Nous aurons été vivants de Laurence Tardieu

nousauronsetevivants

Est-ce Lorette, partie il y a sept ans sans laisser la moindre trace ni mot d’explication, qui se tient, en ce matin d’avril 2017, de l’autre côté du boulevard ? Hannah, sa mère, croit un instant l’apercevoir. Peut-être a-t-elle rêvé. Mais, dès lors, plus rien ne peut se passer comme avant : violent séisme intérieur, la vision a fait rejaillir tout ce qu’elle avait tenté d’oublier.
Ce même jour, plusieurs destins, chacun lié à Hannah, voient leur existence basculer. Une journée particulière, donc, mais aussi trente ans de la vie intime d’Hannah Bauer, femme, artiste, mère, prise dans les soubresauts de son histoire familiale et de celle de l’Europe, Nous aurons été vivants est un hymne à la vie.

Pourquoi j’ai choisi ce livre

Sur les conseils de proches, qui ont des choix similaires aux miens.

Ma lecture

A travers Hannah nous entrons dans le domaine de l’intime. La disparition d’un enfant sans aucun motif, sans explication laisse la porte ouverte à tous les possibles. Après 7 ans de silence, l’apercevoir ou croire l’apercevoir sur le trottoir d’en face pendant quelques secondes lui offre la possibilité de transformer cette journée du 7 avril 2017 en une remontée des sentiments.

Lorette avait 20 ans lorsqu’elle est partie. Secrète, silencieuse mais parfois avec des accès de colère, elle a fermé la porte de l’appartement pour ne jamais revenir. Pas une lettre, pas un appel, le silence et tous ses possibles. La pire des situations, ne pas savoir. L’absence et le silence ont rempli la vie de ses proches. Essayer de comprendre, y a-t-il quelque chose à comprendre, est-on responsable, a-t-on raté une étape…..

Laurence Tardieu a divisé son roman en trois parties. Partir de cette apparition fugace qui va transformer cette journée en un voyage dans sa vie, car l’absence est toujours là, silencieuse mais présente, inexpliquée, à l’absence s’est ajouté le vide. Elle sent les souvenirs remontés, les émotions surgirent et elle décide de leur laisser la place, elle s’accorde le droit de les écouter, de les accepter.

Mais ce qu’elle finira sans doute par comprendre, et ce jour-là peut-être reviendra-t-elle, c’est que même en quittant tout on ne se quitte pas soi-même, encore moins sa propre histoire, celle d’où on vient…. (p159)

Dans la deuxième partie, Laurence Tardieu remonte le temps, explore les territoires des différents personnages, mêlant la vie de chacun à des moments marquants de mémoire collective qui ont bouleversé le monde comme leurs existences ont pu être bouleversées .

Le roman se termine sur cette journée du 7 avril 2017, qui ne sera définitivement pas une journée comme les autres, pour Hannah et pour d’autres.

Je ne m’attendais pas à être autant impliquée dans cette lecture. Laurence Tardieu provoque en nous une introspection de nos propres vies, de nos sentiments à travers ses personnages. Impossible de ne pas se sentir, à un moment ou à un autre, personnellement concerné par les flux de pensées et de conscience évoqués. Les liens familiaux, la maternité, le couple, les choix de vie, la créativité, l’amitié, l’absence, la mémoire, la mort etc.. tous ces thèmes sont abordés.

Etre honnête avec soi-même, accepter de regarder ses failles mais aussi de porter un regard indulgent sur les proches et sur nous-mêmes. Par petites touches l’autrice aborde ce qui constitue la vie mais aussi l’absence. Il y plane une douce mélancolie, un regard sur le passé impossible à changer mais à accepter, tous ces petits moments de vie qui ont construit ou détruit.

Pas de réponse, simplement un regard et un constat. Vivre et accepter ce que l’on est, ce qui construit parfois avec ses manques, avec les silences, les non-dits, avec les atavismes connus ou inconnus mais présents. On fait du mieux que l’on peut, ce sont nos vies.

Les relations entre Hannah et Lorette ont connu des hauts et des bas : rien ne vous prépare à cet état, à cette responsabilité où il faut souvent s’adapter à l’autre, s’oublier parfois. Elles fluctueront entre découverte, complicité, silence et incompréhension au rythme des vies de chacune, de leurs caractères, de leurs évolutions, de leurs ressentis. Elles ont en commun un moyen créatif d’expression mais n’arriveront pas, comme souvent, à communiquer entre elles, à vraiment se connaître.

Le silence de l’absence mais aussi les silences du passé, du présent, ce que l’on tait pour ne pas avoir encore plus mal ou pour épargner l’autre, parce que l’on ne comprend pas, parce que l’on a pas toujours les clés.

Il y a dans l’écriture de Laurence Tardieu  une douceur, qui permet d’aborder  les grands sujets de la vie, les questionnements qui peuplent nos pensées, nos vies. On ne ressort pas indemne d’une telle lecture car elle provoque en nous un flot d’émotions, de sentiments. C’est une analyse de nos vies qui, malgré tout, même si elle n’apporte pas de réponses, permet d’y porter un regard et aussi d’avoir le sentiment d’être un peu moins seul à se débattre avec ces questions sans réponse.

Longtemps la vie paraît immensément longue mais un beau matin, c’est comme si les cartes avaient été rebattues dans la nuit et que ce qui nous était soudain donné à voir, c’est que cette sensation de temps infini devant soi n’était qu’une illusion, qu’en fait la vie est très brève. Et tu vois, l’enfance reste le terreau, le vivier. (p144)

D’autres blogueuses l’ont lu Les lectures d’Antigone et Christelbouquine

Merci aux Editions Stock et à NetGalley pour cette lecture

📕📕📕📕

Editions Stock – Janvier 2019 – 166 pages

Ciao

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Ici, les femmes ne rêvent pas – Récit d’une évasion de Rana Ahmad

ici les femmes ne revent pasL’auteure raconte son parcours et sa rébellion contre l’éducation musulmane sunnite qui lui a été imposée en Arabie Saoudite. Contrainte de porter le hijab à 9 ans et le niqab à 13 ans, elle découvre le monde par la biais d’Internet puis des livres et de la science. Menacée en raison de son engagement pour les droits de l’homme et de la femme, elle se résout à quitter son pays et sa famille.

Pourquoi j’ai choisi ce livre

Lu dans le cadre du comité de lecture du réseau des bibliothèques de ma commune.

Ma lecture

Lire ce genre de récit permet de prendre conscience que, même s’il y a encore du travail à faire concernant la place des femmes dans notre pays, il est des pays où celle-ci n’est même pas existante.

Les femmes saoudiennes n’iront pas en enfer, il y a longtemps qu’elles y vivent. (p281)

Voilà une phrase, tirée d’un commentaire d’un journaliste saoudien repris par l’autrice qui résume totalement ce témoignage.

Naître fille est une malédiction qui va imprégner toute leur vie. A l’âge où une fillette ne songe qu’à jouer, à découvrir le monde qui l’entoure, et pour Rana il s’agit de le faire à bicyclette, elle va se voir confisquer cet objet de liberté et va entrer à 10 ans dans les méandres des règles et obligations qu’elle devra observer toute sa vie afin d’être une « bonne » femme saoudienne musulmane…..

Elle va devenir un objet qui sera transporté, car elle ne peut sortir qu’accompagner d’un homme, se verra maltraitée, battue et mise au silence dès qu’elle transgressera les règles. Et des règles il y en a : que ce soit des règles de vie mais aussi des règles religieuses.

Au fur et à mesure des pages, on réalise à quel point leur vie (si on peut appeler cela une vie) est entravée, brimée, annihilée….

Rana d’origine syrienne, est une jeune fille comme il en existe des millions, qui rêve de liberté, d’apprendre, d’aimer et tous ces droits auxquels chacun humain a, normalement, la légitimité, elle,  elle se les voit refuser parce que femme et musulmane. L’homme, le père, le mari, le frère ont tous les droits mais aussi, aussi surprenant que cela puisse paraître, certaines femmes qui ont tellement intégré ces règles qu’elles les appliquent implacablement, sans souci de filiation, d’amour maternel.

Sa prise de conscience des entravements qu’elle subit dans sa vie de tous les jours, des abus, des gestes, de la peur et de la violence des hommes qui l’entourent sera l’étincelle qui fera jaillir ses doutes sur la religion, sur sa vie et sa soif de liberté.

Grâce aux réseaux sociaux elle va découvrir qu’il y a un autre monde que celui qu’on lui impose, ce monde où les femmes n’ont aucune existence, aucune présence, elles ne sont que des ombres noires qui planent dans les rues surchauffées et qui doivent toujours être accompagnées d’un homme. Comment arriver à imaginer que le moindre de nos gestes, la moindre activité ou désir que nous ayons soit pour elles un parcours du combattant.

Pas de liberté, pas d’autre choix possible, elles doivent accepter, subir et se taire.

Quelle force et quel courage il faut pour endurer cela mais aussi pour  tout quitter : sa famille mais surtout, dans le cas présent, ce père tant aimé, cette mère dure, sèche et intransigeante, un frère violent et extrémiste, qui peut aller jusqu’à vouloir la tuer de ses propres mains, quitter un pays pour l’inconnu avec tous les risques que cela comporte.

Partir sans se retourner, partir  avec 200 dollars, un sac, un ordinateur, quelques adresses trouvées sur les réseaux sociaux. J’ai été étonnée mais aussi réconfortée de découvrir la solidarité et l’humanité qu’il existe et qu’elle a trouvées pour sortir du calvaire qu’elle vivait et pouvoir s’enfuir. Faire confiance, ne pas trop réfléchir parfois aux conséquences, aux risques.

Et puis il y a l’espoir, l’attente, le choix du pays où l’on va tenter de se reconstruire, de trouver enfin une liberté de vivre, de penser, d’aimer, de croire ou de ne pas croire.

Je ne pensais pas prendre autant de plaisir à la lecture de ce témoignage, je dois l’avouer mais il faut sortir de sa « zone de confort » parfois et je ne le regrette pas dans le cas présent.

Rana Ahmad livre ce témoignage avec franchise, partageant avec le lecteur ses joies, ses rêves, ses désillusions et ses espoirs, dans une écriture fluide, sans pathos, un simple constat et j’ai particulièrement apprécié son chemin de réflexion sur la religion…..

Egoïstement, on ne peut s’empêcher de penser à sa propre vie, à la chance que nous avons d’être malgré tout libres, libres de notre vie, de nos choix, de notre religion, de nos loisirs, d’aimer, simplement de pouvoir dire oui ou non.

Ce type de témoignage permet de redonner de la valeur à des actes de la vie de tous les jours,  que nous avons tellement intégrés et dont nous n’avons plus parfois conscience. Vivre libre de sortir, de parler, de prier ou pas, d’aimer ou pas, d’apprendre, de choisir…… cela n’a pas de prix et c’est ce que Rana a choisi.

📕📕📕📕

Traduit de l’allemand par Olivier Mannoni

Editions Globe – Octobre 2018 – 295 pages

Ciao

 

 

Bilan de mes lectures de Janvier 2019

BILAN

L’année commence très positivement : satisfaction de respecter mes choix, mes goûts mais j’ai aussi eu un coup de cœur pour un livre que je n’aurai peut-être pas lu de prime abord : Les Hommes couleur de ciel qui m’a complètement bouleversée, d’inclure des lectures de classiques, une biographie, de lire à mon rythme, suivant mes humeurs et finalement de faire de belles lectures.

La lecture est pour moi un espace de liberté, très important pour moi, je veux me sentir libre, sortir parfois de ma « zone de confort », plonger dans des territoires inconnus mais dont je sens qu’ils m’appellent….

J’ai lu 17 ouvrages dont 15 romans, 1 magazine et 1 roman graphique

Beaucoup de 📕📕📕📕 pour des motifs différents (écriture, originalité, émotions, construction, style) mais aussi pour avoir retrouvé l’ambiance Virginia Woolf  dans Intrigue chez Virginia Woolf ou pour un roman auto-édité Hurler sans bruit que j’ai beaucoup apprécié.

(avec un clic sur la couverture vous retrouverez la chronique correspondante)

2 COUPS DE ❤

des hommes couleur de cielDANS LES ANGLES MORTS

11 : 📕📕📕📕 (avec pour certains d’entre eux des presque coups de coeur : Les heures solaires, Mrs Hemingway, La nuit des béguines, Phalènes Fantômes, Valse hésitation)

le tour d'ecroumrs hemingwayvalse hesitationl'homme de la montagnela nuit des beguinesphalene fantomehurler sans bruitcharogneintrigue chez virginia woolfles heures solairesammerica82

3: 📕📕📕

l'ingenue libertinele fantome de la dame blanchele coeur du pelican

1 : 📕📕

les petits garcons

Je suis en train de lire

ici les femmes ne revent pasmanderley for ever

et voici quelques unes livres de ma PAL de février :

westindiancreeknousauronsetevivantsalaligneeldoradolafermedecousinejudithroissysamajestedesmouches Entre autres……

Je varie les styles, les genres, je me laisse aussi un espace pour une envie de dernière minute.

Ma PAL est toujours conséquente mais ne m’affole pas bien au contraire, elle me rassure….. J’ai des provisions…..

A bientôt de vous lire (je fais un petit tour régulièrement sur la blogosphère pour lire des billets sur des livres que j’ai lus ou survole des billets sur des lectures dont j’ai envie , pour avoir votre propre ressenti mais aussi pour découvrir et échanger avec des blogueur(se)s ayant les mêmes orientations de lecture) et n’hésitez pas à me laisser des commentaires……

Ciao

 

Les heures solaires de Carolines Caugant

les heures solairesAlors qu’elle prépare sa prochaine exposition, Billie, artiste trentenaire, parisienne, apprend la mort brutale de Louise. Sa mère, dont elle s’est tenue éloignée
si longtemps, s’est mystérieusement noyée.
Pour Billie, l’heure est venue de retourner à V., le village de son enfance.
Elle retrouve intacts l’arrière-pays méditerranéen, les collines asséchées qu’elle arpentait gamine, la rivière galopante aux échos enchanteurs et féroces, et surtout le souvenir obsédant de celle qu’elle a laissée derrière elle : Lila, l’amie éternelle, la sœur de cœur — la grande absente.
Les Heures solaires brosse le portrait de trois générations de femmes unies par les secrets d’une rivière. Y palpitent l’enfance, l’attachement à sa terre d’origine, l’impossibilité de l’oubli.
Et c’est en creusant la puissance des mémoires familiales que Caroline Caugant pose aussi cette question : les monstres engendrent-ils toujours des monstres ?

Pourquoi j’ai choisi ce livre

Comme pour Les Petits garçons de Théodore Bourdeau, pour découvrir la nouvelle ligne éditoriale de Stock, la collection Arpège.

Ma lecture

Les monstres engendrent-ils des monstres ? avait demandé Louise à Henri en dévoilant la cicatrice cachée sous ses cheveux. (p164)

Explorer les méandres des liens familiaux et, dans le cas présent, féminins, ce qui nous lie, la monstruosité se transmet-elle de génération en génération où ne sommes-nous que le fruit qui en résulte.

Comme l’eau de la rivière, les secrets enfouis se faufilent, même dans les creux les plus infimes. Ils vous habitent et habitent vos enfants. Ils dégorgent, reviennent sous une autre forme. (p165)

Billie Savy, à l’annonce du décès de sa mère, retrouvée, noyée dans la rivière qui longe le centre où elle résidait depuis plusieurs années, se retrouve confrontée à des questions sans réponse. Pourquoi sa mère a-t-elle décidé d’en finir, elle qui depuis plusieurs années n’avait plus de repères, plus de mémoire ? Pourquoi cet événement réveille-t-il en Billie des souvenirs qu’elle pensait à jamais enfouis ?

Elle avance dans le couloir et son mantra, celui qu’elle s’est récité toutes ces années – ce dont on ne parle pas n’a jamais existé -, lui apparaît d’un coup comme une erreur grotesque. Tout était là. Tout est là. Il n’y a pas d’oubli véritable. (p175)

Revenir sur les lieux de son enfance, régler les affaires courantes, vider la maison et retrouver les odeurs, les bruits, les sensations qui vont faire ressurgir Lila, son amie d’enfance, mais aussi Adèle, sa grand-mère et surtout Louise, sa mère, cette énigme.

A travers ce roman, Caroline Caugand aborde les thèmes de l’amitié mais surtout de la famille, porte-t-on les gênes du mal, de mère en fille, a-t-on tous et toutes des zones d’ombre, des actes que seule la mort pourra nous délivrer.

Des familles entières enterrées avec leurs secrets. Leur honte et leurs regrets bien à l’abri, emportés dans la tombe. Mais ces secrets sont plus bavards que ce que les vivants et les morts ont laissé de tangible. De génération en génération, ils se perpétuent dans les regards, les gestions inconscients, les silences. Et chacun à son tour en subit les répercussions. Comme l’impact du caillou à la surface de l’eau déclenche une série d’ondes. Combien sont-ils, ces héritiers, à se débattre avec ce qui a été enfoui, à essayer de mettre un nom sur ce qui les hante ? (p157)

Il y a des fardeaux lourds à porter, que la mémoire occulte ou veut occulter parfois, pour trouver une forme de bonheur. Mais les traces, les empreintes restent et vont permettre à l’héroïne de comprendre qui étaient réellement sa grand-mère mais aussi Louise, cette mère si peu chaleureuse, si différente de Suzanne, la mère de Lila.

Car finalement Billie a elle-même ses propres zones d’ombre. Dès le début du roman, Lila apparaît en filigrane, elle rôde, plane dans ses pensées. Et si tout était lié…. Sa vie actuelle n’est-elle pas une reproduction, une conséquence de son passé, de cet atavisme familial ? Sont-elles des monstres ou n’ont-elles agi que pour s’adapter, pour survivre, pour protéger ou se défendre

C’est un court roman ne distillant les événements qu’au compte-goutte, divisé en cinq parties pour retracer les parcours de ces trois femmes avec dans la dernière, La Valse à trois temps, une danse ou les trois générations vont enfin se délivrer de leur secret.

Le promeneur vogue d’un tableau à l’autre, il ne se méfie pas. Son œil découvre les espaces verdoyants, il s’attache à leur enchantement. Il ne distingue pas encore les insectes rampants qui se glissent dans la scène, les cadavres de guêpes et les corps inertes flottant sur l’eau. La mort qui rôde. (p201)

Tout au long du récit, Caroline Caugand tisse la toile mêlant souvenirs et présent, glissant les indices çà et là et même si l’on se doute que Billie trouvera, grâce à ce pèlerinage à V., les réponses qu’elle attend, qui donneront un nouveau sens à sa vie, on est bercé par l’écriture douce et poétique, où la nature tient une place prépondérante et où les émotions sont à fleur de peau.

Minuscules guerrières arpentant les collines, l’une en quête de souffle, l’autre d’amour. (p176)

C’est un récit qui se déguste au fil des mots, où l’on passe du sucré à l’amer,  qui nous fait nous interroger sur nos propres questionnements, d’où vient-on, pourquoi a-t-on parfois tel comportement, sur les souvenirs d’enfance, les ambiances de la vie de province.

📕📕📕📕

Merci à NetGalley et aux Editions Stock Arpège pour cette lecture

Editions Stock Arpège – Janvier 2019 – 204 pages

Ciao

Intrigue chez Virginia Woolf de Anne-Marie Bougret

INTRIGUE CHEZ VIRGINIA WOOLF BLOG.jpg Clara  lit dans le journal que son amant est mêlé à une histoire de meurtre et de proxénétisme.

Un comble quand on est une fervente admiratrice de Virginia Woolf et de son féminisme avant-gardiste !

Pour tirer cette faire au clair, elle entraîne sa vieille amie Sally dans une histoire qui les dépasse, à travers la région où rôde le fantôme de la célèbre romancière.

Clara parviendra-t-elle à échapper à la mafia et à réhabiliter à la fois l’honneur de son amoureux et la mémoire de son égérie ?

Pourquoi j’ai choisi de lire ce livre

Si vous me suivez régulièrement vous savez que je suis une fan de littérature anglaise et en particulier des grands noms de la littérature féminine anglaise : Les sœurs Brönté, Jane Austen, Daphné du Maurier et……. Virginia Woolf dont j’ai découvert l’œuvre assez récemment avec Un chambre (lieu) à soi dont j’ai adoré le ton, la justesse, l’analyse de la condition féminine à travers le travail d’écrivaine et l’humour. Depuis je lis régulièrement ses livres : Mrs Dalloway, Vers le Phare, Orlando, Journal d’un Ecrivain,

j’ai regardé de nombreuses fois The Hours magnifique de Michael Cunningham, les documentaires sur sa vie, ses lieux de vie etc…. Et j’ai sur mes étagères encore certains ouvrages : Les Vagues, Nuit et Jour ainsi que Je te dois tout le bonheur de ma vie de Carole d’Yvoire qui retrace le couple qu’elle formait avec Leonard. Sur les conseils de Anne-Marie Bougret j’attends la réception de la biographie de Viviane Forrester  sur laquelle elle s’est appuyée pour l’écriture de son premier roman.

Vous voyez dès qu’on parle Virginia Woolf je ne peux résister alors quand Anne-Marie Bougret m’a proposé la lecture de son roman j’ai accepté avec plaisir, en plus il est question de révélations alors……

Ma lecture

Pour un premier roman s’attaquer à cette grande figure féminine de la littérature anglaise est « culotté »….. mais je retrouve bien là l’esprit woolfien  qui influe sur ceux et celles qui l’aiment.

L’autrice (bon j’ai bien retenu la leçon sur le féminin de certaines professions … moi qui avais l’habitude de dire et d’écrire auteure…..) met dans ce récit toute son admiration pour Virginia Woolf, pour son œuvre, pour la femme, pour les causes qu’elle défendait en particulier sur la place de la femme dans la littérature mais aussi dans la vie et elle s’attache également à lui redonner une juste place dans le couple qu’elle formait avec Leonard.

Alors, vous comprenez, quand certains la traitent de snob, tout ça parce qu’elle était issue de la haute bourgeoisie intellectuelle….. Il fallait bien qu’on lui trouve des défauts. Notre monde n’aime pas les femmes clairvoyantes, intelligentes et indépendantes qui ont du succès. (p166)

L’idée de venir chambouler les idées reçues, offrir une autre option ne m’a pas dérangée. J’ai moi-même beaucoup d’interrogations sur cette femme et les thèses offertes sur son enfance, son couple, et celles  sur son suicide sont plausibles. Pourquoi pas.

Son père cultivé qui lui permettait l’accès total à sa bibliothèque, ce qui était rare à l’époque pour les femmes  – mais qui contrairement à ses fils n’autorisa jamais ses filles à aller étudier à l’université. Beaucoup trop pingre, il n’avait jamais voulu dépenser un penny pour leur éducation. Ce fut une frustration immense pour Virginia qui désirait tant apprendre. (….) Virginia était une femme gaie qui aimait la vie. Elle ne montrait jamais qu’elle était malade ou alors, si c’était le cas, elle surmontait ses crises avec humour. Elle possédait l’art de décrire les situations les plus ordinaires. Elle s’en servait pour mettre en évidence l’inacceptable rejet des femmes. Elle savait si bien déminer la bombe des apparences, dénoncer l’absurdité des hommes à se vouloir supérieurs à l’autre moitié de la population. Elle savait si bien évoquer le talent féminin annulé…..(p191)

L’intrigue autour de Bill, l’amoureux de Clara ne m’a guère passionnée mais elle n’est que le prétexte pour entrer dans l’univers de l’écrivaine.

Ce qui m’a particulièrement plu, c’est de me retrouver dans le monde de Virginia Woolf, en particulier avec Sally, cette charmante vieille dame que l’on voudrait avoir pour voisine, dans les lieux qu’elle a fréquentés , habités comme Monk’s house et son jardin

MONKS HOUSE.jpg

et quand je dis habités il faut savoir que Virginia Woolf est une autrice de sensations, de ressentis, d’observations, de flux de conscience. J’ai déambulé dans sa maison, son atelier , j’ai parcouru les allées au milieu des rosiers, afin d’y découvrir des traces d’elle et cela Anne-Marie Bougret le rend parfaitement.

Ce que j’ai trouvé intéressant c’est d’intégrer au récit les combats qu’elle a menés afin de pouvoir être éditée (et comme de mieux que d’avoir sa propre maison d’édition, la Hogarth Press) et reconnue. J’ai moi-même ressenti, dans la lecture de son journal (édité par Leonard après sa mort et sous son contrôle), l’emprise qu’avait celui-i sur son travail, sur sa vie. Quel couple était-il vraiment ?

Anne-Marie Bougret introduit dans son récit une foule de détails que je connaissais sur sa vie et j’ai lu ce roman d’une traite, retrouvant avec bonheur cette ambiance so british. Elle s’est totalement glissée dans le personnage de Clara,  elle s’est immergée avec bonheur dans cette enquête afin de rendre hommage et justice à son idole.

L’écriture est agréable, fluide, ce n’est pas une écriture woolfienne bien sûr, mais on ressent tout l’attachement de l’autrice pour son personnage. Utiliser la fiction pour mettre en évidence certains faits, certains doutes, pourquoi pas.

Si vous aimez les cottages anglais entourés de jardins resplendissants, les cups of tea, les fantômes qui peuvent y vivre, si vous aimez les intrigues, les histoires d’amour, d’amitié, les mystères mais aussi les révélations, si vous voulez en savoir un peu plus sur une femme qui est souvent décrite comme froide, inaccessible, mystérieuse je vous recommande cette lecture.

Pour la petite histoire, elle m’a conseillé de rester vigilante et critique quoi qu’il arrive, d’affûter mon esprit en lisant beaucoup, ce que j’ai fait, et de choisir de préférence de grands écrivains, si possible androgynes, comme Shakespeare, Sterne, Keats, Coleridge, Proust et bien d’autres qui faisaient un usage égal des deux aspects masculin et féminin en eux. (p206)

📕📕📕📕

Livre Auto-édité – Janvier 2019 – 372 pages

Vous pouvez vous le procurer ICI

Ciao

America N° 8 de François Busnel et les autres

america 8L’Amérique comme vous ne l’avez jamais lue :
Russel Banks
Le grand entretien.
Richard Ford
Voyage au Trumpistan.
1619 – 2019
400 ans d’esclavage.
De la race en Amérique
Jesmyn Ward
Joh Edgard Wideman
Chimamanda Nogozi Adichie
Un texte inédit de James Baldwin

Pourquoi j’ai choisi de lire ce magazine

J’ai commencé comme ça par feuilleter un numéro le 5 je crois en Juillet dernier et je suis devenue accro parce que j’y découvre la plume d’écrivains américains que je connais parfois de nom mais qu’y m’effrayaient un peu car pour moi des « monstres » de la littérature, et puis ensuite pour mieux comprendre ce pays.

Depuis l’élection de l’homme orange (je suis un peu comme Paul Auster, excusez du peu, je n’arrive plus à prononcer son nom) je suis dans l’incompréhension totale. Qu’un tel personnage est pu être élu !!!!! Alors je veux comprendre, je veux que l’on m’explique et qui peut mieux le faire que ceux qui y vivent, qui y vont et ceux qui ont écrit l’Amérique…..

Ma lecture

C’est un rendez-vous que je ne manquerai pas…. Chaque trimestre me voici plongée dans l’Amérique d’hier pour mieux découvrir celle d’aujourd’hui.

Le thème De la Race et l’image de James Baldwin qui nous regarde avec le reflet dans ses lunettes des multiples races qui constituent l’Amérique…. et comme à chaque lecture de ce magazine j’ai découvert, appris et tenté de comprendre ce  qu’était l’Amérique d’aujourd’hui.

J’ai trouvé l’édito de François Busnel particulièrement fort et juste, annonciateur d’articles éclairants.

Puis Richard Ford prend le relais pour nous faire le constat de la politique sous T. mais aussi sur la société américaine et ce qui m’a particulièrement intéressée sur la société de consommation.

Comme toujours le poisson rouge devient fou dans son bocal et laisse ensuite la parole  Russel Banks. Ce que j’aime dans ce magazine c’est qu’il me permet de découvrir les prises de position, les vies d’auteurs que je connais de nom mais que je n’ose pas toujours lire (pour moi presque des monstres sacrés…… mais je me soigne). Ce fut le cas pour John Ford et Russel Banks.

Ce dernier fait le constat du peu d’influence qu’ont les écrivains désormais sur les idées. Il n’est question, selon lui, que d’adaptations cinématographiques plus que de romans. Le pouvoir est entre les mains des médias alors qu’auparavant les romans possédaient une certaine influence. Le rêve américain ? Quel rêve américain !. Les nouvelles technologies prennent le pas sur la littérature (voir l’article dans Lire du mois de Janvier page 14 qui évoque la baisse des droits d’auteur des écrivains américains et dont une majorité vit en-dessous du seuil de pauvreté…..).

Il y a également Une histoire de l’esclavage par Thomas Srégaroff ainsi que La dernière traversée par Zora Neale Hurstor qui revient sur le traffic d’esclaves, récits que chacun de nous a déjà lu mais il est bon de revenir dessus, ne pas oublier et surtout parce que l’esclavage n’a pas disparu. Ce dernier récit avec le parcours de Cudjo Lewis, né Kossula au Dahomey embarqué sur le Clothilde, dernier bateau négrier à avoir débarqué en toute illégalité aux Etats-Unis, en 1860 est particulièrement édifiant.

Il y a également un texte inédit de James Baldwin qui évoque le Blues, ses différentes formes, ceux et celles qui l’ont interprété, vécu et comment il a raisonné aux oreilles des de tous.

John Edgar Wideman avec La ligne de démarcation évoque la visite à son frère en prison avec une introduction une phrase longue, très longue comme un cri poussé et Jesmyn Ward évoque les différentes nuances du noir, du plus pâle au plus foncé, la connaissance de ses origines, la perception que l’on peut en avoir et du choix de les accepter ou pas.

Pour une lectrice comme moi, j’ai particulièrement aimé La question raciale en 10 grandes œuvres, Le jour où je suis devenue noire de Chimamanda Ngozi Adichie, Les nouvelles couleurs de l’Amérique avec des interviews d’auteurs américains aux origines très diverses, Carson Mc Cullers avec l’histoire d’un grand livre : Le cœur est un chasseur solitaire (roman que j’ai beaucoup aimé ainsi que Frankie Addams)

Il y a également, comme dans chaque numéro, la découverte d’une des grandes villes américaines et cette fois-ci il est question de Boston et si on dit Boston on dit Urgences, la mythique série médicale.

America est une source d’informations, d’interrogations, de regards sur ce pays que l’on dit grand, qui interroge, inquiète, le rêve américain ne devient-il pas un cauchemar. Avec sa lecture je ne peux pas dire que je le comprends mieux mais au moins je tente de découvrir tout ce qui le compose, le construit à travers principalement par ceux qui en sont les voix mais aussi ce que ce pays devient derrière le mythe.

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Les Editions America – Janvier 2019 – 194 pages

Ciao

Charogne de Borris et Benoit Vidal

charogneDans ce petit village des Pyrénées, le curé ne viendra plus célébrer l’office, tant que l’église ne sera pas réparée. Monter jusqu’à mi-pente pour les grands événements, il veut bien, mais pas plus loin ! Malheureusement, Joseph, le maire, homme bienfaiteur et aimé de tous, meurt brutalement. Il va falloir descendre le cercueil à dos d’hommes pour une dernière bénédiction en suivant un chemin de montagne escarpé. Et ça ne sera pas une partie de plaisir car, en plus du poids du mort, le cortège funèbre trimballe son lot de rancœurs familiales et de lourds secrets. Pour finir, les éléments s’en mêlent et la tension déjà palpable devient électrique lorsque l’orage survient. Le dernier voyage de Joseph pourrait bien être aussi le leur…

Pourquoi j’ai choisi ce livre

Envie de faire une petite pause entre les romans que je lis et ce roman graphique a été présenté lors d’un speed booking organisé tous les 2 mois environ par la bibliothèque de ma commune. Le côté sombre, le résumé présenté, les illustrations et surtout ce qui se cache derrière les apparences m’ont attirée.

Ma lecture

Il m’a fallu deux lectures pour bien m’imprégner du climat de ce roman graphique car à la fin de la première j’avais le sentiment de n’avoir pas compris toutes les subtilités du scénario. Les illustrations m’ont profondément impressionnée par la rudesse des traits, la noirceur de l’ambiance, ces visages dessinés à coup de serpe crayon, expressifs, des tons gris, noir, jaunasses tout en dégradés, délavés….

Je reprends le lendemain l’ouvrage pour une deuxième lecture m’attachant plus à la narration et aux dialogues, au fond de l’histoire et là je prends une claque, car je m’étais totalement fourvoyée. Je ne  veux rien dévoiler ( car je n’aime qu’on me dévoile la fin d’un récit  alors je l’applique également) mais ce qu’il en sort c’est une vision d’événements totalement fausse, ne jamais se fier aux apparences, la confiance est parfois mal placée.

Dans ce village de l’Aude en 1864, coupé du monde, isolé, dévasté par le choléra dans le passé, le maire, comme dans beaucoup de communes, est une figure marquante, respectée et quand il décède il faut trouver des volontaires pour parcourir le chemin à flanc de montagnes afin que le curé puisse le bénir avant de le porter en terre. Peu de volontaires, il faut dire que le choléra a décimé les habitants, et puis il y a à faire, les moissons etc… mais tout de même, c’est le maire et il faut lui rendre ce dernier service pour tout ce qu’il a donné à la commune.

Comme dans tous ces petits villages il y a des jalousies, de la haine parfois (sans toujours en connaître l’origine), des préjugés. On s’aime ou on se déteste sans trop savoir pourquoi et il suffit parfois de peu de choses pour se découvrir sous un autre jour.

Et le chemin va être long et rude, les éléments vont être contre eux : orage, pluie, faune, nuit et puis le cercueil est lourd, les odeurs se répandent….. Les quatre hommes porteurs vont en profiter pour régler certains comptes, avouer certaines choses. Motus, le muet, lui ne dit rien mais écoute et va devenir la voix de la vérité…..

J’ai eu un peu de mal à me situer par rapport aux différents personnages, familles ainsi que les événements dont il est question, d’où la nécessité de la deuxième lecture, reprendre la chronologie des faits, mais au final quand on saisit le sens et la « morale » de cet procession funèbre, on est glacé.

Ce n’est pas mon style d’illustrations préféré mais elles sont tout à fait en adéquation avec l’histoire, le thème. Elles rendent tout à fait le climat de l’histoire, la rudesse des situations.

J’aime (je le dis et le redis) quand un ou des auteurs m’emmène sur un chemin et bifurquent vers un autre. Je n’ai pu m’empêcher de penser à La Loterie que j’avais lu il y a quelques temps….

Merci à ma bibliothèque de l’avoir mis en avant car de moi-même je ne sais pas si je l’aurai lu. Charogne, le titre résume au final totalement ce roman graphique !

CHAROGNE 2.jpg

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Editions Glénat/Treize étrange – 158 pages – Juin 2018

Ciao

Les petits garçons de Théodore Bourdeau

C’est l’histoire de deux amis qui traversent ensemble l’enfance, puis l’adolescence, et qui atterrissent à l’âge adulte le coeur entaillé.

les petits garcons

C’est l’histoire d’un jeune homme maladroit, le narrateur, un peu trop tendre pour la brutalité du monde, mais prêt pour ses plaisirs.
C’est l’histoire d’un parcours fulgurant, celui de son ami Grégoire, et des obstacles qui l’attendent.

C’est aussi l’histoire d’une société affolée par les nouveaux visages de la violence.
C’est enfin une histoire de pouvoir, de déboires et d’amour.
Mais avant tout, c’est l’histoire de deux petits garçons.

 

Pourquoi j’ai choisi ce livre

Un nouveau département chez Stock dédié aux romans d’apprentissages, aux fresques familiales, aux épopées et romans noirs…… J’ai envie de découvrir. J’aime la couverture, j’ai lu ici ou là quelques avis qui m’inspirent.

Ma lecture

Théodore Bourdeau nous retrace le parcours du narrateur (jamais nommé mais en lisant sa biographie après la fin de ma lecture, j’y retrouve les principales étapes de celui-ci…..) de son enfance à l’âge adulte, son amitié avec Grégoire que tout oppose mais que finalement tout rapproche et les différentes étapes qui l’ont menées à son métier de journaliste.

L’auteur porte un regard tendre sur sa prime jeunesse, l’école, les rapports aux autres, pour lui l’enfant né heureux (c’est ainsi qu’il débute et fini son récit), la difficulté de se lier (à lire ce genre de roman d’apprentissage je me rends compte que tous les auteur(e)s ont  eu des difficultés à se lier dans leur jeunesse, voire leur adolescence !) à part avec Grégoire qu’un incident de guimauves va rapprocher.

Même adolescent et adulte, l’intégration n’est pas facile d’autant plus quand votre meilleur ami est brillant, tout lui réussit mais au prix d’un travail et d’une motivation sans faille. Le reflet que lui renvoie Grégoire est celui d’une vie parfaite : études, travail, amour tout est prévu, réglé, huilé mais est-il finalement heureux ?

Pour le narrateur le chemin sera semé d’embûches, de petits stages en rencontres féminines d’un soir ou plus, fortement imprégné par l’actualité et en particulier les attentats qui ont bouleversé le monde.

Même si je n’ai rien reproché à l’écriture qui est fluide, même si le récit est bien construit, mais se lançant sur plusieurs pistes sans jamais aller jusqu’au bout,  je n’ai eu que très peu d’intérêt pour le personnage. J’ai eu le sentiment de lire un récit déjà lu, assez pessimiste sur les rapports humains (mais cela est peut-être dû au milieu journalistique, à l’égo surdimensionné) mais confiant malgré tout, jamais désespéré (et pourtant) avec des situations assez stéréotypées, une lecture n’apportant rien de nouveau.

A l’opposé de Grégoire, le narrateur ne croit pas en lui, en ses capacités, influençable et regarde plus la réussite des autres qu’il ne se donne les moyens de réussir.

C’était difficile de se retrouver comme çà entre anciens camarades, aujourd’hui concurrents. On se comparait, on craignait la déception dans le regard de l’autre, on tentait de camoufler la jalousie dans le sien, tout en jouant l’intérêt faux pour autrui qui sert seulement à se jauger soi-même. (p184)

Que ce soit pour le milieu de la presse (écrite ou orale) ou politique, on reconnaît parfaitement ce que l’on sait et imagine, assez caricaturaux finalement.

J’ai eu le sentiment de nombreuses redites (le groupe le plus triste du monde….), de longueurs qui n’apportaient rien au récit, j’attendais le moment d’un rebondissement, de quelque chose qui allait le différencier d’autres romans d’apprentissage.

Tout est un peu trop prévisible : milieux sociaux opposés des deux amis, conflits et jalousies au sein des rédactions, magouilles politiques etc….., bref rien de bien nouveau. Une vie parmi d’autres, un premier roman où l’auteur a choisi de se mettre en scène n’ayant pas d’autre sujet à traiter que lui-même, mais qui devrait peut-être s’orienter vers un thème plus créatif, fictionnel, qui mettrait son écriture et son style plus en valeur.

Merci à NetGalleyFrance et aux Editions Stock Arpege pour cette lecture

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Editions Stock Arpège  214 pages – Janvier 2019

Ciao

 

Hurler sans bruit de Valérie Van Oost

hurler sans bruit

Alex, Isabelle, Marine. Trois femmes, trois amies. Ensemble, elles ont connu des drames, affronté des obstacles. Mais tout ne se partage pas, même avec ses meilleures amies. Certains secrets sont gardés, enfouis. Jusqu’au jour où l’on vient les déterrer. Ainsi, quand Jeanne, la fille d’Alex, se trouve confrontée à un choix difficile, les trois amies tombent le masque. Leur amitié sera-t-elle assez forte pour surmonter les révélations ? Au travers de ses trois héroïnes, l’auteur nous dresse le portrait des femmes d’aujourd’hui, des enjeux que sont pour elles la carrière, la maternité et la vie de couple. Une histoire poignante sur la résilience au féminin.

Pourquoi j’ai choisi ce livre

Il m’arrive d’être contacté par des auteur(e)s me proposant une lecture de leur ouvrage et lorsque le sujet m’intéresse, me touche ou m’interpelle j’accepte volontiers en précisant à chaque fois que ma chronique sera toujours faite en toute honnêteté et qu’il me faut parfois un peu de temps because ma PAL….

Ma lecture

Elles se connaissent depuis plus de 20 ans, elles ont partagé leurs joies mais aussi leurs peines, mais ce sont-elles tout dit ? Peut-on être amies, être très différentes et s’apprécier pour ce qu’elles sont ? Elles acceptent leurs différences et elles ont un profond respect de chacune….. C’est une histoire de femmes, d’amour, d’amitié, de maternité c’est l’histoire de vies.

Alex est journaliste, Marine est avocate et Isabelle travaille dans les relations humaines qui n’ont plus rien d’humaines. Elles ont partagé les bancs de la fac et ne se sont jamais quittées, malgré les aléas de la vie, les distances, elles ont toujours répondu présent à l’appel de l’une ou de l’autre.

L’auteure nous fait entrer dans ce cercle amical au moment du mi-temps de leurs vies, quand la fille d’Alex, Jeanne, doit faire ses propres choix et va être le déclencheur d’une mise à plat de tout ce qu’elles ne sont pas dit, tout ce qu’elles n’ont pas voulu dire, ce qu’elles ont préféré taire.

Elle se souvient du tourbillon de vie sociale dans lequel Stéphane s’était engouffré, alors qu’elle avait d’abord eu besoin de se mettre en retrait n’acceptant auprès d’elle que les plus proches. Il sortait quand elle avait besoin de rester à la maison. Il tentait d’éloigner la douleur, alors qu’elle voulait la traverser au point d’arrêter les antidépresseurs prescris d’office par son médecin, il lui était insupportable de ne rien ressentir. Elle voulait reconstruire sur les décombres, il recherchait d’autres fondations. (p105)

On passe de l’une à l’autre et l’on peut retrouver dans chacune d’elle des moments, des pensées qui ont traversé notre vie, en tant que femmes,  concernant le couple, la maternité, la vie, la façon d’affronter des moments cruciaux, difficiles, les choix que l’on fait. Couple, divorce, deuil, maternité, éducation, travail tout ce qui constitue l’existence d’une femme y est évoqué, dans un style très direct, fluide, journalistique  (même si j’ai eu une ou deux difficultés avec la construction de certaines phrases et parfois à me resituer par rapport aux personnages et événements).

C’est un court roman vivant, actuel, moderne, mais profond dans les thèmes abordés, très vrai et finalement très proche de ce que l’on voudrait trouver dans toute relation amicale. On entre dans leur cercle, on prend possession, le temps de la lecture, de leurs vies, on s’attache peut-être plus à l’une ou l’autre car on retrouve en elle des similitudes avec sa propre existence mais sans voyeurisme, simplement en témoin d’une vie.

Il y a des pointes d’humour :

Les avocats sont misogynes, ils aiment bien porter la robe mais ils préfèrent qu’il y ait des couilles dessous. (p102)

mais il y a également un regard très réaliste, très pertinent sur le couple, la maternité et les options que chacun et chacune prend pour parcourir le chemin de sa vie

A l’écoute de Stéphane, Alex avait perçu qu’ils étaient comme deux lignes parallèles. Leurs traces, éloignées, se suivaient sans jamais se rejoindre, pourtant chaque chemin était acceptable. (p115)

Plusieurs choix s’offrent, chacune a fait les siens, ni bons, ni mauvais, ce sont ses choix.

J’ai beaucoup aimé ce roman, je l’ai lu en une après-midi, je me suis immiscée dans ce trio et je m’y suis reconnue, j’ai même parfois, je l’avoue, envié la relation qui les lie, malgré les écueils que le destin place sur leurs chemins, malgré les distances, malgré les vies si différentes mais qui font peut-être la richesse de leur amitié.

Elles ont su garder leur jardin secret, ne révéler qu’au moment opportun les épreuves qu’elles ont traversées, en bon petit soldat mais toujours dans le but d’aider, d’expliquer, de comprendre.

Il n’y a pas de misérabilisme, pas de jugement, pas de morale, c’est un roman qui nous parle des femmes de notre époque, aux multiples casquettes, mais c’est surtout un récit d’amitié, d’une belle et formidable amitié.

– Est-ce que j’ai été égoïste à l’époque ? est-ce que tu l’es maintenant ? L’égoïsme c’et facile, ce genre de situation ne l’est pas. Personne ne peut te juger, lui avait répondu Isabelle. (p121)

Je suis contente d’avoir lu ce roman auto-édité, comme quoi il y a des petites perles, il est tombé à point nommé dans mes lectures, il m’a émue, interrogée sur mon propre parcours, en tant que femme je m’y suis retrouvée et parfois comprise.

Je remercie Valérie Van Oost de si bien parler de nous et je l’encourage à continuer son travail d’écriture.

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Edition Librinova – Novembre 2018 – 127 pages

Ciao

Phalène fantôme de Michèle Forbes

phalene fantome

Belfast, 1969 : tension dans les rues, trouble dans les âmes. De loin, Katherine a tout d’une femme comblée. Trois petites filles, un bébé adorable, un mari valeureux, George,

ingénieur et pompier volontaire. Seulement, Katherine a un passé… En 1949, chanteuse lyrique amateur, passionnée par son rôle de Carmen, elle fait la connaissance de Tom, jeune tailleur chargé de lui confectionner son costume de scène. Le coup de foudre est immédiat, mais elle est déjà fiancée à George et la double vie a un prix. Vingt ans après le drame qui a décidé de son destin, Katherine ne parvient plus à garder ses émotions sous cloche. Au moment où sa ville se déchire, où certains de ses voisins protestants la regardent d’un mauvais ?il, où ses filles grandissent et se mettent à poser des questions, elle sent son corps la lâcher. Fatigue, douleur lancinante dans le dos, le verdict est implacable. Talonnée par le temps, Katherine doit affronter les zones d’ombre de son passé. Exploration de la mémoire, de l’enfance, de l’amour illicite et de la perte, Phalène fantôme dépeint des morceaux de vie ordinaire qui ouvrent sur de riches paysages intérieurs.

Pourquoi j’ai choisi ce livre

J’ai très peu lu de littérature irlandaise, peu ou pas qui se déroule pendant la période troublée des conflits religieux. Le titre Phalène fantôme promet une lecture légère, poétique. Un premier roman m’intéresse toujours (le plaisir de la découverte).

Ma lecture

Katherine, à la suite d’un incident où elle a eu le sentiment de se noyer, va se replonger dans ses souvenirs. Articulé, pour une grande partie, entre deux périodes de sa vie, ce roman est l’évocation d’une vie de femme dans le Belfast de 1949 et celui de 1969 mais aussi du climat qui régnait pendant les émeutes entre communautés religieuses.

Et tu sais quoi, ma puce, une nuit, un essaim entier est arrivé ; un essaim entier de phalènes d’un blanc pur qui m’a recouverte de la tête aux pieds. Je n’en revenais pas. Je me rappelle avoir pensé : voilà ce qu’on doit ressentir quand on est au ciel. (…)Mais mon père avait dit que je devais être qu’un de très spécial pour qu’il soit arrivé une chose comme ça, que j’aie pu voir tant de papillons, qu’ils m’aient recouvert le corps de cette façon-là. Il les avait appelés des « phalènes fantômes ». Il m’avait expliqué que, pour certains, les phalènes fantômes étaient les âmes des morts qui attendaient d’être capturées, mais que, pour d’autre, c’étaient simplement des papillons de nuit. (p63)

Mère de quatre enfants, mariée à George qu’elle connait depuis son adolescence, Katherine a gardé en elle le tendre souvenir de sa relation en 1949 avec Tom, le tailleur qui lui avait confectionné son costume de Carmen, lors de la représentation de cet opéra où elle tenait le rôle principal. Un coup de foudre immédiat, une relation douce et passionnée, fusionnelle, sensuelle.

Il sait faire jaillir le merveilleux de l’ordinaire, songea-t-elle. Voilà son talent. Le cadeau qu’il me fait. (p156)

Mais amour et raison ne vont pas toujours de pair et même si elle est attachée à George et ses enfants, elle a gardé une tendresse pour ce jeune homme qui mettait dans l’essayage d’un costume toute une sensualité dont Michèle Forbes a le talent de restituer.

« D’abord je vais passer la roulette à tracer sur les lignes du patron en papier. La roulette ne fera aucun bruit lorsqu’elle suivra, docile, le délicat mouvement de mon bras autour de ta silhouette ». (…) « Je découperai le tissu, qui sera maintenu à plat par les poids que j’aurai posés dessus. mes ciseaux trancheront sans effort la soie saumon et la satinette jaune citron ainsi que la laine bouclette mandarine et cerise…Leurs lames sont indécemment aiguisées, l’étole cédera avec facilité. » Ses doigts en éventail sur sa cuisse, atteignirent son genou. « Puis je draperai le corsage grossièrement assemblé autour du mannequin, en resserrant bien le vêtement sur le devant au niveau de la taille. » Il passa sa main sous sa jupe, lui écartant les jambes pour les ouvrir un peu. « Je rapprocherai les bords bruts du tissu et je les épinglerai pour former une couture, puis j’entaillerai si nécessaire les emmanchures, comme un chirurgien inciserait un lambeau de peau. » Sa main remontait sur la face intérieure de sa cuisse frottant contre ses bas. « Puis je poserai sur les coutures un extrafort en taffetas. Quand j’aplatirai les coutures sous la semelle du fer brûlant, je respirerai à pleins poumons l’odeur du tissu neuf et j’imaginerai le parfum délicieux que lui donnera la chaleur de ton corps. » Lentement, il retira sa main de sous la jupe de Katherine pour la faire pivoter vers lui, et se plaça délicatement au-dessus d’elle…..(p107)

(et je ne vous mets qu’un extrait car il y a trois pages sublimes)….., celui qui faisait d’une promenade près de la rivière un moment enchanté, illuminé par des tortillons de papier, celui rendait chaque moment inoubliable.

Il n’y a pas de regrets, de remords, de rancune : Katherine a fait des choix, elle aime sa vie, son mari, ses enfants, mais ne peut oublier et ne veut pas oublier celui qui avait fait battre son cœur, celui pour lequel elle pouvait dissimuler, mentir, celui qui l’a révélée comme femme.

Katherine, la narratrice pour une grande part du récit, nous évoque les deux périodes avec un style très poétique, très imagé mais sans lourdeur ni longueur. Je n’ai pu m’empêcher de penser à l’écriture de Virginia Woolf, dans la promenade au phare par exemple. C’est une écriture de visions, de sensations, de sentiments, de vie. Ce roman est une tranche de vie féminine, avec ses joies, ses peines, son quotidien fait de petites gestes, des enfants et de leurs jeux,  dans un pays où pendant des années catholiques et protestants se sont affrontés, où la violence surgissait même au coin de la rue.

Puis dans la dernière partie du roman, lorsque les voiles vont se lever, quand la quiétude de la maison va être envahie par un ennemi sournois, la tristesse va remplacer la douceur mais renforcer les liens qui les unissent.

L’auteure glisse ça et là la violence du conflit religieux par l’intermédiaire en autre de George, pompier volontaire qui ramène la réalité du monde qui les entoure. dans l’univers de Katherine qu’elle veut gai et doux et que l’on sent régulièrement flottée entre deux eaux, deux sensations, deux pensées,

J’ai très vite trouvé dans ce livre un climat, un rythme qui me convenait. J’ai aimé l’écriture légère mais très détaillée. Michèle Forbes dès les premières pages pose le décor avec grâce, délicatement. Je me suis complètement immergée dans sa vie, je l’ai suivie jeune, amoureuse, insouciante, ne pensant qu’au bonheur de retrouver le tailleur de son cœur, oubliant ses engagements pour ne penser qu’à être près de lui, mais aussi, plus tard dans son quotidien de mère de famille, douce et attentive.

Pendant le brossage des dents, elles entonnent tout à tour des cantiques, la bouche pleine de mousse. Dans la salle de bains, serrées autour du lavabo, elles se donnent des coups de coude tout en chantant. Leurs crachotement à la gloire de Dieu les font glousser. Elles avalent trop vite, s’étouffent et gloussent de plus belle. Avec leur brosse, ells font aller et venir les mots sacrés dans leur bouche jusqu’à ce que leurs dents soient aussi propres que leur  âme devrait l’être. Elles recrachent dans le lavabo et regardent leurs péchés véniels, leurs paroles de colère, leurs pieux mensonges, leurs petites méchancetés, toutes ces choses anodines qui font d’elles ce qu’elles sont, disparaître dans la vidange en tourbillonnant Les voilà sanctifiées en toute frivolité, leurs langues maintenant sucrées et mentholées. (p133)

C’est l’histoire d’un amour, enfin de deux amours, comme il peut en exister bien d’autres, avec ses joies et ses drames, mais grâce à la plume de Michèle Forbes, il devient une œuvre à part, différente, hors du temps, une sorte de petit bijou de poésie, de tendresse que l’on savoure comme un bonbon acidulé même si celui a parfois un goût amer.

C’est l’histoire d’une famille unie, dans sa vie de tous les jours, un havre de paix, comme l’est leur maison, malgré la haine et l’intolérance qui surgit parfois,  unique foyer catholique dans une rue protestante, c’est l’histoire d’une femme confronté à son passé, son présent et à son futur.

Il est très difficile de rendre compte de toute la beauté de cette écriture, ciselée, délicate. Il faut aimer se plonger dans l’univers que l’auteure nous propose, se laisser bercer par les mots, accepter qu’il ne soit question que de sentiments, de ressentis, de petits moments de bonheur, de moments plus sombres.

Merci aux Edtions La Table Ronde pour cette lecture

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Traduction de Anouk Neuhoff

Editions La Table Ronde – Janvier 2019 – 360 pages

Ciao