Le grand Meaulnes de Alain Fournier (lu par Christiane Jehanne)

LE GRAND MEAULNES AUDIOA la fin du XIXè siècle, par un froid dimanche de novembre, un garçon de quinze ans, François Seurel, qui habite auprès de ses parents instituteurs une longue maison rouge -l’école du village-, attend la venue d’Augustin que sa mère a décidé de mettre ici en pension pour qu’il suive le cours supérieur: l’arrivée du Grand Meaulnes à Sainte-Agathe va bouleverser l’enfance finissante de François…

Mon écoute

Ce livre a, dans ma mémoire, une histoire….. Plus jeune une amie m’avait dit son enthousiasme à sa lecture et je ne sais pourquoi, ce qu’elle me disait à l’époque -de ce « petit » livre en format poche,, je m’en suis fait une idée d’ennui, de langueur et donc jusqu’à ce jour je ne l’avais jamais lu. Alors certes je ne l’ai pas lu mais je l’ai écouté avec beaucoup d’intérêt et dès les premières pages, la voix de Christiane Jehanne m’a emportée sur les chemins du Cher, en Sologne, sur les terres de François Seurel et d’Augustin Meaulnes, terres natales d’Alain Fournier.

Ce roman, un classique de la littérature française et le seul d’Alain Fournier puisqu’il paraît en 1913 et que l’auteur décèdera en 1914 dans les premiers combats de la première guerre mondiale, retrace l’amitié des deux jeunes gens mais également la quête d’Augustin Meaulnes pour retrouver Yvonne de Galais, aperçue pendant un bal costumé dans un lieu mystérieux, inconnu et impossible à retrouver. Mais Augustin est un homme d’amour et d’honneur. Ayant fait une promesse à un jeune bohémien c’est deux recherches qu’il va mener : celle de retrouver Yvonne mais également tenir la promesse faite au bohémien.

C’est un roman charmant qui possède beaucoup de qualités, à mon avis. Il a le charme de ces romans qui décrivent la vie d’une époque,  ses usages et ambiances, avec en particulier l’école de Monsieur Seurel, père du narrateur où exerce également sa mère, Millie. Sans lourdeur mais très habilement l’auteur glisse ce qu’il faut de détails pour imaginer le décor.

L’auteur glisse habilement plusieurs intrigues, des ellipses narratives qui entretiennent le mystère, les interrogations pour finalement se révéler en fin de roman avec ce qu’il faut de coïncidences, de romance mais également de drames pour en faire une construction littéraire parfaitement réussie.

Il y est donc question d’amour mais aussi une belle histoire d’amitié et d’aventures entre deux jeunes hommes, François et Augustin Meaulnes, ce grand Meaulnes qui impressionne tant le narrateur par son côté aventureux, chevaleresque et à la belle âme.

J’ai passé un délicieux moment à les suivre, à découvrir les différents secrets qui entourent ce domaine mystérieux ainsi que ses habitants, à parcourir les chemins avec eux et à imaginer le bal costumé au Pays perdu. J’ai aimé la délicatesse avec laquelle l’auteur décrit que ce soit les scènes du quotidien mais également l’admiration de François pour ce Meaulnes qui va le sortir de sa vie habituelle mais aussi l’attachement de l’auteur aux villes et paysages de son enfance, que ce soit Nançay ou La Chapelle d’Angillon.

Mais pourquoi je ne l’ai pas lu plus tôt ayant cette fausse idée de ce qui s’y trouvait mais  je suis ravie d’avoir enfin passé outre mes aprioris et j’ai trouvé la voix de Christiane Jehanne totalement adaptée au récit et à son ambiance.

J’ai jeté un coup d’œil sur la biographie de l’auteur et ai découvert qu’il avait été lui-même amoureux d’une Yvonne déjà fiancée à un autre homme, je pense qu’il s’est peut-être (sûrement) inspirée de cet amour impossible pour créer le personnage d’Yvonne de Galais mais aussi des terres de son enfance dans le Berry.

J’ai beaucoup aimé.

Librivox 

Ciao

Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie (lu par Astrid Bayida)

AMERICANAH AUDIO« En descendant de l’avion à Lagos, j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être noire. »
Ifemelu quitte le Nigeria pour aller faire ses études à Philadelphie. Jeune et inexpérimentée, elle laisse derrière elle son grand amour, Obinze, éternel admirateur de l’Amérique qui compte bien la rejoindre.
Mais comment rester soi lorsqu’on change de continent, lorsque soudainement la couleur de votre peau prend un sens et une importance que vous ne lui aviez jamais donnés?
Pendant quinze ans, Ifemelu tentera de trouver sa place aux États-Unis, un pays profondément marqué par le racisme et la discrimination. De défaites en réussites, elle trace son chemin, pour finir par revenir sur ses pas, jusque chez elle, au Nigeria.

Mon écoute

Lagos (Nigeria) Année 1990 – Ifemelu et Obinze se rencontrent au lycée et s’aiment mais, afin de poursuivre leurs études et rêvant de ce que l’ailleurs peut leur offrir ou leur faire miroiter, loin de leur pays d’origine gangrené par la corruption, le sous-développement et les luttes politiques, ils partent, elle aux Etats-Unis, lui en Angleterre. Cet exil va leur faire découvrir le fossé qui existe entre deux mondes mais également le regard, les aprioris et les comportements des blancs vis-à-vis d’eux, personnes de couleur venus d’ailleurs.

C’est le parcours initiatique et d’apprentissage de deux nigérians en pays dit « développés » avec leurs espoirs, leurs désirs d’intégration mais sans jamais se renier, sans jamais oublier qui ils sont et d’où ils viennent.

C’est un roman dense, une fresque sociale, documentée sur les fonctionnements de deux sociétés d’un même monde et pour le faire, l’auteure utilise parfois un ton désinvolte et humoristique pour revenir sur les attitudes des deux bords : celles des africains cherchant à s’intégrer et s’identifier au pays qui les accueille mais également celles des blancs et leurs comportements vis-à-vis d’eux et parfois l’humour est grinçant.

Et c’est justement le côté sociétal qui m’a le plus intéressée, comment vivent, découvrent et s’intègrent (ou non) deux jeunes pleins d’espoir, vivant leurs rêves et comment ceux-ci vont se confronter à une réalité qu’ils n’avaient pas imaginée, n’omettant pas de souligner la violence subie, les injustices mais aussi les espoirs portés, entre autres, par l’élection de Barack Obama. Assez privilégiés depuis leur enfance, ils devront faire face à l’exclusion, à la catégorisation et au désenchantement.

C’est finement analysé, observé, sans concession sur deux sociétés éloignées dans leurs valeurs, leurs façons d’être, de vivre. C’est le choc de deux cultures, de deux mondes et Ifemelu et Obinze décideront en connaissance de cause du choix de rester ou rentrer chez eux . J’ai trouvé le personnage d’Ifemelu très lumineux, fort, féminin et lucide sur sa position et ses espoirs.

Chimamanda Ngozi Adichie utilise comme fil rouge les cheveux et la présence d’Ifemlu dans un salon de coiffure comme point d’ancrage de l’histoire, comme symbole du choix fait par les femmes noires : nattés ou lissés, assumant son ethnie ou se dissimulant. C’est brillamment décrit, fluide, vivant mais percutant et ironique car l’auteure n’hésite pas à y glisser les contradictions et poncifs des populations des deux origines.

Je l’ai écouté avec intérêt et plaisir, sourit parfois mais surtout interpelée souvent sur les positions de chacun des personnages, les interprétations à double sens des mots, attitudes ou expressions auxquelles on ne prête pas toujours attention et qui sont parfois lourdes de sens pour l’autre.

C’est un roman ambitieux, maîtrisé dans sa construction, avec une écriture fluide, vivante et qui met en lumière le chemin parcouru, principalement par son héroïne, de son pays natal à son pays idéalisé, avec pour chacun un regard perspicace et affuté.

J’ai beaucoup aimé et je le recommande.

Traduction de l’anglais par Anne Damour

Editions Gallimard – Janvier 2018 – 528 pages

Ciao