Attends-moi le monde de Gaëlle Pingault

ATTENDS MOI LE MONDE IG

Premier prix: vous détestez la grisaille et la nuit qui tombe à 16h30 ? Vivez une année sans mois de novembre !

Lorsqu’elle tombe sur un petit flyer vantant les mérites d’une tombola locale en ces termes, Camille comprend d’emblée qu’elle va jouer, et gagner.
Durant ce mois de non-novembre, un étrange temps suspendu l’invite à emprunter quelques chemins inexplorés, tandis qu’alentour, le monde continue son petit manège habituel.
En acceptant de perdre ses repères, d’abord un peu hésitante, puis entièrement chamboulée, Camille se laissera porter par l’étrangeté dont jaillira peu à peu la compréhension de sa propre histoire.

Ma lecture

Camille, la trentaine, est arrivée dans un petit village pour s’y réfugier ou plutôt s’y cacher. Elle a abandonné son métier de sage-femme après un événement douloureux et se voit désormais travailler comme graphiste, profession qui lui permet de se couper du monde extérieur en restant chez elle. Et pourtant l’ombre elle ne l’aime pas surtout quand il s’agit de celle qui règne sur le mois de Novembre avec ses journées amputées de lumière et pourtant chaque année à date fixe Novembre revient…. Alors quand on propose comme premier prix d’une tombola lors de la fête du village de supprimer le mois de Novembre de cette année, elle n’hésite pas un instant car elle y voit un signe, d’autant que le flyer est distribué par un homme qui semble respiré la joie de vivre et la confiance.

Cet homme c’est No-No (Non-Novembre) qui va accompagner Camille sur le chemin de ce mois inexistant pour la première fois, la pousser à explorer sa vie et son passé, à trouver les réponses à ses tocs (elle se lance dans des opérations mathématiques dès que les situations lui échappent ou se compliquent) pour trouver les sources de son mal-être et ouvrir les yeux sur ce qui la perturbe au point de ne plus voir la bienveillance autour d’elle.

30 jours pour changer, pour trouver la lumière au bout du tunnel, un challenge impossible à la fois dans sa réalisation car Camille sait qu’un mois ne se raye pas du calendrier par magie mais qu’elle mettra à profit, avec l’aide de No-no, pour apprendre beaucoup sur elle.

J’ai trouvé l’idée de départ originale, on en rêverait presque tous, pouvoir supprimer des périodes ou des dates anniversaires d’un calendrier parce qu’elles sont synonymes de tout ce nous détestons ou un rappel d’un évènement douloureux, sachant que l’option prise du côté fantastique de la situation permet de tout imaginer. J’ai trouvé la description de Camille et de sa solitude dans laquelle elle s’enferme et/ou se réfugie bien traitée, lu ce qui pouvait se cacher entre les lignes des lettres qu’elle adresse à Emilie pour découvrir son identité car elle est une des clés du mystère, écouté la voix peut-être de sa conscience s’annonçant par une ritournelle (ploum-ploum) remontant le temps, petit à petit pour comprendre, expliquer, mettre Camille face à face avec ce dont elle n’arrive pas à guérir mais peut-être parce qu’elle n’en connaît pas la source ou qu’elle l’a occultée. Je l’ai regardée avancer, stagner, reculer, recevant des messages bleutés sibyllins pour guider ses journées, accompagnée d’un No-No attentif, et finalement connaître ce qui l’empêchait de s’épanouir, d’être elle.

Gaëlle Pingault mêle le réel au fantastique pour explorer l’inconscient, l’empreinte que peut laisser un traumatisme (dont je ne dirai rien) dans la mémoire d’une personne mais qui tente de sortir du brouillard dans lequel elle se cantonne, se préserve ou s’enlise, jusqu’au moment où toutes les pièces du puzzle s’imbriquent et fournissent les clés de l’énigme, permettant de découvrir l’origine de ce mal-être et le pourquoi de l’abandon de tout ce que vous aviez aimé passionnément.

L’écriture est fluide, efficace mais j’ai senti venir un côté feel-good se rajouter au fantastique (deux univers dont je ne suis pas friande), non pas dans la raison du traumatisme qui reste mystérieux jusqu’au bout, mais dans son aboutissement et ses ressorts. Le contexte irréel dans lequel évolue le personnage rend l’histoire totalement improbable à première vue mais après réflexion je pense que ce stratagème permet de se démarquer de cette catégorie des récits où tout est, soi-disant, à portée de soi, pour imaginer qu’il faut justement un coup de pouce « féérique » pour trouver les réponses, pour lever le voile et pour comprendre pourquoi Camille avait abandonné tout ce qu’elle aimait : son métier de sage-femme mais également la danse.

C’est une lecture agréable, plutôt plaisante, d’une construction originale mêlant la voix de la narratrice à ses lettres remontant le temps sans oublier la voix de l’inconscient, faisant de l’ensemble un récit sur ce qui est tapi en soi, sur les blessures inconnues et comment cela peut un jour être mis à jour parfois brutalement et perturber une vie. Etant peu sensible à ce genre de lecture car un peu trop stéréotypée et prévisible à mon goût, je dois lui reconnaître un traitement peu habituel pour ce que je connais du genre.

J’ai aimé.

Editons Eyrolles – Septembre 2021 – 207 pages

Ciao 📚

Mon mois d’Août 2021

BILAN AOUT 21

Voilà c’est fini…. L’été prend un air de rentrée et qui dit rentrée dit rentrée littéraire….. 521 parutions c’est trop, beaucoup trop à mon goût et je ne cède que parcimonieusement aux tentations. Je me mets en mode « repérage » (et pour une entrée dans ma liste d’envies pour l’instant) que par des auteur(e)s que je connais, j’aime ou par des sujets qui m’intéressent. J’ai fait un tour en librairie samedi dernier (mon premier en presque deux ans), j’ai eu à nouveau  envie, dans un premier temps, de tout puis peu à peu et parce que ce n’était pas possible de tout prendre, j’ai commencé à sélectionner pour finalement repartir qu’avec deux classiques :

– Frankenstein de Mary Selley suite à l’écoute cet été du podcast de Nicolas Carreau La voix est livre qui évoquait ce roman mais également parce que je garde un joli souvenir du film MARY SHELLEYconsacré à son auteure et à la génèse du roman

– Le voyage dans les Cévennes avec un âne de Stevenson. J’ai tellement soif de classiques, de temps livresque à rattraper, que je m’y plonge sans retenue. Et puis les voyages en solitaire sur les chemins de France empruntés par des auteur(e)s est toujours source d’inspiration et de réflexion.

Mes récentes décisions n’ont pas trop opéré ce mois-ci car tout ce que j’ai lu a été chroniqué pour une raison ou une autre (réception de livres, comité de lecture) mais le fait de l’avoir exposé et décidé m’a permis d’avoir moins la pression et de me sentir plus libre (et chez moi le mot Liberté est primordial !).

La maison a bruissé des visites familiales, des rires, des jeux, des retrouvailles (enfin), des sorties entre ami(e)s par une chaude journée en forêt où les jeux de société à l’ombre des arbres ont été salués avant de rejoindre un village d’artistes, Vouvant et sa tour Mélusine et sa promenade sur les bords de la Vendée, de retrouve les terrasses et malheureusement la foule des touristes (un concert d’orgue était programmé le soir). Vivant à moins d’une heure de l’océan, hier a été l’occasion de retrouver sa lumière et ses petits coins secrets où la dégustation d’huîtres à peine sorties des bassins accompagné de vin blanc local. Une délicieuse journée MER AOUT 2021

Garder la forme avec des randonnées amicales, à s’émerveiller de la beauté des paysages et de la richesse des petits sentiers forestiers. Continuer mes retrouvailles avec la salle de cinéma mais un seul film  : ANNETTEAnnette de Léos Carax qui m’a surprise au début puis le charme a opéré et surtout la musique m’est restée en tête un peu comme avec La la land. Rien d’autres car les affiches proposées ici ne sont pas de mon goût pour l’instant mais je compte bien me rattraper. Accueillir avec joie les dates de report des spectacles annulés l’année dernière à l’Echiquier et se dire que la vie reprend peut-être enfin (je suis en manque cruel de sorties culturelles). S’occuper du potager dont ce sera sûrement la dernière année et le projet de le transformer en jardin floral uniquement. Réparer, bricoler, récolter, me remettre doucement au tricot, faire des confitures, tout cela m’a bien occupée mais ne m’a pas empêchée d’écouter tous les podcasts de Femmes puissantes FEMMES PUISSANTES sur France Inter (passionnant).

J’ai également vu l’adaptation cinématographique de Le mur invisible de Marlen Haushofer sur Arte dans lequel j’ai retrouvé l’ambiance que j’avais tant aimée dans le livre, mais il y a surtout une série vue également sur Arte que j’ai trouvé d’une rare qualité au niveau de la construction, du fond (mais c’est souvent le cas avec les séries nordiques et dans le cas présent islandaise). Il s’agit de QUAND LE CALME REVIENT ARTEQuand revient le calme que je vous recommande vivement.

Et pour finir j’ai participé samedi dernier au Club de lecture de La Roche sur Yon sous la houlette bienveillante d’Antigone et se retrouver entre passionnées de lecteur(rice)s est toujours un vrai bonheur. Nous avons échangé sur nos lectures de l’été, de la rentrée littéraire et avons eu la visite d’une auteure : Audrey Harel-Casanove qui nous a présenté à la fois son travail d’écriture mais également ses publications…

                  Passons au bilan de mes lectures (les chroniques sont à retrouver en cliquant sur le titre et auteur(e)).

                     Un coup de 🧡mais quel coup de 🧡

A L'EST D'EDEN

A l’Est d’Eden de John Steinbeck

J’ai beaucoup aimé

Clair de femme de Romain Gary

Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke

Avec Bas Jan Ader de Thomas Giraud

Anaïs Nin – Sur la mer des mensonges de Léonie Bischoff

Le vagabond des étoiles de Riff Reb’s d’après Jack London

Le consentement de Vanessa Springora lu par Guila Clara Kessous 

J’ai aimé

D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds de Jòn Kalman Stefànson

Au temps des requins et des sauveurs de Kawaï Strong Washburn

Le voyant d’Etampes de Abel Quentin

Bof-bof

UN BREF INSTANT DE SPLENDEUR

Un bref instant de splendeur de Ocean Vuong

+ 1 roman que je ne chroniquerai que début Septembre……

Bonne rentrée à tout le monde et à bientôt pour les partages et échanges de plus en plus nombreux 👌 et toujours enrichissants.

Ciao 📚

 

 

A l’est d’Eden de John Steinbeck – Coup de 🧡

DE L'ECRIT A L'ECRAN MOKA

A L'EST D'EDEN FIL%A L'EST D'EDEN IGDans cette grande fresque, les personnages représentent le bien et le mal avec leurs rapports complexes. Adam, épris de calme. Charles, son demi-frère, dur et violent, Cathy, la femme d’Adam, un monstre camouflé derrière sa beauté, ses enfants les jumeaux Caleb et Aaron.
En suivant de génération en génération les familles Trask et Hamilton, l’auteur nous raconte l’histoire de son pays, la vallée de la Salinas, en Californie du Nord.
Pour cette œuvre généreuse et attachante, John Steinbeck a reçu le prix Nobel de littérature.

Ma lecture

Dès que j’ai eu connaissance du thème de ce mois-ci : De l’écrit à l’écran pour le challenge Les classiques c’est fantastique 2ème édition, aucune hésitation : c’est ce roman que je voulais lire car le film d’Elia Kazan vu il y a très longtemps m’avait fortement marquée sans que j’en garde tous les détails et parce que John Steinbeck est un des écrivains de mon panthéon, parce qu’avec lui je ne risquais pas d’être déçue, parce que James Dean a marqué mon adolescence, donc la lecture du roman dont il est inspiré était donc une évidence.

Les monstres ne sont que des variations à un degré plus ou moins grand des normes usuelles. (…) Au monstre, le normal doit paraître monstrueux, puisque tout est normal pour lui. (…) Au monstre, le normal doit paraître monstrueux, puisque tout est normal pour lui. Et pour celui dont la monstruosité n’est qu’intérieure, le sentiment doit être encore plus difficile à analyser puisque aucune tare visible ne lui permet de se comparer aux autres. Pour l’homme né sans conscience, l’homme torturé par sa conscience doit sembler ridicule. (…) N’oubliez pas que le monstre n’est qu’une variante et que, aux yeux du monstre, le normal est monstrueux. (p99)

Salinas – Fin des années 1800 – jusqu’en 1917 : Dans ce roman John Steinbeck traite du thème tant traité du bien et le mal, de la rivalité fraternelle, à travers une famille, celle d’Adam Trask et ses deux fils : Caleb et Aaron, nés de son mariage avec Cathy mais en revenant préalablement sur la génération précédente, celle de l’enfance d’Adam, car il faut souvent aller chercher les racines des comportements dans le passé. Celle d’Adam (le bien) lui-même issu d’une famille où une rivalité fratricide avec son demi-frère Charles (le mal) l’a obligé à fuir et à s’installer à Salinas avec sa femme Cathy. Celle-ci tout au long du roman joue un rôle capital et représente le mal absolu dans ses pensées et ses actes. De leur union naîtront des faux-jumeaux : Cal (Caleb) : le mal et Aaron (le bien).

L’auteur implante son histoire à Salinas, en Californie, sa ville natale dont il connaît les paysages, l’ambiance et s’intégrant lui-même dans l’histoire puisqu’il est le narrateur car ses propres origines familiales font partie du roman, se situant lui-même dans le récit puisque descendant de Sam Hamilton, son grand-père maternel et famille omniprésente dans l’ouvrage, témoin de l’histoire qui nous est relatée.

Tout au long de celle-ci, que ce soit au niveau des personnages principaux mais également de ceux qui les entoure, c’est la lutte et la confrontation des caractères avec toutes leurs complexités qui sont traités : réactions, désirs, ambition. Car, et c’est toute la richesse du roman, rien n’est tout noir (ou presque) ou tout blanc car l’auteur y intègre à la fois les questionnements de chacun, la dualité de leurs sentiments partagés qu’ils sont entre amour, fraternité, violence.

Rien de trancher car les deux frères jumeaux dizygotes (nés de deux œufs), Caleb et Aaron portent en eux les mêmes gênes, le même sang et pourtant réagissent de manière opposée : l’un plus affirmé que l’autre, plus réactif et envieux mais en manque d’amour alors que son frère ne demande rien et a tout : beauté, douceur et amour. Car le nœud de l’histoire est l’amour : l’amour d’un père, seul lien familial, mais également l’amour maternel absent et l’image que chacun en a ou se créée.

Pourtant il y a dans la famille Trask une autre forme de présence maternelle à travers Lee, le domestique de la famille, à la fois cuisinier et nourrice, médecin des âmes et des corps et philosophe attentionné, sacrifiant ses ambitions au bonheur de la famille, mais également Sam Hamilton, le voisin inventeur visionnaire, fidèle à ses projets et refusant toute compromission. Et puis il y a Cathy, la femme représentant le mal et image du pécher originel peut-être, que ce soit en tant qu’épouse mais également en tant que mère, que rien n’arrête dans son ascension jonchant son parcours de crimes impunis.

Mais d’autres sujets sont abordés : la famille, le rôle des parents et de leur influence sur le devenir des enfants, de la violence des sentiments, des images faussées, de l’exploitation de certaines minorités (chinoise dans le cas présent à travers Lee), des blessures occasionnées par le mensonge : faut-il tout avouer, l’absence et surtout la sensibilité de chaque être face à son vécu, son contexte, au passé et les aléas de la vie.

Chacun cherche à trouver sa place à la fois dans le paysage mais également dans le cœur des autres et au-delà des faits, John Steinbeck s’attache à décortiquer la complexité des sentiments partagés et parfois si proches qu’ils se mêlent : haine/amour, vengeance/abnégation/sacrifice. Car Cabel aime son frère mais tout le pousse à lui faire du mal, à le blesser jusqu’à se sentir attirer par Abra, celle qu’Aaron aime depuis l’enfance et dont il veut faire sa femme.

Cabel/Caïn – Aaron/Abel – Adam : le père, le géniteur : tout est référence à la Génèse, à l’idée du pécher, de la culpabilité, Cathy étant celle par qui le mal s’introduit et pervertit tout ce qu’il touche, le ver dans le fruit et sera l’outil de la blessure ultime. A l’image des sentiments l’auteur confronte également la beauté alliée au bien, à l’ange blond fragile et le tourmenté au brun, plus fougueux, plus tempétueux, plus sombre et en quête perpétuelle d’amour qu’il soit filial ou sentimental.

Avec tout ce qu’il faut de romanesque mais également de constatations sur la société américaine avec ses croyances, son histoire mais également les valeurs ancrées dans la religion, l’auteur dessine une fresque qui analyse la complexité de l’âme humaine, de ce qui fait que l’on se sent aimé ou rejeté, que l’on aspire au mal pour obtenir ce que l’on désire, du déchirement quand la jalousie, les rancœurs rongent l’esprit et vous poussent à meurtrir ceux que vous chérissez.

Il fait de Cathy son arme maléfique absolue, elle ravage tout ce qu’elle touche, approche, sombre dans la perversité totale car elle deviendra une tenancière d’un bordel, symbole du lieu de perdition, mais lui offre une sorte de rédemption en fin de roman, démontrant que tout être peut révéler une part d’inconnu.

Je n’hésite pas une seconde à le dire : ce roman est un chef-d’œuvre à la fois dans sa construction, sa cohérence, la qualité de l’écriture mais également par les messages dont l’auteur parsème le récit. A l’Est d’Eden est à la fois une saga familiale, historique, géographique, sociétale, religieuse, psychologique de grande ampleur et un tel roman ne pouvait que faire l’objet d’une adaptation cinématographique lointaine dans mes souvenirs, avec James Dean dans le rôle majeur de Caleb pour lequel il a d’ailleurs été nominé aux Oscar comme Elia Kazan.

J’ai savouré ce pavé, je me suis immergée au milieu de cette famille, partagée que j’étais entre compassion, compréhension, dégoût, admiration avec une mention pour un second rôle celui de Lee, l’ombre chinoise qui tient la famille Trask, lui inculque la tolérance, la bienveillance mais sans jamais intervenir au-delà de ce que sa fonction ne lui autorise. C’est l’âme, le juste qui détient les réponses aux questions même quand celles-ci ne sont pas posées. Il sait, il sent. Et comment ne pas être attirée par Caleb et Aaron, car chacun détient une part de luminosité et d’obscur.

J’avais déjà eu des coups de cœur pour Les raisins de la colère et Des souris et des homme (lu également dans une magnifique adaptation graphique de Rebecca Dautremer, j’avais beaucoup aimé La Perle et Tendre Jeudi et quand j’aime je ne compte pas, j’ai dans ma PAL En un combat douteux…. (et les points de suspension font partie du titre). J’avais vu il y a quelques temps (2017) un très beau documentaire sur le voyage qu’effectua John Steinbeck seul avec son chien Charley, parcourant l’Amérique sur 16 000 kms pour s’imprégner et observer au plus près son pays.

Si on vous demande une saga familiale qui va au-delà du superficiel, qui vous plonge dans un pays, ses hommes et femmes avec ce qu’ils peuvent avoir de plus enfouis en eux : sans hésiter il faut lire A l’Est d’Eden parce qu’il y a tout ce qui fait un grand roman : l’amour, la haine, la fraternité, la volonté, les intrigues, les rebondissements avec du fond, de la matière, une observation minutieuse de la psychologie des humains et de leurs tourments, une plume vive, alerte, sans temps mort. Un roman publié en 1952 et dont l’adaptation cinématographique date de 1955.

Coup de 🧡 absolu pour le roman, j’ai avalé le pavé sans m’étrangler et je l’ai même refermé à regret, un de plus dans ma mémoire et mon panthéon mais avec (comme souvent) une préférence pour le roman car plus fouillé, plus intime que le film. Mention pour la couverture : Adam’s house (!) (détail) de Edward Hopper, artiste que j’associe totalement à l’œuvre de Steinbeck.

Pour info j’ai trouvé certaines similitudes dans l’histoire avec le film de Robert Redford : Et au milieu coule une rivière surtout dans le personnage de la mère et la relation entre les deux frères…..

Sous sa carapace de lâcheté, l’homme aspire à la bonté et veut être aimé. S’il prend le chemin du vice, c’est qu’il a cru prendre un raccourci qui le mènerai à l’amour (p549)

LES CLASSIQUES C'EST FANTASTIQUE 2

Lecture dans le cadre du Challenge Les classiques c’est fantastique orchestré par Moka Milla et Fanny

Traduction de Jean-Claude Bonnardot

Editions Le livre de poche – Mai 2015 (1ère parution 1952) – 785 pages 

Ciao 📚

Un bref instant de splendeur de Ocean Vuong

UN BREF INSTANT DE SPLENDEUR IGUn bref instant de splendeur se présente sous la forme d’une lettre qu’un fils adresse à sa mère qui ne la lira jamais. Fille d’un soldat américain et d’une paysanne vietnamienne, elle est analphabète, parle à peine anglais et travaille dans un salon de manucure aux États-Unis. Elle est le pur produit d’une guerre oubliée. Son fils, dont la peau est trop claire pour un Vietnamien mais pas assez pour un Américain, entreprend de retracer leur histoire familiale : la schizophrénie de sa grand-mère traumatisée par les bombes ennemies au Vietnam, les poings durs de sa mère contre son corps d’enfant, son premier amour marqué d’un sceau funeste, sa découverte du désir, de son homosexualité et du pouvoir rédempteur de l’écriture.

Ma lecture

Un fils, Little dog (l’auteur) écrit à sa mère, Rose, une longue lettre que celle-ci ne lira jamais parce qu’elle est analphabète,  mais malgré tout il se lance dans une longue confession sur ce qu’il ne pourrait peut-être pas lui dire de vive voix, sur son enfance dont sa peau résume à elle seule ses traumatismes : trop claire au Vietnam parce que sa mère est le fruit d’une rencontre entre sa grand-mère Lan et un soldat américain et trop foncée aux Etats-Unis.

Ces aveux sans fard, car c’est finalement cela, vont évoquer les impacts d’une guerre sur l’esprit de sa grand-mère, sur ses relations avec sa mère, travaillant dans un salon de manucure, sa violence parfois mais également sur ce qu’il ne peut qu’écrire parce que la pudeur l’empêcherait de l’évoquer de vive voix, sur la découverte de son homosexualité, de son premier amour initiateur tragiquement perdu mais également pour répondre à la question de ce qu’est un écrivain.

A la sortie de ce roman je l’avais immédiatement retenu déjà parce que le titre est une « splendeur » mais je dois avouer que je ressors beaucoup moins séduite que je ne le pensais.

L’auteur fait le choix d’entremêler sa narration en alternant des pensées, réflexions sous forme d’énumérations dont je n’ai pas toujours compris l’insertion, utilisant le « Tu », le « Je », ou le « Garçon » comme narrateur demandant au lecteur de se recaler, de changer de point de vue et je dois avouer, que toute la partie concernant sa relation avec Trevor, racontée dans les moindres détails, m’a gênée car elle contrastait trop avec la beauté de l’écriture quand il s’agissait de retracer le parcours familial, ses difficultés d’intégration. Je ne suis pas sûre, en plus, qu’un fils ferait ce genre de récit détaillé à sa mère même si le fait qu’elle ne le lira permet d’exprimer tout ce qui est de l’ordre de l’intime.

Le début du roman m’a plu, le contexte familial est relaté avec une plume assez belle, fluide, voire même poétique par moment mais arrivée à la moitié du récit, j’ai commencé à trouver le temps long, à être fatiguée de devoir me recaler par rapport à la chronologie, de savoir qui parlait et pourquoi le changement de narrateur, d’essayer de trouver le lien entre les associations d’idées, s’il y en avait.  J’ai eu le sentiment qu’Ocean Vuong, dont c’est le premier roman, « jetait » ses idées, ses souvenirs comme ceux-ci revenaient dans sa mémoire mais moi il m’a perdue, cela tournait en rond et mon attention partait ailleurs ayant le sentiment de répétitions.

Comme c’est une lecture que j’ai faite dans le cadre du Comité de lecture des bibliothèques de ma commune, je suis allée jusqu’au bout mais j’avoue que je comptais presque le nombre de pages qu’il me restait à lire, comme un compte à rebours pour passer à autre chose. Dommage parce que malgré une plume prometteuse, la construction, trop déstructurée et la deuxième partie très crue a étouffée la poésie que le roman pouvait comporter, à mon goût.

Inutile de s’étendre donc, une déception malgré mon espoir et mon attente, ce ne fut pas une lecture qui a tenu les promesses de son titre mais d’autres ont aimé comme Mes pages versicolores, Mélie et les livresHop sous la couette alors faites-vous votre propre idée !

Traduction de Marguerite Capelle

Editions Gallimard  – 304 pages – Janvier 2021

Ciao 📚