Nouveau départ – Tome IV – La saga des Cazalet de Elizabeth Jane Howard

NOUVEAU DEPART 2

Juillet 1945. Deux mois après la fin de la guerre, la famille Cazalet décide de quitter Home Place pour retourner vivre à Londres. Pourtant, si la paix est enfin signée, rien ne sera jamais plus comme avant… Nouveau Départ est le tome du difficile renouveau. L’heure est venue pour chacun de surmonter les épreuves passées et de se défaire des inhibitions pour découvrir la vertu de l’aveu.

Je résume

J’ai supprimé une partie du résumé figurant sur le rabat du livre car je trouve qu’il en dit beaucoup trop sur ce que l’on va trouver à l’intérieur et si vous étiez à attendre, comme moi, le quatrième opus de la Saga des Cazalet c’est pour connaître le destin de tous les personnages mais sans le savoir à l’avance, avant de vous y être replongé et pour déguster les 600 pages tranquillement, voir si vos pressentiments étaient fondés sur le devenir des couples, des enfants et de quelle manière la guerre va avoir influé sur leurs vies….. Alors je ne vous en dis pas plus…..

Ma lecture

Oh oui je l’attendais cette quatrième partie car comme je le pressentais, les personnages prennent, au fil des années de l’envergure, de la matière et encore plus dans celui-ci qui résonne comme le Nouveau départ de la famille Cazalet, qui doit, au sortir de la seconde guerre mondiale, faire le constat que plus rien ne sera comme avant, qu’elle doit revoir à la fois les conditions de vie auxquelles elle était habituée mais également les bouleversements au sein des couples et des traces laissées par le conflit mondial chez certains d’entre eux. Il y avait les traditions, les façons d’être et de vivre mais la guerre a redistribué les cartes et le présent se reconstruit, pierre après pierre, pour envisager l’avenir.

Je dois avouer que je n’ai eu aucun mal à m’y replonger, retrouvant à la fois les membres du « clan » mais également dans quelles situations je les avais laissés dans la Confusion du tome III et surtout à suivre la nouvelle génération, devenue adulte, avec les figures émergentes que sont Clary, Polly, Louise qui, de par le contexte, se lancent dans la vie active, parfois tête baissée, essuyant parfois des déconvenues qui, pour certaines, seront douloureuses, mais toujours unies et pouvant compter les unes sur les autres. A travers leurs voix mais également celles des « Autres », ceux qui gravitent autour ou au sein de cette famille et en particulier avec celle d’Archie, l’ami indéfectible que nous aimerions tous et toutes avoir près de soi, nous suivons les difficultés de chaque couple à se retrouver, ou pas et pour les plus jeunes à se construire une identité, une place même si les amitiés et les liens familiaux sont à la fois la force et parfois la faiblesse des Cazalet. La guerre n’a pas eu que du négatif, surtout pour les femmes, elle leur a permis de s’émanciper, de s’ouvrir sur de nouveaux possibles, même si elles ont malgré tout la chance de bénéficier d’un environnement à la fois solidaire et bienveillant.

C’est le genre de lecture qui vous enveloppe et vous immerge dans une époque et pour celle-ci à la charnière de deux mondes : celui d’avant, celui d’un passé teinté de sécurité et d’insouciance et celui d’après, plein de promesses mais à reconstruire sur des ruines, où les blessures de la guerre sont difficiles à soigner ou oublier. Grâce à l’écriture et à la maîtrise du récit, sa construction, vous devenez témoin silencieux d’une famille se débattant pour garder une unité sans pour autant que chacun renonce à ses rêves, ses ambitions, où certains vont devoir prendre conscience qu’entre apparences et réalités ils devront faire des choix et où les caractères esquissés dès l’enfance prennent forme et s’affirment.

C’est une saga familiale teintée d’histoire, avec ce qu’il faut de détails sur le contexte, l’environnement, les décors qu’ils soient dans les lieux de vie mais également dans les difficultés rencontrées pour satisfaire les besoins quotidiens dans un pays en ruines, pour faire venir en vous les images mais aussi, à travers les pensées et attitudes de chacun(e) la psychologie des protagonistes. Il y a une belle maîtrise du récit, dans la manière de révéler les événements, les distillant au moment où ils se déroulent mais également en revenant dessus quelques mois plus tard, nous donnant l’impression parfois d’avoir « raté » quelque chose, mais finalement s’apercevoir que rien n’est laissé de côté, tout s’imbrique pour construire une œuvre complète, abordant tous les aspects qu’ils soient historiques, familiaux, sociétaux mais également plus intimes en particulier sur l’évolution de la place des femmes, de leurs rôles et de leurs désirs.

J’ai beaucoup aimé et attends avec impatience le dernier opus « La fin d’une ère », dont la date de parution (2022) n’est pas fixée de façon plus précise, pour les retrouver et finir cette saga dans la plus pure tradition de la littérature anglaise que j’aime tant.

Traduction de Cécile Arnaud

Editions Quai Voltaire / La Table Ronde – Octobre 2021 – 600 pages

Ciao 📚

La laveuse de mort de Sara Omar – Coup de 🧡

LA LAVEUSE DE MORT IGKurdistan, 1986. Lorsque la frêle Frmesk vient au monde, elle n’est pas la bienvenue aux yeux de son père. Ce n’est qu’une fille. De plus, son crâne chauve de nourrisson porte une petite tache de cheveux blancs. Est-ce un signe d’Allah ? Est-elle bénie ou maudite ?
La mère de Frmesk craint pour la vie de sa fille. Quand son mari menace de l’enterrer vivante, elle ne voit d’autre solution que de la confier à ses propres parents.
Gawhar, la grand-mère maternelle de Frmesk, est laveuse de mort. Elle s’occupe du corps des femmes que personne ne réclame, ne veut toucher ni enterrer : des femmes assassinées dans le déshonneur et la honte. Son grand-père est un colonel à la retraite qui, contrairement à sa femme, ne lit pas uniquement le Coran mais possède une riche bibliothèque. Ce foyer bienveillant ne parviendra qu’un temps à protéger Frmesk des inexorables menaces physiques et psychologiques qui se resserrent sur elle, dans un pays frappé par la guerre, le génocide et la haine.

Ma lecture

Frmesk dont le prénom signifie larme, naît au Kurdistan irakien en 1986 à Zamua (ville imaginaire) et n’a pour seuls cheveux à sa naissance qu’une mèche blanche. Cette mèche et son sexe sont une double malédiction pour son père (mais pas seulement) qui ne voit en elle qu’une charge inutile et elle ne devra son salut qu’à l’ingéniosité et la générosité d’un couple bienveillant, Darwésh et Gawhar, ses grands-parents maternels qui vont la sauver d’une mort certaine.

La mort est omniprésente dans ce roman non seulement à travers la guerre Iran-Irak qui frappe le pays mais également pour les femmes, et n’épargne pas celles de la famille ou du voisinage de Fremsk lorsque le doute s’installe sur leur pureté ou fidélité mais également par le rôle tenu par Gawhar, sa grand-mère, assumant le rôle de laveuse de mort, celle qui fait la toilette des femmes mortes abandonnées, mutilées, torturées, oubliées de leurs familles et leur donne un aspect digne et propre pour le dernier voyage.

Ce roman, premier volet d’une saga autour du personnage de Frmesk, raconte de la naissance jusqu’à l’âge de 5 ans l’enfance de la fillette, une enfance faite de violences dans un pays déchiré par la guerre et les exactions, meurtres commis au nom d’un Dieu, d’une croyance, de l’ignorance. 

Plusieurs fois, elle s’était fait la réflexion que ce devait justement être cela, la plus grande faiblesse de l’homme. De croire aveuglément et de placer toute sa confiance en une puissance supérieure qui, au lieu d’améliorer les choses, ne faisait que les aggraver. (p306)

Ce récit nous est relaté par Frmesk elle-même, en 2016 au Danemark alors qu’elle vient de subir une opération dans un hôpital. Elle confie à son ordinateur ses pensées, ses souvenirs tout en se méfiant de tout et de tout le monde. Elle est dans une tension permanente, terrifiée à l’idée d’être identifiée.

Ce roman est un bijou, un bijou très dur par le contexte, par certaines scènes difficiles mais que je n’ai pas trouvées insurmontables parce que nécessaires pour dénoncer la non-place et la tragédie que vivent des femmes et le sexe féminin quelque soit l’âge, sous l’emprise des hommes (et de certaines femmes) se retranchant derrière la religion pour faire régner la peur, la terreur au nom d’un Dieu dont les préceptes et les interprétations dirigent chaque minute de leurs existences et sont prétextes à tous les excès.

A travers le couple formé par Darwésh, le mécréant parce que zoroastrien , et Gawhar, musulmane qui ne sépare jamais de son « petit coran » dans lequel elle puise sa force, l’auteure met en avant ses propres réflexions (car comment ne pas comprendre que ce roman est en partie autobiographique) sur la place de la femme, des violences morales, physiques et psychologiques subies dès la naissance mais également une réflexion sur la croyance, l’interprétation des textes sacrés qu’en font les hommes pour faire régner leurs lois.

Mais pourquoi aurait-elle du implorer la clémence de Celui qui n’était autre que le Créateur des bourreaux ? (p305)

Un roman dont on se doute qu’il est parfois difficile de retenir son dégoût, sa colère, sa révolte mais un roman utile et nécessaire pour rendre hommage à toutes ces femmes sacrifiées sur l’autel de la violence, de l’oppression et des abus de toutes sortes. Des femmes martyres….

Je me suis particulièrement attachée à ce couple de grand-parents très uni, tolérant et bienveillant allant jusqu’à accueillir au sein de leur famille orphelins, déshérités et en particulier Darwésh, le grand-père, ancien colonel de l’armée, qui est en quelque sorte le philosophe de la famille, allant jusqu’à se jouer de l’absurdité des comportements de certains, tentant d’ouvrir les yeux de ses proches non pas sur la religion elle-même mais sur ce que les hommes en ont fait 

-Peux-tu me die lequel est le Coran et lequel est la Bible ? (…) – Les mots des deux dieux projettent la même ombre, et chaque livre n’est rien d’autre que l’ombre de son auteur. C’est la raison pour laquelle nous devons toujours nous montrer critiques à l’égard des livres que nous lisons, en particulier s’ils sont censés avoir été dictés il y a des siècles par une force surnaturelle. (p251)

Oui le titre et par extension le contenu peut faire peur et j’ai moi-même attendu le bon moment pour me plonger dedans, mais il est des romans nécessaires même si le sujet est difficile, si certaines scènes sont parfois cruelles et inimaginables pour nous, il faut s’y confronter parce que cela se passe sur notre planète, pas si loin de chez nous et le plus souvent en toute impunité. 

J’en suis ressortie avec de la colère, de la révolte et une sorte de malaise non pas dues à l’auteure et à son écriture, qui a su mêler à cette violence la tendresse que Frmesk reçoit de ses grands-parents, mais par les faits relatés qui sont malheureusement pas imaginaires mais le reflet d’une condition féminine bâillonnée, torturée, dont le seul fait de vivre est déjà une offense. J’ai aimé la position de Sara Omar de ne pas faire de son récit une charge contre la religion elle-même mais par la traduction instituée par les hommes pour assoir leurs pouvoirs.

Un coup de 🧡 pour le courage qu’il a fallu à l’auteure, Sara Omar pour écrire un tel roman, qui lui a valu des menaces de mort, parce qu’il est un monde où dénoncer n’est pas possible, un monde où naître femme est une malédiction, un monde où la puissance des hommes s’exerce de bien des manières.  Un roman difficile, dur et nécessaire mais pas insurmontable et parce que je ne veux pas vivre en fermant les yeux, en n’écoutant pas les voix qui ont le courage de s’élever pour mettre des mots sur ce que nos yeux ne veulent pas toujours voir, entendre.

Mention spéciale pour la couverture que je trouve magnifique et j’attends avec impatience le deuxième volet Le danseur des ombres, par encore paru en France, qui a reçu le prix littéraire danois De Gyldne Laurbaer (les lauriers d’or) car j’ai abandonné Frmesk en pleine détresse à 5 ans et en plein chaos à 32 ans.

Traduction de Macha Dathi

Editions Actes Sud – 310 pages – Octobre 2020

Ciao 📚

 

 

Confusion – La saga des Cazalet – Tome 3 de Elizabeth Jane Howard

CONFUSION IGMars 1942. La guerre suit son cours. Sybil vient de succomber au cancer qui la rongeait. Rupert n’a plus donné signe de vie. Le quotidien à Home Place est rythmé par le deuil, les restrictions de nourriture et de chauffage, l’attente de nouvelles à la radio. Polly et Clary ont dix-sept ans et s’installent à Londres pour y trouver du travail. Louise abandonne ses rêves d’actrice pour épouser Michael, officier dans la Marine, qui passe son temps en mer tandis que Louise donne naissance à Sebastien. Rachel, plus que jamais dévouée à ses parents, n’a plus de temps pour sa précieuse amie Sid : leur amour est voué à l’échec. Zoë s’éprend d’un officier américain. Maternité, mariage, amours contrariées et conflit où seuls les hommes partent combattre : dans ce volume qui se clôt sur la victoire finale en mai 1945 et la découverte des camps, l’émancipation toute progressive des femmes est drapée d’un voile tragique.

Ma lecture

On peut imaginer que l’on a du mal à reprendre le fil d’une saga après plusieurs mois et je suis surprise de constater qu’à chaque fois je n’ai aucune difficulté à retrouver les différents membres de la famille Cazalet et leurs aventures individuelles ce qui prouve que Elizabeth Jane Howard a su leur donner consistance et présence.

De 1942 à 1945, ils vont traverser ces trois années de guerre sous la menace des V2 qui sillonnent le ciel, avec la pénurie de ravitaillement qui affame les ventres mais que l’urgence de vivre va pousser chacun dans ses retranchements avec également des prises conscience essentiellement féminines. Dans ce troisième opus l’auteure donne la parole aux femmes, les épouses des fils Cazalet mais également leurs filles qui sont devenues des jeunes adultes découvrant la vie en plein chaos. L’une se marie et découvre que le mariage est loin de répondre à ses  attentes, d’autres trouvent en vivant à Londres un espace de liberté que rien ne leur laissait présager même si elles gardent un lien familial très fort que ce soit entre cousines et cousins mais également pour le domaine familial, Home Place, qui reste le point de ralliement même en ces temps difficiles. On les avait découvertes soumises dans leurs conditions et on les retrouve déterminées à écouter leurs aspirations..

La guerre génère bien des bouleversements mais également des rencontres que le conflit occasionne avec l’arrivée de soldats étrangers sur le sol anglais, les sentiments et les personnalités de chacune s’affinent voire se transforment et apparaissent parfois sous un nouveau jour sous le poids de la solitude, de l’absence ou de l’indifférence. La gente familiale masculine reste plus dans l’ombre, ancrée dans ce qu’elle croit être ses certitudes, ses habitudes, sa puissance au risque de ne plus reconnaître celles qu’ils ont épousées.

A chaque lecture je m’immerge dans le récit grâce à une écriture qui se veut riche en détails non seulement sur la vie de chacun, mais également sur l’évolution des pensées, des ressentis, espoirs ou désillusions, surprenant parfois le lecteur avec des situations auxquelles il ne s’attend pas, n’hésitant pas à aborder les thèmes de la maternité non désirée et de l’absence de sentiment maternel, du désir et du plaisir féminin, d’une certaine rupture des conventions avec en toile de fond les douleurs occasionnées par les mensonges, tromperies et surtout par le décès d’une mère ou l’absence d’un père. 

Il y a de l’amour, de la tendresse, de l’apprentissage, la guerre va également semer la confusion et  le chaos dans les cœurs et les esprits et nous laisser avec une fin qui nous laisse augurer une suite sous le vent de la liberté retrouvée mais avec une annonce qui risque d’apporter son lot de surprises mais il faudra attendre Mars 2022 et la parution de Nouveau départ pour le découvrir.

Elizabeth Jane Howard, sur déjà 8 années, nous offre une fresque où la palette de caractères, de tempéraments et de thèmes sont  parfaitement maîtrisés dans leur évolution, ne laissant aucun de ses personnages sur le côté, les faisant ressurgir après les avoir tenus à distance, n’en oubliant aucun lui permettant ainsi d’aborder des sujets comme l’homosexualité, l’amour avec des écarts d’âge, les relations intergénérationnelles au sein d’une famille à la fois ancrée dans ses certitudes mais qui sent ses bases s’effriter. 

J’ai beaucoup aimé parce qu’il y a tout le charme des ambiances que j’aime retrouver dans la littérature anglaise avec, sur fond de dynastie familiale, des personnages qui ne sont jamais totalement lisses et prévisibles, parce que les psychologies évoluent avec le temps et les événements. C’est peut-être l’opus le plus dynamique et le plus attachant que ce soit dans le déroulement des différentes intrigues mais également au niveau des changements qui s’opèrent dans les vies de chacun(e), annonciateurs d’une liberté désirée que ce soit celle de la fin de guerre mais également dans les esprits.

Traduction de Anouk Neuhoff

Editons Quai Voltaire (La Table Ronde) – Mars 2021 – 480 pages

Ciao 📚