Carnets du Nil Blanc de John Hopkins

CARNETS DU NIL BLANC 2Tous deux fraîchement diplômés de Princeton, John et Joe sont davantage affamés de littérature que de nourritures terrestres, et ils ont la ferme intention de tourner le dos à tout ce qu’on attend d’eux aux Etats-Unis : un mariage, un bon job, une visite hebdomadaire aux parents. Ainsi s’embarquent-ils pour un long voyage qui les mènera de Munich à Nairobi sur une moto BMW immaculée, baptisée en l’honneur du périple : le Nil Blanc. Objet littéraire singulier, ces carnets de voyage constituent un roman de formation itinérant. En même temps qu’ils arpentent champs de ruines gréco-romaines, villages de Bédouins ou capitales du Tiers-Monde, les deux amis font l’apprentissage de l’altérité, de la solitude, et, aussi, des inévitables désillusions au détour du chemin. L’opulente nature africaine est ici magnifiée sous une plume d’une fougue et d’une franchise irrésistibles qui ont le charme de ses vingt ans.

Ma lecture

Ce qui est génial avec un journal, c’est que vous n’avez pas besoin d’inventer, vous enregistrez les moments de votre vie au fur et à mesure. (p114)

JOHN HOPKINS
John Hopkins à droite sur la moto Joe à gauche debout

Je ne lis que très rarement des récits de voyages mais j’avais besoin d’évasion, d’espaces et la forme « journal de bord » me plaisait. Alors j’ai suivi les traces du Nil Blanc, la moto BMW que John Hopkins et son ami, Joe, ont choisie et baptisée ainsi pour traverser en 1961 une partie du continent africain (Tunisie, Lybie, Egypte, Soudan, Ouganda) pour rejoindre le Kenya où les attendent Sam, un ancien élève de Princeton comme nos deux guides, qui leur propose de séjourner dans sa ferme à Nanyuki. Malgré une rencontre amoureuse pour John pleine de promesses, et après un séjour au Pérou, ils enfourchent leur machine pour commencer par un séjour en Italie chez un passionné de littérature aveugle qui leur proposera, contre nourriture et logement, de devenir lecteurs avant de suivre le Nil et les différents pays qu’il traverse pour atteindre le Kenya.

Voyage initiatique mais également voyage pour déterminer le sens et le but à donner à leurs vies lorsqu’on a une vingtaineCARNETS DU NIL BLANC 1 d’années, découvrir des peuples, des religions, des façons de vivre, des trésors d’architecture, d’être et au fil du temps John Hopkins va apprendre, observer, écouter, voir un continent aux pays riches de leur passé ou plongés dans la misère, qui sont pour certains à des moments décisifs de leur histoire (Algérie, Tunisie etc…) avec les derniers soubresauts de la colonisation, de l’emprise de la France en particulier sur cette région et que leur statut d’américains va parfois protéger.

(…) Ici un simple bonjour vous vaut un sourire et de la sollicitude. Les gens les plus chaleureux du monde résident dans les pays pauvres. C’est ce que j’ai appris au Pérou. (p89)

Ils vont vivre des aventures et péripéties, risquer leurs vies sur un coup d’accélérateur, être fiévreux, faire des rencontres plus ou moins marquantes (j’ai beaucoup aimé leur séjour chez le passionné de littérature en Italie), attendre des pièces pour leur engin en panne et l’auteur, au fil des jours, des kilomètres va tenir un journal de tous ces événements.

En Afrique, les contrastes sont terribles. A la fin, vous vous demandez : qu’est-ce qui était mieux, les épreuves ou le soulagement ? La réponse est : ni l’un ni l’autre. Ou les deux. L’un définit l’autre. Ensemble, ils rendent l’aventure inoubliable. (p158)

Déjà à l’époque John Hopkins relève le sort des femmes mais également les ravages de la colonisation et de la religion

Pas d’éducation pour les femmes ; on ne peut pas s’empêcher de s’en offusquer. La cuisine, la chambre à coucher et le voile. L’islam traditionnel porte des œillères qui le poussent à dévaloriser les femmes. La moitié de la population n’a pas le droit de prendre part activement à l’éducation, la justice, la médecine, le commerce et à d’autres domaines qui pourraient aider leur nation à prospérer. (p167)

mais également les contrastes humains, géographiques, va devoir surmonter des chaleurs torrides, des transports aléatoires, perdre des bagages, sans oublier la découverte de la faune d’un continent encore sauvage.

Je dois avouer que je ne pensais pas prendre du plaisir à les suivre, moi la casanière, la frileuse des équipées sauvages et finalement je me suis prise d’intérêt pour la traversée d’un continent sûrement dû à l’écriture jetée au fil des jours qui reflète les états d’âme de l’auteur, parfois avec ironie, questionnements et doutes.

Inutile de vous dire qu’il va trouver du sens à ce voyage puisque ces carnets vont être suivis de ceux de Tanger et d’Amérique du Sud. L’amitié qui le lie à Joe va s’y sceller définitivement et ils garderont le goût des découvertes, de l’ailleurs et de ce que les voyages peuvent apporter de connaissances des autres mais également sur soi car on le sait bien l’important n’est pas le but mais le chemin que l’on parcourt.

Il n’est pas évident de trouver un bon compagnon de voyage. Qui a écrit ça ? Moi. Etre avec Joe constitue véritablement une expérience éducative incroyable. S’il n’était pas là, j’appréhenderais l’avenir. (Encore plus.) Mais si j’ai le courage d’affronter ce qui apparaît maintenant comme un vide complet, c’est parce que Joe a conscience du même vide, il le sent lui aussi, il le partage. (…) Ce que je suis en train d’acquérir, c’est de la bouteille : une immense expérience sur deux continents primitifs en l’espace d’une année. Seul, cela n’aurait pas été possible. Avec Joe on fait bloc. Nous avançons ensemble. C’est un voyage dicté par le caprice, la soif d’aventure et une foi constante dans l’inconnu. (p179)

J’ai aimé.

Traduction de Jean Esch

Editions La Petite Vermillon (La Table Ronde) (1ère édition 2012) – 250 pages

Ciao 📚

Carnets de New York de Paolo Cognetti

CARNETS DE NEW-YORK IGEn 2003, Paolo Cognetti, âgé de 25 ans, se rend à New York pour réaliser une série de films documentaires sur la littérature américaine. Le jeune écrivain tombe sous le charme de la ville qui ne dort jamais et, pendant dix ans, il n’aura de cesse d’y retourner. Ces Carnets de New York sont le récit de ses multiples allers-retours dans la ville « des chasseurs de fortune, des souffleurs de bulles de savon et des rêves brisés ».

Dans cette langue qui n’appartient qu’à lui – divin mélange de simplicité et de poésie –, il nous entraîne sur les pas de ses héros littéraires, Melville, Whitman, Ginsberg, Capote ou encore Paley, Salinger et Kerouac. Il déambule dans Brooklyn, « la ville des écrivains », erre entre les gratte-ciel de Manhattan, traîne sa solitude le long de l’Hudson ou de l’East River, fait une pause chez Ozzie’s pour noircir les pages de son carnet. Comme toujours avec Paolo Cognetti, il n’est de voyage sans rencontres et nouvelles amitiés : à chaque retour à New York, le voilà qui retrouve ses amis italo-américains, Bob, son « oncle de Brooklyn » qui doit ses rudiments d’italien à lecture de Moravia et Jimmy, qui nourrit une passion pour Mussolini et n’a jamais mis les pieds en Italie.

Illustré de neuf cartes dessinées par l’auteur, ces carnets sont une ode à New York, « ses ponts, ses îles, ses automnes, ses habitants mi-réels, mi-fantastiques ».

Ma lecture

New-York, tu la prends comme elle est mais tu la fais également tienne à ton arrivée : elle était différente avant, aussitôt après elle changera encore, et tout ce que tu écris sur elle vieillit immédiatement, l’encre n’a pas eu le temps de sécher que c’est déjà daté. C’est un instantané de quand tu y étais, ni plus ni moins. (p149)

Allez viens, je t’emmène …. à New-York, mon New-York voilà ce que nous propose Paolo Cognetti dans ce carnet de voyage , ville qu’il aime et où il se rend régulièrement,  mais au-delà du simple guide touristique il nous raconte et fait découvrir son New-York, celui des écrivains et artistes dont il retrouve les traces dans les différents quartiers où il nous emmène et pour tout les mordus de lecture que nous sommes et en particulier de littérature américaine c’est un voyage de rêve.

La New-York Public Library, immense temple de la lecture, peut-être la seule véritable cathédrale d’ne ville qui respecte toute les religions mais n’en embrasse aucune. (p114)

Avec simplicité il vous prend par la main et vous raconte ses rencontres avec Bob, Jimmy, ses amis mais également ses déambulations dans les rues et avenues qu’il traverse évoquant les auteur(e)s marquants : Paul Auster, Betty Smith, Colson Whitehead, Grace Paley, Walt Whitman, F.S. Fitzgerald, Truman Capote, Herman Melville etc…. qui y ont vécu mais également les lieux mythiques, les différentes arrondissements, îles, ponts car New-York est finalement un pays dans la ville avec une multitude d’ambiances, de populations, d’architectures. L’auteur nous dresse le portrait d’une ville qui a imprégné certaines œuvres, artistes, retrouvant l’ambiance d’un roman, d’un décor avec ses propres sensations ou souvenirs de lecture, nous fournissant à l’occasion des envies de lecture, de découvertes (comme si notre liste n’était pas déjà longue).

Il s’attache à nous imprégner du fait que New-York comporte cinq quartiers comme cinq territoires qui ont évolué au fil du temps : Manhattan, Brooklyn, le Queens, Staten Island et le Bronx mais aussi trois ponts enjambant deux fleuves, comme trois passerelles entre les différents mondes, des immeubles vertigineux et ceux disparus laissant comme des cicatrices dans le paysage et un quadrillage qui permet de ne jamais se perdre et de situer à tout instant le nord (ce serait très utile pour moi).

Il agrémente son récit de quelques dessins que j’ai trouvé très utiles pour contextualiser les lieux, des anecdotes sur de ses précédents voyages, les changements opérés depuis et parfois teintées d’un peu de nostalgie sur le temps qui passe, sur les traces laissées ou évoquées par ses occupants célèbres. J’ai retrouvé les ambiance à la Hooper dans cette ville qui ne dort jamais mais où la solitude peut être grande, où certaines figures anonymes croisées permettent de découvrir aussi un autre visage, son vrai visage le tout avec son écriture très douce avec à la fois de l’enthousiasme, de la poésie et une pointe de mélancolie.

Je ne suis jamais allée à New-York (j’ai de toutes façons un problème avec l’avion) et je n’irai sûrement jamais mais que j’ai aimé cette balade avec un auteur que j’ai découvert et aimé grâce à Les Huit montagnes parce que j’y ai retrouvé les écrivains que j’aime, j’ai pris des notes, ressorti des ouvrages de ma bibliothèque parfois oubliés ou jamais lus parce qu’il m’a poussée à y retrouver les traces de la ville dans leurs romans ou nouvelles et parce qu’il l’a fait avec simplicité et sincérité.

Voici deux des neufs esquisses de l’auteur, dépouillées mais parlantes et suffisantes pour se situer dans chacun des chapitres.CARNETS DE NEW-YORK éCARNETS DE NEW-YORK 1

Alors oui, j’ai vu New-York, New-York USA et j’ai beaucoup aimé le voir à travers ses yeux et sa plume et même si comme moi vous n’y êtes jamais allé, je vous le recommande car il réussit à nous immerger dans la ville sans quitter notre salon et par les temps qui courent c’est une prouesse.

Traduction de Anita Rochedy

Editions La Cosmopolite/Stock – Septembre 2020 – 208 pages

Ciao 📚

Strates de Kathleen Jamie

STRATESUn livre foudroyant, qui transporte en pleine lumière de l’Alaska, dans les vents violents de l’île de Westray puis dans l’intimité de la narratrice, avec pudeur.
Kathleen Jamie s’exprime par des récits lumineux et trépidants où elle observe la nature, les êtres et le passé. Ses textes sont autant d’histoires autobiographiques, où chaque mot est pesé, autour de la notion du vivant. Sans jamais donner de leçon écologique, elle parle d’une vie où les voyages ne sont pas du tourisme et où la vie simple n’est pas une vie de privation.
Strates offre d’abord le récit des aventures d’une femme dont l’horizon et les possibilités se sont étendus à la suite du départ de ses enfants. Elle participe alors à de longues fouilles archéologiques chez les Yupik en Alaska et sur l’île de Westray en Ecosse. Les vestiges de ces deux cultures mettent à nu le rapport des habitants à leurs ancêtres et les surprenantes analogies entre la vie de ces deux générations d’hommes.

Ma lecture

J’ai choisi ce livre pour son résumé et pour l’envie que j’avais de suivre l’auteure, Kathleen Jamie dans ses différents voyages : en Alaska au sein des Yupik et sur l’île de Westray en Ecosse pour participer à des fouilles archéologiques. Creuser, déblayer, découvrir ceux, humains ou animaux, qui vivaient dans ces endroits il y a parfois des milliers d’années, des éléments dans les couches de glace en Alaska et que le réchauffement climatique met à jour désormais. Sur l’île elle fera trois séjours car après avoir participé, elle a souhaité revoir ses compagnons de fouilles mais aussi voir l’aboutissement de celles-ci avant l’arrêt pour manque de subventions.

Mais il est également question d’autres voyages : au Tibet il y a quelques années au moment où les étudiants se révoltaient mais aussi des voyages intérieurs concernant elle-même et sa famille mais aussi avec le départ de ses enfants devenus adultes, ses randonnées avec des amies plus âgées qu’elle mais qui sont l’occasion de prendre soin de d’un père vieillissant.

Ces récits sont une sorte de recueil de journaux de voyage (d’ailleurs elles gardent précieusement ses carnets pour s’y replonger parfois), des instantanés de voyages mais aussi des regards sur le monde, sur les gens qu’elle rencontre lors de ses séjours. Elle partage avec le lecteur ses rencontres sur les différents sites, que se soit les Yupik en Alaska avec à la fois les traditions maintenues (et j’ai retrouvé beaucoup de points communs avec De pierre et d’os de Bérangère Courmut avec en autres le chamanisme, la transmission des noms de génération en génération pour perdurer le souvenir des personnes disparues) mais aussi la chaleur de la communauté sur l’île de Westray. 

L’auteure s’attache à décrire, sans pesanteur, les paysages, les évocations et pensées que ceux-ci provoquent pour finalement à lever le voile sur des étapes de sa vie (séparation d’un conjoint ou départ des enfants) qui l’ont amenée également à donner une autre orientation à son futur. S’intéresser au passé, trouver des similitudes entre les différentes régions pour amener à une réflexion sur sa propre vie et ses étapes marquantes.

A la fois document de voyage mais également de courts textes plus intimes, le monde et son monde, dans une écriture fluide agrémentée de quelques photographies m’ont poussée à avancer dans le récit, tournant les pages comme on creuse les couches, pour en découvrir un peu plus sur ses régions, sur leurs habitants et sur elle. Les strates du monde et les strates d’une vie de femme, à la fois voyageuse, aventurière et femme, qui nous délivre un message sur un monde qui disparaît et sur le sien fait de petits billets teintés de tendresse et d’humilité.

Une zone de lecture qui n’est pas habituelle pour moi mais à ma grande surprise, je n’ai eu à aucun moment l’envie de l’abandonner, j’ai aimé l’accompagner dans ses déambulations, ne cherchant pas à juger mais à simplement à l’écouter me raconter ses expériences et je dois avouer que ceux touchant ses voyages en Chine et au Tibet sans oublier « Anciens » concernant son père sont particulièrement émouvants. Grâce à sa façon non didactique de décrire ses expériences tout en fournissant nombre de détails, de significations etc… elle donne fluidité et intérêt à sa narration.

Je garderai le souvenir d’un voyage à la fois informatif mais aussi sentimental sur les traces du passé que ce soit celui du monde mais aussi sur celui d’une femme qui cherche à comprendre le présent, le futur dans les traces laissées par les générations précédentes.

Les objets, exhumés, sont dans les mains des gens qui les rappellent à la mémoire et les reconnaissent, les soupèsent, les testent, les nomment. Ils ont vraiment retrouvé leur place. (p91)

Quelques unes des illustrations :

STRATES 3STRATES 2STRATES 1

Traduction de Ghislain Bareau

Merci aux Editions La Baconnière pour cette lecture

Editions La Baconnière – Septembre 2020 – 232 pages 

Ciao

Ascensions en télescope de Mark Twain

ASCENCIONS EN TELESCOPE IGEn 1878, un touriste pas comme les autres visite la Suisse et la Savoie : l’Américain Samuel Langhorne Clemens, alias Mark Twain. De Lucerne à Chamonix, l’auteur suit un itinéraire des plus classiques. Son récit de voyage, traduit pour la première fois en français, est tout à fait inattendu.
Laissant libre cours à son humour satirique, le romancier pose un regard faussement candide sur la montagne et son folklore touristique. Des tyroliennes aux pendules à coucou, de l’edelweiss au chamois, «petite bestiole qui hante par milliers les hôtels suisses» : rien ne résiste à sa critique loufoque. Ses deux personnages – Mark Twain en voyageur irascible flanqué de son servile compagnon Harris – tentent désespérément de comprendre la montagne. Ils se livrent à toutes sortes d’expériences saugrenues : faire bouillir un guide, prévenir les avalanches à l’aide d’un parapluie ou entreprendre une ascension en télescope…

Ma lecture

J’ai choisi ce livre tout à fait par hasard à la librairie parce que je cherchais un ouvrage pour le thème de la prochaine rencontre du club de lecture : Montagne et que la couverture m’a sauté aux yeux mais aussi parce que c’était l’occasion de découvrir un auteur : Mark Twain, que je n’ai jamais lu et ça j’aime….
C’est le récit du voyage que Samuel Langhorne Clemens (véritable identité de Mark Twain) accompagné de son assistant Mr Harris a entrepris en 1878 de Lucerne à Chamonix pour les raisons suivantes
L’idée m’est venue, un jour, qu’il y avait déjà pas mal d’années que le monde n’avait pas eu droit au spectacle d’un homme assez aventureux pour entreprendre un périple à pied à travers l’Europe. Convaincu, après mûre réflexion, d’être apte à offrir à l’humanité un tel spectacle, j’ai résolu de passer aux actes. (p5)
Comme vous pouvez le lire, le ton est donné…
Et les voilà partis pour une expédition dont ils sont loin d’imaginer tout ce qu’elle va leur réserver en découvertes, rencontres et péripéties. Je tiens à préciser que l’auteur est un habitué des voyages et expéditions qu’il a relatés à de nombreuses reprises comme reporter.
Quelle surprise que l’écriture de Mark Twain : espiègle, malicieuse, ironique, ce journal de bord d’un voyage en Suisse et dans les Alpes est un ensemble de chroniques sur l’aventure qu’il va vivre, relevant des défis face au Mont-Blanc et au Mont Cervin. Il porte également un regard sans complaisance sur ceux qui l’entourent, touristes, alpinistes amateurs, compatriotes, s’amusant régulièrement de leurs travers, de leurs comportements mais aussi sur lui-même.
Je dois avouer que je ne m’attendais pas du tout à cela de l’auteur des Aventures de Tom Sawyer et Huckleberry Finn mais le ton rend la lecture à la fois très agréable, loin  d’une narration factuelle d’un guide de voyage habituel tout en donnant une foule de renseignements, descriptions et ressentis. Il y a des épisodes savoureux : la difficulté de se réveiller à temps pour partir en excursions, son ascension assez « particulière » du Mont-Blanc, le son de la cloche de l’Eglise le matin, la façon dont il se joue des autres avec facétie et dérision, sa vision de ses congénères…..
Il retrace également des épisodes plus tragiques d’alpinistes ayant tenté l’aventure sur les sommets de l’Europe, donnant des détails sur les paysages assez précis sans être pesants et abstraits (j’ai vérifié l’aspect du Mont Cervin et c’est exactement comme il le décrit).
Cela m’a donné très envie de le découvrir dans ses romans, pour vérifier si le grand voyageur qu’il a été, à la fois journaliste et romancier, garde ce ton très fluide, ironique sans toutefois s’empêcher d’aborder, comme ici, les attitudes déjà en 1878, des touristes, des marchands du temple, des guides touristiques etc….., faisant de ce récit à la fois une aventure mais aussi une réflexion sur le monde qui l’entoure.
Lu pour la prochaine rencontre du Club de lecture que j’ai créé dans ma commune avec comme thème : Montagne
Traduction de Béatrice Vierne
Editions Hoëbeke – Novembre 1992 – 242 pages
Ciao