Des souris et des hommes de John Steinbeck et Rébecca Dautremer – Coup de cœur

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États-Unis, 1937 : John Steinbeck publie un court roman qui deviendra un chef-d’œuvre de la littérature, mondiale. Des Souris et des Hommes, c’est l’histoire de George et Lennie, deux saisonniers qui voyagent à travers la Californie, rêvant d’une vie meilleure. Une histoire magnifique, qui nous raconte l’amitié, l’espoir mais aussi la cruauté des hommes, et qui a profondément ému des millions de lecteurs.

 

Ma lecture

Là il y a du lourd et je ne parle pas seulement de l’œuvre originale à la base de ce roman graphique, ni du poids de cet ouvrage. Non, je vous parle de l’ensemble : Des souris et des hommes ce court roman de John Steinbeck, un roman fort, puissant, véhiculant de nombreux messages et dénonciations comme c’est souvent le cas avec cet auteur majeur (pour moi) de la littérature américaine, de la palette des styles de dessins utilisés par Rébecca Dautremer afin d’exprimer, en respectant et intégrant scrupuleusement les mots de l’auteur, tout ce que les mots évoquent de l’ambiance, des personnages, des faits et de ce qu’ils suggèrent, faisant de l’ensemble un ouvrage complet qui plaira aux amateurs de littérature sociétale américaine et aux amateur(rice)s d’illustrations.

Rébecca Dautremer s’est lancée dans un travail titanesque en réussissant le pari de restituer en dessins toute la charge émotionnelle provoquée par le roman de Steinbeck, les univers,  avec tout ce que l’auteur laisse transpirer à travers le parcours de George et Lennie, dans cette Amérique des rouliers, de ces êtres cherchant un boulot de lieu en lieu, ici ou là pour survivre ou pour atteindre leurs rêves mais aussi la cruauté du monde vis-à-vis des plus faibles, qu’ils le soient psychologiquement ou par leur âge, leur handicap ou leur couleur de peau en les utilisant comme souffre-douleurs.

Je ne reviendrai pas sur l’histoire elle-même dans le détail (lisez le roman ou allez lire ma chronique) seulement vous dire qu’il s’agit d’un récit sur l’amitié entre deux hommes, l’un, George protège l’autre, Lennie, le simple, le doux dont la force herculéenne est appréciée dans le travail, un colosse au cœur d’or, en manque et en demande d’amour, mais que cette force qu’il ne contrôle pas lui attire des ennuis les poussant à toujours reprendre la route car il n’est pas question pour George de l’abandonner.

J’ai trouvé que Rébecca Dautremer restituait parfaitement l’ambiance du roman, s’attachant aux visages, décortiquant les expressions mais également le climat, la violence sous-jacente des propos mais également tout l’univers de Lennie, son attachement  aux petits animaux et celui sans faille à George, à leur rêve d’avoir un jour leur ferme, leurs lapins, de ne plus dépendre d’autrui, de fuir la violence et les hommes, de vivre loin de la foule déchaînée.

Il y a le souci des détails mais aussi des vues d’ensemble qui se passent de texte restituant le contexte ou ce que le texte peut suggérer, des représentations à la Edward Hopper ou Norman Rockwell, une galerie d’images des années 1930 pour resituer le paysage, les publicités et les confrontations entre les personnages, des tête-à-tête d’une intensité inouïe que l’ajout de dessins ne fait qu’amplifier en décryptant le moindre sillon ou expression des visages.

Mettre son art au service d’un chef-d’œuvre de la littérature américaine de cette manière est un tour de force risqué et, dans le cas présent, un pari hautement réussi, sublimant la puissance et les émotions dégagées par le propos et en faire un ouvrage d’une beauté totale.

Quelques illustrations qui parleront bien mieux que moi de cet ouvrage.

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Lire Steinbeck c’est lire l’Amérique d’hier mais qui ressemble tant à l’Amérique d’aujourd’hui et dessiner Steinbeck avec autant de talent et d’investissement c’est se mettre à la juste hauteur du texte de l’écrivain.

Magnifique. Coup de 🧡

Editions Tishina – Octobre 2020 – 420 pages

Ciao

Journal d’une vie – Antoine de Saint Exupéry – Petit Prince parmi les hommes de Jean-Pierre Guéno

JOURNAL D'UNE VIE ANTOINE DE ST EXUPERYL’oeuvre littéraire d’Antoine de Saint-Exupéry est autobiographique et l’on découvre, au même titre que dans les phases de son existence, le journal de sa vie. Ce journal de vie tient à la fois de l’Iliade et de l’Odyssée, dans une chronologie inversée, puisque chez l’auteur du Petit Prince, le grand voyage, le retour en Ithaque qui est le retour en soi précède la guerre qui lui sera fatale. Ce journal de bord illustré, composé comme un scrapbook, comme un collector de vestiges vivants, comme un album rempli de trésors et de traces inestimables, nous offre une rencontre inoubliable avec l’aviateur-écrivain. Jean-Pierre Guéno y a rassemblé les pensées les plus fortes d’Antoine de Saint-Exupéry, ses objets les plus précieux, ses dessins les plus magiques, ses photographies les plus intimes et ses manuscrits les plus bouleversants. En archéologue du secret, il déchiffre page après page l’énigme Saint-Exupéry et en reconstitue le destin, qu’il nous livre avec émotion. Un dialogue s’instaure entre le passeur d’histoires et l’écrivain, reliés par ce Petit Prince intemporel qui sommeille en chacun d’entre nous.
De la migration de son enfance à sa disparition, en passant par la trajectoire d’un aviateur émerveillé, par le grand voyage d’un Petit Prince parmi les hommes, par les prophéties d’un messager visionnaire et par les luttes d’un écrivain combattant, la trajectoire d’Antoine de Saint-Exupéry nous fait tous grandir et nous donne la certitude que chaque soleil levant rejoue l’instant fatidique du tout premier matin du monde.

Ma lecture

Il se présente comme un journal de bord, comme aurait pu en tenir Antoine de Saint-Exupéry lui-même. Une couverture souple avec des caractères en relief, un personnage qui l’identifie immédiatement, des tons sépias comme si il avait été de tous les voyages de son auteur, de tous ses vols, de toutes ses aventures, collant ici où là un article, une photo ou une lettre pour garder traces de son passage sur terre. Oui aventures car Antoine de Saint-Exupéry était non seulement un écrivain mais également un pilote, un militaire, un dessinateur mais également un penseur avant-gardiste qui mettait en garde notre société sur ses abus, sur le non respect de la nature et de la Terre qui nous accueille.

D’Antoine de Saint-Exupéry je ne savais que ce que tout le monde connaît de cet auteur et n’ai lu (lu et relu) que Le Petit Prince dans la version qu’il a lui-même illustrée, ces petits dessins si légers, si « aériens » pour ne pas encombrer son texte tellement universel et humaniste, mais aussi qu’il était pilote dans l’Aéropostale (ex Latéroère), ce messager porteur des courriers d’un continent à l’autre au prix de sa vie et le combattant. Oui sa vie se résume presque à cela des combats : combat pour voler, combat pour aimer, combat pour la paix et combat pour les Hommes et la Terre.

J’ai beaucoup aimé cette biographie et surtout l’originalité de sa présentation. Le narrateur ou plutôt les intervenants sont multiples : Le Petit Prince car qui est mieux placé que lui pour nous raconter son créateur, mais aussi Jean-Pierre Guéno qui retrace le parcours de l’homme, de son enfance auprès de Marie, sa mère, veuve, qu’il adore, de son frère François, qui lui servit de modèle pour le visage du Petit Prince et ses trois sœurs, à sa disparition en Méditerranée en 1944 durant un vol de reconnaissance, supposément abattu par l’ennemi et dont on ne retrouva des traces qu’en 1998.

L’option choisie est celle des documents : photos, lettres, coupures de presse, témoignages tant ceux-ci résument à eux seuls le parcours de cet écrivain. De ses rapports à sa mère avec des lettres emplies de tendresse, des prières adressées à un Dieu qu’il s’était inventé pleines de ses espérances non seulement pour lui et ses proches mais également pour l’humanité, des extraits marquants de ses ouvrages : Vol de nuit, La citadelle, Terre des Hommes, Jean-Pierre Guéno n’intervenant que pour contextualiser les événements évoqués.

J’ai découvert un homme aux multiples facettes : son âme d’enfant qu’il voulut garder toute sa vie, son mal-être parfois, ses craintes mais également sa témérité, ses prises de position politique en particulier vis-à-vis de De Gaulle qu’il gardait à distance car il redoutait qu’il ne soit un dictateur en puissance. Mais est mis  également en évidence l’ami fidèle, ses relations sentimentales et son mariage avec Consuelo, mariage volcanique s’il en est. Un homme d’actions, usant de stratagèmes parfois pour atteindre ses buts mais également pour dénoncer ou pour alerter, un humaniste prémonitoire de l’avenir de notre monde et de notre société.

L’ouvrage se termine par les artistes inspirés par son œuvre mais également des textes rédigés à l’initiative de Thomas Pesquet, qui relatent ce que pourrait être la huitième planète que le Petit Prince aurait découvert durant son voyage entre la planète B612 et la Terre…… Du pire au meilleur.

C’est un magnifique ouvrage, richement documenté, où le fait d’avoir les traces de l’écrivain lui-même, mais également la voix de cet enfant qu’il avait imaginé comme le reflet de sa conscience et de sa vision de l’avenir, comme un avertissement laissé au monde donne à l’ensemble une touche particulière et s’adresse à la jeunesse comme aux adultes, qui apprécieront à la fois le côté aventurier du personnage, mais aussi le philosophe visionnaire qui préférait l’action aux salons et diplomates.

Je vous propose quelques illustrations du contenu, le choix a été difficile, tellement la mise en page et le choix est de qualité, mais j’ai tenté de sélectionner ce qui est le plus représentatif :

Un ouvrage qui va trouver sa place sur mes étagères et que je n’hésiterai pas à montrer autour de moi pour la qualité de sa réalisation et pour faire découvrir l’homme aux multiples facettes.

J’ai beaucoup aimé.

Merci à la Masse critique Babelio et aux Editions Kiwi pour cette lecture

Editions Kiwi – Octobre 2020 – 220 pages

Ciao