Les Ardents de Nadine Ribault

LES ARDENTS

Fin du XIème siècle, dans la région des Flandres maritimes, une femme à la poigne de fer, règne sur le château de Gisphild. Isentraud est son nom : elle n’hésite pas à employer tous les moyens, torture et mise à mort comprises, pour que son domaine garde sa splendeur. Mais ce qu’elle veut surtout c’est régner en maîtresse absolue de son domaine…..

 

Au squelette d’autrui, Isentraud, dame de Gisphild, être sans pitié, aiguisait ses canines. Au cœur faible, elle opposait le mur de son mépris. A l’esprit retors, elle réservait la torture puis une cellule sombre jusqu’à ce que mort s’ensuive. Au fauteur de troubles, elle désignait la place publique où le spectacle d’une pendaison ou d’une roue rappelait l’intérêt et suscitait le goût de la soumission.(p9)

Même son fils Arbogast plie sous ses injonctions : il est contraint d’enfermer et d’affamer sa jeune femme, Goda, pour répondre aux attentes de sa mère qui se veut être seule femme influente dans le royaume. Autour d’eux gravitent Sire Bruni, l’ami d’Arbogast, vaillant chevalier qui va s’éprendre d’Abrielle, une jeune femme savante en plantes et connaissances de la nature. Mais Goda est bonne et va s’attirer, par ses bontés, la sympathie du peuple et cela Isentraud ne peut le supporter.

Confrontation entre le pouvoir de la bonté et celui de la peur, Isentraud n’aura de cesse d’éliminer sa rivale, celle-ci ayant trouvé en Abrielle une amie et alliée. Chacun aura des choix à faire,  mais la révolte gronde car plane également dans le pays un autre mal, celui des Ardents, rongeant âmes et corps, emportant les plus faibles.

Ceux qui avaient attrapé cette maladie, un beau matin, sombraient dans la mélancolie et l’accablement. Ils voyaient la première tache sur un membre qui s’étendait, noirâtre, brûlante et puante. Ils cessaient de sentir le bout de leurs doigts et entendaient des voix. La gangrène s’installait. Ils sentaient la chaleur les cuire et l’étisie s’annonçant, leur peau commençait à partir. (p92)

A la manière d’une légende moyenâgeuse, Nadine Ribault nous conte une histoire d’amour, d’amitié, de pouvoir et de guerre où les êtres comme les corps s’enflamment, se détruisent et se mêlent à la nature omniprésente tout au long du récit.

(…) tu négliges aussi qu’être au pouvoir, c’est veiller à un si subtil équilibre qu’un grain de poussière suffit à le rompre. Il n’est pas facile de régner. Il faut surveiller, espionner, douter de tous et tuer et tuer encore. Voir mourir satisfait mon œil le plus souvent, mais il arrive , parfois, que devoir tuer soit fatigant. Or, on ne peut régner sans tuer. Ta révolte n’entraînera pas ce que tu crois, certainement pas la fin de qui tu crois, mais d’autres, plus proches, indispensables (p188)

Avec une écriture très poétique, riche en détails, l’auteure évoque et mêle ce qui ronge un pays et les âmes humaines. Les phrases sont parfois longues, énumérant un à un les éléments qui peuplent les alentours, c’est parfois déroutant, parfois sidérant de poésie :

Au loin, le long corps de la mer brillait d’un flot de soleil couchant, métallique, aveuglant et devant de soleil qui penchait de fatigue, des barques effleuraient l’eau de leurs coques ventrues. Une jonchée d’oiseaux s’envolait. Vague par vague, au jusant, la mer s’épluchait et les euphorbes que cueillait parfois la jeune fille dans les dunes, fleurissaient.(p190)

mais elles « collent » parfaitement au récit m’évoquant parfois les chansons de gestes colportées de village en village par les troubadours.

C’est une histoire d’hommes mais aussi et surtout des femmes, de leurs pouvoirs et leurs sacrifices, leur force mais aussi leur douleur :

Bienheureuse en effet, celle qui a eu faim, soif, celle que l’on a fait souffrir, bienheureuse, oui, celle qui a crevé et caché son tourment, ses larmes, sa douleur pour éviter à autrui certains désagréments.(…)Car, si vous voulez le savoir, notre jeune dame ne devrait pas être pleurée comme vous le faites, mécréants ! Vous devriez danser au pied de sa couche. Car, au lieu de se protéger, elle a œuvré à disparaître. (p151)

Il faut se laisser porter par le flux de l’histoire de temps lointains mais facilement transposable tant elle évoque les tragédies qu’ont suscité les luttes de pouvoir, quand l’amour est impossible face à l’honneur, l’obéissance et au respect des convictions, avec ici et là des scènes qui m’ont fait pensé à une sorte de comedia del arte avec le personnage de Inis, sorte de bouffon des bois.

Il m’a fallu un peu de temps pour accepter l’univers, le rythme des mots, peu habituée à ce style d’écriture et de récit mais j’y ai pris plaisir. Je n’ai eu ensuite aucun mal à m’immerger dans ce terrible pays où vous êtes face à des menaces de toutes sortes  mais où la nature et les éléments jouent un rôle important.

Définition du Mal des Ardents : « Le Feu-Saint-Antoine, le Feu Sacré ou le Mal des Ardents , noms divers donnés à des épidémies dûes à l’ingestion, le plus souvent en temps de disette, de farines contaminées par l’ergot du seigle. … C’est un toxique responsable au cours des temps de nombreuses épidémies.

Résumé

A la fin du XIème siècle, dans les Flandres maritimes, Isentraud tient d’une main de fer le château de Gisphild et ses sujets. Poussé par cette dernière, son fils Arbogast ne voue plus, en raison de ses origines étrangères, que haine à sa jeune épouse Goda et la condamne à l’isolement. Insidieusement, le mal des Ardents, que rien ne semble pouvoir ralentir, envahit la région. D’une légende médiévale, Nadine Ribault fait un rêve enfiévré où la description de chaque sensation, chaque lieu, chaque sentiment invite à retrouver son écriture ciselée. Le lecteur plonge dans l’ardeur de l’histoire amoureuse qui, mêlée à celle des guerres, sur fond de siècle lointaine, a tout à voir avec notre époque.

Editions Le mot et le reste – Septembre 2019 – 212 pages

Ciao

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Best love Rosie de Nuala O’Faolain

Résumé

BEST LOVE ROSIEDans ce roman lumineux, Nuala O’Faolain met en scène une femme généreuse, tourmentée et attachante, qui fait siennes toutes les interrogations de l’écrivain. Best love Rosie est un grand livre sur l’âge, la solitude, l’exil, le sentiment maternel et les chimères de l’amour.
Après avoir vécu et travaillé dans le monde entier, Rosie décide de rentrer à Dublin pour s’occuper de Min, la vieille tante qui l’a élevée. Rien n’a changé dans le quartier populaire où elle a grandi, et la cohabitation avec Min, dépressive et alcoolique, n’a rien d’exaltant. En feuilletant pour sa tante des ouvrages de développement personnel, l’idée vient à Rosie de s’occuper utilement en rédigeant un manuel pour les plus de cinquante ans. Sa seule relation dans l’édition vivant aux États-Unis, elle se frottera, non sans heurts, au marché américain…
Le roman s’emballe quand Rosie voit débarquer à New York la tante Min, qu’elle avait laissée, le temps d’un aller-retour, dans une maison de repos. La vieille dame est galva nisée par sa découverte de l’Amérique: elle se fait des amies, trouve un travail, et pour rien au monde ne voudrait renouer avec son ancienne vie. Encore moins pour reprendre possession de la maison de son enfance, que l’armée veut lui restituer. Rosie, elle, tombe amoureuse de ce lieu magique de la côte irlandaise, et va, dans une osmose avec la nature enchanteresse et les animaux qu’elle adopte, s’y laisser pousser des racines.

Ma lecture

Pour tout être humain, homme ou femme, je pense qu’il y a, souvent au mi-temps de son existence, un regard sur sa vie passée, sur son présent et sur ce qu’il veut faire dans le futur…… Bien des livres, guides ont été publiés donnant les méthodes pour réussir ce nouveau défi : être heureux, apaisé et serein quand le corps n’a plus les attraits de la jeunesse, quand le temps qui reste pointe son nez et qu’il semble que le meilleur soit passé.

Nuala O’Faolain a choisi la forme du roman pour nous parler de ce moment de la vie avec un personnage, Rosie, qui a bourlingué jusqu’à maintenant, que ce soit dans sa vie sentimentale ou professionnelle, passant d’une histoire d’amour à une autre, d’un travail en bibliothèque à celui de documentaliste pour l’Union Européenne. A 57 ans, elle décide de revenir à Kilbride, ville de son enfance en Irlande, aux racines de son existence en venant vivre auprès de sa tante, Min, qui l’a élevée alors qu’elle n’avait que 15 ans après le décès de sa sœur et mère de Rosie.

Ce retour aux sources va être l’occasion de découvrir que la vie ne s’arrête pas, qu’il est possible de vivre encore ses rêves même si l’un d’eux, pour Min, est l’occasion d’un road-trip à travers les Etats-Unis, parfois en toute illégalité. Je vous assure que cette femme est incroyable…..

Ce roman publié en 2008, peut-être un peu en avance sur tous les guides au ton assez professoral (mais malgré tout bienveillant) sur comment réussir sa vie, les fameux feel good, se penche sur cette fameuse crise de la cinquantaine. Utilisant  les flashbacks de l’héroïne pour en tirer les leçons et lui permettre d’avancer, l’auteure nous plonge dans une vie de quartier, où tout le monde se connaît et sait tout de tout le monde.

Je suis assez partagée sur cette lecture….. Il y a de très beaux moments en particulier quand Nuola O’Faolain s’interroge à travers Rosie sur l’existence d’une femme d’âge mûr, psychiquement et physiquement à l’approche de la soixantaine, quand une partie de sa vie est derrière soi, que les doutes s’installent sur les choix et orientations choisis, sur le cheminement des pensées de son héroïne sur son devenir et sur sa quête d’un autre ailleurs mais j’ai trouvé que le roman s’étirait beaucoup, trop pour moi, tournant un peu toujours sur les mêmes scènes, questionnements et événements. Et puis c’est assez convenu et prévisible…..

Les personnages sont tous plus ou moins à la recherche du bonheur (mais comment ne pas l’être) , il y a les amis d’enfance et l’incontournable meilleur ami homosexuel, Markey, à qui l’on peut tout demander, l’amoureux que l’on croyait perdu et qui refait surface mais surtout, et en cela elle m’a convaincue, c’est sa découverte que le bonheur se trouve peut-être pas à l’autre bout du monde, dans le luxe ou la frénésie, mais qu’il est peut-être là tout près, dans l’inconfort et la nature. Chacun sa quête, il n’y a pas de recette miracle, il faut simple s’écouter et voir.

Tout à l’heure, si elle était de bonne humeur, Bell (la chatte) se blottirait contre moi dans le lit et je lui en saurais gré. Les animaux sont à l’opposé du vide froid – ils sont denses, chauds et singuliers et ne cherchent pas de réponses parce qu’il ne savent pas qu’il y a des questions. (p155)

L’écriture est agréable, vivante, composée de nombreux dialogues, d’échanges de mails entre Rosie et Markey,  les péripéties de Min offrant des leçons de vie à Rosie et lui prouvant que quelque soit l’âge rien n’est jamais fini, mais c’est aussi une vraie réflexion sur l’âge et le corps quand les années les plus belles sont soi-disant derrière soi.

De minute en minute, je devinais à son comportement si elle m’aimait, ou me chérissait, ou n’avait que faire de moi. C’était physique. Ce n’était pas juste sa façon de me toucher, mais aussi sa respiration, la rapidité de ses gestes, la légèreté ou la pesanteur de sa voie. Tout était signe. (p157)

N’étant pas lectrice de littérature feel good mais ayant malgré tout lu ici ou là toujours les mêmes injonctions, qui semblent tellement simples dans les mots mais pas toujours faciles à mettre en œuvre, j’ai malgré tout aimé le choix de la construction romancée pour édicter ces règles qui mènent au bonheur . Une lecture somme toute positive mais pour amatrice (eur) du genre.

Traduction de Judith Roze

Editions Sabine Wespieser – Août 2008 – 528 pages

Ciao

Bilan de mes lectures d’Août 2019

BILAN AOUT

 Quand août est bon, abondance est en maison. 

Joli mois d’Août sur tous les plans, que du bonheur et de la chaleur……

Donc maintenant j’attends l’abondance dans mon antre …..

Bilan Août : 10

Romans graphiques : 1 –    Romans : 8 – Biographie romancée : 1

Bilan 2019 :113

(1 clic sur l’image pour retrouver ma chronique)

📕📕📕📕📕COUP DE COEUR 

LE DERNIER JOUR D'UN CONDAMNE

Relecture après plus de 20 ans et coup  de cœur à nouveau. Je me sens tellement pauvre en mots face à un tel réquisitoire….

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L'AGE DE LA LUMIEREPLUS HAUT QUE LA MERNOUS REVIONS JUSTE DE LIBERTELE GRAND ECRIVAINTRILOGIE NEW-YORKAISESAUVAGE

Des genres très différents mais qui m’ont emportée chacun à leur façon. J’ai appris, j’ai été émue, je suis partie dans un road movie, le monde de la littérature anglaise et américaine m’ont passionnée et la vie en Alaska m’a déconnectée du quotidien.

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NYMPHEAS NOIRS

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LES ENFANTS DU FLEUVEMARY ANNE

Les enfants du fleuve ont peut-être été victime de la surenchère de louanges autour de moi et personnellement je n’ai pas été embarquée même si le fond est intéressant car basé sur des faits réels. Pour Mary-Anne j’ai un peu galéré pour aller jusqu’au bout mais je garde Daphné du Maurier comme une référence de la littérature anglaise.

Au cinéma 

VITA ET VIRGINIA

J’ai vu Vita et Virginia (moi la grande admiratrice de Virginia Woolf je ne pouvais manquer ce rendez-vous) et j’ai été déçue. Très beaux décors, costumes, j’ai aimé la prestation de Elizabeth Debicki mais par contre Gemma Arterton était trop linéaire et les gros plans sur les visages des deux actrices, coupant le rythme du film, m’ont gênée….. Oui pas mal mais sans plus….

 

LES FAUSSAIRES DE MANHATTANPar contre je vous recommande Les faussaires de Manhattan (Can you ever forgive me) que j’ai vraiment beaucoup aimé pour ses décors (les vieilles petites libraires de New York) les acteurs bien sûr parfaits dans leurs rôles et la bande son exceptionnelle. J’ai passé un délicieux  moment. Je suis allée le voir car un article dans le dernier America signé Douglas Kennedy sur le cinéma indépendant et ce film en particulier, avait attiré mon attention et l’envie de voir ce drôle de couple……

Je vous mets la bande annonce pour vous donner le ton …..

Rencontre

Le dernier jour de ce mois a eu lieu la première rencontre du Club des lecteurs Yonnais et nous nous sommes retrouvés chez Chacun sa part à La Roche sur Yon pour parler de nos lectures d’été. Ce club a été créé à l’initiative des Lectures d’Antigone mais il m’a permis de rencontrer d’autres lectrices et un lecteur : Aurélie, Gwenaëlle et sa bande, Séverine, Emilie, Sophie, Léna, Virginie, Nadine et Francis,  de mettre un visage sur un nom croisé ici ou là sur les réseaux sociaux comme Annie de T Livres T Arts.

Ce fut une rencontre passionnante sur des lectures récentes ou des classiques, c’était un premier contact riche de promesses pour les futurs rendez-vous dont je ne manquerai pas de vous parler……

Thé, petits gâteaux, bonne humeur étaient au rendez-vous, les prises de note intenses ce qui ne va pas arranger nos PAL…..

Merci à Antignone pour ce rendez-vous qui aura lieu tous les deux mois et le thème de la prochaine rencontre sera : Voyage….. Pas mal quand on sait que la lecture est de toutes façons un voyage…

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Pour avoir créer un club de lecture depuis plus de deux ans dans ma commune, je suis ravie de constater qu’il y a une demande autour de nous, une présence fidèle et participative. Au fur et à mesure des liens amicaux se créent et quoi de mieux qu’une passion pour faire tomber les barrières…… Je vous encourage vivement à participer et pourquoi pas à créer un tel club : cela ne demande qu’un peu de temps, un lieu convivial : café (calme), bibliothèque, chez l’un ou l’autre (si c’est possible) et pour ma part aux beaux jours nous nous réunissons en plein air, dans la nature….

Projets pour Septembre :

Alors comment vous dire…… Moi la rentrée littéraire commence à me porter sur les nerfs…. Trop c’est trop….. Je me laisse le temps d’avoir envie, je veux retrouver le plaisir d’entrer en librairie et de me laisser guider par le désir d’un livre, d’un auteur, d’une couverture, d’un résumé, du petit mot du libraire sur la couverture, de la découverte grâce aux échanges et partages sur les blogs et réseaux sociaux etc….

Alors il y a des sorties que j’ai déjà repérées mais parce que j’apprécie les auteur(e)s mais cela ne va pas au-delà….. Oui trop de pub tue l’envie….. Et puis, c’est un avis personnel, à force on en sait trop avant d’avoir ouvert le livre….. Je veux aussi me lancer sur la piste de petits « bijoux », dont personne ne parle, des « pépites » qui ne bénéficient pas d’autant de publicité et aussi lire tout ce qu’il y a sur mes étagères (cela ressemble à un empilage de rentrée littéraire et je ne vous parle pas de ce qui est sur la liseuse…..). Cela me permet de faire du tri mais je sais qu’il y a aussi des valeurs sûres, des classiques, des relectures à faire, de belles heures de lecture en somme…..

A bientôt

Ciao

Sauvage de Jamey Bradbury

SAUVAGE

L’Alaska, l’immensité, le froid, la neige, la nature omniprésente et des êtres humains qui se fondent dans le décor, retrouvant parfois des instincts primaires, voir bestiaux comme pour Tracy, cette jeune fille de 17 ans qui vit avec son père Bill, musher,  son jeune frère Scott et leurs chiens et qui possède des facultés peu ordinaires.

 

J’ai senti quelque chose de sauvage monter en moi. Un puissant désir de courir aussi loin que je pouvais, jusqu’à ce que ma tête se vide intégralement et que ma peau s’arrête de bourdonner et que je sois capable de me concentrer suffisamment longtemps pour poser un collet et attendre qu’une petite bête se pointe, et alors là je pourrais m’abandonner complètement quelques instants, mes yeux et mes oreilles cesseraient de m’appartenir, ce seraient ceux d’une marte ou bien d’un écureuil.(p45)

Tracy est mi-humaine mi-animale, à la fois sauvage, rebelle mais aussi sensible et instinctive. Oui c’est cela, instinctive, elle vit comme elle ressent et comment ressentir mieux qu’en buvant le liquide de vie afin de s’imprégner des pensées des autres, proies ou proches. Seule sa mère, Hannah, récemment décédée, connaissait ses besoins et arrivait à la canaliser en lui imposant quatre règles fondamentales qu’elle ne devait jamais outrepasser peut-être parce qu’elle-même avait connu les mêmes besoins.

Tracy Sue Petrikoff se raconte, jonglant avec les personnalités dont elle s’imprègne, allant jusqu’à les endosser pour  mieux comprendre, apprendre, prévoir et anticiper. Comme un animal elle se fit à son instinct et va se rapprocher de Jesse, un jeune de son âge, après une période d’observation. Mais comme rien n’est ce qu’il paraît être dans ce roman, Jesse va se révéler différent. Lui aussi a ses secrets, son passé, ses souffrances. Elle va le flairer, se rapprocher, accepter la caresse de cette main tendue.

Mais ce dont a le plus besoin Tracy depuis son plus jeune âge outre ses courses en traîneau avec ses chiens dans la forêt, la pause de pièges où elle est passée maître et sa soif de chaleur qu’elle prélève sur ses proies mais aussi sur ceux qui l’entourent, c’est des réponses aux nombreuses questions qui la hantent.

C’est un roman d’aventure, de nature, d’apprentissage, frôlant avec le fantastique mais sans jamais aller au-delà du possible, l’auteure prenant le partie d’endosser le rôle de la narratrice, se laissant porter par ses réactions, sa sensibilité mais aussi ses instincts les plus primaires.

Avec habilité, Jamey Bradbury passe de la narration de Tracy aux pensées qui l’habitent quand elle est envahie par le mental des êtres dont elle s’abreuve sans difficulté et on ne peut définir si elle nous effraie ou si on l’aime.

C’est une écriture de grands espaces, de liberté, de sauvagerie mais sans jamais tomber dans le sanguinaire malgré le sujet. On est happé par cette jeune fille qui se dévoile peu à peu, très pudiquement, ne révélant sa vraie nature qu’au goutte à goutte, faisant monter la pression au fur et à mesure jusqu’à une fin dans la lignée du récit, juste, inévitable mais non prévisible.

C’est un roman d’apprentissage, d’amour, de sensations avec un guide en la personne de Jamey Bradbury dont c’est le premier roman, prometteur et de grande qualité que ce soit au niveau de l’écriture, de la construction mais aussi  du sujet.

J’ai été plusieurs fois déstabilisée dans ma lecture, par le sujet, par la personnalité de Tracy, ne sachant pas où elle allait me mener, mais elle a tenue la route, elle m’a touchée par à la fois sa force mais aussi sa fragilité et c’est le genre de lecture qui laisse des traces une fois le roman achevé. J’ai beaucoup aimé justement parce que la construction et le style oscillent entre bestialité et humanité sans jamais franchir la frontière de l’insoutenable, frontière que je n’aime pas franchir.

Ou en quoi les humains et les animaux étaient des choses si différentes, et comment elle le savait. (p209)

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Résumé

À dix-sept ans, Tracy Petrikoff possède un don inné pour la chasse et les pièges. Elle vit à l’écart du reste du monde et sillonne avec ses chiens de traîneau les immensités sauvages de l’Alaska. Immuablement, elle respecte les trois règles que sa mère, trop tôt disparue, lui a dictées : «ne jamais perdre la maison de vue», «ne jamais rentrer avec les mains sales» et surtout «ne jamais faire saigner un humain». Jusqu’au jour où, attaquée en pleine forêt, Tracy reprend connaissance, couverte de sang, persuadée d’avoir tué son agresseur. Elle s’interdit de l’avouer à son père, et ce lourd secret la hante jour et nuit. Une ambiance de doute et d’angoisse s’installe dans la famille, tandis que Tracy prend peu à peu conscience de ses propres facultés hors du commun.

Flirtant avec le fantastique, ce troublant roman d’initiation nous plonge dans l’intimité d’une jeune fille singulière qui s’interroge sur sa nature profonde

Traduction de Jacques Mailhos

Lu sur liseuse Kobo

Editions Gallmeister – Mars 2019 – 260 pages

Ciao

Mary Anne de Daphné du Maurier

MARY ANNENous sommes à Londres, dans les dernières années du XVIIIe siècle, et nous assistons à l’ascension d’une gamine partie quasi du ruisseau mais que son intelligence et sa volonté vont porter au premier rang : jusqu’entre les bras du duc d’York, fils du roi et chef des armées britanniques en lutte contre Napoléon. Trahie, elle défraiera la chronique à la faveur d’un procès mettant en cause son amant, sera traînée dans la boue par les bien-pensants, se battra la rage au coeur pour faire reconnaître ses droits.Daphné Du Maurier n’est jamais mieux inspirée que lorsqu’elle traite de sujets qui la touchent de près. De Mary Anne Clarke, qui fut sa trisaïeule, les dictionnaires nous apprennent qu’elle fut l’une des grandes courtisanes de son temps – et qu’elle incarne aujourd’hui encore, aux yeux des lecteurs du monde entier, l’une des formes les plus pathétiques de la révolte féminine.
Son aventure – celle d’une femme dressée de tout son haut contre l’hypocrisie de son temps – est pour Daphné Du Maurier l’occasion de composer l’un de ses romans les plus ambitieux, le plus émouvant peut-être.

Ma lecture

Daphné du Maurier est une référence dans la littérature anglaise et j’ai commencé ma lecture confiante et pratiquement sûre de vivre un joli moment de littérature anglaise. Dans sa bibliographie Manderley for ever Tatiana de Rosnay parle du roman Mary Anne qui m’était totalement inconnu, même de nom et j’avais besoin d’une lecture de pur plaisir…… Déception !

L’auteure construit son roman autour du portrait de son arrière grand-mère, Mary Anne Clarke, de basse extraction et qui devint grâce à ses charmes et son intelligence, la maîtresse du Duc d’York, Frédéric, fils du roi George III et en charge des armées à la fin du XVIIIème siècle mais aussi de biens d’autres hommes afin de pouvoir mener grand train et pour assurer à ses enfants un avenir.

C’est pour moi une déception car je n’ai pas retrouvé le style qui fit la renommée de l’auteure avec surtout en 1938, Rebecca, dont l’intrigue et le côté « gothique » et mystérieux du récit ainsi que son style la propulsèrent sur le devant de la scène de la littérature anglaise. J’ai failli à plusieurs reprises laisser tomber surtout à partir de la moitié du roman (il comporte 519 pages)…..

Pourtant tout démarrait bien : une ouverture en forme d’album souvenir de Mary Anne dans l’esprit des trois hommes qu’elle dit avoir « vraiment » aimés puis son enfance puis son installation comme courtisane et son histoire d’amour avec le Duc d’York jusqu’à leur séparation. J’étais sous le charme de cette femme ambitieuse, sûre de ses charmes, volontaire à vouloir sortir de sa condition. Et ensuite, et c’est là que l’ennui est survenu, pendant près de 200 pages, à tenter de suivre les nombreux procès dans lesquels elle se trouvait mêlée que le Duc d’York l’ai abandonnée.

Que ce fut long, mais long, pourquoi donné autant de noms, de détails, ce sont presque les minutes complètes des actions en justice. J’ai fermé parfois le livre en voulant laisser Mary Anne à son triste sort, lui soufflant d’arrêter cet acharnement, et puis quoi c’est tout de même Daphné du Maurier, alors je l’ai repris, continué mais avec distance, sans plaisir mais presque comme une obligation, sans grand intérêt pour cette héroïne entêtée à vouloir se faire reconnaître ses droits et les devoirs de ceux qui lui avaient promis argent et sécurité.

J’avoue, oui j’avoue, j’ai parfois sauté des paragraphes entiers, voir quelques pages tellement je ne voyais pas l’intérêt de s’éterniser sur tout cela et vous savez quoi et bien je n’ai eu aucun mal à comprendre la dernière partie (qui suit son dernier procès jusqu’à son exil en France). Ce qui prouve, pour moi, qu’il n’était pas nécessaire de s’appesantir sur cette période qui ne fait qu’alourdir et perdre le lecteur.

Daphné du Maurier veut, je pense, à travers cette biographie, réhabilitée son aïeule, mettre en avant son intelligence, sa vivacité face aux événements et son sens des « affaires » mais j’ai trouvé l’ensemble soit trop fouillé soit par moment « bâclé » quant à l’écriture. Je n’ai pas retrouvé la patte de cette écrivaine de talent. On peut être une excellente romancière mais pas une bonne biographe. Il faut avoir une certaine habilité pour donner à l’ensemble une fluidité, savoir doser les informations sans alourdir le récit. Là j’ai eu l’impression qu’elle alignait les renseignements collectés et cela donnait un ensemble assez brouillon, sans liaison, je me perdais dans tous les noms des personnages cités etc…. A sa décharge il faut avouer que la dame avait eu beaucoup de « relations ».

A travers ce portrait on peut imaginer que l’auteure a voulu parler d’une femme à la forte personnalité mais c’est une narration assez froide, sans sentiment que ce soit de la part de Daphné du Maurier mais aussi vis-à-vis du personnage principal. Elle lui fait dire qu’elle a aimé trois hommes dans sa vie mais ce n’est pas ce qui ressort de Mary Anne. Je l’ai trouvé calculatrice, revancharde mais pas très sentimentale. Tout n’était que calcul et intérêts….

De l’attachement à ses enfants, à leur avenir, à sa propre condition… Oui mais je l’ai trouvée parfois écervelée et inconséquente. Oui les hommes l’ont utilisée puis reniée et abandonnée mais il faut lui reconnaître également un art de la manipulation, du mensonge, des falsifications etc…. pour obtenir ce qu’elle voulait.

J’ai été jusqu’au bout, parce que j’ai cru jusqu’au bout que j’allais retrouver Daphné du Maurier mais si ce ne fut pas le cas ici ce sera ailleurs, dans un autre de ses romans.

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Traduction de Denise Van Moppès

1ère parution  : 1954 (Angleterre) – France Editions Phébus 1995

Editions France Loisirs – Mai 2004 – 519 pages

Ciao