American Dirt de Jeanine Cummins

AMERICAN DIRT IGLibraire à Acapulco, au Mexique, Lydia mène une vie calme avec son mari journaliste Sebastián et leur famille, malgré les tensions causées dans la ville par les puissants cartels de la drogue. Jusqu’au jour où Sebastián, s’apprêtant à révéler dans la presse l’identité du chef du principal cartel, apprend à Lydia que celui-ci n’est autre que Javier, un client érudit avec qui elle s’est liée dans sa librairie… La parution de son article, quelques jours plus tard, bouleverse leur destin à tous.

Contrainte de prendre la fuite avec son fils de huit ans, Luca, Lydia se sait suivie par les hommes de Javier. Ils vont alors rejoindre le flot de migrants en provenance du sud du continent, en route vers les États-Unis, devront voyager clandestinement à bord de la redoutable Bestia, le train qui fonce vers le nord, seront dépouillés par des policiers corrompus, et menacés par les tueurs du cartel…

Ma lecture

Avertissement : on l’ouvre et on ne le lâche car dès les premières phrases le roman s’ouvre sur une scène qui vous plonge directement dans le vif du sujet : Acapulco – Une réunion de famille où seize personnes trouvent la mort sous les balles : mari, parents, enfants. Rarement j’ai eu dès le début d’une lecture une scène avec une telle force et qui vous plonge immédiatement dans le récit. Pas le temps de reprendre son souffle : on est scotché par l’efficacité des quelques premières pages et là on se dit que l’on entre dans une narration qui ne va pas nous laisser intacte. La tension est palpable et on s’accroche à Lydia, la mère et Lucas son fils de 8 ans, seuls survivants in extremis du carnage et que l’on va suivre tout au long des plus de 500 pages dans leur voyage vers El norte, vers la frontière, leur salut, pour échapper aux Jardineros, puissant cartel dirigé par Javier, client de la librairie de Lydia mais aussi responsable de la tuerie, un homme avec lequel elle avait noué une relation amicale.

L’auteure au-delà de relater cette fuite haletante aborde également l’espérance et la volonté de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui tentent de franchir la frontière qui sépare les deux pays, Mexique et Etats-Unis, parce qu’ils n’ont plus rien à perdre, parce qu’ils ont déjà tout perdu parfois. Ils espèrent trouver travail, sécurité, dignité et liberté en abandonnant tout ce qui fut leur passé, leur famille mais également la dénonciation d’un pouvoir occulte, souterrain, connu et tout puissant, où la corruption, la terreur sont les seuls moyens d’expression.. Qui n’a pas entendu parler de ce pays, le Mexique, où toute une population est prise en étau entre une frontière infranchissable et une mafia toute puissante.

Mais tout n’est pas sombre, tout n’est pas noir : il y a de belles rencontres sur le chemin, on découvre Soledad et Rebeca entre autres, deux sœurs honduriennes d’une quinzaine d’années, trop belles, trop attirantes pour ne pas attirer la convoitise des hommes, et en payer le prix. Et puis les autres qui viennent se greffer au fil des étapes, avec toujours le doute, la suspicion qu’ils soient des mouchards et les dénoncent par fidélité, peur ou argent au cartel des Jardineros qui est infiltré dans toutes les strates du pays. Et puis il y a parfois des gestes d’humanité, d’aide, des regards et des mains tendues qui laissent espérer que tout n’est pas perdu.

Il y a l’amour d’une mère prête à tout pour sauver son fils, qui va se faire louve intuitive, imaginative, un fils qui va devoir grandir très vite, mûrir par la force des choses et vivre des événements qu’un enfant n’est pas prêt à vivre. La violence est omniprésente, réelle ou suggérée, j’ai été prise dans la tourmente, un page-turner très efficace, guidée en fin de voyage par un coyote expérimenté, mais surtout tenue par une écriture maîtrisée, alliant le désir de dénoncer une tragédie, celle de milliers de migrants espérant trouver au Nord ce qu’ils ne trouvent plus dans leur pays natal et se heurtent, se cognent à un mur, celui d’un pays qui, même s’il vous accepte pour un temps, peut vous expulser à tout moment, même des années plus tard et vous obliger à reprendre la route, inexorablement.

Je ne suis pas amatrice de romans de ce type, mais j’avoue qu’il m’a totalement embarquée. J’ai eu des frissons, de l’angoisse, des doutes et de l’espoir pour chacun d’eux, vivant au rythme de la Bestia, dans la chaleur de la traversée du désert et ayant confirmation, bien au-delà de ce que je pouvais imaginer, du pourrissement d’un pays où chacun peut devenir l’ennemi, le dénonciateur ou la victime de l’autre.

Alors on ne lâche pas, on se prend à haleter, à suer, à frémir avec les personnages mais l’auteure ne nous enfonce jamais au-delà du supportable car, le plus souvent, les faits parlent d’eux-mêmes et parce que la réalité est certainement au-delà de ce que les mots révèlent. On pèse les risques pris, on épie les autres, les signes et l’on devient acteur d’une fuite infernale. Je dois avouer que tenir ainsi le lecteur au fils des 534 pages, sans temps mort, juste quelques respirations pour supporter en revenant sur l’avant des événements pour ensuite franchir une nouvelle étape, révèle une écrivaine de talent qui maîtrise à la fois la partie thriller mais également la dénonciation d’un état de faits touchant un pays gangréné.

J’ai beaucoup aimé…

Traduction de Françoise Adelstain et Christine Auché

Editions Philippe Rey – Août 2020 – 543 pages

Ciao 📚

Charogne de Borris et Benoit Vidal

charogneDans ce petit village des Pyrénées, le curé ne viendra plus célébrer l’office, tant que l’église ne sera pas réparée. Monter jusqu’à mi-pente pour les grands événements, il veut bien, mais pas plus loin ! Malheureusement, Joseph, le maire, homme bienfaiteur et aimé de tous, meurt brutalement. Il va falloir descendre le cercueil à dos d’hommes pour une dernière bénédiction en suivant un chemin de montagne escarpé. Et ça ne sera pas une partie de plaisir car, en plus du poids du mort, le cortège funèbre trimballe son lot de rancœurs familiales et de lourds secrets. Pour finir, les éléments s’en mêlent et la tension déjà palpable devient électrique lorsque l’orage survient. Le dernier voyage de Joseph pourrait bien être aussi le leur…

Pourquoi j’ai choisi ce livre

Envie de faire une petite pause entre les romans que je lis et ce roman graphique a été présenté lors d’un speed booking organisé tous les 2 mois environ par la bibliothèque de ma commune. Le côté sombre, le résumé présenté, les illustrations et surtout ce qui se cache derrière les apparences m’ont attirée.

Ma lecture

Il m’a fallu deux lectures pour bien m’imprégner du climat de ce roman graphique car à la fin de la première j’avais le sentiment de n’avoir pas compris toutes les subtilités du scénario. Les illustrations m’ont profondément impressionnée par la rudesse des traits, la noirceur de l’ambiance, ces visages dessinés à coup de serpe crayon, expressifs, des tons gris, noir, jaunasses tout en dégradés, délavés….

Je reprends le lendemain l’ouvrage pour une deuxième lecture m’attachant plus à la narration et aux dialogues, au fond de l’histoire et là je prends une claque, car je m’étais totalement fourvoyée. Je ne  veux rien dévoiler ( car je n’aime qu’on me dévoile la fin d’un récit  alors je l’applique également) mais ce qu’il en sort c’est une vision d’événements totalement fausse, ne jamais se fier aux apparences, la confiance est parfois mal placée.

Dans ce village de l’Aude en 1864, coupé du monde, isolé, dévasté par le choléra dans le passé, le maire, comme dans beaucoup de communes, est une figure marquante, respectée et quand il décède il faut trouver des volontaires pour parcourir le chemin à flanc de montagnes afin que le curé puisse le bénir avant de le porter en terre. Peu de volontaires, il faut dire que le choléra a décimé les habitants, et puis il y a à faire, les moissons etc… mais tout de même, c’est le maire et il faut lui rendre ce dernier service pour tout ce qu’il a donné à la commune.

Comme dans tous ces petits villages il y a des jalousies, de la haine parfois (sans toujours en connaître l’origine), des préjugés. On s’aime ou on se déteste sans trop savoir pourquoi et il suffit parfois de peu de choses pour se découvrir sous un autre jour.

Et le chemin va être long et rude, les éléments vont être contre eux : orage, pluie, faune, nuit et puis le cercueil est lourd, les odeurs se répandent….. Les quatre hommes porteurs vont en profiter pour régler certains comptes, avouer certaines choses. Motus, le muet, lui ne dit rien mais écoute et va devenir la voix de la vérité…..

J’ai eu un peu de mal à me situer par rapport aux différents personnages, familles ainsi que les événements dont il est question, d’où la nécessité de la deuxième lecture, reprendre la chronologie des faits, mais au final quand on saisit le sens et la « morale » de cet procession funèbre, on est glacé.

Ce n’est pas mon style d’illustrations préféré mais elles sont tout à fait en adéquation avec l’histoire, le thème. Elles rendent tout à fait le climat de l’histoire, la rudesse des situations.

J’aime (je le dis et le redis) quand un ou des auteurs m’emmène sur un chemin et bifurquent vers un autre. Je n’ai pu m’empêcher de penser à La Loterie que j’avais lu il y a quelques temps….

Merci à ma bibliothèque de l’avoir mis en avant car de moi-même je ne sais pas si je l’aurai lu. Charogne, le titre résume au final totalement ce roman graphique !

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Editions Glénat/Treize étrange – 158 pages – Juin 2018

Ciao

L’homme de la montagne de Joyce Maynard

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Juin 1979, Californie du Nord. Rachel, 13 ans, et sa sœur Patty, 11 ans, sont délaissées par leurs parents : une mère souvent absente et un père volage. Leur quotidien ennuyeux est soudain interrompu par une affaire de meurtre en série que leur père, l’inspecteur Torricelli, est chargé de résoudre. Trente ans plus tard, Rachel, devenue romancière, raconte l’été qui a bouleversé leur vie.

Traduction par Françoise Adelstain

 Editions Philippe Rey – Août 2014 (première parution 2013 chez HarperCollins) – 319 pages

Ce qui m’a fait choisir ce livre (nouvelle rubrique désormais dans mes chroniques)

Je pensais que je n’avais jamais lu cette auteure dont le nom était passé sous mes yeux dans des chroniques (mais j’ai retrouvé dans ma bibliothèque virtuelle (merci Babelio) que j’avais lu en 2014 Les filles de l’Ouragan qui ne m’avait laissé aucun souvenir). A l’époque je ne tenais pas encore ce blog……  La quatrième de couverture m’a interpellée. J’ai trouvé ce livre lors d’un de mes passages à Emmaüs et je n’ai pas hésité…… L’instinct

Ma lecture

Dès le prologue, la narratrice, Rachel, romancière reconnue  âgé de 43 ans, célèbre pour ses romans noirs,  installe ce qui va suivre : une relation très forte la liait à sa sœur, Patty, de deux ans sa cadette et leur goût pour l’étrange, le mystère, la mort sûrement en partie dû à la profession de leur père Anthony Torricelli, inspecteur à la brigade criminelle en Californie du Nord;

L’été 1979 va marquer à jamais son enfance et son passage à l’adolescence. Elle a 13 ans, l’âge de l’éveil aux sens de toutes sortes, aux questionnements sur son corps mais aussi aux garçons, aux adultes qui les entourent.

Un roman d’apprentissage pour ces deux sœurs, très fusionnelles, vivant avec leur mère depuis le divorce de leurs parents, une mère dépressive qui, une fois sortie de son travail passe son temps libre à la bibliothèque ou dans sa chambre au milieu des livres,  laissant ses deux filles livrées à elles-mêmes à la différence de leur père qui restera l’ange protecteur, même loin d’elles.

Ce père, d’origine italienne, qu’elles admirent tant, qui sait faire d’un cheveu une araignée, beau comme Dean Martin, qui aime les femmes mais une en particulier. Il enquête dans la série de meurtres dans les montagnes proches de la Cité de la splendeur matinale (il fallait le trouver) où vivent ses filles, il s’est complètement investi dans son enquête. Relation épisodique, complice mais de belle qualité alors que la relation maternelle, quotidienne est pratiquement inexistante.

Les deux sœurs se sont créé un monde à elles, fait d’excursions, de rêves, d’aventures, de basket, de chien, d’autant qu’elles n’ont pas de télévision ou alors muette, pas d’argent, peu d’ami(e)s, peu de sources d’informations à part ce qu’elles peuvent grappiller à droite ou à gauche,

J’ai trouvé la première partie s’étirant un peu, répétitive par moment et ne comprenant pas où l’auteure voulait m’emmener mais je faisais confiance, les thèmes évoqués m’intéressaient (je suis d’un naturel impatient, je dois l’avouer). Je sentais qu’il allait y avoir bien plus….

Puis tout s’accélère, dans des fausses pistes d’abord puis sur l’évolution des différents personnages (mais chut). Rachel devenue femme reprend l’enquête menée par son père, conciliant son travail d’auteure de romans policiers à l’enquête non résolue,  ne pouvant accepter l’impunité du meurtrier, souhaitant finir ce que son père n’a jamais pu mener à bien, un devoir de mémoire, une responsabilité qu’elle porte sur ses épaules.

On retrouve l’ambiance des années 70, l’attachement qu’elle porte à San Francisco, le Golden Gate, frontière rouge entre leur monde et l’autre monde,  mais aussi à la nature sauvage de la montagne qu’elles parcourent à longueur de journée, inconscientes du danger.

Le climat d’insouciance de l’enfance alterne avec le mal et la peur, les doutes, les suspicions, les interprétations enfantines face à des situations dont elles ne comprennent pas toujours le sens ni l’importance mais aussi les sentiments de la narratrice : culpabilité, responsabilité, remords et regrets vis-à-vis de sa sœur mais aussi de son père.

J’ai passé un agréable moment, une lecture détente mais avec un climat lourd, pesant parfois, sentant que le drame est proche. J’ai pensé à Frankie Addams ou à Le cœur est un chasseur solitaire de Carson Mc Cullers, ou à Ne tirez pas sur l’oiseau solitaire ou Va et poste une sentinelle de Harper Lee (qui restent pour moi des références absolues), romans d’apprentissage également plus anciens mais qui soulèvent tous ce difficile et parfois douloureux passage de l’enfance à l’âge adulte, souvent marqués dans ces romans par des événements qui accentuent le mal-être…..

Comme l’auteure le précise,je vous mets en fond sonore la chanson My Sharona qui a bercé son écriture et rythmé l’été des deux sœurs Toriccelli

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Ciao