébile de ceux qui ont tout perdu.

En mêlant photographies de l’époque à son récit et en fin d’ouvrage les explications sur un drame oublié, l’auteure donne un pouvoir visuel à son ouvrage certes mais également une réflexion philosophique sur ce que l’image ne peut traduire. J’ai été saisie par ces visages mais également la prise de conscience de John Clark réalisant que son appareil ne peut tout restituer, ce qu’il a vu, vécu et , ressenti aux côtés de ceux qui tentent de survivre et donnent à ceux-ci une réelle existence.

C’est un magnifique travail à la fois graphique et d’écriture mais également artistique qui se veut également un vibrant hommage à John Steinbeck mais surtout au travail des photographes comme Dorothea Lange qui, grâce à leurs photographies, ont su saisir et transmettre ce que son objectif voyait et ce que son esprit vivait.

Enorme Coup de 🧡

Traduction Jérôme Wicky

Editions Dargaud – Mai 2021 – 288 pages

Ciao 📚

Malgré tout de Jordi Lafebre

C’est l’histoire d’un amour à rebours. Une passion platonique mais éternelle entre deux êtres. D’un côté, il y a Ana. Sexagénaire charismatique, ancienne maire tout juste retraitée, mariée et maman. Une battante au grand coeur qui impose le respect. De l’autre, il y a Zeno. Célibataire endurci, libraire proche de la retraite et doctorant en physique qui aura mis quarante ans pour terminer sa thèse. Un esprit libre et voyageur, aussi séduisant que mystérieux.
Au fil des années, ils ont tissé ensemble un amour impossible et intarissable. Tout en égrainant les excuses qui ont empêché qu’elle ne prenne forme, on remonte le temps de cette romance et de ses méandres… jusqu’à sa source.

Ma lecture 

Ce roman graphique on l’a vu partout et je n’ai lu que de très bons ressentis ce qui m’a poussé à le découvrir dès qu’il a été disponible à la bibliothèque (et il a fallu attendre longtemps) et une fois de plus je vais être en décalage avec le ressenti général. Oui ce fut une lecture agréable mais sans plus mais je ne dois pas être aussi sensible et être assez « hermétique » à ce genre de récit. Je m’attendais à une explosion de sensations et finalement arrivée à la fin j’ai pensé :

-Oui c’est bien mais je m’attendais à plus.

Je m’explique :  ce qui m’a énormément plu c’est finalement l’idée de fond : remonter le temps d’une histoire amoureuse, découvrir comment petit à petit elle a évolué, elle, mais également les deux protagonistes et dans le cas présent il s’agit d’Ana et de Zenio. Rien que leurs prénoms révèlent leurs personnalités : elle, une sage-volontaire, a été élue maire à plusieurs reprises, s’est mariée, a eu une fille et a mené carrière et vie familiale droite dans ses bottes avec malgré tout un secret qu’elle partage avec Zenio, le doux-dingue, libraire-physicien de son état,  toujours parti à l’aventure par monts et par vaux, capable de tout plaquer du jour au lendemain pour vivre, tel un Don Quichotte, des expériences et conquérir un savoir pour mener à bien sa quête…..

On est plus habitué à des histoires qui commencent par un constat final et qui font un bond dans le temps pour relater comment cela à commencer. Ici c’est différent, nous remontons peu à peu le fil des années mais en suivant la chronologie inverse c’est-à-dire en partant de leurs retrouvailles après 37 ans d’éloignement pour remonter peu à peu à la source de leur première rencontre….

L’idée est originale, bien menée et c’est ce que j’ai trouvé de plus intéressant, avec un travail sur les personnalités des deux protagonistes qui ressortent grâce aux illustrations en particulier le sentiment de mouvements, d’action de Zenio, un vrai zébulon-tourbillon. L’auteur sème les pierres qui bâtissent tel un pont les différentes rives d’une histoire nous emmenant grâce à Zenio en mer, en Italie, à l’autre bout du monde alors que pour Ana la vie est rythmée par ses aventures municipales, ses projets beaucoup plus sédentaires. Très différents et pourtant…

C’est frais, c’est agréable, c’est drôle, cela porte également à la réflexion sur le temps qui passe, sur ce que nous étions et ce que nous sommes devenu(e)s, sur la profondeur d’un lien qui peut unir des êtres totalement différrents et la manière de le faire perdurer, résister au temps, aux aléas de la vie mêlant l’amour à la confiance, à l’amitié et au respect des choix de vie de chacun.

Jordi Lafebre réussit à se transformer en chirurgien du temps sur les visages, faisant par magie rajeunir ses personnages, instaurant romantisme et aventures dans 20 chapitres retraçant comment deux êtres qui n’étaient pas prédestinés à se connaître se retrouvent après près de 40 ans.

On me l’avait bien vendu, je ne regrette pas de l’avoir lu mais je reste un peu désappointée car au final je l’ai refermé avec un petit goût de déception mais sûrement dû à mes propres goûts, ma propre sensibilité et je n’ai peut-être pas le cœur assez artichaut pour avoir totalement succombée.

J’ai aimé.

Traduction de Geneviève Maubille

Editions Dargaud – Septembre 2020 – 145 pages

Ciao 📚