Crime de Meyer Levin

CRIME IG

Dans le Chicago des années vingt, deux jeunes promis à un brillant avenir sont persuadés de pouvoir exécuter un crime parfait. Une fois leur action minutieusement planifiée, ils iront jusqu’au bout. Un petit garçon est capturé. Une demande de rançon est exigée… Le narrateur, un camarade d’université et apprenti journaliste, n’est autre que Meyer Levin lui-même, qui s’est inspiré d’un fait divers authentique dans lequel il a été personnellement impliqué

Ma lecture

1924 – Chicago : Deux jeunes brillants étudiants, Artie Strauss et Judd Steiner, 19 et 18 ans,  dotés d’une intelligence et de capacités intellectuelles très élevées en particulier pour Judd, vivant dans des familles aisées, décident de commettre un crime « gratuit », sans motif réel, simplement pour démontrer qu’eux deux en sont capables, qu’ils peuvent se jouer des enquêteurs (et du genre humain) avec un plan qu’ils pensent imparable. Entre eux un lien trouble et ambigu se tisse fait à la fois d’admiration, de jalousie et d’amour.

Tuer pour moi n’est qu’un détail.  (p243)

Voilà ce qui pourrait résumer la pensée des deux acolytes : tuer non pas pour le plaisir, tuer n’est pas important, tuer non pas par vengeance ou pour l’argent (même si une rançon est réclamée), non pour démontrer leurs supériorités, que le crime parfait est possible et qu’ils en seront les maître d’œuvre. La victime : un jeune garçon de 11 ans, Billy Strauss, un voisin donc pas un inconnu mais un garçon que l’un d’entre eux a côtoyé car ami de son jeune frère du même âge.  Ils vont froidement mettre au point leur crime, sans état d’âme autre que celui de réussir et de tout prévoir, implacablement, afin de se sentir plus « puissants » que la police et la justice.

Si vous avez aimé De sang-froid de Truman Capote qui mêlait déjà crime réel gratuit perpétré par de jeunes adultes et enquête, ce roman (récit) inspiré d’un « fait divers » authentique, a de fortes chances de vous plaire mais également de vous glacer d’effroi. Contrairement à De sang-froid, ici les meurtriers ont « planifié » leur crime afin de démontrer ce qu’ils pensent être : des Surhommes à la manière de Nietzsche, au-delà du genre humain, au-delà des sentiments. L’acte ultime et gratuit. L’originalité tient à ce que l’auteur, Meyer Levin, à l’époque stagiaire-journaliste au Globe parallèlement à ses études universitaires, a pris part aux événements à plusieurs titres : il connaissait les deux assassins car faisant partie de la même « Fraternité » universitaire à Chicago mais il participa à l’enquête et couvrit le procès ensuite.

La narration se décompose en deux parties : Le Crime du siècle, qui relate  les faits, journalistiquement, avec ce que Sid a su et vécu mais aussi en imaginant ce qu’ont pu dire ou faire Artie et Judd puis Le procès du siècle avec la transcription du procès qui se tiendra pour décider de leurs sorts car il s’agit de juger deux mineurs (la majorité étant à 21 ans) coupables d’un crime odieux puni par la peine de mort.  Vont-ils plaider coupables ou non coupables, sont-ils responsables ou doivent-ils être considérés comme psychologiquement irresponsables, comme fous ?

C’est une lecture glaçante, d’autant que les faits, je le rappelle, sont réels (seuls les noms ont été modifiés), par l’attitude des deux protagonistes, leurs esprits pervers, la distance qu’ils mettent entre eux et le crime, l’absence totale de sentiments, la recherche continuelle du mal allant jusqu’à envisager de faire endosser le crime par un innocent, une communauté, à l’augmenter de sévices, à se jouer de la police et de leurs familles.  Nous découvrons peu à peu tous les détails qu’ils élaborent, la manière dont fonctionne le cerveau de chacun car finalement très différent l’un de l’autre que ce soit dans le caractère, l’influence de l’un sur l’autre et les raisons qui peuvent expliquer leur acte.

Il ne s’agit pas d’un roman policier car les faits sont établis dès le début mais plutôt une enquête psychologique pour relater et essayer (je dis bien essayer) de comprendre ce qui peut expliquer un acte criminel, prémédité, gratuit, mis en œuvre par deux adolescents qui n’étaient pas prédestinés à se retrouver un jour sur le banc des accusés, que ce soit par leurs milieux sociaux ou leurs éducations.

Meyer Levin traite le dossier avec le souci de nous faire part des interrogations qui ne seront jamais éclaircies, la complexité à définir la personnalité de chacun des assassins ceux-ci se jouant des spécialistes appelés à témoigner et à remettre leurs conclusions, à ne pas totalement révéler ce qui les unissait. Non ce n’est pas un roman policier mais cela se lit comme un roman policier, mais aussi c’est aussi une enquête pour tenter de comprendre ce qui peut animer deux êtres humains déclarés supérieurement intelligents et pourtant capables du pire des actes.

J’ai beaucoup aimé.

Traduction de Magdeleine Paz

Editions Libretto – Août 2011 (1ère parution 1974 sous le titre Compulsion) – 444 pages

Ciao 📚

Encabanée de Gabrielle Filteau-Chiba


ENCABANEE IGAnouk a quitté son appartement confortable de Montréal pour un refuge forestier délabré au Kamouraska. Encabanée loin de tout dans le plus rude des hivers, elle livre son récit sous forme de carnet de bord, avec en prime listes et dessins. Cherchant à apprivoiser son mode de vie frugal et à chasser sa peur, elle couche sur papier la métamorphose qui s’opère en elle : la peur du noir et des coyotes fait place à l’émerveillement ; le dégoût du système, à l’espoir ; les difficultés du quotidien, au perfectionnement des techniques de déneigement, de chauffage du poêle, de cohabitation avec les bêtes qui règnent dans la forêt boréale?
« Encabanée » est un voyage au creux des bois et de soi. Une quête de sens loin de la civilisation. Un retour aux sources. Le pèlerinage nécessaire pour revisiter ses racines québécoises, avec la rigueur des premiers campements de la colonie et une bibliothèque de poètes pour ne pas perdre le nord. Mais faut-il aller jusqu’à habiter le territoire pour mieux le défendre ?

Ma lecture

Je n’ai pas besoin de montre, d’assurances, d’hormones synthétiques, de colorant à cheveux, de piscine hors terre, de téléphone cellulaire plus intelligent que moi, d’un GPS pour guider mes pas, de sacoche griffée, de vêtements neufs, d’avortements cliniques, de cacher-cernes, d’antisudorifiques bourrés d’aluminium, d’un faut diamant collé sur une de mes canines, ni d’amies qui me jalousent. De toutes ces choses qui forment le mirage d’un vie réussie. Consommer pour combler un vide tellement profond qu’il donne le vertige. S’accrocher à des bouées de masse. Se peindre des masques de clown triste. (p30)

Une femme, l’autrice, décide un 2 Janvier de quitter Montréal  et son appartement confortable pour une cabane très rustique dans la région du Kamouraska où les températures peuvent descendre jusqu’à -40°. Pourquoi me direz-vous ? Et bien par un ras-le-bol de la vie, de la société, d’hyper-connectivité, pour revenir à des vraies valeurs, découvrir des paysages entrevus dans un ouvrage de Anne Hévert, Kamouraska, retrouver les gestes essentiels à la survivance en milieu hostile.

Elle nous livre à la fois son journal de bord mais également ses listes de réflexions sur 8 jours, 8 premiers jours de vie à la rude, dans le froid, dans la neige, dans la solitude et dans les premières expériences de ses limites, ses blessures (la hache pour couper le bois) et je vous avouerai que c’est le genre de récit qui m’attire par son sujet, son environnement et une autrice que ma bibliothécaire avait évoqué à travers son deuxième roman, Sauvagines, deuxième opus d’un triptyque dont Encabanée est en quelque sorte le court, très court prologue.

Et là a été ma déconvenue….. Trop court, trop superficiel, trop léger pour moi qui est lu Walden de Thoreau ou Indian Creek de Pete Fromm et même Une immense sensation de calme de Laurine Roux. Je vous l’ai dit ce thème m’intéresse et me passionne parce qu’il plonge l’humain au plus près de lui-même. Certes cela se lit bien, vite, très vite, c’est agrémenté d’illustrations, d’expressions québécoises imagées (il y a un lexique en fin d’ouvrage) dont on subodore malgré tout assez facilement le sens pour certaines mais cela ne m’a pas suffit.

J’ai souri à certaines de ses mésaventures, j’ai trouvé une rencontre assez improbable ou étrange (mais pourquoi pas), je n’ai pas eu le temps d’avoir envie de l’abandonner qu’il était déjà fini et sans pour autant me satisfaire.

Alors moi aussi je vais faire court : c’est assez basique, sans profondeur, cela se veut un peu contestataire face à notre société de consommation, oui, donneur de bonnes intentions pour changer de vie, oui  mais il m’aurait fallu non pas une mise en bouche mais un peu plus de consistance. J’ai eu le sentiment que c’était une lecture « apéritive », pour susciter l’envie de poursuivre ou pas. Cela flirte avec l’air du temps sur le besoin de nature, d’espaces et du coup je ne sais même pas si de prime abord j’ai envie de lire Sauvagines mais comme il est présent à la bibliothèque, peut-être quoique. A y réfléchir cela aurait presque pu être finalement le prologue du roman qui suit, la présentation de l’autrice et le pourquoi de son choix mais en faire un ouvrage à lui seul…. non vraiment et je trouve le procédé un peu trop commercial. La demoiselle veut vivre de sa plume, pour l’instant elle ne m’a pas convaincue…..

Bof-bof.

Editions Folio – Décembre 2021 – 117 pages

Ciao 📚

Mon mois d’Avril 2022

BILAN AVRIL 2022

Avril a vu refleurir le temps des retrouvailles et partages, la maison s’est remplie puis s’est vidée laissant place aux souvenirs que j’engrange avec les rires, les regards, les silences. Le soleil se fait plus présent, plus chaud, j’ai ressorti ma panoplie de lectrice au jardin : transat, chapeau, lunettes de soleil et le temps qui s’écoule paisiblement avec seulement le bruit des pages, le chant des oiseaux qui m’entourent et la brise légère du vent dans les arbres et des journées qui s’achèvent souvent par une balade en fin de journée dans la nature environnante (et avoir le bonheur d’apercevoir au bout de 8 ans un chevreuil près de la maison). J’ai retrouvé un salon du livre annulé depuis deux ans par un virus mais que je ne suis pas sûre de le refréquenter, j’ai navigué dans des genres livresques très différents, n’ai pu m’empêcher de rajouter quelques ouvrages à ma PAL mais il fallait préparer la troisième saison des Classiques c’est fantastique (toujours avoir une bonne raison pour le faire). Partager des moments amicaux dans un salon de thé, ne pas voir le temps passer et préparer même les trois mois à venir déjà chargés….. Il y a eu une rencontre d’auteur à la bibliothèque (voir ci-dessous) beaucoup de rendez-vous à prendre et puis bien sûr j’ai lu, je continue à vider (et à remplir) ma PAL, je passe de moins en moins à la bibliothèque pour ne pas craquer mais ne résiste pas à certains appels…..

J’ai beaucoup aimé

La décision de Karine Tuil

Rien à déclarer de Richard Ford

Le meunier d’Angibault de George Sand (challenge Les classiques c’est fantastique)

Dites-leur que je suis un homme de Ernest J. Gaines

Léviathan de Paul Auster

Raison et Sentiments de Jane Austen (challenge Les classiques c’est fantastique)

J’ai aimé

Le lac de nulle part de Pete Fromm

Comment je suis devenue Duchess Goldblatt

Combats et métamorphoses d’une femme de Edouard Louis (lu pa Irène Jacob)

Voyage autour de mon enfance de Emmanuel de Waresquiel

Bof-bof

Les idées noires de Laure Gouraige

Je chante et la montagne danse de Irene Solà (chronique à paraître en mai date de sortie du roman)

J’ai rencontré

PETE FROMM

Lors du Printemps du livre de Montaigu (Vendée) Pete Fromm qui m’avait chamboulée avec Mon désir le plus ardent et que je lis régulièrement Indian Creek, Le nom des Etoiles, Lucy in the Sky.

Il était en France pour la promotion de son nouveau roman, Le lac de nulle part et coïncidence, je venais de le prendre au Comité de lecture des bibliothèques (il faut dire que je n’ai pas hésité en le voyant dans les choix…..).

Simple, accessible (mais intimidant), l’œil pétillant, des touches d’humour il nous a parlé de son travail, comment les personnages et la trame de ses livres se construisaient, un peu de sa vie dans la nature dans le Wisconsin, source inépuisable d’inspiration (« je ne pourrai jamais écrire si j’habitai New-York »). Dans ses paroles je me suis tellement retrouvée : son amour de la nature, de ses marches solitaires etc…. Il devait avoir hâte d’y retourner vue la cohue et la foule du Salon.

Quant au Salon lui-même j’ai eu confirmation que ces lieux surpeuplés (même si je suis ravie qu’autant dePETE FROMM 2 monde soit intéressé par la littérature) ne sont pas pour moi. Ce que j’aime y trouver ce sont des rencontres d’auteur(rice)s, les écouter parler de leur travail, l’élaboration de leurs livres etc… mais là c’est une vaste affaire commerciale, des files d’attente interminables pour les plus célèbres (pas forcément ceux que j’aime) ou des « people », du bruit (on entend à peine les paroles de ceux que l’on rencontre), c’est le travail à la chaîne des dédicaces et puis quand on connaît mon rapport au bruit, à la foule etc…. Je n’ai eu qu’une envie….. Fuir et me retrouver chez moi, dans le silence avec un livre entre les mains. Alors je suis partie et je sais maintenant que j’éviterai ce genre de salon. J’ai vu Jeanne Benameur dont je pense lire La patience des Traces (qui a d’ailleurs remporté le Prix Ouest 2022), Julia Kerninon (que j’aime beaucoup mais absente lors de mon passage devant le stand) dont le dernier ouvrage Toucher la terre ferme passera un jour entre mes mains, Clara Dupont-Monod, Claire Berest, Nicolas Carreau (pas vu mais dont j’écoute le podcast La voix est livre chaque semaine), Amélie Cordonnier, Henri Loevenbruck etc… (pardon pour ceux que j’oublie mais il y avait plus de 200 écrivains)

Au milieu de la foule j’ai malgré tout pu rencontré Antigone que je n’avais pas revue depuis plus de deux ans et la recherche du lieu de rencontre avec Pete Fromm nous a permis de papoter et d’arpenter une partie de la ville de Montaigu qu’elle connaît bien mais également échanger concernant nos expériences de clubs de lecture, de tricot (mais oui).

Ciao 📚