La correspondante de Eric Holder

LA CORRESPONDANTETexte de l’intimité et de la solitude à la fois, ce roman en demi-teinte, à l’écriture fluide telle une aquarelle, se présente comme une histoire autobiographique. Une tranche de vie dans laquelle le narrateur se met en scène sans détour et se nomme Éric Holder. À travers sa rencontre avec Geneviève Bassano, confrontation épistolaire de prime abord, Holder nous livre un peu de son quotidien, de ses lieux, de son univers, où la liberté de prendre la route tel un vagabond, un éternel exilé, est essentielle. Toujours occupé à donner sa version des choses, l’auteur en partance fait preuve d’un sens aigu de l’observation. Il compose son livre à partir de lettres, de souvenirs, du passage du temps et de son effet sur les gens. Tu parles, que je me rappelais, j’ai beau avoir la mémoire neuve, Tout ce qui n’est pas écrit disparaît, c’est le titre d’un formidable recueil d’entretiens de James Salter, et je savais de quoi nous allions causer : de rien. Geneviève Bassano, la correspondante, lectrice assidue des romans de Holder, survient dans la vie de l’auteur en avril 1996. Sa première lettre éveille la curiosité du narrateur et provoque une entrevue. Geneviève l’invite à séjourner dans sa demeure, lieu qui deviendra de façon passagère « la pièce où vivre. Où savoir vivre ».

Pourquoi j’ai choisi ce livre

J’ai eu la chance d’être jurée il y a un an tout juste pour le Prix du Meilleur Roman France Télévisions 2018 et dans la sélection nous avions le roman de Eric Holder La belle n’a pas sommeil que j’ai adoré (inutile de vous dire lequel j’ai défendu mais sans succès…..). Eric Holder est décédé fin janvier et j’en ai été profondément émue car cela voulait dire qu’il n’écrirait plus jamais et que je n’aurai plus le plaisir de découvrir un de ses nouveaux romans….. Alors, comme une sorte de devoir, je me suis précipitée à la bibliothèque et pris ce roman : une correspondance entre l’auteur et une de ses lectrices….. Parfait j’allais le retrouver.

Ma lecture

On a tous été tenté un jour, après la lecture d’un livre, de contacter son auteur(e) pour simplement lui dire à quel point son récit nous a touché, ému, accompagné …. mais nous ne le faisons pas pour de multiples raisons et entre autres parce que nous avons l’impression que ceux-ci sont inaccessibles, nous les plaçons sur une sorte de piédestal et quand nous avons la chance de les croiser nous restons sans voix….

Eric Holder reçoit un jour d’avril 1996 une lettre de Châteauroux de Genevièvre Bassano, dans laquelle elle lui avoue son admiration pour ses romans. Au fil du temps une correspondance s’installe et finalement il finira par traverser le pays pour la rejoindre, la connaître, découvrir son univers et sa vie qu’il partagera au fil de leurs rencontres.

J’ai retrouvé dans ce récit autobiographique l’écriture si particulière de cet auteur. Il y a une poésie, une langueur, la recherche d’un rythme pour exactement transcrire une situation, un sentiment, un paysage :

Ce fut durant le mois d’avril 96 que je reçus la première lettre de Geneviève Bassano. Il me serait facile de vérifier, je conserve toute correspondance classée et archivée avec soin, mais je suis sûre de cela, 96, et puis avril, parce que quand c’est écrit, nous gardons en nous la trace du coin d’herbe où nous avons lu, l’été ; de la cheminée en hiver. Là c’étaient les jonquilles qui venaient mourir en bordure de terrasse, un soleil hors saison, et la table dehors. (incipit du roman – p13)

L’auteur nous retrace sa rencontre avec son admiratrice, si différente de lui, mais aussi finalement il parle beaucoup de sa vie, de son travail d’écrivain, de la femme de sa vie, de ses deux enfants mais aussi de ses démons et en particulier l’alcool dont il ne peut se passer :

Dans, mettons une heure (…), de délicieux frissons vous commencer à me parcourir l’échine, vite suivis par une sueur qui n’aura, elle, rien d’agréable, tandis que, notez-le bien, je serai glacé à l’intérieur, au point de réclamer une couverture, un plaid, que sais-je, et qui ne servira de rien. Puis ce sera un tremblement de tout le corps, pas une bête tremblote, non , mais les genoux qui dansent sans moi, et les coudes, vous verrez, c’est très drôle, on dirait qu’ils cherchent à s’envoler, tandis que mes poings, eux, blanchissent sous l’effort de les retenir. Il sera à ce moment-là (…) six heures, six heures et demie, et l’affolement va peu à peu vous envahir parce que j’aurais quitté mon siège pour gagner la banquette arrière, recroquevillé sur moi-même, aux prises, maintenant, avec des crampes d’estomac dont vous ne pouvez pas avoir idée, il suffirait d’un rien, pourtant, un calva, un verre de vin, mais vous êtes sur l’autoroute, où l’on ne sert pas d’alcool, et même si vous preniez la première sortie venue, vous ne seriez pas assurée de trouver un commerce ouvert avant que j’aie le temps, voyons, comment dire cela ? de tout salir. Tenez-vous vraiment à ce que je continue ? (p189)

Lorsqu’une rencontre vous ouvre les yeux sur vous-même…. Est-ce une histoire vraie, a-t-il utilisé cette correspondance pour imaginer ce roman ? Qu’importe, Eric Holder livre beaucoup de lui-même, lui cet homme timide, qui fuyait les médias et la foule, retranché dans son antre, dans son univers, dans les livres où il se noyait. Pour le découvrir il faut le lire et apprendre à le connaître (enfin essayer de le connaître) car il est complexe mais il parle tellement bien de nos états d’âme, de nos rêves et de nos désillusions.

Pourquoi certains chemins qui n’ont été empruntés qu’une fois vous sont-ils plus familiers que des trajets répétés où l’on parvient encore à se perdre ? J’effleurais en passant les bouquets de grainées qui menaient à Stéphane non comme autant de bornes, mais de soyeuses confirmations. (p185)

C’est un amoureux de la nature, des espaces, épris de liberté, fuyant tout ce qui peut l’entraver mais ayant tellement besoin d’amour, se nourrissant des rencontres faites au fil de ses déambulations, avec dans sa musette de quoi tenir, un couteau, une corde, une bouteille, vivant de peu, de rien mais riche des échanges, des partages de moments de vie.

Quand vous lisez Eric Holder il faut se laisser porter par ses mots, écouter ce qu’il vous chuchote à l’oreille car il dit tellement de lui, de nous. Je n’ai pas autant aimé que La belle n’a pas sommeil mais je l’ai lu malgré tout avec plaisir car je savais qu’il avait quelque chose à me dire, à transmettre, sur son travail d’écriture, sur ses addictions, sur lui-même.

Je vais continuer à le découvrir car il y a dans son écriture une douceur, une poésie qui me touche, qui m’emporte, avec lui je me sens bien.

J’ai pensé à plusieurs reprises au roman L’amour et les forêts d’Eric Reinhardt qui reprend le thème de la rencontre avec une lectrice suite à une correspondance que j’ai lu il y a quelques années (je n’avais à l’époque pas de blog mais vous pouvez retrouver ma critique ICI)

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Editions Flammarion – Août 2000 – 240 pages

Ciao

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Singulières de Corinne Falbet-Desmoulin

SINGULIERESQuinze petites histoires singulières de femmes.Que cherche Luisa à travers tous ses amants ? De quelle façon Marie devient-elle malgré elle une œuvre d’art ? Comment accepter que son propre mari aime deux femmes à la fois ? Pourquoi le voisin de Maëva disparaît-il brusquement? Quel est le fantasme inavouable de Lucile ? L’incroyable trahison de Marianne ?À travers le suspense de ces quinze nouvelles, apparaissent bien souvent de graves problèmes psychologiques. Des personnages touchants, des situations particulières. Inattendues.

 

Pourquoi j’ai choisi ce livre

Je suis contactée de temps à autre par des auteur(e)s pour découvrir et donner mon humble mais sincère avis de lectrice sur leur récit. Dans le cas présent, je dois avouer que la couverture a attiré mon regard sur Facebook. Je l’ai trouvée magnifique et suite à un commentaire, Corinne Falbet-Desmoulin m’a proposée de découvrir ce qu’il y avait à l’intérieur.

Ma lecture 

15 nouvelles, voilà ce qu’il y a à l’intérieur…. 15 nouvelles féminines, très féminines. qui évoquent des situations de femmes, des aventures, des sensations, des sentiments. Oui 15 nouvelles très imprégnées de la région de l’auteure, la région bordelaise et l’île de Ré et plus précisément Ars-en-Ré qui reviennent dans beaucoup d’entre elles.

Corinne Falbet-Desmoulin laisse apparaître à travers ces petites histoires une sensibilité à fleur de peau, un amour de la nature, des paysages mais surtout une habilité pour, en quelques pages, installer une narration, un climat, une ambiance.

Il est question d’amour, de sensualité, de liens amoureux ou familiaux, de deuil, de mystère dans ces petites nouvelles et j’ai été parfois surprise, émue, bouleversée par ces narrations tout en finesse, ce sont des tranches de vie faisant parfois écho à nos propres existences, à nos propres vécus.

J’ai particulièrement aimé :

L’amoureuse : inattendue et surprenante
Oeuvre d’art (en relation avec la couverture) : très sensuelle et originale,
Désir d’écrire : en tant que lectrice passionnée cette introspection sur le désir, le besoin d’écriture m’a interpellée :
Pour moi, c’est bien plus facile que de parler. Sur le papier, les mots m’obéissent mieux. Ils connaissent parfaitement le chemin de mon cerveau jusqu’à mes doigts. Ils y courent comme sur un sentier tout tracé, des milliers de fois emprunté. Aucune rocaille dans la voix pour en gêner le flux.(p58)

L’abuelita : très touchante sur les liens familiaux
Le monde de Christina : inspirée d’un tableau de <a href= »/auteur/Andrew-Wyeth/350505″ class= »libelle »>Andrew Wyeth</a> (je l’ai tellement aimé que je suis allée voir sur Google le tableau). J’aime moi aussi me faire des « films » quand un tableau me touche.
Merci Papa : parce qu’elle rejoint une de mes convictions….
J’aime dans un récit être surprise, que seul l’auteur(e) sache où il m’emmène, que lui seul soit le maître du jeu et c’est ce que réussit Corinne Falbet-Desmoulin à travers certaines de ses nouvelles.

On peut retrouver dans les différents portraits, tous différents, tous singuliers, des situations, des sentiments que nous avons vécus, ressentis ou rêvés suivant nos parcours de vie mais tous si féminins.

C’est agréable à lire, on peut le picorer, s’évader et y revenir. Je l’ai lu d’une traite, curieuse à chaque nouveau texte de découvrir l’univers où l’auteure allait m’entraîner, m’installer, poser ses mots.

Il y a, enfin c’est mon ressenti, beaucoup d’elle dans ces récits : sûrement des souvenirs, des rêves, des sentiments comme toutes les femmes peuvent avoir…..

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Editions Books on Demand – Mai 2016 – 145 pages

Ciao

La troisième Hemingway de Paula McLain

LA TROISIEME HEMINGWAYCelle qui osa quitter Ernest Hemingway…Fin 1936. La jeune romancière Martha Gellhorn a vingt-sept ans mais déjà une solide réputation de globe-trotteuse. De neuf ans son aîné, Ernest Hemingway est en passe de devenir le monstre sacré de la littérature américaine. Elle est célibataire mais connaît les hommes, il en est à son deuxième mariage. Entre eux, la complicité est d’abord intellectuelle. Mais la guerre a le pouvoir d’attiser les passions… Du New York bohème à l’Espagne ravagée par le franquisme, les amis deviennent amants. Et les voilà repartis sur les routes, entre l’Amérique, l’Europe et Cuba. Seulement, au gré de leurs allées et venues dans un monde à feu et à sang et d’une rivalité littéraire qui ne cesse de croître, les deux époux ne tarderont pas à goûter aux fruits amers de la vie conjugale…

Pourquoi j’ai choisi ce livre

J’ai lu L’Aviatrice de cette auteure que j’avais beaucoup aimé et qui fut même un coup de cœur ainsi que Mrs Hemingway de Naomie Wood il n’y a pas très longtemps qui retraçait les quatre mariages du célèbre écrivain américain, Ernest Hemingway, qu’on ne présente plus mais qui garde malgré tout une part de mystère.  Qui se cache derrière cette figure emblématique de la littérature américaine ? Qui sont les femmes à avoir partager sa vie, et qui était celle qui fut la seule à le quitter, à demander le divorce ?

Ma lecture 

Comment l’union de deux tempéraments explosifs pouvait-elle perdurer ? N’était-elle pas promise à l’échec comme le père de Martha l’avait pressenti ?

Paula Mc Lain se glisse dans la peau de Martha Gellhorn, cette journaliste-écrivaine, dont la plus grande passion fut d’être correspondante de guerre, de témoigner, de rendre compte des douleurs, des massacres, de la vie des hommes et femmes qui vivaient au cœur de ces conflits.

Ernest Hemingway la rencontre à Key West, un de ses fiefs, et pour lui ce fut un coup de foudre, ce grand colosse avait un cœur qui pouvait s’enflammer au premier regard. Elle, jolie jeune femme de 27 ans,  il lui a fallu un peu plus de temps et c’est sur le terrain de la Guerre d’Espagne, que ses sentiments changèrent, passant de l’admiration pour le grand écrivain renommé, du correspondant de guerre qu’il était déjà à celui de l’amour.

Leur couple était explosif car fait de deux identités similaires : le même goût pour l’aventure, le même goût de liberté, le même désir d’écrire alors comment arriver à faire durer les sentiments quand s’installe peu à peu une sorte de rivalité, quand Martha n’est identifiée que comme Madame Hemingway, quand son travail d’écriture est toujours mis en comparaison avec celui de Monsieur, déjà reconnu et qui finit l’écriture de ce qui deviendra son chef-d’œuvre : Pour qui sonne le glas.

Martha Gellhorn a souffert de l’ombre de ce mari hors du commun, buveur, pêcheur, déjà deux fois mariés, deux fois divorcés, père de 3 enfants, imprévisible mais aussi tendre, aimant, ne pouvant vivre seul, envahit de démons qui pouvaient le laisser de longs mois sans écrire. Il eut la maladresse de lui proposer d’écrire sous son nom d’épouse, peut-être généreusement mais elle refusa, elle voulait que son travail ne soit reconnu que pour sa valeur d »écrivain, de journaliste.

Il tendit les bras et me serra tout contre lui, et je sentis mon cœur affolé, petit oiseau aimé, attrapé et réconforté. J’étais sa chérie. On ne pouvait rien faire contre cela. J’aurais beau me débattre, je n’arriverais pas à sortir de son ombre. (p379)

Martha Gellhorn était une sorte d’Hemingway au féminin, seule femme journaliste présente lors du débarquement sur les plages françaises, baroudeuse, n’ayant qu’une idée en tête : voir et témoigner de ce que ses yeux voyaient. Un tempérament fort qui ne put que s’affronter à celui de l’écrivain. Leur couple courrait à sa perte dès le début, même si chacun tenta de trouver des moyens pour le sauver.

Nous sommes tellement indépendants, lui dis-je aussi doucement que possible. Nous avons tellement besoin de vivre notre vie. Je ne sais pas comment nous allons pouvoir concilier tout cela. (p335)

Mais comment, comment, comment veux-tu que ça marche ? aurais-je dû m’écrier. Tu es le soleil et je suis la lune. Tu es le fer et je suis d’acier. Nous ne pouvons ni plier, ni changer. Au lieu de cela, je me suis approchée de lui. J’ai posé la tête sur sa bonne épaule massive de nigaud, et je l’ai embrassé, ravalent mes doutes et mes craintes. faisant taire ma raison.

– Je t’aime tellement (p336)

J’ai retrouvé certains sentiments éprouvés à la lecture de Mrs Hemingway : la force et le caractère trempé de cette jeune femme, sa volonté d’être présente à l’égal de ses compatriotes journalistes masculins sur les terrains de guerre, ne souhaitant pas devenir mère mais ayant une profonde tendresse pour les fils d’Ernest. J’ai retrouvé également la fragilité d’Ernest Hemingway, s’enflammant et épousant la source de ses émois, devenant un homme ne supportant pas l’éloignement de son épouse, mais disparaissant parfois pour rejoindre ses amis pour des parties de pêche, des beuveries.

Par contre il ne supportait pas quand « Lapin » prenait l’initiative de partir pour des reportages, n’oubliant pas son mari mais ayant besoin de cet espace de liberté pour exister.

A travers le mariage de Martha et Ernest on parcourt avec les journalistes les villes bombardées, les risques pris, les luttes fratricides, les horreurs de la guerre mais on découvre également le travail de ces deux écrivains, dévorant, égoïste qui ne laisse que peu de place à autre chose.

Comme dans son précédent roman, Paula McLain s’attache à des femmes libres, fortes et déterminées. Le récit se lit d’une traite, on est embarqué dans cette vie de baroudeur, vivant à leurs côtés cette vie de nomades, côtoyant la mort mais aussi une magnifique histoire d’amour faite de douceur et d’affrontements, de tendresse et de rivalités, où leurs personnalités ont trouvé dans leur mariage un terrain de combat dont aucun n’est ressorti indemne.

Il est surprenant de constater que leur union n’a vécu que le temps de deux guerres comme si l’amnistie et la paix ne pouvaient régner entre eux.

Une sensation délicieuse. Je m’allongeai pour lire, m’imprégnant de la paix et du silence, et ne me sentant qu’un tout petit peu coupable d’être aussi heureuse de cette solitude. (p372)

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Merci à la Masse Critique Privilégie Babelio et aux Editions Presses de la Cité pour cette lecture

Editions Presses de la Cité – Janvier 2019 – 478 pages

Traduction de Florence Hertz

Ciao

Manderley for ever de Tatiana de Rosnay

manderley for everJe l’ai décrite comme si je la filmais, caméra à l’épaule, afin que mes lecteurs comprennent d’emblée qui elle était. J’ai décrypté ses livres, sa voix, son regard, sa façon de marcher, son rire.
J’ai écouté ses enfants, ses petits-enfants.
Autour des maisons qu’elle aimait avec passion, j’ai dressé le portrait d’une écrivaine atypique et envoûtante, méprisée des critiques parce qu’elle vendait des millions de livres. Son univers macabre et fascinant a engendré une œuvre complexe, étonnamment noire, à l’opposé de l’étiquette « eau de rose » qui lui fut si injustement attribuée.
Ce livre se lit comme un roman, mais je n’ai rien inventé. Tout y est vrai. C’est le roman d’une vie.

Pourquoi j’ai choisi ce livre

Je me suis fixée pour 2019 d’essayer de lire une biographie par mois et en particulier les biographies d’écrivain(e)s que j’apprécie. J’ai lu celle-ci par petites touches parallèlement à mes autres lectures.

Ma lecture

Dans tous les lecteurs (trices) de littérature anglaise, qui ne s’est pas demandé que cachait la célèbre première phrase de Rebecca  :

J’ai rêvé la nuit dernière que je retournais à Manderley

Pour Daphné du Maurier c’est à Menabilly qu’elle savait qu’un jour elle reviendrait et qu’elle deviendrait sa maison,  son lieu à elle (comme le dit si bien Virginia Woolf). Qui sait si elle ne hante pas encore les lieux …..

Tatiana de Rosnay et Daphné du Maurier ont plusieurs points communs. Une double origine : franco-anglaise et l’attirance, la fascination des maisons. Dans leurs romans celles-ci tiennent une grande place. Je suis moi-même très sensible aux lieux de vie car je pense qu’ils ont une influence sur nous.

Pour un billet sur une biographie, il faut faire la part des choses : le personnage dont on raconte la vie et la manière dont on nous retrace celle-ci. Parlons d’abord de Daphné du Maurier.

Quelle personnalité, quel caractère, quelle force, elle pouvait être égoïste, froide, insensible mais aussi sentimentale, amoureuse, enflammée….

Né d’un père comédien célèbre, elle a, dès son enfance, baigné dans un milieu artistique. Tout au long de sa vie, elle a connu les honneurs, a fréquenté (et reçu) la reine et son époux, des artistes, des célébrités, fut reconnue comme femme de lettres dès la publication de Rebecca mais ne recherchera finalement qu’une vie simple, loin de toutes ces mondanités pour se donner à l’écriture. Elle, qui aurait tant aimé être un homme, s’étant même créé un double masculin, Eric Avon, elle, qu’un lien profond liait à son mari, Sir Frederick Browning mais qui aimait également les femmes, elle qui trouvait peu d’intérêt aux tâches domestiques et à s’occuper de ses enfants (sauf son fils), elle dut assumer ce succès arrivé très vite, très tôt, à 31 ans avec Rebecca.

Son plus grand amour, elle l’a éprouvé pour Menabilly, sa maison en Cornouailles, au bord de la mer, sans confort mais dès le premier regard elle a su qu’ici était son bonheur.

Elle se moquait de ce que l’on pouvait penser de ses fréquentations, de sa façon de vivre,  de ses amours, de son manque d’intérêt pour s’occuper de ses enfants. Elle assumait ses choix, se moquant du regard des autres. Etait-elle le aussi forte que cela finalement ? On s’aperçoit que sous la carapace il y avait une volonté furieuse de reconnaissance en tant  que femme-écrivaine.

Il est passionnant de découvrir à quel point tout ce qui environne un écrivain est important et dans le cas de Daphné du Maurier, d’une promenade, d’une rencontre, d’une observation, d’une situation naissait un roman, une nouvelle. Tout était conservé jusqu’au moment opportun où la machine se mettrait en marche, s’isolant afin de coucher sur le papier les mots qui retranscriraient ce qui peuplait son imaginaire et qui devinrent des best-sellers comme Rebecca, Les oiseaux, Ma cousine Rachel, L’auberge de la Jamaïque, autant de romans, autant de succès, mêlant les sentiments à des personnages troubles, secrets, laissant souvent planer le trouble et le mystère.

On ressent l’admiration, l’intérêt de Tatiana de Rosnay pour son personnage, elle arpente les lieux où vivait Daphné du Maurier, mis ses pas dans les siens,  s’imprégnant du climat, des décors. J’ai trouvé très agréable de visualiser, grâce à quelques photographies, les différents lieux, personnages évoqués. Cette biographie se lit comme un roman, un roman d’une vie, d’une vie riche en rebondissements et en rencontres.

Je recommande cette lecture aux amoureux de littérature anglaise, aux amoureux des lieux, aux curieux qui veulent découvrir comment des romans se bâtissent, qui veulent mieux comprendre qui était un(e) auteur(e).

J’ai lu de Daphné du Maurier Le Monde infernal de Branwell Brönté il n’y a pas très longtemps ainsi que Rebecca, il y plusieurs années mais qui fut une de mes premières découvertes et plaisir de la littérature anglaise. Je pense que je lirai d’autres romans de cette femme dont maintenant je connais un peu plus la vie et qui mit tellement d’elle dans ses récits.

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Editions Le Livre de Poche – Janvier 2017 – 522 pages

Ciao

Et j’abattrai l’arrogance des tyrans de Marie-Fleur Albecker

ET J'ABATTRAI L'ARROGANCE DES TYRANSEn 1381, la grande peste et la Guerre de Cent ans ont ruiné le royaume d’Angleterre. Quand le roi décide d’augmenter les impôts, les paysans se rebellent. Parmi les héros de cette première révolte occidentale : John Wyclif, précurseur du protestantisme, Wat Tyler, grand chef de guerre, John Ball, prêtre vagabond qui prône l’égalité des hommes en s’inspirant de la Bible. Mais on trouve aussi des femmes, dont Joanna, une Jeanne d’Arc athée, qui n’a pas sa langue dans la poche et rejoint cette aventure en se disant que, puisque l’on parle d’égalité, il serait bon de parler d’égalité homme-femme…

Pourquoi j’ai choisi ce livre

Je ne l’ai pas choisi car je fais partie du Comité de Lecture du Réseau des Bibliothèques de ma commune. Ce n’est pas un livre que j’aurai choisi personnellement de lire même si j’en avais entendu parler lors de diverses rencontres de la Rentrée Littéraire de Septembre 2018. C’est l’intérêt des comités de lecture, ils nous font sortir de notre « zone de confort ».

Ma lecture

Quel étrange premier roman ! Mêler langage et réflexions du XXIème siècle à une révolte du XIVème siècle….. Original et pourquoi pas après tout. Qu’importe les siècles, les révoltes sont souvent similaires…..

Elle qui souffre le double fardeau de l’idéal pour lequel elle s’est battue et d’une révolte de femme qui paraît absurde à tous ceux qui l’ont entendue. Seule, entièrement. (p194)

Trop d’impôts, trop de taxes, trop d’injustices…. Cela ne vous rappelle rien, être femme, subir les injustices dues à votre sexe, tiens tiens, cela me rappelle aussi quelques luttes.

Et pourtant ce premier roman de Marie-Fleur Albecker, sorti bien avant certains mouvements actuels, trouve un écho dans l’actualité. Ce roman est le cri d’une femme Johanna Ferrour, violée par son premier mari puis remarié à William, paysan, ils vont se mêler tous les deux à la révolte qui eut lieu en 1381 en Angleterre, contre des taxes et impôts injustes, révolte menée en autres par John Ball, qui finira par un semblant de compromis et l’exécution des principaux meneurs.

L’autrice aurait pu utiliser un langage de l’époque, en vieux français (difficile à comprendre) mais a choisi, et surtout dans les deux premières parties, d’utiliser une narration avec les mots et expressions de notre siècle…. Une immersion totale dans les défilés, dans les manifestations, donnant le sentiment parfois de ne plus savoir de quelle époque il s’agit

Ah mais oui, bien sûr, parce que quand tu as appris à fermer ta gueule toute ta vie et que tu risques une accusation de sorcellerie rien que parce que tu dis tout haut ce que tu penses tout bas, c’est juste que tu es une caractérielle qui fait la gueule. Pour une fois, au lieu de hurler « OUAIS CONNARD ET LA PROCHAINE QUE TU  DEMANDES JE TE BOUFFE LE NEZ DIRECT IL VA PAS RESTER GRAND-CHOSE DE TOI ET DE TA PETITE QUEUE !  (p119)

Alors c’est vrai que cela dépayse, une page d’histoire avec un langage pas toujours châtié mais vrai, peut-être finalement, à quelques détails près, celui utilisé à cette époque, en tout cas langage adapté et qui reflète l’ambiance et la colère qui peuvent régner quand le peuple n’en peut plus !

Que de combats doit mener Johanna ! Etre femme au XIVème siècle n’est pas une sinécure… Alors vouloir se mêler aux hommes, vouloir tenir sa place, revendiquer des droits alors que vous n’avez que celui de vous taire, de travailler et d’assurer le bon vouloir de l’homme…. Elle se retrouve finalement en première ligne, n’hésite pas à élever la voix, à affirmer ses choix, le temps d’un combat, d’une lutte, avoir le sentiment d’exister.

Le récit se compose de quatre parties : la mise en route et la marche de ces paysans, un état des lieux de l’époque et des différents personnages. Ensuite les victoires du fait du nombre, de l’entente, des rencontres. L’union fait la force mais Johanna va vite apercevoir les limites et les débordements qui vont la faire basculer, elle aussi, dans la violence. Elle fait preuve de lucidité sur l’issue du combat et des gens qui l’entourent. Elle sait lire dans les regards des puissants mais aussi de ses concitoyens,  intuition féminine.

J’ai trouvé amusant de donner, dans la troisième partie la parole aux différents protagonistes, se révélant finalement tels qu’ils sont, bas les masques :

Incroyable quand même, que ça ait persisté, enfin je veux dire, les seigneurs sont au fond des gens compétents dans l’ensemble, c’est pour ça qu’ils sont en poste, non ? Enfin bref, il faut ajuster des trucs, c’est sur, mais tout ça me semble un peu extrême, un peu too much. (…) Parce que faut pas se faire d’illusion, ça va saigner. Faut que je trouve un moyen discret de me barrer dès que possible (p133)

On y retrouve également les grands maux de notre société actuelle (rien ne change) : injustice sociale mais aussi rivalité commerciale entre petits commerçants et flamands puissants, entre autres.

En prenant une révolte vieille de 700 ans, Marie-Fleur Albecker, professeur d’histoire géographie, utilise une autre façon de raconter l’Histoire qui fait miroir avec le présent. Sûrement que ce style peut plaire et je le trouve judicieux surtout pour un public plus aguerri à ce franc-parler mais pour moi cela a été un peu plus ardu, lassant.

J’ai failli abandonner à la moitié du récit, puis j’ai pensé que la démarche était malgré tout intéressante, innovante et totalement en adéquation avec l’histoire, avec le contexte.

Evidemment le combat féminin tient une grande place, demander justice sociale ne peut faire oublier l’égalité des sexes et Johanna envoie du lourd.

En ouvrant ce livre vous entrez dans une sorte « d’expérience » d’écriture, réussie mais qui n’emporte pas, pour moi, ma totale adhésion. Ce n’est pas une littérature que j’apprécie même, et c’est cela qui est ambigu, si je suis contente de l’avoir découvert et de l’avoir lu jusqu’au bout.

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Editions Aux Forges de Vulcain – Août 2018 – 195 pages

Ciao

 

 

e

Né d’aucune femme de Franck Bouysse

NE D'AUCUNE FEMME« Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile.
— Et alors, qu’y-a-t-il d’extraordinaire à cela ? demandai-je.
— Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés.
— De quoi parlez-vous ?
— Les cahiers… Ceux de Rose. »

Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin. Franck Bouysse, lauréat de plus de dix prix littéraires, nous offre avec Né d’aucune femme la plus vibrante de ses oeuvres. Ce roman sensible et poignant confirme son immense talent à conter les failles et les grandeurs de l’âme humaine.

Pourquoi j’ai choisi ce livre

Je l’ai vu passer sur les réseaux sociaux, je n’ai jamais rien lu de Franck Bouysse, je ne lis que très rarement polars et thrillers, mais la couverture m’a hypnotisée et ceux qui l’avaient lu étaient enthousiastes. Un passage en libraire et le voilà dans ma pile et très vite sous mes yeux….

Ma lecture

La plus grande des difficultés maintenant c’est de trouver les mots afin de vous donner l’envie de lire ce livre…

J’ai à la fois découvert une terrifiante histoire mais aussi un auteur.

Car il faut lire roman si vous aimez les histoires qui vous embarquent dans un univers fou, si vous aimez une écriture poétique même dans les moments les plus sombres, si vous aimez les émotions, si vous aimez les frissons, si vous aimez une histoire comme un jeu de construction où chaque pièce s’emboîte parfaitement, à un moment ou à un autre.

Je ne connaissais pas Franck Bouysse, même pas de nom, il ne fait pas partie de mon univers livresque et je me suis fait faucher, balader, emporter par son écriture et son récit. Cette lecture a été un voyage dont on ne ressort pas indemne, elle va me suivre et me poursuivre, car c’est une plongée dans le noir, le sombre mais le beau…..

Mais :

Il est grand temps que les ombres passent aux aveux. (p10)

Une femme, Rose,  est morte dans un asile et Gabriel, le curé du village, se voit confier une bien étrange mission. Récupérer deux cahiers glissés sous la robe de la morte à sa demande. Qui est-elle ? Pourquoi cette dernière volonté ?

A la lecture des deux cahiers, Gabriel va découvrir une terrifiante histoire, qui comporte bien des noirceurs.

Alors, je me résous à laisser aller mon regard sur la première feuille, afin que disparaissent les ombres trompeuses, pour en faire naître de nouvelles, que je me prépare à découvrir, au risque de les assombrir plus encore. Ces ombres en éclats d’obscurité qui n’épargne rien ni personne, sinon dans la plus parfaite des nuits qu’est la mort, avant le grand jugement. (p37)

Je ne peux vous en dire plus sinon qu’il y est question de famille, de pauvreté, de conscience mais aussi du mal, du pouvoir et d’amour. Il faut, comme je l’ai fait, rien en savoir, l’ouvrir et commencer la lecture. L’auteur a construit son récit par la narration à plusieurs voix, toutes ont de l’importance, leur ordre d’apparition également. Se laisser emporter par la beauté des descriptions de personnages, de paysages, d’atmosphère : Franck Bouysse a trouvé les mots, les phrases, le style qui imprègnent, qui collent à cette histoire.

Tout a son importance, chaque élément, chaque détail, chaque personnage. C’est une mécanique extrêmement précise, huilée, implacable, on pense à plusieurs moments comprendre, imaginer la suite mais seul l’auteur la connaît….. Il en est le maître

On n’a pas les mêmes égoïsmes, mais on peut s’en faire un même nœud au cœur (p140)

Les personnages sont forts, ils ont tous été parfaitement intégrés définis, décrits et tiennent chacun leur place. Franck Bouysse allie brutalité et douceur, horreur et humanité. L’équilibre est parfait, justifié, argumenté. Cela tient debout même dans le pire. Mais où va-t-il chercher tout cela ?

L’écriture est à la fois sèche mais aussi enflammée, une plongée dans les sentiments humains, les plus sombres comme les plus beaux :

Trois filles arrachées au néant, au motif qu’un homme et une femme se doivent de fabriquer un peu plus qu’eux-mêmes pour échapper au temps, sans penser ni même imaginer un seul instant les malheurs à venir et le cadeau empoisonné que peut devenir une vie. Un cadeau pouvant se révéler bien pire que le néant préalable, qui n’est rien d’autre qu’une absence jamais considérée par les hommes, et pas plus par un dieu. Parce que sortir un petit être du néant d’avant pour lui offrir celui d’après est une immense responsabilité et en sortir quatre, une pure folie. (p201)

Il y a par moment l’écrivain qui se glisse dans ses personnages, il utilise pour chacun un langue propre à sa condition, à ce qu’il est :

Les mots passent de ma tête à ma main avec une facilité que j’aurais jamais crue possible, même ceux que je pensais pas posséder, des mots que j’ai sûrement appris aux Landes, ou bien lus dans le journal du maître, et d’autres que j’invente. Je peux pas m’arrêter quand je suis enfermée dans cette chambre. Ils représentent la seule liberté à laquelle j’ai droit, une liberté qu’on peut  pas me retirer, puisque personne, à part Génie, sait qu’ils existent. J’ai plus besoin de travailler. J’ai aussi quelqu’un à qui parler de temps en temps, et des mots à jeter sur du papier. Qu’est-ce que je pourrais demander de plus aujourd’hui. (p233)

c’est un roman de contrastes, comme la couverture le montre  : la force et la douceur, le rude et le doux, comme un décalage, comme une vie saccagée mais où l’espoir et l’amour peuvent tenir dans les bras et le regard de cette femme pour l’enfant.

C’est une histoire de folie, celle dont il est question, celle de la folie de certains êtres mais aussi c’est une histoire de la folie livresque qui nous saisit par la qualité de l’écriture qui évite de tomber dans le glauque même si les faits sont parfois terrifiants.

Ici, c’est pas la folie des autres qui me fait peur, c’est de pas pouvoir m’y réfugier moi. (p234)

Franck Bouysse ne se contente pas de raconter une tragique histoire, il nous embarque dans le tréfonds des âmes humaines, dans ce qu’elles ont de plus noir mais aussi de plus beau. Il y est question de paysages, d’ambiance, de lieux, d’animaux, de conscience : chacun tient sa place, chacun joue son rôle et c’est tout à fait le genre de livre dont on se souvient longtemps après, qui laisse une empreinte indélébile dans notre mémoire.

📕📕📕📕 COUP DE ❤

Editions Manufacture des Livres – Novembre 2018 – 334 pages

Ciao

Eldorado de Laurent Gaudé

ELDORADOÀ Catane, le commandant Salvatore Piracci travaille à la surveillance des frontières maritimes. Il sillonne la mer, de la Sicile à la petite île de Lampedusa, pour intercepter les bateaux chargés d’émigrés clandestins. Un jour, c’est justement une survivante de l’un de ces bateaux de la mort qui aborde le commandant, et cette rencontre va bouleverser sa vie.

Ce roman de l’exil et de l’espoir illustre le destin de ceux qui iront, quoi qu’il arrive, au bout de leurs forces, tant il est vrai que « les hommes ne sont beaux que des décisions qu’ils prennent ».

Pourquoi j’ai choisi ce livre

Le thème de la prochaine rencontre du club de lecture que j’ai créé dans ma commune est : D’un monde à l’autre. Petite inspection de mes étagères. Deux livres sélectionnés et celui-ci est le premier choisi….. Laurent Gaudé je suis en principe sûre de trouver l’écriture, la poésie mais aussi le fond.

Ma lecture

Depuis cette rencontre tout lui pesait davantage Le dégoût ne lui laissait guère de répit. Il rechignait à remettre ses pieds dans les traces de sa vie d’autrefois. Elle lui avait offert cela, peut-être, la gifle des pauvres, l’impérieux besoin de désirer. (p63)

Il y a des rencontres qui changent le destin. Salvatore Piracci, va le comprendre le jour où son chemin va croiser celui d’une femme sur un bateau intercepté. Elle va lui faire une étrange demande qu’il ne refusera pas. Mais en accédant à sa quête, lui-même va se lancer dans un périple  à la recherche de lui-même.

Il avait compris que le commandant entreprenait un de ces voyages qui ne se décrivent pas en termes de destination ni de durée. Il quittait tout. Sans savoir lui-même s’il reviendrait un jour ou pas. Alors Angelo recommanda son ami au ciel en se disant que les hommes n’étaient décidément beaux que des décisions qu’ils prennent. (p131)

Quand on se lance dans un roman de Laurent Gaudé on s’attend à une plongée dans notre monde, ses travers mais aussi dans son humanité voir son inhumanité, avec une écriture précise, poétique, directe. Il nous fait regarder le monde en face, il oblige ses personnages, dans le cas présent Salvatore et Soleiman à se confronter à une réalité. Salvatore ne pensait pas remettre en question sa vie bien huilée de commandant d’un navire de surveillance maritime, Soleiman rêvait de l’Eldorado que représentent l’Europe et ses mirages et ne pensait pas le chemin si apre.

L’herbe sera grasse, dit-il, et les arbres chargés de fruits. De l’or coulera au fond des ruisseaux, et des carrières de diamants à ciel ouvert réverbéreront les rayons du soleil. Les forêts frémiront de gibier les lacs seront poissonneux. Tout sera doux là-bas. Et la vie passera comme une caresse. L’Eldorado, commandant. Ils l’avaient au fond des yeux. Ils l’ont voulu jusqu’à ce que leur embarcation se retourne. En cela, ils ont été plus riches que vous et moi. Nous avons le fond de l’œil sec, nous autres. Et nos vies sont lentes. (p111)

Chacun d’un côté des frontières va être confronté à des choix, des renversements de situations, devenir celui qu’il n’aurait jamais imaginé devenir, en sortir grandi ou affaibli. Ce sont de ces voyages qui transforment des êtres et Laurent Gaudé, avec lucidité nous entraîne dans ces convois de clandestins, ce qu’ils doivent abandonner, ce qu’ils doivent subir, une course effrenée vers un ailleurs, loin de la violence, loin de la misère, vers une terre d’espoirs.

L’auteur nous entraîne dans une réflexion sur les deux visions : celle de celui qui est chargé d’arrêter ces convois en mer

Un combat entre lui et la mer. Rien d’autre. Reprendre les hommes à la mort. Les extirper de la gueule de l’océan. Le reste, tout le reste, les procédures d’arrestation, les centres de détention, les tampons sur les papiers, tout cela, à cet instant était dérisoire et laid. (p72)

et qui ne veut plus fermer les yeux, qui ne veut plus accepter le rôle qu’on lui assigne et celle de celui qui s’est lancé sur les routes inconnues, sans autre choix que d’avancer pour trouver un ailleurs meilleur.

On ne ressort pas indemne de cette lecture,  comme les deux héros qui eux vont parfois se perdre, ne plus se reconnaître dans l’homme qu’ils sont devenus.

Je suis une bête qui fait mordre la poussière à ceux qu’elle croise. Je suis une bête charognarde qui sais sentir l’odeur de l’argent comme celle d’une carcasse faisandée. (p146)

C’est à la fois beau et tragique, fort et dérangeant, Laurent Gaudé utilise les mots pour nous faire regarder notre monde en face, en utilisant un récit à la manière d’une fable qui est d’une triste réalité encore aujourd’hui (le livre date de 12 ans…..).

C’est un court roman qui se lit d’une traite, d’un souffle, comme un appel. On est confronté aux bassesses des hommes mais aussi à leur humanité, à leur solidarité et à leur rédemption pour certains. Il y a les vivants mais les morts planent aussi, les ombres de tous ceux qui n’arriveront pas au bout du voyage, de tous ceux qui espéraient, rêvaient, croyaient, imaginaient que le voyage ne serait pas un calvaire, semé d’embûches et d’hommes avides de gains sur la misère humaine.

Dans les romans de Laurent Gaudé rien n’est tout noir, rien n’est tout blanc, il reste toujours une note d’espoir, une étincelle qui permet de garder foi en l’humain, peut-être….

D’un monde à l’autre, dans un sens ou dans l’autre, voyage aux confins des rêves et de l’espoir.

📕📕📕📕

Editions J’ai lu – Février 2009 (1ère édition Actes Sud 2007)

Ciao

Ça raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard

CA RACONTE SARAHÇa raconte Sarah, sa beauté mystérieuse, son nez cassant de doux rapace, ses yeux comme des cailloux, verts, mais non, pas verts, ses yeux d’une couleur insolite, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre, ça raconte le moment précis où l’allumette craque, le moment précis où le bout de bois devient feu, où l’étincelle illumine la nuit, où du néant jaillit la brûlure. Ce moment précis et minuscule, un basculement d’une seconde à peine.

Pourquoi j’ai choisi ce livre

Dès sa sortie tout le monde en a parlé mais j’ai lu et entendu des avis très différents. Il était à la bibliothèque, pourquoi pas, il n’est pas très long et je voulais me faire ma propre idée.

Ma lecture

Et bien ça n’a pas fonctionné…… Ce type de roman n’est décidément pas pour moi. L’ennui, le manque total d’intérêt, aucune sympathie ni empathie pour les personnages et même parfois un agacement, un sentiment de voyeurisme dans une histoire qui ne m’intéressait pas.

Ce premier roman, sûrement en partie autobiographique, se divise en deux parties. Dans la première Pauline Delabroy-Allard retrace la rencontre avec Sarah, le coup de foudre, une attirance foudroyante et dans la deuxième la maladie, l’absence.

Tout démarrait pas trop mal même si j’ai toujours un peu de mal à m’immiscer dans l’intimité d’un couple, d’avoir tous les détails. L’écriture est vive, plaisante, fougueuse par moment mais bon cela tourne vite en rond, au fil des pages j’ai l’impression de toujours lire la même chose.

Puis dans la deuxième partie, ennui profond, mais qu’allait-elle faire à Trieste (et moi par la même occasion). Je me suis complètement désintéressée de l’histoire, du devenir des personnages. Je n’y croyais pas, pas de crédibilité dans cette femme qui abandonne tout, qui perd tout, qui oublie sa fille, sa vie….. A deux pages de la fin j’ai failli abandonner.

J’ai pensé à plusieurs reprises que l’autrice ne trouvait pas d’issue à son histoire, elle tâtonne, tente plusieurs options, puis reviens en arrière, nous parle inlassablement de ses journées, identiques, copiées-collées.

A la différence de Ma dévotion où, même si les personnages m’avaient agacée, j’avais aimé l’écriture, la construction, le style mais où j’avais déjà hésité sur mon sentiment en fin de lecture.

Je n’en dirai pas beaucoup plus. Il y a apparemment des lecteurs pour ce genre de romans et ce n’est qu’un avis personnel qui ne l’empêchera pas de continuer sa route mais il a au moins le mérite de me confirmer mon manque d’intérêt pour ce genre de littérature.

Un livre est une rencontre, celle-ci a été un rendez-vous manqué.

📕

Editions de Minuit – Septembre 2018 – 189 pages

Ciao

A la ligne – Feuillets d’usine de Joseph Ponthus

alaligneÀ la ligne » est le premier roman de Joseph Ponthus. C’est l’histoire d’un ouvrier intérimaire qui embauche dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons. Jour après jour, il inventorie avec une infinie précision les gestes du travail à la ligne, le bruit, la fatigue, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps. Ce qui le sauve, c’est qu’il a eu une autre vie. Il connaît les auteurs latins, il a vibré avec Dumas, il sait les poèmes d’Apollinaire et les chansons de Trenet. C’est sa victoire provisoire contre tout ce qui fait mal, tout ce qui aliène. Et, en allant à la ligne, on trouvera dans les blancs du texte la femme aimée, le bonheur dominical, le chien Pok Pok, l’odeur de la mer.
Par la magie d’une écriture tour à tour distanciée, coléreuse, drôle, fraternelle, la vie ouvrière devient une odyssée où Ulysse combat des carcasses de bœufs et des tonnes de boulots comme autant de cyclopes.

Pourquoi j’ai choisi ce livre

Parce que la jaquette m’interrogeait, parce qu’il parle d’un univers que j’ai côtoyé, parce que c’est un premier roman, que lorsque je l’ai choisi il y avait encore peu d’échos mais qu’apparemment c’était un OVNI et moi j’aime me lancer dans une aventure livresque.

Ma  lecture

Comment bien écrire sur cette lecture tellement particulière. Joseph Ponthus, par amour, se retrouve à accepter tous les boulots qu’on lui propose comme intérimaire, lui l’éducateur spécialisé se retrouve sur une ligne (on ne dit plus chaîne) de production, il devient un opérateur en ligne dans deux usines. Dans la première partie une usine de conditionnement de produits de la mer et dans la deuxième dans un abattoir. Il faut vraiment être amoureux, vraiment être prêt à tout pour travailler dans ces univers et lui il accepte, pas le choix, les factures sont là et puis parce que l’on a sa dignité.

C’est un témoignage d’une réalité bouleversante. J’ai été dans une vie passée amenée à connaître ces lignes de production (non alimentaires dans mon cas) et l’on retrouve totalement l’ambiance, les personnages, les attitudes, les cadences, le rythme infernal, où l’humain devient machine, corvéable et sans droit, sans parole que celle de se taire car sinon il y a du monde à la porte qui attend pour prendre ta place (même si ce n’est pas toujours vrai car ces postes ont vite mauvaise réputation).

Mais on ne vous demande pas d’aimer, on vous demande de travailler…..

Avec un style très particulier, sans ponctuation, à la façon d’un slam, chaque pensée est consignée après avoir été mûrement préparée au long de la journée. Faire court, direct et juste, n’hésitant pas à y glisser parfois une pointe d’humour ou de désespoir. Cela transpire la fatigue, l’usure et la révolte mais une révolte sourde, silencieuse car il en a besoin de ce travail.

C’est fantastique tout ce qu’on peut supporter.

Guillaume Appolinaire (Lettre à Madeleine Pagès, 30 Novembre 1915)

Oui c’est inouï tout ce que l’homme peut accepter, peut supporter et Joseph Ponthus n’en dit que l’essentiel dans ce court premier roman : les douleurs, les humeurs des petits cheffaillons, de la cheffitude, l’abnégation dont il faut faire preuve pour ramener des sous mais aussi la solidarité de certains, l’entr’aide bien que généralement c’est chacun pour soi, pour se protéger, pour garder son poste, pour avoir moins mal.

Mais il faudrait déjà que l’on se parle

Malgré les bouchons d’oreille les machines qui 

martèlent nos silences à la pause pourquoi se dire

et quoi se dire d’ailleurs

et quoi se dire d’ailleurs

Que l’on en chie

Que l’on peine à trouver le sommeil le weekend

Mais que l’on fait

Comme si

Tout allait bien

On a du boulot

Même si de merde

Même si l’on ne se repose pas

On gage des sous

Et l’usine nous bouffera

Et nous bouffe déjà (p54)

L’auteur interpelle avec les absurdités de ce travail : être obligé de payer un taxi pour prendre le poste parce que le co-voiturage n’est plus possible, changements d’horaires, l’usure du corps, du mental….

Tout ce qu’il dit est tellement vrai. J’ai souri (jaune) à l’évocation des audits en usine….

Heureusement Joseph Ponthus est un passionné de littérature, il se réfugie dans ses lectures pour survivre, il fredonne Trenet, Vanessa Paradis, Bach, il se fait ses séances de films pour ne plus voir le quotidien, ne plus l’entendre, pour être ailleurs.

C’est du brut, c’est du fort, mais c’est aussi des émotions, des sentiments. L’humain garde sa place, il reste digne et debout, même si le dos n’est plus que douleurs, même si la tête n’arrive plus à aligner des idées. La force de l’auteur c’est d’avoir trouvé exactement l’écriture qu’il fallait à cette narration.

On en ressort bouleversé même si on sait que cet univers existe, on oublie par commodité parfois, on est écœuré (je suis végétarienne en autre par respect de la cause animale) des pratiques mais aussi de ce que doivent endurer ceux qui y travaillent, qui n’ont pas d’autre choix, parce qu’il en faut pour nourrir les gens……

On ne regarde plus les crevettes et les bulots de la même manière ensuite, on ne regarde plus son voisin qui rentre à 5 heures du matin, vouté, exténué parce que lui rentre de l’usine, qu’il doit gérer le quotidien mais aussi les complications avec Pôle Emploi, les justificatifs, les rendez-vous etc….

Il n’y a pas que les bêtes que l’on abat, que l’on débite, que l’on tronçonne, il y a aussi les humains qui ne deviennent que corps sans tête….. On s’active, on ne pense pas car si on pense cela fait mal…..

C’est le genre de récit que l’on ne peut oublier, qui reste imprégner en vous par son style mais aussi par son contenu, à la manière d’une odeur de marée ou de sang.

A voir sur un prochain roman si Joseph Ponthus gardera le même style ou saura-t-il l’adapté à son récit, mais pour celui-ci il mêle mots et réflexions, poésie et réalité avec courage (et il lui en a fallu pour mener de front travail et écriture) c’est une réussite, pas un coup de cœur pour moi mais plus un coup de poing littéraire.

📕📕📕📕

Editions La Table Ronde – Janvier 2019 – 266 pages

Ciao

 

West de Carys Davies

WEST« Sobre et magnifique, ce bref roman hantera longtemps votre imagination. » Claire Messud John Cyrus Bellman, jeune veuf inconsolé, vit avec sa petite fille de dix ans, Bess, dans leur ferme de Pennsylvanie. Un entrefilet dans la gazette locale, faisant état d’une découverte stupéfiante, va le sortir de sa mélancolie et de son désœuvrement : de mystérieux ossements gigantesques auraient été déterrés, quelque part dans le Kentucky. Nous sommes au dix-neuvième siècle, et le continent américain demeure pour une large part inexploré. Qu’y a-t-il donc à l’ouest ? Se pourrait-il que des créatures fantastiques rôdent dans les terres inconnues qui s’étendent au-delà du fleuve Mississippi ? Bellman décide d’en avoir le cœur net et, s’improvisant aventurier, part à la recherche des bêtes sauvages, en compagnie d’un jeune éclaireur indien répondant au nom de Vieille Femme de Loin. Bess, livrée à elle-même et aux bons soins d’une tante revêche, passera de longs moments, penchée sur les atlas de la bibliothèque, à suivre en imagination le périple de son père – sans se douter que les monstres n’existent pas que dans les songes ou aux confins du monde, mais qu’ils sont aussi là, bien réels, à notre porte.

Pourquoi j’ai choisi ce livre

Proposé lors de la dernière Masse Critique Babelio, ce qui m’a séduit c’est la couverture. Tout de suite j’ai pensé qu’il s’agissait d’un récit de découverte, d’aventure, d’exploration. Un premier roman est toujours tentant….

Ma lecture

Découvrir des territoires inconnus, des créatures disparues, se lancer dans une aventure afin de panser ses blessures, afin de grandir aux yeux de ses proches, afin de trouver une raison de continuer.

Comme ce jour (…) où il avait découvert l’article consacré aux os monstrueux : ce jour-là la pensée de tout ce qu’il ne connaissait pas lui avait donné le vertige, et il avait compris qu’il ne pouvait rester chez lui. Il avait été totalement incapable d’expliquer cela à quiconque (…). A présent, il se demandait si cela était dû à la possibilité qu’à travers ces animaux géants, une porte s’ouvre soudain sur le mystère du monde. (…) Il lui arrivait (…) de contempler le ciel (….) et de se demander ce qu’il pouvait bien y avoir là-haut – ce qu’il découvrirait s’il trouvait le moyen de s’y rendre pour jeter un œil. (p80)

XIXème siècle, John Cyrius Bellman, 35 ans, père d’une fillette de 10 ans, Bess, va se lancer dans la traversée d’Est en Ouest du continent américain pour trouver des traces de créatures dont des ossements ont été retrouvés. Tel Donc Quichotte (auquel j’ai beaucoup pensé pendant cette lecture) il se lance dans un voyage périlleux, n’emportant que quelques traces et objets de sa vie passée, pour un voyage d’un an ou ……. deux peut-être, confiant sa fille à sa sœur Julie, femme sévère et revêche.

Se lancer dans un voyage dans l’inconnu afin de soigner ses blessures, de donner un sens à sa vie et renaître aux yeux des autres

On voit qu’il est encore en colère à cause du passé, mais ambitieux pour l’avenir. Impossible de savoir laquelle de ces deux impulsions finira par l’emporter, ou si ces deux élans sont tout simplement liés l’un à l’autre, inséparables ; s’ils forment l’essence de ce qu’il est. (p140)

Il va trouver en un jeune amérindien, Vielle femme de loin, un compagnon et un guide silencieux car aucun des deux ne connaît la langue de l’autre. Grâce à lui, il apprendra la nature, la chasse et la confiance en l’autre.

Ce récit est à la fois un récit d’aventure et un récit « philosophique » sur la quête de soi, la découverte de l’autre, les rêves, les espoirs mais aussi une quête de reconnaissance. Il jette aussi un regard sur l’humanité, abordant les thèmes de la différence, des âmes humaines humaines :  leur beauté pour certaines, leur noirceur pour d’autres.

L’inconnu n’est pas le plus dangereux, l’inconnu n’est pas éloigné….

On avance dans ce premier roman au rythme du pas du cheval et des pensées de John Cyrius, au fil des jours, des mois, des années, des saisons, de ses rencontres, des territoires traversés, du partage du quotidien avec Vielle femme de loin, de leur solidarité indispensable à leurs survies et des pensées de Bess, qui attend ses lettres, qui le suit grâce aux livres et qui compte les jours avant le retour de son père : un an ou ….. deux !

J’ai lu ce récit à la manière d’un conte, une fable, une épopée. j’ai accompagné cet homme dans sa quête, j’ai espéré qu’il trouverait ce qu’il cherche, j’ai tremblé pour Bess, j’ai aimé Vieille femme de loin, son humanité, sa logique, son honnêteté.

L’écriture est limpide, à la manière d’une narration orale, cadencée, simple mais empreinte de lucidité, des phrases courtes, rythmées, efficaces.

Caryes Davis a précédemment écrit deux recueils de nouvelles et l’on retrouve dans la construction et la sobriété de ce premier roman les caractéristiques de cette écriture : installation rapide du contexte, du langage, de l’univers où nous entraîne l’autrice.

C’est un voyage vers l’inconnu, on en revient avec des images, des sensations même si certains personnages et situations sont attendus et sans surprise, on prend plaisir à s’embarquer dans cette chevauchée à travers un continent, à la recherche d’un trésor, on le lit comme un de ces récits d’aventures qui nous font voyager, oublier et rêver.

Une chose vous semblait essentielle jusqu’à ce qu’une autre apparaisse, plus importante. (p144)

Merci à Babelio et sa Masse Critique pour cette lecture

Traduction de David Fauquemberg

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Editions Seuil – Janvier 2019 (1ère publication 2018) – 187 pages

Ciao