Journal de Hélène Berr

HELENE BERR JOURNALIl y avait sûrement en 1942 des après-midi où la guerre et l’Occupation semblaient lointaines et irréelles dans ces rues. Sauf pour une jeune fille du nom d’Hélène Berr, qui savait qu’elle était au plus profond du malheur et de la barbarie ; mais impossible de le dire aux passants aimables et indifférents. Alors, elle écrivait un journal. Avait-elle le pressentiment que très loin dans l’avenir, on le lirait ? Ou craignait-elle que sa voix soit étouffée comme celles de millions de personnes massacrées sans laisser de traces ? Au seuil de ce livre, il faut se taire maintenant. écouter la voix d’Hélène et marcher à ses côtés. Une voix et une présence qui nous accompagnerons toute notre vie. »
Patrick Modiano

Ma lecture

J’ai entendu parler de ce journal grâce aux Bibliomaniacs, qui était un des coups de cœur de l’une d’entre elles (Léo je crois), en commençant la lecture je savais donc où je mettais mes yeux et j’ai attendu le bon moment pour le lire. La préface, émouvante et juste de Patrick Modiano donne le ton de ce que je vais découvrir ensuite. Il la compare à une plume similaire à celle de Katherine Mainsfield. Quel beau compliment pour elle qui aimait tant la littérature anglaise…..

Le livre est près de mon clavier et il est rempli de marque-pages, autant de repères dans ce livre où je me suis arrêtée si souvent émue ou interpellée, où j’ai pris le temps de réfléchir à ce qu’Hélène Berr nous transmet, c’est tellement profond, émouvant que je sais d’avance que je ne pourrai pas tout vous relater car il n’y a parfois aucun mot pour le dire.

Elle met en évidence tellement de questionnements, de façon objective, argumentée que l’on ne peut que noter, arrêter sa lecture pour réfléchir, remettre en question certains aspects sous un autre jour. Bien sûr c’est une lecture où la gorge se noue, où les larmes montent aux yeux tant pour les faits que pour la femme qui écrivait.

1942 – Paris, Hélène Berr commence à tenir un journal car elle a comme un pressentiment que sa vie ne va plus être la même désormais. Elle est à un moment de sa vie où tout se bouscule : études, guerre, amour. Elle devrait ne penser qu’à vivre, à aimer, à sourire mais depuis quelques semaines l’étau se resserre sur les juifs, le port de l’étoile devient obligatoire, elle refuse de s’y plier dans un premier temps puis la porte :

Seulement si je la porte, je veux toujours être très élégante et très digne, pour que les gens voient ce que c’est. Je veux faire la chose la plus courageuse. Ce soir je crois que c’est de la porter. (p54)

les discriminations envers les juifs sont de plus en plus nombreuses, sanctionnées en cas de violation et surtout les rafles sont de plus en plus fréquentes.  Les appartements des voisins, amis se vident de leurs occupants et leurs contenus sont pillés.

Son père, polytechnicien, sera une première fois arrêté et interné à Drancy d’où il sera libéré grâce à une « rançon » payée par ses employeurs,

En échange de Papa, ils nous prennent ce que nous estimions le plus : notre fierté, notre dignité, notre esprit de résistance. Non lâcheté. Les autres gens croient que nous jouissons de cette lâcheté. Jouir ! Mon Dieu. Et au fond, ils seront contents de ne plus avoir à nous admirer et à nous respecter. (p92)

certains membres de sa famille partiront s’exiler en zone dite libre, mais Hélène et ses parents, après moult hésitations, décident de rester dans l’appartement qu’ils occupent à Paris jusqu’en Mars 1944 vivant dans la peur jusqu’à leur arrestation et leur déportation.

Au cours des trois années où ce journal est tenu, le ton va évoluer.

En 1942 Hélène raconte par le menu ses sorties, ses activités, elle fréquente la Sorbonne, prépare une agrégation d’anglais, a fait des études de philosophie, elle joue du violon, a de nombreux amis, s’évade souvent dans la maison familiale qu’ils  possèdentà  Aubergenville où pendant quelques heures elle goutte au bonheur simple de cueillir et manger des fruits. La guerre semble parfois lointaine. Le ton est assez léger même si on sent poindre ça et là les craintes, les observations, les doutes d’Hélène. Elle se révolte sur le port de l’étoile mais elle ne peut résister longtemps, elle ne fait pas le poids. Au mois de Juillet la rafle du Veld’hiv et les arrestations massives mettent la famille face à la réalité de ce qui arrive. Les rumeurs sont fondées et par déduction Hélène comprend que les trains qui partent de Drancy sont des voyages sans retour…..

Je veux rester encore, pour connaître à fond ce qui s’est passé cette semaine, je le veux, pour pouvoir prêcher et secouer les indifférents. (p107)

En 1943 le ton et le contenu changent totalement, Hélène commence à imaginer ce qui les attend : elle anayse les faits, elle tente de trouver des réponses aux questions qui se posent à elle, sur l’homme, la religion, le mal, la peur, la mort. Il y a de la révolte en elle, de la colère parfois, de la rebellion. Elle n’a pas peur pour elle, mais pour ceux qu’elles aiment et les autres, pour tous ces enfants dont elle s’occupe dans une association de placement d’enfants juifs sans parents et le travail est énorme.

Biens et personnes disparaissent, certaines situations sont absurdes,  certains dénoncent, d’autres protègent, certains refusent les évidences et Hélène arpente les rues de Paris pour ne pas rester à subir : elle s’active, est bénévole dans une bibliothèque, vient en aide, prépare des colis, attend, tremble, espère……

1944 : les choses s’accélèrent, la vie de la famille devient très compliquée, les menaces d’arrestation se font de plus en plus précises, proches et ils passent sur la fin leurs nuits ailleurs, comme si les arrestations ne pouvaient avoir lieu le jour, jusqu’à ce jour de Mars, le jour de son 23ème anniversaire où ils seront arrêtés et partiront pour un voyage sans retour.

Comme pour le journal d’Anne Frank, autre témoignage bouleversant,on est saisi par la volonté de transmettre, de témoigner de leur quotidien, de la lucidité et du courage dont elles ont fait preuve. Toutes deux découvraient l’amour, Hélène vient de croiser la route de Jean (JM ou il) dans le journal, le garçon qu’elle aime et dont elle parle de façon si touchante, très mystérieuse, comme un trésor caché (la chose dit-elle) et auquel elle destine ce journal comme une prescience qu’elle peut disparaître :

J’ai un devoir à accomplir en écrivant, car il faut que les autres sachent. (p185)

J’ai trouvé beaucoup de profondeur dans ses questionnements sur ses ressentis, sa clairvoyance par rapport aux faits et ses tentatives pour comprendre l’attitude des français, de l’ennemi, des chrétiens face à cette tragédie que fût l’arrestation et la déportation des juifs.

Et ceux-ci ne sont que des hommes faibles et souvent lâches ou bornés. Est-ce que si le monde chrétien s’était levé en masse contre les persécutions, il n’aurait pas réussi ? J’en suis sûre.(…) Est-e que le pape est digne d’avoir le mandat de Dieu sur la Terre, lui qui reste impuissant devant la violation la plus flagrante des lois du Christ. (p189)

On est frappé par la lucidité dont elle fait preuve face aux événements, aux regards portés sur eux, à ses inquiétudes pour ceux qu’elle aime, pour ceux qui souffrent. Elle se donne sans compter jusqu’au dernier jour trouvant le réconfort dont elle a besoin dans la musique et la littérature en particulier Shelley et Keats qui lui apportent parfois du réconfort et des réponses à ses questionnements.

 Je ne peux que conseiller la lecture d’un tel ouvrage, il faut s’y préparer car la plume de l’auteure transmet tout son amour de la vie, des autres, il faut parfois poser le livre, laisser passer les émotions puis réfléchir à ce qu’elle nous transmet. Bien sûr cette guerre est finie mais il y en a d’autres, ailleurs et nous ne pouvons pas dire que l’on ne sait pas, que l’on ne voit pas, que l’on entend pas.

On peut imaginer le brillant avenir qui s’offrait à elle, ses capacités d’analyse et  la monstruosité de ce qui s’est passé ici, il n’y a pas si longtemps.

Il faut donc que j’écrive pour pouvoir plus tard montrer aux hommes ce qu’a été cette époque (…) chacun dans sa petite sphère peut faire quelque chose. Et s’il le peut, il le doit. (p187)

Les feuillets de son journal ont été remis à Andrée, leur cuisinière pour qu’elles les transmettent à Jean, son amour au cas où elle ne reviendrait pas. C’est sa nièce qui les a récupérés et fait publier en 2008, comme un devoir de mémoire.

C’était une jeune femme comme les autres passionnée, intelligente, qui voulait vivre auprès de Jean, qui a aidé jusqu’à son dernier souffle les femmes déportées avec elle à Bergen-Belsen, où elle s’éteint sous les coups d’une gardienne, car atteinte du typhus elle n’a pas pu se rendre à l’appel, 5 jours avant la libération du camp en 1945.

C’est une lecture, comme celle du Journal d’Anne Frank qui va m’accompagner longtemps, pas seulement par la narration des événements mais surtout pour la qualité de son écriture et la justesse de ses raisonnements, son refuge dans la littérature et la musique dans les jours les plus sombres, la générosité dont elle a fait preuve.

📕📕📕📕📕 COUP DE COEUR 

Editions Points – Mai 2009 – 329 pages

Ciao

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La visite à Brooklyn de Alice Mc Dermott

LA VISITE A BROOKLYNRésumé

Deux fois par semaine, Lucy quitte sa maison de Long Island. Avec ses trois enfants, elle se rend en bus à Brooklyn dans l’appartement où elle a grandi. Là vivent ses trois sœurs. La première anéantie, la deuxième faisant mine de tout organiser, la troisième simplement aimante. Là, aussi, il y a  » Momma « . Momma qui a jadis abandonné l’Irlande et la ferme, qui a assumé le décès de sa propre sœur, en a élevé les quatre filles, épousé le mari, et mis elle-même au monde un fils. Ces visites à Brooklyn, ce sont des après-midi sans fin aux rituels immuables, le repas lourd, l’heure du cocktail, les disputes, les larmes, les portes qui claquent. Tout cela vu à travers le regard des trois enfants de Lucy. Heureusement, il y a aussi les vacances, deux semaines par an dans une location au bord de mer. Et puis cette magnifique histoire d’amour pour May, l’une des sœurs, ancienne religieuse, qui va épouser le facteur. Quelque chose comme le bonheur avant que n’advienne le drame…

Ma lecture

Après avoir découvert Alice Mc Dermott avec La Neuvième heure que j’avais aimé, j’ai voulu poursuivre ma découverte de son univers, retrouver la délicatesse et la douceur avec ce roman publié en 1992 aux Etats-Unis.

Brooklyn – Nous sommes au début des années 1960 et suivons la famille Dailey. A travers le regard des enfants nous sommes spectateurs de leurs étés et des visites bi-hebdomadaires qu’ils rendent avec Lucy, leur mère à sa famille exclusivement féminine.

Ce sont des visites à la partition bien réglée, toujours identiques dans leur déroulement, où chacun à un rôle défini, un texte immuable et qui comprennent rires, cris, pleurs et lamentations.

Les enfants voient, entendent mais comme nous ne possèdent pas toujours les éléments pour les interpréter, ne savent pas à quoi tout cela se rattache et finissent par guetter avec impatience leur père qui viendra les délivrer le soir.

Heureusement l’été se poursuit par le séjour organisé par celui-ci pendant deux semaines au bord de la mer, à l’opposé de l’appartement confiné, dans un cottage, à chaque fois différent, où ils peuvent s’ébattre et retrouver leurs deux parents au milieu de la nature, en toute liberté et improvisation.

Deux semaines au cours desquelles le champ de bataille se déplaçait d’ouest en est. Elle, Lucy, son épouse, les entraînait vers la partie la plus dense, la plus peuplée de Long Island, vers la ville grouillante où tous deux avaient grandi Quant à lui, sitôt que ses deux semaines s’ouvraient devant lui, telle une porte dérobée dans le mur de béton du labeur quotidien, il les entraînait jusqu’aux confins de Long Islande, jusque dans ses recoins les plus verdoyants, jusqu’au bout des deux langues de terre effilées qui semblaient s’étirer vers l’immensité de la mer. (p55)

Le contraste entre les deux lieux est flagrant : l’un confiné mais agité où règnent des non-dits, tout du moins pour les enfants, dans un appartement féminin où rien ne change au fil des années, ni les lieux, ni les objets, ni les attitudes, tout est figé presque ritualisé alors que  les deux semaines en bord de mer ne sont que liberté et improvisation.

Dès les premières pages, Alice Mc Dermott décrit minutieusement tous les détails des visites à Brooklyn, la déambulation dans les rues, les transports, le gynécée qu’occupent les quatre femmes et où Lucy vient s’épancher d’un mal-être assez mal défini. L’auteure connaît chaque rue, commerce, transport de l’époque, rien ne lui échappe et elle restitue ainsi totalement l’ambiance : couleurs, sons, accessoires, objets tout y est minutieusement relaté, peut-être parfois un peu trop.

Autant Alice Mc Dermott donne tous ces détails, autant elle distille doucement, lentement, au fur et à mesure des visites, les éléments qui vont lever le voile sur les zones d’ombre.

C’est avant tout un roman d’ambiance, de contrastes, une tranche de vie familiale. Les petits faits qui semblent sans importance mais qui marquent les esprits des enfants à jamais, de petites choses entendues, vues, qui font le ciment d’une famille mais qui parfois sont également les signes annonciateurs d’un désagrégement.

La narration est faite par une personne extérieure, souvent à travers le regard des enfants, comme un reporter qui relaterait la vie d’une famille américaine, avec ses habitudes, ses pensées.  Ce n’est ni gai, ni triste, c’est la vie avec ses joies et ses peines. Cette narration met de la distance entre le lecteur et les personnages, on reste à l’écart comme si nous regardions par le petit trou de la serrure.

De tout temps les visites familiales semblent monotones et sans intérêt aux enfants, car toujours identiques et peu divertissantes mais les souvenirs et les bribes de conversation s’enregistrent et restent à jamais graver. C’est un récit à la douce mélancolie du passé, des souvenirs, des mystères que la vie révélera bien plus tard.

Ils voulaient juste sa présence, la voir, sentir quelques instants son odeur. Elle s’en rendit compte et elle entrevit brièvement la raison, sans doute, pour laquelle son mari choisissait chaque année un cottage différent. Ici, la famille n’avait pas d’histoire, pas de souvenirs d’un autre été, pas de marques sur les murs indiquant la taille des enfants, pas de rebords de fenêtre ni de comptoirs leur rappelant de combien ils avaient grandi. (p243)

On lit comme on feuillette un album de photos, on revoit les scènes qui se sont figées dans le temps et dans la mémoire, on ressent tout ce qui les intriguait, inquiétait ou amusait, simple ou compliqué, et l’on retrouve parfois ses propres souvenirs, ailleurs, loin de Brooklyn mais parfois si semblables.

Elle sourit et les regarda en hochant la tête. On aurait dit qu’une quinzaine de jours, chaque année, son mari arrêtait pour eux le cours du temps, qu’il les coupait et du passé et de l’avenir de sorte qu’il ne leur restait que ce présent, dans un endroit tout nouveau, ce présent dans lequel ses enfants cherchaient la présence et l’odeur de leur mère : un don merveilleux que ce présent, quand vous en preniez conscience. Quand passé et avenir se taisaient pour vous permette de le remarquer. (p243)

Il faut accepter de se laisser porter, entraîner dans ce voyage dans le temps et dans le lieu. Alice Mc Dermott a une écriture fine, précise et délicate, c’est doux, sans heurt, linéaire, un style propre à ses histoires d’un quartier qu’elle aime et qu’elle n’a cesse de nous raconter.

Les phrases sont parfois un peu longues, élaborées, pleines de tout ce qu’il est important de connaître du moment, de l’environnement, des petites choses qui font une vie, des rencontres, des événements que l’on découvre mais dont l’essence n’est relatée que plus loin, plus tard. Je m’y suis perdue parfois.

J’ai peut-être un peu moins aimé que La Neuvième heure, justement par rapport au rythme et à ces longues phrases qu’il fallait que je relise pour bien en saisir tout le sens et la portée, aux réponses que j’attendais sur les événements.

J’attire votre attention sur la qualité des éditions du Petit Quai Voltaire, qui sont réalisées avec des petits détails charmants, à deux couleurs,  en accord avec la lecture et qui rendent celle-ci encore plus agréable…..

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Traduction de Marie-Odile Fortier Masek

Merci aux Editions de la Table Ronde pour cette lecture

Editions Petit Quai Voltaire – Février 2019 – 250 pages

Ciao

 

 

 

 

 

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Dernières nouvelles des oiseaux de Erik Orsenna

DERNIERES NOUVELLES DES OISEAUX IG

Lors d’une remise de prix où tous les meilleurs élèves se ressemblent et sont ennuyeux, un Président, très pédagogue, décide de réunir sept enfants différents, libres mais solitaires parce que passionnés, possédant chacun un don dans un domaine très spécifique. Il les réunit sur une île afin de participer à un concours où le vainqueur remportera le prix de la Passion. Suite à une tempête ils vont se retrouver isolés en compagnie de Sir Alex le traducteur et Madame Mac Lennan, la directrice de l’île. Grâce à leurs connaissances dans le domaine où ils excellent, ils vont mettre au point un avion construit avec ce qu’ils vont trouver sur l’île…..

Un avion baleine…. Il fallait y penser…… (librement inspiré à l’auteur par l’aventure d’Airbus et l’A380 est-il précisé en 4ème de couverture)

Voilà en gros l’histoire et bien sûr tout cela est pétri de bons sentiments, de morale, d’évidences du type Le Président présidait….. ou d’analogies qui se veulent drôles Les idées sont comme les lapins elles ne restent pas longtemps seules…. parfois en gros caractères (dès fois que l’on ne comprenne pas) et d’illustrations pas toujours très compréhensibles.

Il n’est pas question de savoir si j’ai aimé en tant qu’adulte (la réponse est non mais je ne suis peut-être pas impartiale) mais si ce conte peut plaire à des enfants et là cela me pose un petit problème car l’adulte que je suis n’y a pris aucun plaisir. J’ai trouvé cela assez facile, prévisible, très naïf et sans grand intérêt pour des enfants à part le fait qu’ensemble on est plus fort…. « L’union fait la force »….

Je pense que Monsieur Orsenna s’est fait plaisir à écrire ce texte, un divertissement dans sa vie d’académicien, il prend même le temps d’expliquer parfois le pourquoi du comment, se veut philosophe, imite des phrases célèbres : « Voler ou pas voler » il faut savoir ce que vous voulez »….., glisse quelques phrases qui se veulent ironiques etc….

Je reconnais que l’écriture est fluide, l’histoire bien construite avec tous les ingrédients : un concours, un prix à gagner, les personnages se détestent au début puis apprennent à se connaître et s’apprécier, un rebondissement (la tempête), une morale mais je n’y ai pris, en tant qu’adulte aucun plaisir peut être parce que j’ai compris dès les premières pages les tenants et les aboutissants et que j’ai trouvé l’ensemble assez banal. En tant qu’enfant je pense que cela peut (peut être) plaire mais ils lisent désormais des histoires avec tellement plus de poésie, d’imaginaire, d’ouverture sur des sujets, des personnages recherchés et originaux que je ne suis pas sûre qu’ils y trouvent leur compte.

Je ne vais pas trop m’étendre sur ma lecture……. Je ne suis peut-être pas tout à fait impartiale, car mon ressenti correspond à ce que je ressens et imagine de l’auteur.

De la part d’un académicien j’espérais un petit peu plus et je fais donc la moyenne en tant qu’adulte et en imaginant ce qu’un enfant peut en penser pour établir ma note…… (bénéfice du doute oblige) !

Livre lu dans le cadre du Club de Lecture dont le prochain thème est Erik Orsenna et 4 de ses livres nous avaient été proposés…

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Editions Stock – Juin 2005 – 134 pages

Ciao

 

D’acier de Silvia Avallone

D'ACIER IGAnna et Francesca ont treize ans, presque quatorze. C’est l’été à Piombino, ville désolée de Toscane bien loin de l’image de carte postale que l’on peut s’en faire quand on n’est pas d’ici. Chez elles, pas de vignes et Florence et son art sont bien loin. Leur quotidien : des barres d’immeubles insalubres et surtout l’aciérie, personnage monstrueux qui engloutit jour et nuit tous les hommes du coin.

Pourquoi j’ai choisi ce livre

J’ai lu deux romans de Silvia Avallone (Marina Bellezza et La vie parfaite) que j’avais tous les deux aimés et je lissais beaucoup de bien de son premier roman D’Acier…… Alors quand on aime on hésite pas, on lit…..

Ma lecture

Dès les premières pages j’ai eu le sentiment de déjà lu….. Ne suis-je pas en train de relire l’Amie prodigieuse d’Elena Ferrante ? Deux fillettes, une cité ouvrière, deux familles semblables et différentes à la fois, Milan…. Ah non nous sommes à Piambino, en Tocasne, face à l’île d’Elbe….. L’un des deux adolescentes est douée à l’école, l’autre en échec, l’une veut être écrivain etc…..Ce livre paru en 2010 (Italie) a beaucoup de similitudes avec la saga en 4 tomes de l’Amie Prodigieuse dont le premier tome est paru  en 2011 (Italie)….. Coïncidence peut-être…..

2001 – Italie, Piambino, une ville coincée entre deux mondes, celui de l’aciérie Lucchini où tout bruit, noirceur et crasse et où travaille une partie de la population de la cité ouvrière où vivent Anne et Francesca, 13 ans, de l’autre l’Ile d’Elbe, le miroir aux alouettes, où tout semble doux et doré.  L’usine transforme les métaux en acier, la vie va transformer ces deux jeunes adolescentes qui rêvent d’ailleurs et oscillent entre jeux et rêves et qui vont grandir vite, très vite, trop vite.

Les filles de leur âge, les boudins que leur propre vision dans le miroir plongeait dans la crise totale, les détestaient. Anna et Francesca, leur beauté, elles te l’envoyaient dans la gueule. Chaque putain de minute, il fallait qu’elles te prouvent qu’elles étaient mieux que toi, qu’elles avaient gagné, à priori et pour toujours. (p103)

C’est l’histoire d’une amitié qui va être confrontée à des drames : il y a des coups qui pleuvent sur l’une mais elle se tait et ne pleure plus, elle serre les poings et les lèvres, il y a l’argent qui manque, les dettes qui s’accumulent dans la famille de l’autre, mais toutes les deux regardent par la fenêtre et narguent les hommes qui les regardent, elles rient, elles ont tous les culots car elles sont à l’âge où on découvre le pouvoir du corps et le monde des adultes. Elles se pensent invincibles car elles sont deux et leur force vient de là. Mais sont-elles si fortes que cela….. A vouloir se comporter en femme on oublie que l’on est encore qu’une enfant.

Comme à la maternelle quand on te montre du doigt et qu’on te dit sèchement : « Toi non, tu joues pas ». Une expérience qu’elle n’avait jamais connue Qu’elle n’imaginait même pas. Parce qu’elle n’était pas un mais deux. N’était pas tu mais vous. Vous ne jouez pas. Annafrancesca ne joue pas. Mais elles s’en fichaient bien, toutes les deux : elles avaient leurs plages secrètes, des cabanes en bois, des caves, des bancs, la côte de Salivoli tout entière pour elles seules. (p351)

L’aciérie Lucchini donne le tempo dans la vie de la cité et de ses familles : les métaux se transforment en acier, les adolescentes veulent se transformer en femmes, ailleurs, sur les plages de l’ïle d’Elbe, sous le soleil qui dore la peau, où la mer est bleue et sans détritus. L’acier résiste mais leur amitié va-t-elle résister, vont-elles résister à ce de partir, d’un ailleurs où les rêves, croient-elles, deviennent réalité, où c’est forcément plus beau, où l’avenir passe par autre chose qu’une vie comme leurs mères, par la cité et par l’aciérie.

L’âge où on croit que le monde est une mine d’or, qu’il suffira de grandir, de quitter ses parents (p159)

Mais la vie ne fait pas de détails, parce que la vie lamine, sape, détruit dans ces cités où les corps et les esprits souffrent, s’usent,  les soucis et les peines prennent le dessus,, comme pour Alissio, le frère d’Anna, le Don Juan de la cité, qui passe des week-ends sans sommeil après le travail à la coulée, de l’acier au sexe et à la drogue pour tenir, pour oublier.

C’est l’histoire d’une année de la vie de ces deux fleurs à peine écloses, rieuses, effrontées, sûres d’elles (en apparence) mais finalement si fragiles qui vont passer du rire aux larmes, de l’espérance au désespoir.

Elle était en train d’éclore. Elle avait quelque chose d’indéchiffrable dans les yeux. Simplement elle était encore entre deux. (p205)

A 13 ans elles pensent mener la danse mais le monde des adultes n’est pas tendre, à vouloir grandir trop vite on peut franchir les limites, être confrontées à une réalité qu’elles n’imaginaient pas.

Roman d’apprentissage et de constrastes où deux mondes s’affrontent, celui du quotidien et celui dont on rêve mais qui ont peu de chance de se rejoindre, car il n’y a que les contes qui finissent bien, la vie est bien plus cruelle pour Anna et Francesca.

Dans ce roman les hommes ne sont pas à l’honneur et mis à mal, les familles ne se préoccupent guère (ou trop et mal) de leurs enfants, ils ont d’autres problèmes : la fatigue, les factures qui s’accumulent, la vie qui ne fait pas de cadeau, la violence. La promiscuité de ces barres d’immeubles ne rapproche pas les êtres, chacun s’enferme, se tait mais parfois les silences sont plus criants que les mots.

Roman d’une année charnière dans la vie de deux adolescentes, au moment où le monde, comme l’acier, se transforme, bascule comme basculent leurs deux vies. Rien ne sera plus pareil ensuite.

J’ai retrouvé le ton vif, efficace de Silvia Avallone, qui nous immerge dans les vies : féminines, celles des cités ouvrières, dans l’éveil aux sens, dans l’adolescence et ses tourments.

Les deux mondes ne communiquent pas. Il ne suffit pas de faire un trou dans le grillage et d’y glisser la tête pour vivre une autre vie. (p236)

Ça poisse, c’est rugueux, c’est noir parfois mais il y a Anna et Francesca, qui illuminent le quotidien par leurs beautés, leurs rires, leurs jeux car il ne s’agit pour elles que de jeux,  dangereux parfois mais elles sont jeunes, jolies et n’ont peur de rien. Silvia Avallone distille peu à peu tous les ingrédients du drame, car à trop vouloir jouer avec le feu on se brûle, à trop vouloir croire que l’on maîtrise on tombe.

Roman d’apprentissage, roman noir, roman sociétal d’une Italie ouvrière que l’auteure observe, analyse, aime et semble bien connaître. On s’installe au milieu de cette cité, on regarde, on entend même ce qui n’est pas dit, on voit ce qui se cache sous la crasse quand on gratte un peu, on voit ces vies et ces âmes abîmées, détruites mais il y a toujours dans les romans de Silvia Avallone  l’amour, l’amitié,  la beauté, c’est brut, c’est fort, c’est costaud : c’est un acier bien trempé grâce à sa plume et il y a toujours de l’espoir.

Je te jure, j’ai cherché « acier » et ça ne veut rien dire. C’est un alliage, avait-elle dit en fronçant les sourcils. Ouais, mais j’ai cherché dans le dico et ça veut rien dire. C’est pas un mot qui cache un autre mot. Ça veut dire cette chose-là. Basta. (p307)

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Traduction Françoise Brun

Editions Liana Levi – Avril 2011 – 387 pages

Ciao

Printemps du Livre 2019 à Montaigu

MONTAIGU 2019 1Voici un petit résumé de mon passage au Printemps du Livre à Montaigu en Vendée, département où je vis depuis bientôt 5 ans, dans le Bocage, au milieu de la nature et du silence. Mais il arrive parfois que je sors de mon « trou » pour me rendre à un Salon du livre, une rencontre d’auteur(e)s etc….. surtout pour tout ce qui touche (évidemment) la lecture.

Il y avait un monde fou et je m’aperçois que ce matin je suis frustrée de n’avoir pas pu rencontrer : Sophie Carquain dont j’avais tant aimé Trois filles et leurs mères, Amélie Antoine dont j’entends beaucoup parler sur les blogs, Nicolas Mathieu

MONTAIGU 2019 NICOLAS MATHIEU
Nicolas Mathieu

dont j’avais lu Leurs enfants après eux et que je n’ai pas osé dérangé, concentré qu’il était dans ses dédicaces (et aussi parce qu’il y avait une queue interminable), Jérôme Attal qui prenait le temps de faire quelques dessins pour de jeunes lecteurs, Baptiste Beaulieu, Grégoire Delacourt,Valérie Perrin etc…..

Voyons le côté positif……  Beaucoup de monde, beaucoup de lecteurs dans tous les genres : romans, BD, jeunesse et un président Marc Levy et des personnalités des médias comme Michel Drucker, Jamy Gourmaud, Xavier De Moulins qui attirent du monde, beaucoup de monde.

Alors j’ai piétiné je me suis baladée dans les allées et lorsqu’un de ceux que je voulais absolument voir était disponible (cela arrivait) j’ai pu les approcher, discuter avec eux, certain(e)s m’ont reconnue (et cela fait toujours plaisir) avec entre autres :

MONTAIGU 2019 G.MARCHAND
Gilles Marchand

Gilles Marchand, dont j’ai tant aimé Un funambule sur le sable, Une bouche sans personneet qui m’a gentiment dédicacé son dernier opus, un recueil de nouvelles Des mirages plein les poches. J’ai pu lui dire (enfin tenter de lui dire) tout ce que je pensais de ses deux romans, le plaisir que j’ai eu à les lire, l’encourager (mais il n’a pas besoin de mes encouragements) à continuer à me faire voyager dans son univers. Lui dire également tout le bien que je pensais de sa maison d’édition Aux Forges de Vulcain (dont j’ai lu également dernièrement Et j’abattrai l’arrogance des tyrans de Marie-Fleur Albecker) un éditeur qui  permet à de jeunes auteur(e)s, des premiers romans, d’être édités et de nous faire découvrir des univers bien à eux.

MONTAIGU 2019 M. SIZUN
Marie Sizun

 

MONTAIGU 2019 S.LE BIHAN
Sylvie Le Bihan

Je n’ai pas pu m’empêcher d’aller voir Marie Sizun dont je venais de lire La Gouvernante suédoise et lui faire part du plaisir que j’avais eu à découvrir Livia et dont j’ai déjà commandé La femme de l’Allemand (la commande était passée avant de venir au salon). Pour info elle vient de sortir Les sœurs aux yeux bleus aux Editions Arléa, la suite de La Gouvernante Suédoise.

Et puis Sylvie Le Bihan dont je voulais absolument ramené le dernier roman Amour-propre dont le thème de la place des femmes et des mères dans notre société, le désir de liberté (thème chéri pour moi) m’a interpellé dès sa sortie et nous avons pu parler un peu du risque pris à en parler et que j’ai hâte de découvrir.

Je suis d’une nature habituellement discrète et franchir le pas pour leur parler me demande malgré tout un effort….. Mais quel bonheur de pouvoir leur dire à quel j’ai aimé ou envie de les lire, je ne me reconnais pas moi-même, je ne trouve pas toujours les mots pour exprimer ce que je ressens mais je pense qu’ils ont compris à quel point ils enrichissent la vie.

ACHATS PRINTEMPS DU LIVRE 2019.jpg

Quelques achats donc (neufs et occasions…… mon banquier me dit merci).

Un sympathique déjeuner avec Antigone, Violaine, Gwenaëlle, Séverine, Emmanuelle  et tous les autres (une tablée de 16 passionnés de lecture dont je n’ai pas retenu tous les prénoms, veuillez m’en excuser)

Et puis j’ai croisé au détour d’une file d’attente, d’une allée une institutrice d’une classe où je faisais des lectures pendant 4 ans dans le cadre de Lire et Faire Lire, une personne du comité de lecture,  un petit coucou à Samuel Delage, écrivain de polars dont j’ai fait la connaissance lors d’une rencontre Babelio à Nantes l’été dernier etc…. l’heure tournait et il fallait penser au retour.

Promis l’année prochaine je m’organise mieux : je suis partie comme on part en promenade alors qu’il faut finalement une sérieuse organisation pour arriver à voir tous ceux qui illuminent nos journées, nos soirées et nos vies de si belles lectures.

PRINTEMPS DU LIVRE 2019

Ciao