Fille noire, fille blanche de Joyce Carol Oates

FILLE NOIRE FILLE BLANCHE IG

 

Genna et Minette partagent une chambre sur le campus. Et c’est tout ce qu’elles ont en commun. Minette est aussi noire, indomptable et solitaire que Genna est blanche, timide et généreuse. Fascinée, Genna fait son possible pour fendre la cuirasse de Minette et devenir son amie. Observant la menace des violences racistes croissantes, elle est sa seule alliée ; pourra-t-elle la sauver ?

 

Ma lecture

Année universitaire 1974/1975 – Etat de Montgomery (Alabama) – Elles n’ont rien en commun : ni la couleur de peau, ni le caractère ni le même milieu social et elles vont cohabiter dans l’internat du Collège Schuyler, une université prestigieuse et réputée fondée par les ancêtres de Genna  Meade. Genna, blanche, est la fille de Max et Veronica, un couple de la gauche radicale, avec un père, Max, politiquement engagé, avocat, aux activités troubles et pas toujours licites pour parvenir à ses fins, qui lui vaudront le surnom de « Mad Max » et pour qui toute vérité n’est pas bonne à dire. Minette Swift, noire, est la fille d’un pasteur, croyante, boursière et se moque de son apparence. Les contraires s’attirent parfois mais ici Minette tiendra Genna à distance, n’acceptant aucun rapprochement amical.

Elles ont 18 ans et dès la première page la narratrice, Genna révèle que Minette est morte en Avril 1975 :

Minette n’a pas eu une mort naturelle, et elle n’a pas eu une mort facile. Chaque jour ma vie, depuis sa mort, j’ai pensée à Minette et au supplice de ses dernières minutes, car j’étais celle qui aurait pu la sauver et je ne l’ai pas fait. Et personne de l’a jamais su. (p9)

et qu’à travers ce texte sous forme de confession, 15 ans après les faits, elle souhaite trouver des réponses sur le sens de la justice, de la vérité et sur des événements qui auront des répercussions sur toute son existence. Et ce qu’elle a vécu cache une autre histoire, une autre mort et un autre silence.

Genna est réservée, discrète et souffre de la non-relation avec ses parents, un couple post-hippie, plus préoccupé l’un par la défense des opprimés ou de luttes révolutionnaires, que par le devenir de sa fille et une mère ayant plongé dans la drogue, les relations extra-conjugales par le passé et plus attachée à sa personne qu’à sa fille. Genna va être attirée par Minette dès son arrivée dans le lieu qu’elles vont partager, peut-être parce qu’elle ne ressemble en rien à ce qu’elle a connu jusqu’à maintenant ou pour trouver une cause à défendre, à aider.

De par son milieu social, Minette est très croyante, évoque et prie Dieu mais garde de la distance avec les autres comme avec Ginna. Des événements vont survenir au fil des mois autour de Minette mais celle-ci gardera le silence : messages, caricatures etc… mais on ne sait à qui les imputer. La situation va peu à peu se dégrader et Genna aura toutes les peines du monde à créer un lien entre elles, à obtenir la confiance de Minette qui s’enfoncera peu à peu dans la solitude, refusant toute aide. Habituée à vivre dans la méfiance de par son éducation, Genna ne réalisera que trop tard que tout était en place pour qu’un drame survienne.

Joyce Carol Oates presque jusqu’à la fin garde le mystère sur le sens de ce roman bien que le lecteur réalise que l’évocation du climat familial de Genna et l’attitude de Minette ont en commun certaines similitudes. Bien sûr elle y parle du racisme, de l’exclusion (volontaire ou subie), mais elle a également un autre but : parler de la famille, celle bien ancrée dans l’histoire du pays, sûre de ses opinions, combattant l’injustice, l’oppression, vivant dans un univers de conspirationnisme et voulant faire respecter les lois mais ne voyant pas sa cellule familiale se déliter, allant même jusqu’à exclure le frère aîné de Genna parce qu’attiré par le milieu financier, loin des idées fondamentales du clan. 

Je dois avouer que ce roman est assez déroutant et je me suis posée la question de savoir sur quel terrain l’auteure voulait ancrer le récit : si c’était de dénoncer la ségrégation, le racisme dans une université, ce n’était pas flagrant car j’avais le sentiment que les faits n’étaient pas clairement établis, révélateurs du climat à l’intérieur de l’université, d’un réel malaise. Je trouvais Minette assez antipathique, l’auteure l’affublant de lunettes roses en plastique (que de fois elle insiste sur ses lunettes roses), de tenues ridicules, sales et ne faisant aucun effort pour répondre aux tentatives amicales de Genna. Minette s’excluait-elle elle-même ou était-ce le résultat d’agressions de la part des autres étudiantes ?

Mais la narratrice fait une révélation dans l’épilogue mais que l’on peut ressentir au fur et à mesure de la lecture : il y a deux histoires dans son texte : celle d’une adolescente noire au sein d’une université majoritairement blanche mais également celle d’une famille (très) libérale où une adolescente ne trouve pas sa place et se pose des questions après avoir assisté à des événements violents ou n’ayant pas eu de réponses aux comportements de ses parents.

On sait que Joyce Carole Oates n’écrit pas pour ne rien dire, ne rien explorer mais je dois avouer qu’ici le message met du temps à prendre corps et elle ne fournit d’ailleurs pas, comme c’est souvent le cas, toutes les réponses ni ne porte un jugement. Elle expose, elle confronte comme toujours des attitudes, des pensées, des faits et à chacun de nous de se faire sa propre opinion. Elle y introduit d’ailleurs certains faits puisés dans l’histoire comme la Vénus Hottentote 

Ainsi les anglais du XIXè avaient-ils vu dans la « Vénus hottentote » (une jeune Sud-Africaine naïvement confiante qui avait coopéré avec ses exploiteurs, avais-je découvert) un spectacle sexuel grossier, une brute et non un être humain, qu’il était loisible de lorgner, d’exhiber dans une fête foraine et, finalement, de disséquer à des fins « scientifiques ». (…) Et pourtant il était enivrant de savoir, car le savoir donne toujours un pouvoir. (p182)

dont je n’avais jamais eu connaissance et dont Genna va découvrir une représentation destinée à Minette.

Une écriture très descriptive, nourrie de détails qui m’ont semblé parfois superflus, répétitifs, retirant de la portée et du sens, un discours un peu plus confus mais qui, comme souvent dans son œuvre, prend toute sa consistance en fin de lecture mais qui m’a parfois un peu perdue et interrogée.

Joyce Carol Oates ausculte, dissèque, cherche les racines du mal et les trouve souvent dans la famille, le milieu social, la politique, la religion ou dans l’éducation de ses contemporains et en démontre les implications au fil du temps et des générations. Elle écrit pour se faire le témoin d’un pays, d’une société, de la famille, elle traque les signes avant-coureurs des drames, des malaises mais j’ai été ici un peu moins convaincue par sa démonstration même si une fois refermé je ne peux m’empêcher de penser qu’elle a des angles d’attaque incroyables et pertinents.

J’ai aimé.

Lecture dans le cadre de l’Objectif PAL d’Antigone

OBJECTIF PAL

Traduction de Claude Seban

Editions France Loisirs – Août 2010  (E.U. 2006 – France 2009 Editions Philippe Rey – 380 pages

Ciao 📚

Les secrets de ma mère de Jessie Burton

LES SECRETS DE MA MERE IGUne après-midi d’hiver de 1980, en plein coeur de Londres, Elise Morceau rencontre Constance Holden et tombe instantanément sous son charme. Connie est audacieuse et magnétique, une écrivaine à succès dont le dernier roman est adapté au cinéma par l’un des plus gros studios d’Hollywood. Elise suit Connie à Los Angeles, la ville par excellence du rêve et de l’oubli. Mais tandis que Connie s’enivre de l’énergie de cette nouvelle vie où tout le monde s’enveloppe de mensonges et tente d’atteindre les étoiles, Elise commence à perdre pied.
Au cours d’une fastueuse soirée hollywoodienne, elle surprend une conversation qui l’entraînera à prendre une décision radicale qui pourrait bouleverser sa vie. Trois décennies plus tard, en 2017, Rose Simmons cherche des réponses sur le passé de sa mère, Elise, qui a disparu sans laisser de traces alors qu’elle n’était qu’un bébé. Rose a découvert que la dernière personne à avoir vu sa mère est Constance Holden, une écrivaine recluse et oubliée qui s’est retiré de la vie publique alors qu’elle était au sommet de sa gloire. Rose se retrouve irrépressiblement attirée sur la piste de Connie, en quête d’indices sur les secrets de son passé.

Ma lecture

Deux générations de femmes, une mère et sa fille, qui ne se connaissent pas et pourtant deux destins avec des similitudes…. Les liens du sang si présents qui reproduisent les mêmes quêtes, les mêmes questionnements, les mêmes attirances.  Rose, la trentaine n’a jamais connu sa mère Elise et a été élevée par son père après la disparition sans explication de celle-ci alors qu’elle n’avait que quelques mois. Son père lui révèle que sa mère avait partagé pendant quelques temps la vie d’une écrivaine, Constance Holden,  et que celle-ci détient peut-être quelques informations sur les raisons de sa fuite et si elle est toujours en vie.

Jessie Burton est une auteure que j’avais repérée lors de la sortie de Les filles au lion et que je n’ai pas lu (trop trop d’envies de lectures et pas assez de temps) et à nouveau par le thème de son dernier roman, l’envie était revenue et là je l’ai mis dans mes priorités. Littérature anglaise j’avais déjà un a priori favorable mais ne vendons pas la peau de l’ouvrage avant de le lire.

Cela démarrait bien, on rentrait directement dans la rencontre, en 1980 à Londres, entre Elise, 20 ans, vivant de petits boulots de serveuse et de modèle nu pour une école d’art et Constance, femme 38 ans, écrivaine, au caractère libre et affirmé. Dès ce moment la fascination et l’attirance des deux femmes opèrent. Puis Rose entre en scène, on est en 2017,  l’auteure ayant fait le choix d’alterner les deux époques pour nous faire parcourir les itinéraires parallèles. Elle a une trentaine d’années, occupe des petits boulots afin de faire vivre le couple qu’elle forme avec Joe qui reporte toujours à plus tard la mise en route d’un food-truck de spécialités mexicaines. 

Et l’angle choisit, de montrer comment une mère et une fille ne s’étant jamais connues peuvent à la fois être fascinées par une même femme, l’empreinte et le rôle que celle-ci va tenir dans leurs destins en entretenant des zones opaques autour de sa vie et de ses buts, la façon dont chacune va réagir une fois confronter à un même choix avait tout pour m’intéresser. De nombreux thèmes y sont abordés : la femme et sa place dans le couple, l’attirance et l’amour pour une autre femme, la maternité, la place occupée et la liberté de chacun dans le couple, la quête d’identité et de sens mais pas de manière assez aboutie, certains choix n’ayant pas toujours de façon explicite une explication.

Même si j’ai aimé la façon dont Jessie Burton aborde ces différents thèmes je dois avouer que sur leurs traitements, j’ai parfois eu le sentiment de longueurs et presque d’ennui, me faisant la réflexion de l’utilité de vouloir traiter autant de donner autant de détails sur le quotidien, les plats, la décoration etc…. Je sais que c’est souvent un des charmes de la littérature anglaise et je l’apprécie souvent mais il faut que cela reste subtile, utile et non répétitif et pesant.

Ici le personnage qui m’a le plus intriguée c’est Connie (Constance) qui est l’axe central du roman, qui pourtant se révèle finalement le moins même si elle tient un rôle capital dans les vies des deux femmes, influant sur les vies de celles qu’elle aime ou apprécie. J’ai parfois, je l’avoue, eu des difficultés à me resituer par rapport aux deux autres héroïnes, confondant parfois leurs parcours parfois similaires et ayant besoin de me remettre dans le contexte à force de passer de l’une à l’autre. 

Ce qui m’a tenue c’est principalement la qualité de l’écriture, sa fluidité romanesque, son analyse des ressentis intimes et de la complexité à les exprimer, montrant même qu’il est parfois plus facile de se créer une autre identité, de s’y sentir plus à l’aise afin d’y être plus en accord avec soi.

Un roman sur la quête de la mère à différents niveaux mais également sur celle de l’identité à travers des portraits de femmes, sujet très largement traité depuis quelques temps et dont je ne suis pas sûre au fil du temps de garder, pour celui-ci, un souvenir marquant.

J’ai aimé mais j’avais hâte de découvrir enfin le dénouement qui m’a laissée avec un sentiment de déception, n’ayant, pour moi tenu sa promesse, se perdant dans des méandres qui n’ont fait qu’alourdir et parfois me lasser. Il m’a manqué la petite étincelle qui fait qu’il se démarque d’autres romans sur ces thèmes.

Miniaturiste est présent à ma bibliothèque et je pense le lire, un jour, mais sans pour autant me ruer dessus, pour voir si cette auteure sera pour moi une auteure à suivre.

Traduction de Laura Derajinski

Editions Gallimard – Septembre 2020 – 512 pages

Ciao 📚

Les fureurs invisibles du cœur de John Boyne – Coup de 🧡

LES FUREURS INVISIBLES DU COEUR IGCyril Avery n’est pas un vrai Avery et il ne le sera jamais – ou du moins, c’est ce que lui répètent ses parents adoptifs. Mais s’il n’est pas un vrai Avery, qui est-il ?
Né d’une fille-mère bannie de la communauté rurale irlandaise où elle a grandi, devenu fils adoptif d’un couple dublinois aisé et excentrique par l’entremise d’une nonne rédemptoriste bossue, Cyril dérive dans la vie, avec pour seul et précaire ancrage son indéfectible amitié pour le jeune Julian Woodbead, un garçon infiniment plus fascinant et dangereux.
Balloté par le destin et les coïncidences, Cyril passera toute sa vie à chercher qui il est et d’où il vient – et pendant près de trois quarts de siècle, il va se débattre dans la quête de son identité, de sa famille, de son pays et bien plus encore.

Ma lecture

En tout premier il y a eu L’audacieux Monsieur Swift personnage que j’ai adoré détester et qui fut presque un coup de cœur et quand j’aime à ce point un roman je n’ai qu’une envie c’est de voir si c’est un « one shot » ou si l’auteur rentre dans ma liste des auteur(e)s à suivre et je confirme, John Boyne y entre et de belle manière avec ce roman.

Encore une belle démonstration qu’un pavé de 850 pages peut s’avaler sans difficulté quand la plume, le fond, la forme, les personnages s’unissent pour en faire une lecture à la fois fluide et profonde. A travers cette saga familiale, à la fois roman d’apprentissage, d’amitié, d’amour, de société, John Boyne relate la vie d’un homme, Cyril Avery, né à la fin de la seconde guerre mondiale en Irlande, dont la mère de 16 ans, Catherine, n’a d’autre choix que de l’abandonner. Il sera adopté par un couple aisé, Charles (banquier) et Maude (écrivaine) mais qui insisteront sur le fait qu’il n’est pas un vrai Avery, un vrai Avery par le sang. Toute sa vie, Cyril cherchera à se construire une identité et surtout à la faire accepter dans une société puritaine irlandaise, où tout ce qui touche le sexe ou l’orientation sexuelle est vécu comme un maléfice.

Une rencontre décisive va bouleverser le destin de Cyril à l’âge de 7 ans : celle de Julian qui va lui révéler au fil des années sa véritable orientation sexuelle et c’est finalement le fond du roman : évoquer l’homosexualité à travers l’existence d’un homme dont le parcours va l’entraîner à travers différents pays : Irlande, Hollande, Etats-Unis mais également à travers les étapes qui marquèrent toute la société et en particulier la communauté gay à la fin du 20ème siècle avec les ravages du Sida et sa mise au ban de la société.

Les destins se croisent, les fils de vie se tissent, tous les personnages ont une présence incroyable et j’ai eu le sentiment de vivre parmi eux. L’auteur n’y va pas avec le dos de la cuillère : à travers son personnage principal, il dénonce et règle ses comptes avec une société irlandaise ancrée dans son obscurantisme (mais cela pourrait s’appliquer à bien d’autres pays car certaines de ses dénonciations appartiennent également à d’autres territoires) et son puritanisme.

Cyril va porter en lui presque toute sa vie les cicatrices invisibles de ce qu’il ne peut pas avouer être et quand il franchira le pas ce sera au prix d’autres blessures qui ne se refermeront jamais. De 1945 à 2015, une fresque sur 70 années d’une vie qui devient le reflet à la fois d’une époque et d’une mentalité.

Alors certes j’ai été surprise par certaines réflexions de Cyril, alors âgé de 7 ans au début du roman, mais ayant des raisonnements d’adulte, de certaines coïncidences, des croisements de vies, de rencontres etc…. qui sont tellement trop belles pour être vraies mais il s’agit ici d’un roman et qu’importe les ficelles utilisées si l’ensemble est malgré tout cohérent et sert à l’élaboration de l’histoire et du contexte.

Il y a de l’ironie, de l’émotion, de la colère, des moments de tendresse et d’histoire pour parler de l’identité qu’elle soit familiale ou sexuelle, un roman d’apprentissage mais également un très beau roman d’amitié et d’amour avec ce qu’il faut de rebondissements, d’événements pour me faire traverser une foule de sentiments. J’ai aimé que John Boyne fasse de son personnage principal un homme qui doute, qui se questionne, qui se cherche, pas un homme infaillible mais plutôt un être qui se construit seul dans une société où la différence doit se cacher et qui ne peut presque, que compter sur lui pour y évoluer et y trouver à défaut du bonheur une certaine sérénité.

C’est le genre de roman qui vous marque par sa richesse, à aucun moment le récit ne se relâche, ne s’affaiblit. Je vais garder longtemps en moi les images de certaines scènes qui m’ont particulièrement émue, touchée, partagée parfois entre sourire et larmes et je l’ai fermé presque avec des regrets car j’ai passé avec lui de jolies heures de lecture.

Coup de 🧡 et je le recommande à tout le monde…..

Traduction de Sophie Aslanides

Editions Le livre de poche – Janvier 2020 (2017 – JC Lattès 2018) – 853 pages

Livre lu dans le cadre de Objectif PAL d’Antigone

OBJECTIF PAL

Ciao 📚

Tant qu’il reste des îles de Martin Dumont

TANT QU'IL RESTE DES ILES IG

Ici, on ne parle que de ça. Du pont. Bientôt, il reliera l’île au continent. Quand certains veulent bloquer le chantier, Léni, lui, observe sans rien dire. S’impliquer, il ne sait pas bien faire. Sauf auprès de sa fille. Et de Marcel qui lui a tant appris : réparer les bateaux dans l’odeur de résine, tenir la houle, rêver de grands voiliers. Alors que le béton gagne sur la baie, Léni rencontre Chloé.
Elle ouvre d’autres possibles. Mais des îles comme des hommes, l’inaccessibilité fait le charme autant que la faiblesse.

Ma lecture

J’ai un rêve depuis très longtemps : vivre sur une île balayée par les vents et les embruns, une petite maison de pêcheur, une vie communautaire riche parce que limitée, une vie sociale en partie reposant sur la solidarité entre ilien(ne)s mais avec également une solitude loin de la foule déchaînée…. C’est un rêve et dès que j’entends parler d’un roman (et même d’un documentaire ou reportage) parlant d’une île cela me pousse à le découvrir pour, à défaut de pouvoir y vivre, trouver tout ce que j’imagine être la vie sur ce bout de terre et m’y transporter.

Alors je ne vais y aller par quatre ferries chemins : c’est pas que je sois déçue par le récit en lui-même mais parce que j’en espérais autre chose, plus centré sur la vie quotidienne des habitants d’une île, sur un voyage sur quelques kilomètres carré, les paysages etc…. et puis j’avoue être un peu déçue également par le contenu, pourtant vanté ici et là (c’est ce qui m’avait incité à l’acheter) mais comme toujours tout dépend de ce que l’on attend d’une lecture.  Rien à reprocher aux personnages imaginés par Martin Dumont : ils sont bien décrits et ancrés dans l’histoire, peut-être très stéréotypés et sans surprise avec les pro-pont, les anti-pont, avec une touche d’amour que ce soit paternel et sentimental à travers une rencontre, sans oublier les amis, la solidarité et les parties de coinche dans le café où tout le monde se retrouve, s’affronte et partage autour d’un verre les derniers événements. Le décor et les faits sont bien rendus (j’ai d’ailleurs imaginé qu’il s’était inspiré de la construction du pont de l’île de Ré) comme les  arguments propres aux attente de chacun, à sa propre lutte contre ce cordon ombilical qui allait les relier au continent et qui allait transformer leur île en presqu’île. Mais ici de je donne mon ressenti par rapport à mes attentes (je n’ose parler d’exigences) et là je n’ai pas eu ce petit frémissement que j’attends toujours d’une lecture, à un moment ou à un autre que ce soit pour la créativité, l’écriture ou la profondeur du récit.

C’est bien écrit, cela se lit bien, vite et offre quelques heures de lecture de détente mais malheureusement sans réel attachement pour moi, assez conventionnel et prévisible dans son déroulement. Mon rêve est peut-être plus poétique, déjà bien construit dans mon imaginaire et je n’ai pas eu l’impression que l’auteur en ait découvert la destination.

J’ai aimé, j’ai passé un agréable moment mais sans plus.

Editions Les Avrils – Mai 2020 – 240 pages

Ciao 📚