América n° 10 de François Busnel et bien d’autres

AMERICA 10Cet été, America arrive avec un sommaire qui rafraîchira votre vision du rêve américain ! Dans ce 10e numéro, retrouvez un entretien exclusif de 26 pages avec l’écrivain culte T.C. Boyle, chez lui, à Santa Barbara : l’auteur d’América revient sur la construction du mur contre les migrants mexicains, l’inaction devant le réchauffement de la planète, le naufrage de la démocratie américaine, et ses œuvres visionnaires. Autre temps fort de ce numéro : un grand dossier sur l’American dream. S’élever et changer de vie : que reste-t-il de ce rêve, sous l’ère Trump ? Dave Eggers, David Vann, Yann Perreau et Philippe Coste réfléchissent à cette question, qui interroge l’identité même des États-Unis. On vous emmène aussi à la plage cet été : à Hawaï avec Joan Didion, à l’occasion d’un récit fascinant loin des clichés touristiques, et à Miami, sur les pas du romancier Miguel Bonnefoy. En prime, une enquête de William Finnegan sur les ravages écologiques de l’administration Trump, un focus sur L’Attrape-cœurs à l’occasion des 100 ans de la naissance de Salinger, sans oublier les lauréats du prix America 2019 !

Ma lecture

On l’appelle « Rêve américain » parce qu’il faut être endormi pour y croire. 

George Carlin

Dans ce dixième numéro de la revue America il est question du rêve américain….. Ce qu’il était, ce qu’il est et ce qu’il en reste. Une couverture rose bonbon peut-être pour mieux faire passer la pilule car que reste-t-il de ce rêve d’outre-atlantique, existe-t-il encore ou fait-il partie du passé ?

Un numéro mirage en quelque sorte car nous sommes dans le concret, à l’heure des bilans, face à nos rêves (si nous en avons eus) et aussi à nos désillusions.

J’ai particulièrement aimé l’interview de T.C. Boyle (que j’avais vu précédemment dans un documentaire de François Busnel à la télévision), tellement aimé que je me suis procuré son roman América, Il expose de façon clair sa position, son repli dans sa très belle  maison en bois entourée d’arbres, ses inquiétudes concernant l’environnement et sa prise de conscience vis-à-vis de celui-ci, lui qui a tout tenté, essayé par le passé. J’ai aimé son parler vrai et sa vision du monde qui l’entoure.

Autre article intéressant sur J.D. Salinger, auteur de L’attrape-cœurs, roman que je n’ai pas réussi à terminer et qu’il faudrait peut-être que je retente. Je ne connaissais rien de la vie de cet auteur qui s’est mis en retrait de la vie publique après la publication de son roman. Un personnage très énigmatique et je suis toujours fascinée par le destin de certains écrivains.

J’ai découvert une réalisatrice Marielle Heller qui a sorti en 2018 « Can you ever forgive me » (Les Faussaires de Manhattan en France) d’après l’histoire vraie de Lee Israel qui s’est lancée dans l’écriture de fausses lettres d’écrivains, un film dont je n’ai pas du tout entendu parler lors de sa sortie et que j’espère avoir l’occasion de voir.

Très beau reportage photos (comme toujours des photos sans légende qui parlent d’elles-mêmes) sur les rodéos et les cow-boys, une chronique sur les meilleurs livres de l’année de la littérature américaine et comme toujours des chroniques sur l’état de l’Amérique de Trump.

Un article de Yann Perreau sur Hollywood, symbole du rêve américain par excellence, il s’est promené sur les boulevards du cinéma et sa déambulation va le mener sur le boulevard des illusions perdues .

D’autres écrivains donnent leur avis sur ce fameux rêve américain : David Vann, Douglas Kennedy, William Finnegan et Joan Didion avec un texte inédit sur Hawaï loin des clichés que l’on peut en avoir.

Et comme l’Amérique terrienne ne suffit plus, il y a l’espace et sa conquête (mais je vous avoue que là je n’ai pas été au bout…… car je n’étais pas du tout intéressée….).

America est pour moi un magazine de connaissances, j’apprends et découvre un pays, ses habitants, connus ou non, des personnages, des auteur(e)s, son passé et son présent loin des clichés que l’on peut en avoir, du réel, du vécu et du vrai.

« L’Amérique, l’Amérique, je veux l’avoir et je l’aurai » (vous savez la chanson de Joe Dassin) et bien en refermant le magazine je ne suis pas sûre que ce pays puisse encore faire rêver. Où sont passés nos rêves d’antan, ils n’ont peut-être été que des mirages….

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Les Editions America – Juin 2019 – 194 pages

Ciao

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Une année à la campagne de Sue Hubbell

UNE ANNEE A LA CAMPAGNEQuatrième de couverture

Un jour, Sue Hubbell, biologiste de formation, ayant travaillé comme bibliothécaire, lasse de vivre en marge de la société de consommation de l’Est américain, décide de changer de vie. Avec son mari, elle part à la recherche d’un endroit où ils pourraient vivre loin des villes, suivant l’exemple du poète Thoreau. Après avoir cherché, ils trouvent cette ferme dans les monts Ozark, au sud-est du Missouri, et, ne connaissant rien à l’agriculture ni à l’élevage, ils décident de créer une « ferme d’abeilles « . Alors commence pour Sue Hubbell une aventure dont elle n’imagine pas les conséquences. Les saisons, les années passent, maintenant dans la solitude car son mari l’a quittée, et cette femme qui n’avait de la nature qu’une connaissance théorique découvre lentement l’immensité de l’univers qu’elle s’est choisi : sur ces quelques hectares de collines où, depuis la disparition des Indiens Osages, aucun être humain ne s’est vraiment arrêté, la vie a établi ses lois et ses règles, tissant un réseau de dépendances entre tous les habitants : les plantes, les insectes, les araignées, les serpents, les oiseaux, les mammifères, et même les parasites et les bactéries. L’entrée dans ce monde n’est pas simple. Pour Sue Hubbell, c’est un véritable bouleversement. Elle qui croyait- par son éducation, par ses études- tout savoir de la vie animale découvre sur ces arpents de terre que la vie naturelle est un bien meilleur professeur, parce qu’elle laisse le savoir germer et mûrir comme tout ce qui est vivant et vrai. J.M.G. Le Clezio

Ma lecture

Ce récit autobiographique que j’ai vu passé ici et là était pour moi. Une année à la campagne….. Moi c’est toute l’année à la campagne et pour vous expliquer pourquoi il m’a tout de suite interpellée il faut que je lève un peu le voile sur mon passé.

Parisienne de naissance, j’ai quitté la capitale à la naissance de ma fille sachant que Paris et enfants étaient difficilement conciliables. J’ai vécu ensuite dans une grande ville de province (Orléans) puis peu à peu je me suis orientée vers la campagne. Désormais je vis au milieu de la nature dans un petit lieu-dit au milieu de bois et prés où seuls les chants des oiseaux m’accompagnent.

J’ai donc compris, et cela se confirme à chaque fois que je retourne en ville, que la ville et moi nous n’étions plus compatibles : bruit, foule, stress, appel à la consommation, pollution etc….. Dès que j’arrive en ville je n’ai qu’une envie …… partir. Je deviens de plus en plus « ourse dans sa tanière » !. J’ai à portée de mains, de pieds et de vue les bois, le calme, la faune et la tranquillité. Tout n’est pas parfait, il y a quelques inconvénients mais je sais malgré tout la chance que j’ai (enfin pour ceux qui aime ce genre de vie).

Voilà pourquoi ce petit récit de Sue Hubbell m’était prédestiné. Oui bien sûr je ne suis pas une spécialiste des abeilles comme elle, qui est biologiste de formation, mais j’ai retrouvé entre ses lignes des réflexions sur le rythme de nos vies au fil des saisons dans la nature mais aussi sur notre comportement consumériste, notre relation aux autres que je me suis moi-même faites.

Comme dans Walden ou La vie dans les bois de H.D.Thoreau que j’ai lu très récemment (comme quoi ce sujet me plait), Sue Hubbell évoque non pas son quotidien au jour le jour mais les faits marquants de celui-ci, saison après saison mais à la différence de son célèbre précurseur c’est frais, pétillant, très accessible. J’ai appris énormément de choses sur les ruches et leurs occupantes (sa seule activité rémunératrice), sorte de microcosme de société.

Depuis son divorce, elle vit seule et parfois cette situation peut poser soucis quand il s’agit de travaux importants qu’elle essaie au maximum de réaliser par elle-même avec les moyens du bord et l’aide parfois de son fils.

Je me demande parfois où nous autres femmes d’un certain âge nous situons dans le tissu social une fois que la construction du nid a perdu de son charme.(…) Nous avons le Temps, ou du moins la conscience du Temps. Nous avons vécu assez longtemps et en avons vu assez pour savoir, autrement qu’au plan intellectuel, que la mort nous attend et nous avons donc appris à vivre en nous sachant mortelles, prenant nos décisions avec soin et après mûre réflexion parce que nous savons que nous ne pourrons pas les prendre à nouveau. Le temps pour nous aura une fin : il est précieux, et nous en avons appris la valeur. (p230)

Comme pour Thoreau la coupe du bois est une des principales « corvées » indispensable pour tenir tout un hiver. La séparation d’avec son mari qui se chargeait de cette tâche l’a obligée au maniement de la tronçonneuse, objet très dangereux en soi et dont elle garde une certaine méfiance. Elle analyse de façon calme et posée (et parfois humoristique) les choses et les événements pour s’adapter le mieux possible à eux.

J’ai beaucoup aimé la façon dont elle parle de tout ce qui l’entoure mais aussi de ses observations sur elle-même, ses relations de voisinage (bonnes et nombreuses) souvent liées à son travail d’apicultrice. De par sa formation, elle observe et analyse les comportements de ses fabricantes de miel : hiérarchie d’une ruche, comportement suivant les saisons, production, prédateurs etc.. C’est facile d’accès et parfois source d’inspiration pour son propre comportement.

Vivre dans un monde où les réponses aux questions peuvent être si nombreuses et si valables, voilà ce qui me fait sortir du lit et enfiler mes bottes tous les matins. (p85)

L’écriture est très agréable, parfois teintée d’humour, d’étonnement, n’hésitant pas, ici ou là, à relater des rencontres festives avec ses compatriotes comme la fête chaque année du cochon grillé qu’elle organise chez elle au mois de Juillet.

C’est une lecture rafraîchissante, instructive (observations des araignées, serpents, poules, coq et autres petits animaux de son environnement), bruissant des milles sons de la nature des monts Ozarchs (Missouri) où elle vit. C’est l’éloge d’une vie simple, active, jamais ennuyeuse car cela fourmille de remarques et réflexions sur l’importance d’observer, d’écouter ce qui nous entoure et ce n’est pas moi qui vais la contredire. J’en suis convaincue…..

Un roman-journal de bord, que l’on peut reprendre, relire ici ou là quelques passages, pour s’aérer, s’inspirer, goûter aux joies d’une vie simple. Il va rester pour moi un livre de chevet dans lequel j’irai piocher au fil des faisons des bribes d’inspiration. Je le recommande en cas de stress urbain, d’un besoin urgent de s’aérer, presque un petit guide de philosophie rurale…

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Traduction de Janine Hérisson

Editions Folio – Juin 1994 – 260 pages

Ciao

 

Chien-Loup de Serge Joncour

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Ma lecture

Pour être tout à fait honnête voici un livre qui ne m’attirait pas du tout. S’il n’y avait pas eu le prix du réseau des bibliothèques de ma commune (je fais partie du comité de lecture) je crois que jamais il ne serait passé entre mes mains….. Quel dommage et comme quoi il faut parfois laisser faire le hasard et avoir une très belle surprise.

Dès les premières pages je me suis laissée porter par l’écriture de Serge Joncour : on entre à la fois vite et lentement dans l’histoire. Eté 2015, un couple d’une cinquantaine d’années, sans enfant, part près d’Orcières, petit village du Lot, pour occuper un gîte perdu dans la nature. Et quand je dis perdu, c’est perdu : à peine un chemin pour y accéder et encore en 4 X 4, pas de réseau, ni téléphone etc….. Pour Franck, producteur de films c’est un désastre, pour Lise un vrai bonheur. Comédienne par le passé, elle veut se donner à sa passion la peinture mais aussi retrouver une vie simple, calme, retrouver de vraies valeurs.

Il y a parfois des lieux qui nous mettent mal à l’aise dès qu’on y met les pieds, et d’autres qui nous accueillent, qui vous adoptent, comme s’ils vous attendaient. (p73)

Ce séjour va se révéler riche en découvertes de toutes sortes : sur eux-mêmes en particulier pour Franck mais aussi sur leur environnement car cette maison a un passé, une histoire et l’on suit parallèlement leur histoire à eux mais aussi celle d’un précédent occupant Wolfgand Hollzenmaier, dompteur de fauves qui y vécut avec 8 fauves pendant la première guerre mondiale.

Un siècle entre les deux narrations mais beaucoup de points communs : le dompteur vient lui aussi chercher refuge dans cette maison isolée afin de protéger ses animaux (et lui-même) des affres de la guerre. Il va peu à peu se fondre dans le décor, vivre en communion avec la nature et ce qu’elle peut offrir, parfois s’attirer la vindicte du village et faire une rencontre inattendue et décisive.

Même si c’est Lise qui est la narratrice au tout début du récit, très vite Franck prend la parole. Il souffre de cet isolement, ne supporte pas d’être coupé du monde à un moment décisif dans sa carrière et va trouver mille stratagèmes pour avoir le sentiment de revenir à sa vie. Sa rencontre avec un étrange chien va le pousser à changer…..

L’homme c’est cette créature de Dieu qui corrompt et dilapide, qui se fait un devoir de tout salir et d’abîmer. Sans qu’il soit question de malveillance ou de jalousie, de frustration ou de colère, par sa seule présence un homme peut tout détruire. (p436)

Mais en chaque humain sommeille une bête et il suffit que celui-ci soit poussé dans ses retranchements pour que celle-ci se réveille.

Serge Joncour parvient avec ce roman à évoquer différents thèmes et en premier lieu la nature humaine qui peut avoir différents visages suivant son environnement que ce soit de nos jours mais aussi par le passé. Les deux périodes baignent dans une ambiance où l’on sent que les personnalités évoluent que ce soient pour le couple mais aussi pour Joséphine en 1915, femme du médecin du village, dont l’existence va prendre un nouveau départ.

Comme la nature qui envahit tout, de tout temps, depuis quelques années la technologie envahit nos vies quotidiennes. A la manière de nombreux écrivains américains, l’auteur utilise la nature pour parler de l’âme humaine, de ses comportements en zone inconnue mais aussi de l’emprise de celle-ci sur son esprit. Mais à la différence des américains, Serge Joncour joue plus sur l’ambiance que sur les actes. Une ambiance parfois lourde, oppressante parfois comme la nature qui entoure le gîte, comme un étau qui se referme sur celui-ci ainsi que sur ses occupants.

C’est un récit qui évoque également la transformation d’un homme, civilisé, de son retour à ce qu’il peut être intrinsèquement, quand sa vraie nature reprend le dessus et qu’au milieu de la nature sauvage il retrouve ses instincts.

L’auteur a su créer autour de ses personnages dans les deux époques  une certaine tension, car le lieu est chargé de zones d’ombres, de bruits, d’yeux qui observent et notre esprit échafaude milles pistes. Et c’est ce que je trouve justement remarquable dans la narration c’est cette montée en puissance sans avoir besoin d’utiliser des « ressorts » exceptionnels.

Quelle maîtrise, quelle écriture et malgré quelques longueurs et répétitions de faits qui m’ont parfois surprise, j’ai pris un réel plaisir à découvrir cette histoire où nature, faune et êtres humains se mêlent pour porter un regard sur nous, notre époque mais aussi le rapport que nous avons les uns envers les autres et comment tout peu parfois basculer.

Le mal était en tout. Où qu’on aille, même là, même au plus loin dans la nature, au plus loin des hommes, elle était rattrapée par la malveillance et les pactes obscurs. (p421)

Encore une découverte d’auteur, mon premier Serge Joncour et j’ai hâte de le découvrir dans d’autres romans car c’est tout à fait le genre de littérature qui, tout en vous faisant passer un excellent moment, vous amène à réfléchir, à imaginer et à voyager. J’ai aimé son écriture limpide et claire, un auteur très imprégné de la nature mêlant habilement humanité et environnement, les deux intiment liés.

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Editions Flammarion – Août 2018 – 472 pages

Quatrième de couverture

L’idée de passer tout l’été coupés du monde angoissait Franck mais enchantait Lise, alors Franck avait accepté, un peu à contrecœur et beaucoup par amour, de louer dans le Lot cette maison absente de toutes les cartes et privée de tout réseau. L’annonce parlait d’un gîte perdu au milieu des collines, de calme et de paix. Mais pas du passé sanglant de cette maison que personne n’habitait plus et qui avait abrité un dompteur allemand et ses fauves pendant la Première Guerre mondiale. Et pas non plus de ce chien sans collier, chien ou loup, qui s’était imposé au couple dès le premier soir et qui semblait chercher un maître.

En arrivant cet été-là, Franck croyait encore que la nature, qu’on avait apprivoisée aussi bien qu’un animal de compagnie, n’avait plus rien de sauvage ; il pensait que les guerres du passé, où les hommes s’entretuaient, avaient cédé la place à des guerres plus insidieuses, moins meurtrières. Ça, c’était en arrivant.

Ciao

Les gratitudes de Delphine de Vigan

LES GRATITUDES« Je suis orthophoniste. Je travaille avec les mots et avec le silence. Les non-dits. Je travaille avec la honte, le secret, les regrets. Je travaille avec l’absence, les souvenirs disparus, et ceux qui ressurgissent, au détour d’un prénom, d’une image, d’un mot. Je travaille avec les douleurs d’hier et celles d’aujourd’hui. Les confidences.
Et la peur de mourir.
Cela fait partie de mon métier.
Mais ce qui continue de m’étonner, ce qui me sidère même, ce qui encore aujourd’hui, après plus de dix ans de pratique, me coupe parfois littéralement le souffle, c’est la pérennité des douleurs d’enfance. Une empreinte ardente, incandescente, malgré les années. Qui ne s’efface pas.»

Michka est en train de perdre peu à peu l’usage de la parole. Autour d’elles, deux personnes se retrouvent : Marie, une jeune femme dont elle est très proche, et Jérôme, l’orthophoniste chargé de la suivre.

Ma lecture

Voilà un billet qui ne va pas être facile à rédiger……  Je vais être à contre courant de beaucoup d’avis mais sans être totalement négative. Je m’explique : je crois que le problème vient de moi finalement puisqu’il a plu a beaucoup de lecteurs et lectrices. Une littérature « bisounours » définitivement ce n’est pas pour moi…..

Je n’ai pas lu Les loyautés, le précédent roman de Delphine De Vigan et celui-ci je ne l’aurai pas lu si je ne l’avais reçu en cadeau, car c’est le genre de livre où sans l’avoir lu j’ai le sentiment d’en connaitre le contenu. Bingo je ne me suis pas trompée…..

L’écriture est claire, fluide, l’auteure arrive parfaitement à glisser entre les lèvres de Michka, souffrant aphasie (perte du langage)  les mots de substitution, cela se joue parfois à une lettre, une syllabe et j’ai trouvé parfois que Michka finalement exprimait par ce nouveau vocabulaire son désarroi.

Rien à reprocher à l’histoire, même si elle ressemble à tant d’histoires déjà lues, construite avec tous les ingrédients pour provoquer sentiments et émotions chez le lecteur.. Je vous l’ai dit :  des relations inter-générationnelles de bienveillance, un personnage attachant, un environnement dans un EHPAD pas toujours réjouissant, rajoutez une petite enquête pour retrouver des personnes perdues de vue pendant la guerre, une fin qui évidemment amène les larmes au bord des yeux et voilà un roman rondement mené…..

C’est pétri de bons sentiments, on l’ouvre et l’on sait comment tout cela va se passer….  De toutes façons on ne s’éternise pas : en maxi deux heures c’est lu.

J’aurai tellement aimé que le personnage de Michka soit plus fouillé, abouti, cette femme photographe reporter devait avoir tant à nous dire. Et puis il y a Marie et Jérôme, elle la gentille voisine et lui l’orthophoniste auquel Michka va prodiguer de précieux (et attendus) conseils. D’eux ont ne saura presque rien sauf ce qui peut attirer de la compassion.

Je ne suis pas la bonne lectrice pour ce genre de littérature. On le lit vite, c’est pas franchement désagréable, mais cela n’apporte rien. Vous allez dire que je suis dur aux sentiments, peut-être, mais c’est, pour moi,  le genre de roman écrit pour jouer (assez facilement)  sur la corde sensible, faire parler de lui grâce à un marketing efficace qui met en avant l’auteure, et qu’à force de lire des éloges on culpabilise presque de ne pas l’avoir apprécié. Mais j’assume, c’est gentillet mais sans plus et les précédents romans de Delphine De Vigan que j’avais lus (mais qu’il faudrait que je les relise) m’avaient paru beaucoup plus aboutis, riches, plus profonds.

Il parait qu’avec Les loyautés il fait partie d’une trilogie….. Je pense que le troisième ne sera pas, s’il est du même acabit, de mes futures lectures.

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Editions Jean-Claude Lattès – Mars 2019 – 173 pages

Ciao

Le lambeau de Philippe Lançon

LE LAMBEAUQuatrième de couverture

Lambeau, subst. masc. 1. Morceau d’étoffe, de papier, de matière souple, déchiré ou arraché, détaché du tout ou y attenant en partie. 2. Par analogie : morceau de chair ou de peau arrachée volontairement ou accidentellement. Lambeau sanglant ; lambeaux de chair et de sang. Juan, désespéré, le mordit à la joue, déchira un lambeau de chair qui découvrait sa mâchoire (Borel, Champavert, 1833, p. 55). 3. Chirurgie : segment de parties molles conservées lors de l’amputation d’un membre pour recouvrir les parties osseuses et obtenir une cicatrice souple. Il ne restait plus après l’amputation qu’à rabattre le lambeau de chair sur la plaie, ainsi qu’une épaulette à plat (Zola, Débâcle, 1892, p. 338). (Définitions extraites du Trésor de la Langue Française).

Philippe Lançon est journaliste à Libération et Charlie Hebdo, et écrivain.

Ma lecture

J’ai attendu plus d’un an pour découvrir le récit de Philippe Lançon. Je voulais le bon moment. Je savais qu’il allait me plonger à nouveau dans l’attentat à Charlie, je me souviens comme beaucoup de ce que je faisais ce jour-là, ce moment d’hébétude, puis un moment d’aberration puis de tristesse.

Mais nous étions à l’extérieur, Philippe Lançon l’a vécu de l’intérieur, le 7 Janvier 2015, un jour comme les autres, un mercredi comme les autres, la réunion à Charlie, une soirée au théâtre la veille avec Shakespeare, La nuit des rois,  un livre Blue Note dont il veut parler à Cabu car il le sait fan de jazz et puis 11h25 tout bascule….. Rien ne sera jamais pareil ensuite et comment pourrait-il en être autrement car au-delà des amis qu’il a perdus, il va vivre plusieurs mois de reconstruction, lui l’homme fracassé, défiguré.

C’est un récit bouleversant mais sans apitoiement sur lui-même, jamais, de sa lente remontée à la surface, de ses liens avec ceux qui l’ont aidé, soigné, qui lui ont redonné un visage et en particulier (et surtout) Chloé, sa chirurgienne, celle qui va patiemment redonner forme à son visage, une sorte de deuxième mise au monde.

C’est un récit humain où j’ai été surprise par la plume juste, droite, pudique d’un homme blessé dans sa chair mais aussi dans son âme, par la perte de ceux qu’il aimait, admirait pour certains.

C’est un récit à la recherche de ses souvenirs, l’avant, l’après, de son amour de la littérature, de Proust en particulier, mais aussi Kafka et de Bach. Il trouve en eux des moyens de tenir, d’espérer, de patienter. Ce sont ses remèdes, inépuisables. Il se coupe du monde extérieur par la force des choses mais n’a souvent besoin que des livres, de la musique et du silence pour se reconstruire.

C’est un récit sur le monde caché, peu connu des gueules cassées, des estropiés qui tentent de reprendre pied et visage dans l’ombre d’une coupole, celle des Invalides, si justement nommée.

Avec une écriture accessible il nous raconte son quotidien, tout ce qu’il a vécu, enduré, pensé pendant ces longues semaines de retour à la surface. J’ai été surprise par l’extrême pudeur de ses sentiments. Même s’il parle de son ressenti c’est toujours avec mesure, jamais de violence peut-être parce que la violence il sait ce que c’est, et son témoignage n’en est que plus fort. Pas d’apitoiement sur son sort : c’est un état de fait qu’il accepte parce qu’il n’a pas d’autre choix mais je l’ai ressenti comme de une sorte de dignité, d’humanité vis-à-vis de ceux qui sont morts.

Choisir comme thérapie l’écriture, mettre à plat ses souvenirs, remonter le temps, pas à pas, retrouver ses sensations comme on retrouve de la sensibilité sur son corps après une opération. Pouvoir exprimer sur le papier ce que l’on ne peut dire tout haut, le long chemin parcouru, les doutes, les espoirs, l’attente, le regard des autres, mais taire sa souffrance, la garder pour soi parce qu’il n’y a peut-être pas de mots pour la dire mais elle transpire malgré tout dans chaque page.

Je me suis installée près de lui, je me suis tue et je l’ai écouté. Il m’a raconté une histoire, son histoire, qui n’est pas belle car il y a des jambes noires qui en ont décidé autrement. Deux minutes trente, deux courtes minutes trente qui ont basculé la vie de huit personnes et ont changé le cours d’autres. Puis l’histoire prend d’autres couleurs : celle de la reconstruction du visage mais aussi de l’homme.

Il m’avait fallu atterrir en cet endroit, dans cet état, no seulement pour mettre à l’épreuve mon métier, mais aussi pour sentir ce que j’avais lu cent fois chez des auteurs sans tout à fait le comprendre : écrire est la meilleure manière de sortir de soi-même, quand bien même ne parlerait-on de rien d’autre. Du même coup, la séparation entre fiction et non fiction était vaine : tout était fiction, puisque tout était récit – choix des faits, cadrage des scènes, écriture, composition. Ce qui comptait, c’était la sensation de vérité et le sentiment de liberté donnés à celui qui écrivait comme à ceux qui lisaient. (p366)

C’est le récit d’un cercle familial, amical, amoureux, de présences en particulier les liens qui l’unissent aux agents qui le protègent et surtout à sa chirurgienne, ils sont les garants de son existence, ils ont sa vie entre leurs mains, ils l’aident à se reconstruire, à tenir debout, à espérer.

J’ai été surprise de constater qu’il n’y a pas de colère ou elle reste mesurée, digne, jamais alors qu’il aurait toutes les raisons de l’être, mais la peur reste présente et comment pourrait-il en être autrement après un tel choc physique mais aussi psychologique.

Le lambeau est une partie de sa vie qui lui a été arrachée, ôtée comme ses amis perdus, mais aussi un morceau auquel les magiciens des hôpitaux vont redonner vie. C’est 500 pages que l’on lit en apnée,  que l’on garde longtemps en soi, un témoignage puissant sur la force et la volonté humaines à se reconstruire, sans pathos, sans larmes car je pense que cela il l’a gardé pour lui.

📕📕📕📕📕 COUP DE

Editions Gallimard – Mars 2018 – 510 pages

Ciao