Point Cardinal de Léonor de Récondo

POINT CARDINAL

Sur un parking d’un centre commercial, dans une petite ville de province, une femme se démaquille. Peu à peu un autre visage apparaît, celui de Laurent.

Utilisant comme prétexte la pratique sportive, celui-ci se transforme toutes les semaines, en cachette, et devient celui qui sait être lui, elle Mathilda.

Mais cela ne lui suffit, à la faveur d’un week-end prolongé il va pour la première fois être Mathilda, chez lui, dans sa maison. Un cheveu blond laissé suggéra à Solange, sa femme, une liaison et elle va être confrontée à une femme mais pas celle qu’elle croyait.

Ma lecture

Malgré toutes  les éloges faites à la sortie de ce livre, il n’est passé dans mes mains que maintenant pour une lecture pour le comité de lecture.

J’ai vu eu vent de l’intrigue donc pas une révélation pour moi : je savais ce qu’il contenait me restait à découvrir l’écriture mais aussi le traitement du sujet et la construction du récit.

Roman court, rapide, comme l’est la décision de Laurent, trahi par un cheveu blond. On suit sa transformation sur une année. Le chemin qu’il parcourt avec l’aide de Cynthia, son amie transsexuelle qui, elle aussi, a passé toutes les étapes, est périlleux car il risque de perdre sa femme qu’il connaît depuis le lycée mais aussi ses enfants Thomas 16 ans et Claire 13 ans ainsi que son travail et ses amis.

Il a tout pour être heureux : une famille, un travail, une maison mais ressentait qu’il n’était lui que lorsque Malthida était là.

Parce que le bonheur, ça ne dit rien, ça se tait. (p23)

Laurent a dû se cacher depuis des années mais comprend qu’il refuse d’avouer une  vérité qui lui saute aux yeux désormais et j’ai suivi sa démarche, admirative de sa volonté d’en finir avec une situation qui était fausse, levant le voile sur ses angoisses passées, ses espoirs futurs.

L’auteure a décidé que Laurent, quoiqu’il arrive, assumait et imposait, une fois mis au pied du mur, son choix à son entourage, bouleversant sa famille qui doit l’accepter. La description du chemin parcouru par Laurent/Mathilda est clair, sans équivoque, cela devient une question de survie.

Grâce à l’écriture précise et délicate on partage toutes les pensées de Laurent, la douceur des mots et des pensées, les ressentis de cette femme dans un corps d’homme pour tout ce qui touche le monde féminin,  il passe du Il au Elle progressivement, à Elle ses pensées à Il le monde extérieur.

La vague de plaisir qui le submerge secoue son corps. Une extase qui le transporte, cœur battant, au centre de sa chair, en son point cardinal, là où Mathilda pousse un cri. (p93)

Il faut reconnaître malgré tout que dans ce récit le personnage a eu la chance d’avoir un entourage globalement « positif ». Peu de réactions négatives ou violentes une fois passée l’annonce (je ne veux pas entrer dans les détails afin de ne pas révéler le contenu aux futurs lecteurs). Il ne rencontre pratiquement qu’acceptation et encouragement….. Je ne suis pas sûre que dans la réalité des faits cela se passe ainsi. Peut-être un peu trop idéaliste pour moi mais cela n’enlève rien à la qualité du récit, de sa construction parfaite, je le prends comme un témoignage d’une situation. C’est le choix de l’auteure et je le respecte.

Le couple que forment Laurent et Solange tient dans la force du lien qui les lie depuis l’adolescence, amour-amitié. Après la colère, l’incompréhension vient le respect.

Mon seul petit bémol : l’exposé au lycée par les enfants pour expliquer la transsexualité…. Un peu cliché je trouve, un peu idyllique, je ne pense pas que cela se passerait toujours aussi bien….

Ce que j’apprécie dans certains sujets c’est qu’ils nous portent à une réflexion, à comprendre certaines situations, faits de société etc, et je pense qu’à travers ce récit, Léonor de Recondo nous révèle que le chemin parcouru est aussi un chemin semé d’embûches, long, douloureux où tout peut être perdu mais qu’il devient vital pour ceux qui le suivent.

Mon avis : 📕📕📕📕

Livre lu dans le cadre d’un Comité de Lecture

Editions Sabine Wiepeser – 221 pages – Avril 2017

Ciao

 

Lucy in the sky de Pete Fromm

LUCY IN THE SKY

Résumé

Lucy Diamond, quatorze ans, file à toute allure vers l’âge adulte. Prise entre l’urgence de vivre et la crainte de devoir abandonner ses manières de garçon manqué, Lucy se cherche et joue avec l’amour. Elle découvre par la même occasion que le mariage de ses parents n’est pas aussi solide qu’enfant, elle l’a cru. Son père, bûcheron, est toujours absent. Sa mère, encore jeune, rêve d’une autre vie. Et Lucy entre eux semble soudain un ciment bien fragile. Armée d’une solide dose de culot, elle s’apprête à sortir pour toujours de l’enfance et à décider qui elle est. Quitte à remettre en question l’équilibre de sa vie et à en faire voir de toutes les couleurs à ceux qui l’aiment.

Ma lecture

Mais pourquoi ai-je attendu si longtemps pour me plonger dans ce roman…… Toujours ce problème de PAL mais me voilà partie dans le Montana, à Great Falls, au sein, au premier d’abord de la famille Diamond, qui semble s’entendre à merveille. Mais des petits indices laissés par l’auteur, donnent matière à réflexion. Le comportement du père avec sa fille qu’il transforme en garçon manqué pour l’extérieur

Comme si, en réussissant à me raser le crâne d’assez près, il parviendrait à supprimer le jambage de mon second chromosome X pour le réduire à Y. (p13)

les relations du couple parental qui passent du torride aux cris et puis Lucy.

Lucy, une enfant de 14 ans au début du récit, qui commence à regarder le monde extérieur d’une autre manière. Le regard et le discours des garçons autour d’elle, son meilleur ami, Kenny, celui avec qui elle règne sur l’aire de jeux et la cage à écureuil mais leurs jeux se transforment. Le souhaite-t-elle, le refuse-t-elle ? Ses sentiments varient, elle cherche, elle se cherche.

J’ai particulièrement aimé la progression des sentiments au fur et à mesure de la prise de conscience de Lucy sur le monde qui l’entoure, l’on passe de la douceur à l’explosion des sens pour cette jeune fille qui ne fait pas dans la demi mesure. Elle est observatrice, sensible et revancharde. Elle prend conscience du rapport homme/femme enfin plutôt garçon/fille dans son cas, des changements qui s’opèrent, les sens sont exacerbés et elle vit, elle explore, elle va jusqu’au bout de ses envies. Devenir adulte, devenir femme oui mais non, cela peut faire peur en plus quand on a sous les yeux un modèle parental trop démonstratif dans leur couple.

Mais Lucy est lucide….. Lucy/lucide ???? Elle voit que les apparences peuvent être trompeuses à travers le couple formé par ses parents, tout n’est pas rose, et elle, où est sa place, qui se préoccupe d’elle. Livrée à elle-même elle est parfois border-line, souvent.

La transformation de l’enfant à la femme va se faire à la vitesse grand V, car elle veut comprendre, reproduit-elle le même schéma que ses parents, et ne lui parlez pas d’amour même si avec Kenny le sentiment est profond. Non Lucy part à la découverte du monde des adultes, sans peur mais pas sans reproches.

C’est un portrait de la famille américaine, une fois encore, comme dans My Absolute Darling mais pas avec la même violence, à la déresponsabilisation des parents, leur inconscience sur l’image qu’ils donnent à leurs enfants et à leur abandon dans leur éducation. A plusieurs reprises on a le sentiment que Lucy a plus la tête sur les épaules qu’eux mais il n’y a pas de jugement de la part de l’auteur, c’est un constat. Il a su parfaitement se mettre dans la « peau » de cette adolescente, avec ses atermoiements, ses doutes, ses colères, ses craintes.

J’ai laissé Lucy à ses 17 ans, j’ai lu le livre avec plaisir et intérêt, on retrouve nos mal-êtres d’adolescent, la quête de comprendre le monde et les autres et cela se fait parfois avec des déceptions, on quitte le monde de l’enfance et le monde des bisounours et on entre dans le monde des adultes et de la dure réalité (mais qui peut être belle malgré tout).

Un auteur à l’écriture efficace, pas un moment d’ennui, un oeil précis sur les sentiments des adolescents, sans concession, direct.

Mon avis : ❤❤❤❤

Editions Gallmeister – 428 pages – 2017 – Tradution Laurent Bury

Livre remporté lors d’un concours en Janvier 2018 et je remercie  les Editions Gallmeister pour ce petit « bijou »

Ciao