Les amours dispersées de Maylis Besserie

LES AMOURS DISPERSEES IG« Elle est entrée comme une ombre. Elle a glissé et s’est fichée dans mon œil, entre mes paupières que la poussière a refermées. »
Elle, c’est Maud Gonne, la muse de l’écrivain William Butler Yeats. Enterré en France en 1939 dans le cimetière de Roquebrune-Cap-Martin pour être rendu à l’Irlande une décennie plus tard, le voilà qui revient sous les traits d’un fantôme. Il sort de sa tombe pour raconter son amour contrarié avec Maud, histoire qui se confond avec celle de l’indépendance de l’Irlande, dont ils ont été tous deux des acteurs emblématiques.
Si le fantôme s’est brusquement réveillé, c’est parce que des documents diplomatiques longtemps tenus secrets ont refait surface, jetant le doute sur le contenu du cercueil rapporté au pays pour des funérailles nationales. Où est donc passé le corps du poète ? Plane-t-il encore, comme il l’a écrit, « quelque part au-dessus des nuages » ? Que reste-t-il de nos amours et de nos morts, si ce n’est leur poésie ?

Ma lecture

YEATSWilliam Buttler Yeats (1865-1939) je ne le connais que de nom, comme vous le savez je ne suis pas très sensible à la poésie mais c’est le sujet évoqué en quatrième de couverture qui m’a intriguée. Enterré à Roquebrune Cap Martin lors de son décès en 1939, il avait émis le vœu de retrouver ensuite sa terre natale tant aimée, l’Irlande, mais des événements mondiaux ont reporté ce dernier voyage en 1948. Un doute subsiste : à qui appartiennent les ossements dans le cercueil enfoui dans le cimetière de Drumcliff (comté de Sligo) au pied de la montagne Ben Bulben, lieu qu’il avait désigné dans un de ses derniers poèmes :

« Dans le cimetière de Drumcliff, Yeats repose(…)
Au bord de la route une antique croix
Sur son ordre on a gravé ces mots :
« Regarde d’un œil froid
La vie, la mort.
Cavalier, passe ton chemin ! »

sachant que deux ans après sa mort, son corps fut déposé dans la fosse commune avec d’autres ossements sans aucun moyen d’identification, attendant que la guerre se termine et que l’on puisse procéder à son transfert. Se pose donc une question : Qui est réellement enterré à Sligo, lieu de pèlerinage d’une des figures emblématiques du nationalisme irlandais, prix Nobel de littérature en 1923 ?

Comment auraient-ils pu reconstituer avec certitude le bon corps ? Ont-ils pris des ossements au hasard, ceux qui leur tombaient sous la main ? Un crâne par-ci, un tibia par-là ? les bouts de défunts cohabitaient-ils dans la boîte, formait-ils une créature unique faite de dizaine de corps ? Se pouvait-il que le poète en soit totalement absent ? (p41)

Madeleine, la cinquantaine, pour diverses raisons va se lancer dans une enquête post-mortem après avoir entendu un communiqué à la radio et rencontré Daniel Paris, petit-fils de Paul Claudel et donc neveu de Camille, qui s’est trouvé en possession de documents officiels entre la France et l’Irlande concernant le rapatriement de la dépouille du poète et dramaturge. L’affaire est grave, une association est créé, Les Dispersés,  car il n’y a pas que pour Yeats que la question se pose mais également pour les familles de ceux ayant « cohabité » avec le poète et pour l’Irlande elle-même, qui ne peut envisager d’avoir un(e) autre que Yeats enterré(e) dans son sol.

C’est un roman à multiples voix : Madeleine bien sûr mais également celles des autres Dispersés et du principal intéressé, le fantôme de Yeats, revenant lui-même sur celle qui se refusa toujours à lui, Maud Gonne, autre figure emblématique d’Irlande. Tous ceux qui de près ou de loin ont approché la dépouille du poète fournissent à Madeleine tout ce qu’elle doit savoir non seulement sur l’après-mort mais le poète lui-même évoque à la fois son amour impossible, l’Irlande qu’il espère retrouver un jour, son approche des sciences occultes et son propre sentiment sur la question de son devenir après sa mort.

Qui donc s’est permis de disperser les os, de balayer les âmes ? Qui s’est assis sur le mort et ses innocents voisins ? Qui a osé se faire parjure du poète couché ? Il n’est pire malheur que celui du mal-mort, du mal-enseveli, de celui qui, parti, jamais ne revient. Son sommeil tourne à l’insomnie éternelle, affaisse les grands yeux du fantôme sous son drap, nourrit sa soif de vérité. (p102-103)

Enquête en France puis en Irlande pour découvrir Sligo où le souvenir de Yeats est omniprésent que ce soit sur les lieux mais également chez les habitants et demander que la vérité se fasse  pour qui se trouve réellement sous la pierre tombale en terre irlandaise.

J’ai été très intéressée par la manière dont l’auteure a choisi de mener de construire son enquête inspirée de faits réels, n’hésitant pas à donner même parfois moultes détails sur ce que nous ne voulons pas savoir c’est-à-dire ce que deviennent les corps lorsque la vie s’est échappée, sur ce que l’on ne voit jamais dans les cimetières mais également en réssuscitant Yeats avec sa poésie et son phrasé pour évoquer celles qu’il n’a jamais cessé d’aimer : Maud et l’Irlande.

Maylis Besserie, grâce à un fait réel et le personnage de Madeleine, réussit à évoquer la mort, son traitement à travers une figure marquante de la littérature et d’un pays mais également les « morts anonymes et ordinaires » qui hantent cimetières et humains. Elle réussit le juste équilibre entre enquête, biographie, documentation et voyage dans le présent et l’au-delà grâce à une écriture mêlant réel, imaginaire, présent et passé adaptant son style à chacun des intervenants.

En évoquant la beauté de la nature mais également l’attachement de ses habitants à leur histoire et à ceux qui ont œuvré pour son indépendance, elle réussit à unir intimement les deux jusque dans l’au-delà :

Ils entrent dans le petit cimetière celtique. Ben Bulben leur saute aux yeux, elle est si proche, juste derrière le mur qui ceint les morts, qu’elle semble une frontière avec l’au-delà. La montagne est si voisine que les sépultures semblent couchées à ses pieds, lui servir de vieux orteils gris endurcis par les années. La montagne veille ses morts, veille sur ses morts, les protège du vent et des tempêtes, leur chante les histoires qu’elle connaît par cœur, qui ont traversé ses parois, troué sa peau de roc, éboulé ses entrailles. Elle est la grande gardienne devant laquelle Yeats fait se prosterner sa poésie immortelle. (p129)

J’ai découvert à la fois un poète romantique à souhait, flirtant entre réel et paranormal, voyageant entre deux pays : la France et l’lrlande dont chacun possède peut-être une part de l’autre dans son sol mais les morts n’ont pas de frontières et grâce à la littérature ils hantent les mémoires et sont immortels.

J’ai aimé. 

Lecture dans le cadre de la Masse Critique organisée par Babelio que je remercie ainsi que les Editions Gallimard

Editions Gallimard – Janvier 2022 – 192 pages

Ciao 📚

Le déjeuner de la nostalgie de Anne Tyler

LE DEJEUNER DE LA NOSTALIE IG Dans l’Amérique des années 1960, une famille sans histoires vit au rythme des déménagements successifs que leur impose le père, représentant de commerce. Baladés d’une ville à l’autre, les enfants se partagent entre leur mère, Pearl, une femme autoritaire et leur père, Beck, souvent absent. Le rythme est précaire mais il existe. Jusqu’au jour où le mari décide de les quitter… pour ne jamais revenir. Ne rien dire aux enfants. Leur faire croire qu’il est parti en voyage. Continuer à vivre dans l’illusion d’une vie normale. S’occuper seule des gamins, travailler dans un supermarché, et tenter de maintenir le bonheur d' »avant » vivace. Anne Tyler nous offre dans « Le déjeuner de la nostalgie » le portrait à fleur de peau d’un drame familial calfeutré, en y décortiquant leur incapacité à vivre ensemble. Jalousies, trahisons méfiance, bonheurs souvent succincts perdus le flot du désamour, symptômes d’un manque qui malgré le dévouement maternel absolu, laissera toujours entendre sa voix nostalgique.

Ma lecture

Baltimore – Pearl Tull est sur le point de mourir. Ainsi débute le roman de Anne Tyler. Auprès d’elle, dans ces derniers instants, il y a Ezra, son fils, le deuxième, car avant lui il y a eu Cody, l’aîné, et puis Jenny, la cadette. Le père et mari, Beck, représentant de commerce toujours sur les routes a pris un soir celle de la fuite : « Ce soir je pars » sans autre explication, prenant sa valise et avertissant Pearl qu’il enverrait de l’argent mais ne reviendrait jamais voir les enfants âgés entre 14 et 9 ans. Pearl ne désarme pas, elle trouvera des petits boulots et assumera cette nouvelle famille sans père, faisant en sorte de s’en sortir seule mais c’est une femme se révélant parfois violente que ce soit physiquement ou verbalement. Elle donne l’image d’une femme forte, courageuse mais ses enfants connaissent un autre visage.

C’est un roman sur l’histoire d’une famille que l’auteure s’attache à décrire, au fil des années, du départ de Beck à la mort de Pearl et à son enterrement avec un repas de funérailles aux multiples rebondissements, sur l’évolution de chacun de ses enfants jusqu’à l’âge adulte. La mère tient certes une place prépondérante de par sa personnalité, fière, égoïste parfois, que l’on pourrait qualifier par moments de bipolaire, assez autocentrée sur elle-même même si ses enfants sont une de ses priorités mais surtout pour l’image que donne « sa » famille à l’extérieur et donc d’elle.

Trois enfants, trois personnalités très différentes : Cody, à l’image de son père, qui veut être et avoir le meilleur en tout quitte à convoiter ce qui lui échappe, Ezra, le doux, le tendre, l’effacé Ezra, qui ne contrariera jamais ses proches, tentera toujours de préserver l’unité de la famille quitte à se sacrifier et Jennie, celle promise à un avenir brillant et qui mettra du temps à trouver son équilibre affectif.

Anne Tyler s’attache au fil des années à relater les relations familiales, dans ce qu’elles peuvent avoir de difficiles surtout quand la famille a brutalement éclaté, quand les faits sont constatés mais non dits, le départ du père en autre, quand la mère décide d’avoir la maîtrise totale de sa famille et de son environnement, ne laissant rien au hasard ni à la distraction, poussant peu à peu ses enfants à prendre de la distance, à se démarquer ou à souffrir eux-mêmes de certains troubles.

C’est un roman qui vous tient par la douceur de l’écriture dans l’énonciation des faits, malgré les accès de violence, malgré un affrontement familial qui s’annonce, parce qu’il relate des relations ou sentiments familiaux dans lesquels tout à chacun peut se retrouver, avoir vécu ou se sentir proche. Ce n’est pas un roman où l’action prédomine même si le climat psychologique dans lequel vit cette famille entretient une certaine tension, mais un roman sur le parcours d’une famille ballotée par la vie, les conflits intra-familiaux, les distances prises entre les enfants entre eux ou avec la mère, quatre identités et quatre personnalités.

J’ai aimé mais sans arriver à trop comprendre pourquoi, peut-être justement cette nostalgie, ce regard sur le passé familial qui nous plonge parfois notre propre vécu, acceptant ce voyage à travers le temps et laissant les caractères de chacun prendre forme peu à peu, acceptant cette immersion familiale grâce à la plume de Anne Tyler qui énonce mais jamais dénonce, elle relate des tranches de vie, il n’y a pas de regrets car à aucun moment l’un ou l’autre des personnages n’en a, l’auteure refusant de porter un jugement. C’est le constat d’une famille comme il en existe tant, avec des hauts et des bas, des relations parfois tendues, très peu de marques d’affection pure et pourtant il y a un fil entre eux, un attachement pudique, un lien résultant de ce qu’ils ont vécu sans doute, chacun réagissant différemment, héritage d’un passé et de la volonté de mener chacun à leur manière leurs propres destinées.

Traduction de Michel Courtois-Fourcy

Editions Stock – Avril 2009 – 388 pages

Ciao 📚

Au café de la ville perdue de Anaïs LLobet

AU CAFE DE LA VILLE PERDUE IGAriana a grandi à l’ombre du 14, rue Ilios. Sa famille a perdu cette maison pendant l’invasion de Chypre en 1974, lorsque l’armée turque a entouré de barbelés la ville de Varosha. Tandis qu’elle débarrasse les tables du café de son père, elle remarque une jeune femme en train d’écrire. L’étrangère enquête sur cette ville fantôme, mais bute contre les mots : la ville, impénétrable, ne se laisse pas approcher. Au même moment, Ariana apprend que son père a décidé de vendre la maison familiale. Sa stupeur est grande, d’autant plus que c’est dans cette demeure qu’ont vécu Ioannis et Aridné, ses grands-parents. Se défaire de cet héritage, n’est-ce pas un peu renier leur histoire?? Car Ioannis était chypriote grec, Aridné chypriote turque, et pendant que leur amour grandissait, l’île, déjà, se déchirait. Ariana propose dès lors un marché à la jeune écrivaine : si elle consigne la mémoire du 14, rue Ilios avant que les bulldozers ne le rasent, elle l’aidera à s’approcher au plus près des secrets du lieu. Page après page, Varosha se laisse enfin déchiffrer et, avec elle, la tragédie d’une île oubliée.

Ma lecture

L’eau des vagues cingle son visage, avale ses cris. Il lutte, puis finit par se taire. Une infirmière s’approche pour l’éloigner du bord, le mettre à l’abri. Il voudrait lui dire que ça ne sert à rien. Son port d’attache n’existe plus, Varosha n’est plus qu’un mot brodé de barbelés. (p174)

Ce troisième roman est pour moi la confirmation du talent d’Anaïs Llobet. Après Des Hommes couleur de ciel que j’avais beaucoup aimé, elle nous convie sur l’île de Chypre où elle vit et qu’elle a choisi comme toile de fond  pour évoquer son thème de prédilection : l’exil mais également la perte, l’arrachement à ses racines, réussissant, une fois de plus, à nous entraîner dans un récit qui mêle habilement histoire, famille, politique et amour.

CHYPRE 1Ce j’ai particulièrement aimé c’est l’originalité de la construction utilisée par l’auteure mêlant sa propre histoire, celle d’une écrivaine en recherche des éléments nécessaires à la rédaction de son prochain roman (personnages, lieux, complexité géo-politique d’une terre divisée entre plusieurs pays et cultures : grecque, turque et chypriote) et cela sur plusieurs générations. Installée au café Tis Khamenis Polis (le café de la ville perdue) tenu par Andreas et sa fille Ariana, elle comprend que c’est dans ce lieu qu’elle va trouver l’inspiration et la trame de son récit, parmi ces gens qui ont vécu cette tranche d’histoire ou qui en sont les descendants, devenant ainsi les acteur(trice)s d’une occupation territoriale par la force et les porteur(se)s des sentiments de chaque camp.

Au fil des échanges avec Ariana elle va trouver sa source d’inspiration àCHYPRE 2 travers un lieu qui n’est plus qu’une ruine, une maison située au 14, rue Ilios à Varoscha, ville fantôme depuis l’invasion turque en 1974. Elle va y planter la lignée de ses occupants (comme le montre l’arbre généalogique sous forme d’un figuier figurant au début du livre et qui est bien utile je dois l’avouer) pour évoquer le drame d’un pays divisé, déchiré entre plusieurs communautés, celle d’Ariana, intimement mêlée à l’histoire de son pays et d’une ville aujourd’hui disparue.

Une nouvelle fois Anaïs Llobet explore le domaine de l’exil mais cette fois-ci quand celui-ci n’est pas au-delà des mers mais sur sa propre terre, quand l’arrachement à ce que vous avez de plus cher est à quelques kilomètres, derrière des barbelés infranchissables, sous la surveillance de l’armée d’occupation sans possibilité d’y retourner, un lieu où tout a été abandonné dans la précipitation, figé dans le temps et disparaissant peu à peu.

Une exploration pour laquelle elle a choisi de prendre le chemin le plus complexe et qu’elle réussit parfaitement à maîtrisé donnant à son récit un intérêt à multiples niveaux. L’histoire d’un conflit, des ressentiments des différentes communautés, de leurs confrontations anciennes et actuelles mais également comment s’élabore son roman permettant ainsi de voir les différentes étapes de sa construction, les pistes envisagées, les notes prises pour la cohérence de son récit, mais également les impasses où l’auteure se trouve parfois par manque d’éléments ou de pistes pour aborder des faits dont les blessures et cicatrices sont encore apparentes. Alors elle observe, questionne, écoute et comprend que c’est dans le café Tis Khamenis mais également grâce aux liens qu’elle noue avec ses occupants qu’elle parviendra à imaginer et comprendre ce qui anime encore certains.

C’est une histoire ou l’amour tient le rôle principal car nous sommes dans le bassin méditerranéen et la tragédie n’est jamais loin : tragédie humaine mais également amoureuse, celle d’un pays perdu, de rivalités et de pouvoirs pour arriver sous le couvert de double jeux à assouvir sa jalousie, où les silences et les absences hantent encore les lieux et ceux qui y sont restés. Comprendre son attachement à une terre, trouver sa place, être romancière et transmettre les dédales d’un conflit complexe, faire le lien entre réalité et fiction afin de dresser un portrait cohérent de l’attachement à une terre, d’une île convoitée par son emplacement stratégique.

L’originalité de la forme, de la construction peut dérouter dans un premier temps mais elle m’a séduite au fil des pages car cela a rejoint ma curiosité à savoir comment un roman se construisait. Je me suis attachée aux différents personnages, surtout féminins représentantes qui sont ici les figures emblématiques de la force, même quand elles sont bafouées,  leur ténacité à perpétuer les traditions de leurs racines, qu’elles soient turques, grecques ou chypriotes, endossant parfois le lourd fardeau de l’étrangère mais également à découvrir 

Je ne connaissais que peu de choses sur l’histoire de cette île et ai trouvé, à travers une forme romanesque, une histoire où la douleur de l’arrachement à une terre se transmet de génération en génération, même si d’autres quartiers ont été construits, ils ne remplaceront jamais, dans le cœur de ceux qui les ont habités, le lieu originel qui leur a été arraché. A travers la quête d’un lieu c’est la quête de soi-même à travers ses racines et quand un arbre est arraché c’est également ses racines que l’on arrache rendant la disparition définitive. 

Certes, grâce à Giorgos, Ariana et peut-être aussi Andreas, j’étais parvenue à m’approcher au plus près de Varosha. Mais la contrepartie m’apparaissait de plus en plus insurmontable : cette obligation d’ériger mon roman en linceul pour le 14, rue Illios, d’être fidèle à ses murs et son jardin même si mes personnages s’y sentaient à l’étroit. (p177)

J’ai beaucoup aimé pour l’originalité de sa construction, pour la manière dont l’auteure évoque à travers l’histoire d’un pays une histoire familiale brisée, son attention aux silences, aux blessures inavouées et à l’attachement à une terre perdue.

Editions de l’Observatoire – Janvier 2022 -325 pages

Ciao 📚

Les impatientes de Djaili Amadou Amal – Lu par Léonie Simaga

LES IMPATIENTESTrois femmes, trois histoires, trois destins liés.
Ce roman polyphonique retrace le destin de la jeune Ramla, arrachée à son amour pour être mariée à l’époux de Safira, tandis que Hindou, sa sœur, est contrainte d’épouser son cousin.
Patience ! C’est le seul et unique conseil qui leur est donné par leur entourage, puisqu’il est impensable d’aller contre la volonté d’Allah. Comme le dit le proverbe peul : « Au bout de la patience, il y a le ciel. » Mais le ciel peut devenir un enfer. Comment ces trois femmes impatientes parviendront-elles à se libérer ?
Mariage forcé, viol conjugal, consensus et polygamie : ce roman de Djaïli Amadou Amal brise les tabous en dénonçant la condition féminine au Sahel et nous livre un roman bouleversant sur la question universelle des violences faites aux femmes.

Mon écoute

Trois femmes, trois destins féminins, trois mariages non choisis, imposés. Il y a Ramla qui rêvait de faire des études et aimait un garçon ayant la même vision de la vie qu’elle et que l’on marie de force le même jour que sa cousine Hindou. Cette dernière est mariée à un cousin débauché, alcoolique et accro aux anti-douleurs qui lui fait vivre un calvaire, deviendra son bourreau. La troisième, Safira, la première épouse du mari de Ramla qui veut par tous les moyens se débarrasser de Ramla, celle qui par sa jeunesse lui ravit son époux.

Grâce à cette construction et ces trois voix, l’auteure témoigne de la souffrance de certaines femmes camerounaises quand la tradition peule impose à celles-ci le choix de leur époux sans qu’elles aient droit à la parole. Il peut s’agir d’un homme plus âgé, d’un débauché, d’un cousin ou d’un homme ayant déjà plusieurs épouses et qu’importe leurs désirs, leurs souffrances, elles devront faire preuve de Munyal, de patience. Tout s’arrangera avec le temps, avec de la patience….

Ce roman est un témoignage bouleversant inspiré par la vie de son auteure qui fut elle-même contrainte au mariage forcé et qui évoque à travers ses deux premières héroïnes, Ramla et Hindou, la manière dont elles sont poussées vers une vie qu’elles n’ont pas choisie, la manière dont leurs maris les traitent, ce qu’elles doivent endurer de leur part mais également le peu d’aide qu’elles peuvent espérer de leurs familles qui se détournent de leurs sorts une fois que celles-ci sont mariées.

Avec Safira c’est un autre point de vue, celle de la première épouse à qui l’on impose la présence d’une seconde femme, plus jeune et ce qu’elle est prête à mettre en œuvre pour garder son pouvoir et l’attention de son mari.

J’ai attendu pour lire ce roman et j’ai finalement opté pour la version audio et la voix de Léonie Simaga a résonné dans ma maison, donnant vie à ces femmes, résonnant dans la brutalité de leurs existences, me suivant dans mes tâches et m’indignant que des femmes (et jeunes filles) à notre époque soient encore sous le joug des hommes qu’une longue tradition perpétue en usant d’arguments parfois religieux transformés pour répondre à leurs désirs.

J’ai beaucoup aimé même si les viols, les tortures, les interdictions de toutes sortes et les règles à respecter m’ont révoltés, si le silence entourant ces mariages et le désespoir de ces femmes est assourdissant, ayant parfois le sentiment de me retrouver au Moyen-âge. Il est nécessaire que de telles voix s’élèvent pour évoquer une réalité car la littérature est également un moyen de les entendre et Munyal, un jour peut-être, toutes ces femmes et ces jeunes filles pourront choisir leurs destins. Munyal…..

Prix Goncourt des lycéens 2020

Editions Lizzi – 4h23 – Avril 2021

Ciao 📚

Une étude en rouge de Arthur Conan Doyle

ELEMENTAIRE MON CHER WATSON MOKA

UNE ETUDE EN ROUGE

Au n° 3 de Lauriston Gardens près de Londres, dans une maison vide, un homme est trouvé mort. Assassiné ? Aucune blessure apparente ne permet de le dire, en dépit des taches de sang qui maculent la pièce. Sur le mur, griffonnée à la hâte, une inscription : « Rache ! Vengeance ! »
Vingt ans plus tôt, en 1860, dans les gorges de la Nevada, Jean Ferrier est exécuté par des mormons sanguinaires chargés de faire respecter la loi du prophète. Sa fille, Lucie, est séquestrée dans le harem du fils de l’Ancien. Quel lien entre ces deux événements aussi insolites que tragiques ?

Ma lecture

Londres – 1880 – Le corps d’un homme est retrouvé dans une maison abandonnée, un mot Ranke écrit en lettres de sang sur le mur, aucune trace de ce qui a provoqué la mort de cet homme. Il fallait bien un détective de haut rang pour résoudre ce type d’énigme alors on fait appel à Sherlock Holmes pour la résoudre avec pour la première fois le Dr James Watson à ses côtés avec lequel il partage désormais une location (pour des raisons financières) et qui va le suivre pour comprendre la manière dont il procède dans ses déductions afin de connaître le coupable tout en rédigeant un journal sur leurs activités.

Je ne vais pas vous raconter la manière dont le célèbre détective va trouver la clé du mystère car c’est un court roman et cela vous ôterait tout le plaisir de lecture mais sachez que le narrateur, le Docteur Watson, commence par narrer son itinéraire personnel mais également dans quelles circonstances il fit la connaissance de cet étrange homme qui, dès les premiers instants, l’a intrigué par sa manière de connaître beaucoup d’éléments de la vie de ses interlocuteurs par une simple observation de leurs physionomies, attitudes etc….

J’avais en ma possession Une étude en rouge qui est la première enquête menée par le célèbre duo ce qui m’a permis de connaître comment ils se sont rencontrés, associés mais également les formations de chacun sans oublier la présence des deux policiers : Lestrade et Gregson qui seront les dignes représentants, aux yeux de Sherlock Holmes, des méthodes d’enquêtes traditionnelles et pas toujours appropriées à son goût :

J’ai bien peur, Rance, que vous n’ayez jamais d’avancement dans la police. Votre tête, vous devriez vous en servir, ça n’est pas exclusivement une garniture. (p41)

Il y a bien longtemps que j’avais ouvert un roman de Arthur Conan Doyle mais lorsqu’un film, série est diffusé sur ce personnage je ne me refuse pas ce plaisir non seulement pour retrouver l’ambiance « so british » qui parfume le récit mais également par la complexité psychologique du personnage de Sherlock Holmes et la manière dont il résout les enquêtes dont le mérite revient à son créateur, Arthur Conan Doyle qui l’a pourvu d’une intelligence exceptionnelle dans bien des domaines et qui ne s’encombre pas de connaissances inutiles (comme il l’avoue lui-même).

Car finalement, au-delà du mystère, c’est la personnalité de Sherlock Holmes qui m’a le plus intéressée : comment il arrive à cerner ceux qu’ils rencontrent souvent au premier coup d’œil mais également les indices sur les lieux du crime, le pourquoi du comment des circonstances.

Je ne vais pas vous faire languir plus longtemps et vous avouer (oui je suis coupable) que j’ai pris plaisir à lire ce court roman avec ma foi une surprise en pleine lecture, car après avoir exposé la rencontre et les circonstances du meurtre, le récit bascule dans une autre histoire se déroulant aux Etats-Unis en 1847 et qui relate comment Jean Ferrier devint le père adoptif d’une enfant, Lucie, qu’il éleva par la suite après s’être installé dans une ferme sur les terres des mormons.

Deux histoires pour le prix d’une mais évidemment les deux sont liées vous l’avez compris mais c’est l’occasion pour Arthur CONAN DOYLEConan Doyle (1859-1930) de faire connaître au lecteur cette congrégation (il faut signaler que ce roman fut publié en 1888) avec ses lois et ses règles pour finalement déboucher sur l’histoire d’une vengeance franchissant les océans et les années (sans omettre d’y ajouter une histoire d’amour bien entendu). L’auteur ayant une formation de médecin (ce que j’ignorai) je comprends mieux la manière dont il a construit ses personnages principaux utilisant la science, la connaissance des poisons mais également la médecine mais sur ce dernier point l’association avec le Dr Watson va être une aide précieuse (mais si Sherlock n’accepte que rarement de l’aide et les connaissances d’autrui).

Le plaisir est à différents niveaux : relation entre les deux hommes aux caractères très différents mais qui s’accordent bien même si j’ai trouvé Sherlock hautain (voire sarcastique), secret, n’hésitant pas à rabaisser ceux qui l’entourent et ne possédant pas sa science. Il fallait un caractère comme celui de Watson plus affable, calme et tolérant pour ne pas en prendre ombrage et l’on sent de sa part un sentiment oscillant entre admiration et interrogations vis-à-vis de son co-locataire mais qui va lui apporter le piment qui manquait à sa vie d’ancien médecin militaire désargenté à la vie bien monotone.

J’ai lu que Arthur Conan Doyle avait publié beaucoup de nouvelles ce qui explique la brièveté du roman. L’écriture est efficace, rapide avec un peu plus de détails quand l’action se déroule chez les mormons et la résolution de l’affaire avec les explications tient en quelques pages. Court, efficace, avec quelques grains d’humour, quelques détails scientifiques.

Aimant la littérature anglaise et ses ambiances, je n’ai pas boudé mon plaisir, je l’ai lu dans le train lors d’un voyage et les kilomètres ont défilé sans que je m’en aperçoive car Sherlock, malgré ses manières parfois peu courtoises, a su maintenir le suspens (et puis comme tout cabot il sait retenir l’attention de son entourage) même si l’énigme en elle-même, est assez évidente dès que nous avons connaissance de certains éléments.

Lecture idéale pour un moment de détente entre d’autres lectures et qui m’a rappelé le plaisir que j’éprouvais il y a longtemps à la lecture des romans d’Agatha Christie, le dépaysement que j’y éprouvais, la manière dont les personnages se mettaient en place et dont l’auteure glissait des indices que je ne voyais pas toujours mais dont je ressortais éblouie par la créativité de sa créatrice et la capacité qu’ils’elle  avait à mêler enquêtes, psychologie et parfois, comme ici, faits historiques et sociétaux.

J’ai aimé mais c’était le premier d’une longue série sur cet enquêteur, une ébauche qui prendra plus de consistance, de densité et de complexité je pense au fur et à mesure des publications. J’avoue que cela m’a donné envie de m’y replonger de temps en temps, de m’installer confortablement dans le salon du 221, Baker Street à Londres et d’écouter les deux comparses résoudre les meurtres utilisant les qualités d’un personnage qui lui-même est une énigme mais aussi la confrontation entre les deux protagonistes si différents.

Je ne lis que très peu de romans policiers actuels où la violence prend souvent le pas sur la psychologie, l’analyse des personnages et je préfère de très loin ce genre de littérature, Vive les classiques ! Bon je ne m’éternise pas plus car j’ai une autre grande dame de la littérature anglaise qui m’attend …..

Traduction de Lucien Maricourt

Editions Librio – Mai 1995 – 126 pages

Lecture dans le cadre du challenge Les classiques c’est fantastique saison 2 organisé par Moka Milla et Fanny

LES CLASSIQUES C'EST FANTASTIQUE 2

Ciao 📚