Les Beaux Etés de Zidrou et Jordi Lafebre

LES BEAUX ETES 4

Dans le 4ème tome de cette série nous retrouvons notre famille Faldérault en 1980 à la veille du départ en vacances et comme toujours Pierre est à la bourre pour remettre ses dernières planches…… Mais non il est prêt. G.I. GIRL est fini et ils vont partir à temps. Les enfants ont grandi, Nicole a un amoureux qui va les accompagner sur le lieu de vacances qui est une surprise cette année…. Et quelle surprise.

Ma lecture

L’automne est là mais je me suis prise une petite bulle, comme à chaque fois que je découvre un nouvel opus de cette série, de souvenirs d’enfance, d’adolescence, de vacances avec cette famille Faldérault, une famille pleine d’amour, d’humour et j’ai trouvé Le Repos du Guerrier particulièrement réussi.

On pense qu’au bout d’un moment cela va tourner un peu en rond, revenir un peu sur les mêmes thèmes et bien non. Je me suis embarquée avec eux dans la 4L Estérel et je suis partie en vacances dans le temps, dans le Périgord, je me suis laissée aller à rire même parfois car les textes, les répliques sont savoureux. Et que dire des illustrations : douces, expressives, jusqu’au détail du soleil filtrant à travers les feuilles des arbres et caressant les visages…..

LES BEAUX ETES 4 1

C’est un album où les surprises règnent, je vous laisse les découvrir mais cela va monter crescendo, elles peuvent être familiales ou estivales, mais comme d’habitude cette famille a une faculté d’adaptation inouïe. Quel optimisme et en plus c’est contagieux. Décrocher pendant les vacances c’est ce qu’ils vont réussir à faire, comme toujours, des vacances « robinsonades » au plus près de la nature, ralliant les voisins à leur philosophie. Quand je vous dis qu’ils sont contagieux…..

Le repos du guerrier….. Oui est une BD à savourer, à déguster comme une petite madeleine de Proust, une plongée dans nos propres souvenirs, fredonner avec eux, revivre des émois comme Nicole qui va trouver en Jean-Manu son prince charmant au grand dam de la famille et qui va vivre une expérience qui va le transformer et puis Pépète qui vit très mal son retour à la civilisation etc….

Qui n’a pas connu les voyages épiques en voiture avec des enfants et adolescents, les désillusions en arrivant sur le lieu de vacances (et là elles sont fortes), les petits bonheurs que l’on garde et regarde sur les photos et au fond de nos mémoires.

C’est cela les Beaux Etés, des « bulles » de bonheur à savourer sans modération…. Le prochain est annoncé pour début Novembre et parlera d’hiver….. Des Beaux Etés à Noël et pourquoi pas ! Un peu de bonne humeur dans la vie ne peut pas faire de mal……..

Mon avis : 📕📕📕📕

Editions Dargaud – 50 pages – 2018

Ciao

 

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Dans le silence du vent de Louise Erdrich

DANS LE SILENCE DU VEN

1988. Joe, 13 ans, vit avec ses parents dans une réserve Ojibwa, ils font partie de la famile des Chippewa, dans le Dakota du Nord où il coule une enfance heureuse entre son père Bazil, juge au tribunal tribal et sa  mère Géraldine, avocate au Bureau des Affaires Indiennes, jusqu’au jour où celle-ci est battue, violée et se mure dans le silence.

Joe aidé de ses amis : Cappy, Zach et Angus va chercher à comprendre ce qui s’est passé, pourquoi sa mère refuse de parler, connait-elle son agresseur ?

A travers son enquête Joe va découvrir les secrets de la réserve, de son peuple, de ses coutumes et croyances mais aussi va passer brutalement du monde de l’enfance au monde des adultes.

Ma lecture

J’ai eu envie de lire Louise Erdrich après l’écoute d’un émission des Bibliomaniacs qui conseillaient LaRose en lecture de cette auteure et une chronique dans America N° 1.  Le livre n’étant pas disponible dans ma Bibliothèque mais ayant Dans le Silence du Vent, je me suis laissée tenter malgré tout (et je me laisse facilement tenter par un livre…). Pas de regret car c’est une belle découverte d’auteure. D’ailleurs je reviens de la Bibliothèque et j’ai trouvé LaRose que je me suis empressée de ramener à la maison.

Le récit est avant tout l’apprentissage de la vie d’un jeune garçon, Joe surnommé Oups par son grand-père Mooshum, confronté à la brutalité, la violence et l’injustice mais aussi la vie de la communauté amérindienne parquée dans une réserve où leurs droits sont restreints, dont les terres ont été confisquées, volées et où les non-amérindiens ont tout pouvoir, où règne l’injustice envers cette communauté qui, ne l’oublions pas, était présente lors de la découverte du continent.

De la même façon que Joe arrache des pousses d’arbres autour de sa maison, il va s’investir d’une mission : celle de sauver sa famille, touchée par un dramatique événement, qui transforme la douceur familiale en cahot.

Des petits arbres avaient attaqué les fondations de notre maison. Ce n’étaient que de jeunes plants piqués d’une ou deux feuilles raides et saines. Les tiges avaient tout de même réussi à s’insinuer dans de menues fissures parcourant les bardeaux bruns qui recouvraient les parpaings. Elles avaient poussé dans le mur invisible et il était difficile de les extirper.

Joe découvrira que son père, qu’il admire n’est qu’un juge de petite affaires se résumant à des conflits dans la communauté, que sa mère si vivante se transformera en fantôme silencieux, que le couple uni qu’ils formaient est au bord de la désintégration et que tout l’équilibre de sa vie est compromis.

Il aurait mieux valu n’importe quoi plutôt qu’elle prenne l’escalier dans cette suspension glacée des sentiments. Elle portait une robe bleue toute simple, ce soir-là. Pas de bas. Une paire de mocassins noirs Minnetonka. Tout en montant marche après marche, elle regardait droit devant elle et sa main tenait fermement la rampe. Ses pas étaient silencieux. Elle semblait flotter. Mon père et moi l’avons suivie jusqu’à la porte de la chambre, et je crois qu’en la regardant nous avons tous les deux eu l’impression qu’elle s’élevait vers un lieu d’extrême solitude dont on risquait de ne jamais la ramener.

Trouver le coupable va devenir son obsession et  va mettre à jour des dossiers sombres, des trafics , des non-dits, des révélations dans lesquelles celle que l’on a répudiée car différente va sauver celui qui va se transformer en monstre, où la justice ne sera pas rendue à la hauteur du crime, où la trahison peut survenir de personne que l’on aimait….

Je devais faire ce que je devais faire. Cet acte était devant moi. Dans l’étrange lumière, une sensation d’affolement m’a à ce point submergé que les larmes me sont montées aux yeux et qu’un seul son étranglé, un sanglot peut-être, un déchirement de souffrance, a jailli de ma poitrine. J’ai croisé les poings dans les mailles du tricot et les ai pressées contre mon cœur. Je ne voulais pas laisser échapper le son. Je ne voulais pas donner une voix à ce bouillonnement de sensations. Mais j’étais nu et tout petit face à sa puissance. Je n’avais pas le choix. J’ai étouffé les sons que je produisais de sorte que je sois seul à les entendre sortir de mon corps, répugnants et étrangers. Je me suis allongé par terre, j’ai laissé la peur me recouvrir, et essayé de continuer à respirer pendant qu’elle me secouait comme un chien secoue un rat.

L’auteure porte un regard sans complaisance  mais aussi avec tristesse sur une communauté qu’elle connaît parfaitement puisqu’elle en fait partie (mère amérindienne et père germano-américain) et s’inspire, je pense, de ses propres souvenirs pour construire ce roman. Elle relate les traditions et croyances de son peuple en intégrant entre autre des petits contes, légendes, racontées  par Mooshum, des cérémonies de purification, mais en intégrant également la présence d’un personnage blanc, le père Travis, qui lui aussi a ses souffrances, ses blessures.

La narration est faite par Joe lui-même, adulte, qui porte un regard à la fois bienveillant? indulgent sur l’enfant qu’il était, sur sa famille avec les figures marquantes de Clémence et Edward, sa tante et son oncle, Sonja et Whitey qui tiennent la station-service, elle, objet de tous ses fantasmes d’adolescent et lui, jaloux et alcoolique élève des chevaux et surtout Mooshum, le grand-père, passeur de légendes, d’histoires et mémoire de la famille.

Durant ma lecture j’ai beaucoup pensé aux deux romans de Harper Lee :  Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur , Va et poste une sentinelle,ou Le cœur est un chasseur solitaire  et Frankie Addams de Carson Mc Cullers qui sont aussi des romans d’apprentissage dans la littérature américaine, à travers un événement familial ou douloureux, le jeune adolescent passe de l’enfant à l’âge adulte.

C’est une écriture limpide, pleine d’émotions, de sensations, tendre envers ce jeune garçon brutalement confronté au désarroi de ses parents, au silence qui entoure le drame, on sent la tension montée, l’intrigue est bien construite, le regard lucide sur la perte de repères de certains : alcool, violence, désœuvrement dûs pour la plupart à la perte de leurs terres, traditions, dignités mais aussi à la perte des immensités, de la nature et de ses habitants, à son respect.

J’ai aimé l’ambiance de cette communauté, des réunions chamaniques, où tout le monde se connaît, s’entraide ou pas, le respect des ancêtres, l’écoute des jeunes pour perpétuer les souvenirs qui risquent de disparaître.

Parler d’un peuple, son peuple à travers une fresque romanesque est une façon de continuer à exister, à perpétuer leur savoir et leur rendre justice dans leurs luttes. Ils restent des voix que portent les livres et que ces voix entendent dans le souffle du vent.

Mon avis  : 📕📕📕📕

Editions Albin Michel – 462 pages – Août 2013

Traduction de Isabelle Reinharez

Ciao

Fête du Livre – On rentre à Saint Philbert de Grand Lieu – 22/23 Septembre 2018

ON RENTRE

Je devais aller au Festival America à Paris (mais je ne raterais pas dans deux ans son 10ème anniversaire) et je me retrouve à Saint Philbert de Grand Lieu, dans mon département de la Vendée (mais plus au nord-ouest), pour la deuxième édition de la Fête du Livre – On rentre qui se tenait dans l’Abbatiale.

C’est dans ce magnifique cadre que se déroulait ce « petit » salon que je ne connaissais pas du tout mais l’affiche était prometteuse : Maylis de Kerangal, Olivier Liron, Carole Fives, Gauz et j’y suis allée, toujours curieuse de découvrir ces auteur(e)s.

L’automne a fait son entrée à la date prévue et si d’habitude on recherche de la fraîcheur dans les églises ou autres monuments, je dois avouer que samedi il faisait « frisquet » (d’ailleurs quelques plaids avaient gentiment été déposés sur les bancs par les organisateurs).

Dès l’entrée de très jolies réalisations à partir de livres étaient installées et entouraient le lieu des interviews.

Le premier à être interviewer fut Olivier Liron pour Einstein, le Sexe et moi aux Editions Alma.

EINSTEIN

C’est un auteur très vivant, très communicatif, qui vous raconte l’enfer qu’il a vécu enfant du fait de son autisme Asperger, comment il en a fait une force et le thème de son livre est principalement son passage à Question pour un Champion où il fut vainqueur 10 fois, il vous parle de Julien Lepers mais aussi de Dante…..

J’ai été fascinée par ses mains vivantes, toujours en mouvement, ses longs doigts de pianiste, son humour. Il est intarissable.

Pendant l’intervention de chaque auteur, Benjamin Adam réalisait en fond une illustration du roman présenté

Maylis de Kerangal a pris la suite pour son roman Un Monde à Portée de Main paru aux Editions Verticales (Gallimard) et qui nous parle de peinture en trompe l’oeil, d’observations, d’études mais aussi d’amitié et d’amour.

UN MONDE A PORTE DE MAIN

J’aime particulièrement découvrir le travail d’un(e) auteur(e), cela me permet de mieux cerner son univers, son travail, et j’avais lu il y a un mois ou deux un bel article sur Maylis de Kerangal dans Lire Magazine. Son lieu à elle, sa petite chambre de bonne pour se concentrer sur son écriture, s’éloigner de son autre vie.

(Désolée pour la qualité des photos mais la lumière n’était pas exceptionnelle et en plus je frissonnais un peu…..)

J’ai été particulièrement intéressée par ses propos, ayant approché il y a quelques années des artistes travaillant le trompe-l’oeil et toujours admirative lorsque je croise leur travail dans les rues ou autres. Du faux qui doit représenter le réel cela rejoint le travail de romancier parfois……

Maylis de Kerangal nous parle de sa voix douce de ses personnages, de ses recherches et de son travail, comment les éléments viennent à elle, comment elle les cherche et les échanges avec Guenaël Boutouillet permettent parfois de mettre en lumière ce que l’auteure n’a pas toujours vu lors de l’écriture (nous en avons parlé ensemble lors de la dédicace).  Vous l’avez compris je suis revenue avec son livre….

CAMARADE PAPA.jpg

 

Comme j’étais à faire dédicacer mon livre de Maylis de Kerangal, je n’ai pas entendu toute la rencontre avec Gauz qui parlait de son livre Camarade Papa, paru aux Editions Le Nouvel Attila et j’en suis désolée.

J’ai malgré tout ressenti l’attachement de Gauz à ses racines, la Côte d’Ivoire, le colonialisme, mais aussi les deux positions : le blanc en Afrique et le Noir en Europe.

TENIR JUSQU'A L'AUBE

Dernière rencontre, Carole Fives, pour Tenir jusqu’à l’Aube paru aux Editions l’Arbalète – Gallimard, dont le sujet m’intéressait particulièrement et par les bons billets lus ici ou là. De Carole Fives j’avais lu Une Femme au Téléphone qui m’avait intriguée, un peu déconcertée mais je suis ravie de l’avoir rencontrée.

J’ai aimé sa prise de position franche et directe mettant l’accent sur toutes ces femmes qui tentent d’élever seule un ou des enfants et de garder également une dignité, une vie sociale et amoureuse. Un sujet d’actualité, dont on parle peu, ces mères qui résistent, qui tiennent alors que bien des pères « oublient » leurs enfants pour se construire une autre vie.

Donc bien évidemment je suis également revenue avec son livre et nous avons pu un peu parler pendant qu’elle rédigeait une gentille dédicace

CAROLE FIVES

Je mettrais les chroniques sur les deux romans ramenés dès qu’ils seront lus……. Cela va peut-être demandé un peu de temps….. ou pas !

Je vous recommande vivement, quand vous en avez la possibilité, d’aller écouter les auteur(e)s. Ils écrivent oui, ils sont derrière des mots mais les entendre, les approcher, échanger avec eux est passionnant. Découvrir derrière un livre qui a tenu le crayon ou à qui appartiennent les doigts sur le clavier. On comprend mieux la genèse d’un livre, ce que l’auteur(e) a mis de lui ou d’elle dedans.

Il faut encourager ces initiatives de rencontres littéraires…..

Ciao

Seule Venise de Claudie Gallay

SEULE VENISE - Copie

Elle a tout plaqué parce que Trévor l’a quittée, la souffrance est telle qu’elle a fermé ses comptes bancaires et réservé une chambre dans la pension Bragadin à Venise. Et elle part.

Se reconstruire quand on a le sentiment que sa vie est en miettes dans une ville où il faut se perdre pour réellement l’apprécier, elle ira de rencontres en découvertes à l’écoute des autres mais aussi de cette ville qui s’effrite  mais aussi d’elle-même pour commencer une autre vie…

Ma lecture

Encore un livre qui traînait sur mes étagères depuis plusieurs années. Je me souviens l’avoir acheté après un séjour à Venise. Seule Venise….. Je voulais retrouver cette ville que j’ai tellement aimé, seule, je m’y suis perdue comme l’héroïne et je dois dire que la magie a opéré.

Comme dans tous ses romans Claudie Gallay est une auteure de sensations, de pensées mais aussi de recherche de soi-même à travers des événements anodins, des vies ordinaires mais que l’auteure transcrit si parfaitement, du plus profond.

C’est une introspection du moi parmi les autres : en se glissant dans le personnage, elle nous emmène en voyage dans Venise mais aussi dans les sentiments de cette femme seule, abandonnée, emplie de douleurs :

Personne n’a jamais étudié la douleur des humains quand ils sont ferrés du ventre Cette impression de brûler, de se vider tout en restant vivant. (p95)

Venise en hiver, dans la brume de la lagune, ses ruelles, ses églises, sans sa cohorte de touristes, un lieu où vivent légendes et fantômes pour certains.

Elle fera la connaissance de Luigi, le propriétaire de la pension, qui vit entouré de ses chats, construit des maquettes comme des châteaux en Espagne, qui espère, qui attend. Il y a un prince russe en fauteuil roulant, qui ne sort de sa chambre que pour les repas, à qui elle raconte par le menu ses déambulations dans la Sérénissime ville, qui exige une ponctualité sans faille et qui va lui révéler bien des secrets sur Venise mais aussi sur lui-même.

Elle découvrira dans le couple que forment Carla et Valentino, danseurs, que l’amour fou peut parfois faire peur mais aussi partagera avec Carla ce qu’elle ne pouvait confier qu’à une femme.

A travers eux elle évoque l’exode après une révolution (russe)

Et c’était cela la force des puissants, enlever aux plus faibles le goût d’apprendre. (p178)

mais aussi la perte, l’éloignement familial, les classes sociales et de l’amour qui se moque de tout cela.

Et puis il y a Lui, le libraire dont elle fera la connaissance au hasard de ses déambulations, qui va devenir son confident, qui va la faire à nouveau sentir femme, qui va lui faire découvrir un peintre juif qu’il admire, tourmenté et secret.

On ne se tutoie pas. On est dans cet avant de l’intime. Avant qu’on se touche. Avant qu’on se jette. Avant. (p181)

Claudie Gallay est une écrivaine de sentiments, de sensations. Sur des faits anodins elle nous balade dans son univers qu’elle n’en finit pas de partager : certaines obsessions ou tocs, intérêt pour des performistes ou  peintres, que je retrouve au fil de ses romans :

La Beauté des Jours, Les Déferlantes

mais surtout son analyse des sentiments et de leurs transcriptions.

C’est particulièrement vrai dans ce récit, dans cette sublime ville, qui vous transporte dès que vous y posez le pied, la grandeur et la beauté des édifices, le charme de ses ruelles, la Place St Marc et son café Florent avec des violons en fond sonore et ses rideaux qui volent (si si je les ai vus et moi-même je pensais entrer dans le film de Visconti, les parfums, l’élégance de ses habitants, la richesse de ses monuments, la lagune, l’arrivée en train qui semble flotter sur l’eau, les îles, les vaporettos, l’aqua alta qui envahit tout…..

L’écriture est comme toujours délicate, sensible, fine et l’on découvre bien plus qu’il ne semble. Il y a toujours dans les récits de cette auteure des révélations : sur elle  mais aussi sur ses personnages, comme cela, l’air de rien. Cela se pose, s’impose au fur et à mesure, chacun a sa petite histoire, sa révélation et l’on comprend que chacun a ses faces cachées, son jardin secret.

Je l’ai aimée cette envie-là. Avec tant d’hommes. Ce moment brûlant d’avant la peau; (p182)

Un livre lu d’une traite, un voyage tout en douceur dans Venise que j’ai retrouvé, que j’ai sillonné à nouveau avec elle, dont j’ai aimé les personnages et imaginé cette pension et ses locataires, j’ai gouté au chocolat chaud avec sa mousse qui se dépose sur les lèvres. Un livre est un voyage et j’ai aimé mon voyage.

J’ai ressorti le dernier livre oublié sur mes étagères de cette auteure : Dans l’Or du Temps dont je parlerai bientôt….

Mon avis : 📕📕📕📕

Editions Babel (Actes Sud – Novembre 2009 – 302 pages 

Première parution aux Editions du Rouergue – 2004

Ciao

Jules et Jim de Henri Pierre Roché

JULES ET JIM

Jules et Jim se sont rencontrés au bal des Quat-z’Arts, c’était vers 1907 et tout de suite leur amitié est née. Jim français, grand et mince fait découvrir à Jules, petit et rond, originaire d’Europe Centrale la vie de bohème à Paris. Ils fréquentent les cafés, les bals et profitent de tout ce qui se présente.

Leurs vies tournent autour des rencontres féminines, qui durent un jour, une nuit ou parfois un peu plus jusqu’à ce que Kathe, allemande, entre dans leurs vies.

Libre, drôle, imprévisible Kathe, elle attire les deux amis, ils l’aiment, tout les hommes l’aiment et c’est bien là le problème, mais est-ce un problème pour Jules et Jim.

L’amitié peut-elle survivre quand deux hommes aiment la même femme……

Ma lecture

Amour – Amitié, être amoureux d’une femme, d’une même femme, cela peut devenir un dilemme mais pour Jules et Jim ce n’en est pas un. Ecrit à 74 ans, ce premier roman de Henri Pierre Roché, en partie autobiographique (c’est le Jim du récit) raconte l’attirance qu’il a éprouvée pour l’épouse de Frantz Hessel, Helen (la mère de Stéphane Hessel, l’auteur d’Indignez-vous) est assez révolutionnaire et moderne.

D’abord par le sujet traité : deux hommes aimant la même femme, acceptent, pour ne pas gâcher leur amitié si précieuse et  risquer de perdre totalement cette femme, le partage, jamais de couple à 3 mais tour à tour ils partageront l’existence de Kathe, la joyeuse, l’imprévisible, la jalouse, la volage. Car eux, s’ils font preuve entre eux d’abnégation, elle est très exigeante et rend coup pour coup en cas de tromperie, de soupçons. Elle n’est pas inconstante dans son amour pour les deux hommes, un amour qu’elle veut parfait, total. Ils ont une vie de tourbillons, comme le dit la chanson :

c’est une écriture qui m’a déconcertée faite de courtes phrases voulant rendre je pense le rythme de leurs vies, de leurs émotions, de leurs sentiments. Les couples se font, se défont, ils se marient, ils divorcent, ils s’aiment et du coup se déchirent, d’autres femmes essaieront d’entrer dans la danse mais Kathe tient toute la place, tous les cœurs. La construction des phrases, leurs successions rendent la lecture assez « hachée ». J’ai dû à plusieurs reprises les reprendre pour les comprendre, les resituer.

Le narrateur extérieur (comme François Truffaut dans le film) du récitdonne une vision assez distanciée et froide presque comme un reportage.

C’est un plongeon dans le début du 20ème siècle, avec la vie folle du milieu artistique parisien de l’époque puis la première guerre mondiale qui va obliger chacun àprendre ses responsabilité, à basculer dans le monde des adultes, avec des responsabilités de parents mais ils garderont malgré tout un vent de folie…

J’ai trouvé la lecture parfois un peu laborieuse car répétitive dans les scènes, les aller-retours de Kathe entre Jules et Jim et les autres hommes qui passent sur son chemin, les autres femmes que rencontreront les deux amis et il y a tellement de couples qui se font, qui se défont que je me suis déconnectée du récit à plusieurs moments et en me lassant finalement de l’intrigue.

L’auteur rend parfaitement le contraste entre les deux amis : l’un grand et mince, volage et Jules, petit et rond, étranger à Paris, plus sensible, plus doux, qui avait demandé à Jim :

Pas celle-là

qui voulait garder pour lui Kathe mais qui acceptera par crainte de les perdre tous les deux, qui se protègera  et acceptera de laisser sa place par amitié, par amour. Si différents mais si unis, si différents mais tellement attirants pour Kathe : l’un la sécurise, l’autre l’amuse, la fragilise et la pousse dans ses retranchements.

J’ai eu en plus un handicap tout au long de la lecture de ce livre. J’avais la voix de François Truffaut dans la tête, son phrasé, sa narration dans son film tiré de ce roman et que je n’ai jamais vu dans sa totalité, mais je comprends mieux son rôle dans l’adaptation, celui du récitant.

Et puis la célèbre chanson interprétée par Jeanne Moreau Le Tourbillon de la Vie qui vous trotte dans la tête et dont vous comprenez, grâce à la lecture, tout le sens.

Pas conquise mais contente de l’avoir lu, une expérience de lecture, d’écriture, de style et une histoire moderne, originale.

Mon avis : 📕📕/📕

Livre lu dans le cadre d’Objetif PAL organisé par Antigone

Editions Folio – 243 pages – Octobre 2016 (Première parution 1953 Gallimard)

Ciao

Si c’est un homme de Primo Levi

SI C'ETAIT UN HOMME

Arrêté comme résistant et déporté en Février 1944 dans le camp de Auschwitz dont il sortit en Janvier 1945 quand celui-ci fut libéré par les Russes, Primo Levi nous livre un témoignage sur les effroyables conditions de vie à l’intérieur du camp.  Il y décrit la folie nazie, sa politique d’extermination et d’avilissement des prisonniers.

Ma lecture

Il y a des livres dont on sait qu’il nous faut les lire. Celui-ci était sur mes étagères depuis très très longtemps mais il faut choisir le moment pour le lire car on sait qu’on ne ressortira pas indemne, même si l’on connaît les faits, qu’on a déjà lu des témoignages entre autre celui de Simone Veil, que c’est une plaie qui ne se refermera jamais.

Au moment où je rédige cette chronique je ne peux m’empêcher de songer qu’il y a des coïncidences (et ce n’est qu’une coïncidence) troublantes. En rentrant hier soir d’un comité de lecture, j’apprenais que Marceline Loridan-Ivens, autre voix-témoin des atrocités des camps de déportation, nous quittait. Comme Simone Veil, Primo Levi et elle (et d’autres anonymes ou non) œuvraient inlassablement pour que l’on n’oublie pas, jamais.

J’ai refermé ce livre avec un profond sentiment d’indignation vis-à-vis des bassesses humaines. Jusqu’où peut aller la folie humaine, les atrocités perpétrées par certains qui au-delà des souffrances physiques vont jusqu’à s’attaquer à l’âme de l’homme, le ramener plus bas que terre, n’être plus rien, transparent, ignoré, n’être plus qu’un numéro 174 517 tatoué sur la peau qui, même pour les survivants, restera la trace de leur passé.

Ils nous enlèveront jusqu’à notre nom : et si nous voulons le conserver, nous devrons trouver en nous la force nécessaire pour que derrière ce nom, quelque chose de nous, de ce que nous étions, subsiste. (p34)

Marquer des êtres humains comme on marque un troupeau et encore ceux-là avaient une petite chance de survie d’un jour, quelques jours….. Les courts numéros étaient peu nombreux à son arrivée. Tenir un jour de plus relevait de l’exploit, de petite magouilles, d’entraide et parfois de haine et Primo Levi narre de façon presque urgente, comme si ce genre de souvenirs pouvaient s’oublier (Si c’est un homme a été publié 2 ans après sa sortie du camp).

La redoutable sélection, ceux qui vont rester, ceux qui vont disparaître,  les exécutions, la potence, les travaux inhumains dans le froid qui finissent de détruire les corps qui n’ont déjà plus l’apparence d’êtres humains, la Faim omniprésente, trouver un peu plus que l’ordinaire pour tenir, pour ne pas faire partie des faibles qui disparaîtront à la prochaine sélection, les rivalités, les kapos et puis l’attente insoutenable des libérateurs, sans pratiquement aucune ressource. Le compte à rebours est lancé : qui les verra, qui vivra ce jour tant attendu et après……

Primo Levi veut rendre hommage à tous ceux qui n’en sortiront jamais et à ceux qui une fois sortis, n’ont pas survécu parce que le passé encore trop présent, parce que le passé a laissé trop de traces, trop de douleurs, parce que même pour l’auteur survivre a été un combat à l’époque mais aussi après (il s’est suicidé en 1987).

Le récit se divise en deux parties : son arrestation, le voyage vers l’enfer, l’arrivée, la découverte et la vie dans le camp. Le processus d’annihilation totale des êtres humains est extrêmement bien restituée, disséquée : la méthode, la dureté des traitements, la lucidité du narrateur sur son environnement.

Les loques ne se révoltent pas. (p288)

Primo Levi a ensuite jugé intéressant de partager dans un appendice à la fin du livre les principales questions qui lui étaient posées lors de conférences ou de rencontres afin de témoigner, d’expliquer inlassablement, ce dont il avait été témoin afin d’espérer qu’un jour cela ne puisse pas se reproduire…. Il explique parfaitement pourquoi et comment les nazis pensèrent et mirent en œuvre l’anéantissement des juifs, les peuples connaissaient-ils l’existence de ces camps, a-t-il retrouvé des survivants qui partageaient son bloc.

J’ai trouvé intéressant sa réponse à la question :

  • On ne trouve pas trace de haine à l’égard des Allemands (…) ni même de désir de vengeance. Leur avez-vous pardonné ?

La haine est assez étrangère à mon tempérament. Elle me paraît un sentiment bestial et grossier, et dans la mesure du possible, je préfère que mes pensées et mes actes soient inspirés par la raison ; c’est pourquoi je n’ai jamais, pour ma part, cultivé la haine comme désir primaire de revanche, de souffrance infligée à un ennemi véritable ou supposé, de vengeance particulière. (p277)

On ressent à la fois l’implacabilité des faits, l’absurdité (parfois avec une pointe d’humour) de certaines consignes, certains réglements, l’humiliation permanente, la faim, le froid, la promiscuité,  ne nous faisant part uniquement de ce qu’il a vécu, vu, entendu, se jugeant privilégié car ayant survécu grâce à sa formation de chimiste qui lui a permis les derniers mois d’avoir un poste « enviable » dans le camp, de tenir mais aussi la douleur, un sentiment de culpabilité qui l’envahissent petit à petit, car au-delà du quotidien du camp c’est aussi un regard sur notre humanité, ce que l’homme peut devenir : bourreau, victime.

Je mets une vidéo qui vous permettra de mieux comprendre et qui était Primo Levi.

Ce livre est un témoignage écrit dans l’urgence de faire connaître au monde l’horreur, il n’y a pas une recherche d’écriture, la construction du récit est chronologique, dans la restitution d’un vécu, comme un journal des 9 mois vécus à Auschwitz et comme il le dit lui-même dans sa préface :

J’ai eu la chance de n’être déporté à Auschwitz qu’en 1944, alors que le gouvernement allemand, en raison de la pénurie croissante de main-doeuvre, avait déjà décidé d’allonger la moyenne de vie des prisonniers à éliminer, améliorant sensiblement leurs conditions de vie et suspendant provisoirement les exécutions arbitraires individuelles (…) Il me semble inutile d’ajouter qu’aucun des faits n’y est inventé. (p7-8)

Mon avis : 📕📕📕📕

Editions Pocket – 315 pages – Août 2005 (première parution 1947)

Traduction Martine Schruoffenegger

Ciao

América N° 1 de François Busnel et bien d’autres

AMERICA 1

Chaque trimestre, America racontera l’Amérique au temps de Donald Trump, à travers des reportages et des enquêtes, des grands entretiens et des chroniques signés par les meilleurs écrivains Français et Américains.

Dans ce premier numéro, nous avons réservé aux lecteurs :

– une interview inédite de Barack Obama

– un entretien exclusif avec Toni Morrison (Prix Nobel de Littérature)

– des reportages, des enquêtes, des chroniques, des nouvelles, des extraits littéraires exclusifs écrits par Marc Dugain, Douglas Kennedy, Alain Mabanckou, Jay McInerney, Ta Nehisi Coates, Colum McCann, Louise Erdrich.

AMERICA, L’AMÉRIQUE COMME VOUS NE L’AVEZ JAMAIS LUE.

Ma lecture

Je continue à rattraper mon retard concernant ce magazine sur l’état de l’Amérique depuis l’arrivée de Trump (vous savez le Donald, pas celui de Disney, l’autre mais je vous comprends ils se ressemblent beaucoup…..) vu par les grandes plumes de la littérature américaine.

Je les découvre peu à peu (j’ai déjà lu le 5,6, 2) car il me faut parfois un peu de temps pour « digérer » ce que je lis.

Dans le premier, découvrir :

  • Le Grand Entretien consacré à Toni Morrisson, cette voix forte et belle sur ce qu’il faut faire maintenant
  • Barack Obama qui s’interroge sur la littérature
  • Louise Erdrich qui nous parle des amérindiens, de sa colère (cela m’a donné très envie de découvrir ses romans et j’ai à mon programme du mois prochain  Dans le silence du vent)
  • Une nouvelle inédite « Reconnaissance de Dette » de F.S. Fitzgerald
  • La découverte d’un Monument de la littérature américaine Moby Dick de Herman Melville et sa genèse (honte à moi j’en entends souvent parler mais jamais lu) et tous ses symboles
  • Et toutes les rubriques habituelles, toutes aussi passionnantes les unes que les autres

sans oublier toute une partie consacrée à Los Angeles, la ville des anges….., en particulier le L.A. vu par Alain Mabanckou.

C’est un très beau « mook » riches d’enseignement, de découvertes pour mieux comprendre l’Amérique profonde, l’Amérique littéraire, politique, sociétale.

Je crois que le N°7 sort le 6 Octobre mais je continue malgré tout à remonter le temps et je commence la lecture du N°3, à mon rythme car je dois avouer qu’il y a parfois des colères, des réflexions, des points de vue qui nous révoltent sur ce qui se passe là-bas, cela pourrait être chez nous, ici, bientôt…..

Cela fait peur mais cela rassure également de penser qu’il y a du monde qui s’élève, des voix qui résonnent, qu’il est possible de faire un magazine intelligent, qui porte à réflexion, sans pub (oh merci…….), qui ouvre des horizons et pour moi qui devient une sorte de bible où je découvre des textes, des auteurs que je n’aurai peut-être jamais abordés sans cette revue.

Merci.

Mon avis : 📕📕📕📕

Les Editions America – 195 pages – Printemps 2017

Ciao

Du domaine des murmures de Carole Martinez

DU DOMAINE DES MURMURES

Au Domaine des Murmures, en Franche-Comté, en 1187, Esclarmonde, 15 ans, refuse d’épouser, contre l’avis de son père propriétaire du domaine, Lothaire de Montfaucon qu’elle trouve trop volage et parce qu’elle ne ressent aucun sentiment envers lui. En échange et pour calmer la colère de son père, elle lui propose de vivre emmurée jusqu’à sa mort.

Mais elle n’entre pas seule dans son réclusoir et ne sera pas aussi isolée qu’elle le pense. Elle va vivre dans son réduit des aventures à travers les gens du Domaine de Murmures et les pèlerins venant chercher conseils et bénédictions auprès d’elle.

Ma lecture

Premier roman de cette auteure. J’ai depuis des années sur mes étagères Le Cœur cousu mais que je n’ai pas encore lu…… Et bien je pense qu’il va passer de mes étagères à ma PAL très rapidement…..

Magnifique récit d’un événement assez courant au Moyen-Age de ces femmes qui préféraient pour X raison de se laisser emmurer jusqu’à la fin de leurs jours. Je connaissais cette « tradition » que Jean Teulé évoque dans François Villon entre autre (je vous le recommande, pour moi un de ces meilleurs livres).

Je vous mets une vidéo qui explique très bien les conditions de vie des recluses, les espaces où elles vivaient, ce qu’elles faisaient de leurs journées, les recluses célébres dont c’est peut être inspiré Carole Martinez.

J’ai beaucoup aimé l’écriture : elle s’est glissée dans le personnage d’Esclarmonde, utilisant un phrasé similaire à l’époque, le regard doux mais ferme et lucide de cette jeune fille sur le monde qui l’entoure, intelligente, préférant la solitude et la réclusion à un mariage arrangé, sans amour.

L’auteur donne un souffle à son récit en y incluant des événements romanesques qui nous invitent à découvrir le destin de cette jeune fille, son devenir et celui du Domaine et de ses habitants : famille, servantes etc…. C’est un récit très documenté et bien construit, ménageant le suspens et il nous embarque dans une aventure au XIIème siècle, où la femme n’avait comme seul pouvoir  pour refuser ce qu’on lui offrait la religion ou la mort.

Je veux dire à m’en couper le souffle.(p18)

Quelle force dans ce personnage de jeune fille, entrée à 17 ans dans son réduit (il a fallu deux ans pour le construire), subissant la colère et l’ignorance de ses proches à partir du moment où elle prononce le Non au mariage qui va scellé son destin.

Mais le Moyen-Age est une époque violente. Les colères et les vengeances peuvent être  monstrueuses et sanglantes, mais elles peuvent également évoluer en particulier pour Lothaire que l’auteure transforme en poète conquis par son ex-promise et en fidèle parmi les fidèles. Il y a confrontations du bien et du mal, de la force et de la douceur, de la guerre et de la paix.

Car c’est aussi le temps des Croisades, des voyages interminables en Terre Sainte pour trouver parfois le pardon, des mirages, des séparations. J’ai trouvé que les confrontations du bien et du mal étaient particulièrement bien rendues (David, la fronde, Gauvin le cheval etc…). Il y a des murmures, des croyances, des fantômes, il y a aussi bien d’autres choses.

Carole Martinez  rend bien compte dans son récit du pouvoir malgré tout des femmes par :

. le personnage de Douce, la deuxième femme du père de l’héroïne, va gérer le Domaine pendant son absence et jouer un rôle capital dans la vie d’Esclarmonde.

. par Esclarmonde également, par la position et les pouvoirs attribués aux recluses : sainteté, plus de maladie, plus de mort sur le Domaine, le temps passé à écouter, prier, consoler et conseiller les pèlerins venant écouter ses paroles.

. par la ruse des servantes Bérangère, Ivette, Jehanne etc…. se jouant des hommes, intuitives et généreuses.

Mais Esclarmonde reste une femme (et je ne peux vous en dire plus pour vous laisser le plaisir de la découverte) et même dans cet univers clos, minimaliste, elle va vivre et connaître des aventures, découvrir des sentiments qu’elle n’aurait pas dû connaître.

Je ne m’attendais pas du tout à un tel récit et j’ai plongé dans la spirale du temps, me transportant auprès de cette jeune femme dont la force de caractère transporte et transpire, par sa douceur et sa volonté d’abattre les obstacles dûs à son emmurement.

Et puis quelle belle écriture, ciselée, poétique mais rendant totalement l’ambiance de l’époque (de ce que nous en connaissons bien sûr), des conditions de vie et de la place que tenait la religion dans la vie de la population qui se reposait totalement sur elle et sur les croyances.

Une très belle découverte.

Mon avis : 📕📕📕📕

Editions Folio – 226 pages – 2013 (2011 chez Gallimard)

Prix Goncourt des Lycéens 2011

Ciao

Momo Tome 2 de Jonathan Garnier et Rony Hotin

MOMO T2

Momo se sent seule et abandonnée. Heureusement le marchand de poissons, celui qui l’effrayait tant se montre bien accueillant et attentionné et puis il y a le SDF dont elle a tant peur, les bandes de garçons, les chats, le vaisseau spatial de Mamy qui ne répond plus, les chats et puis….. un bateau qui rentre au port !

Ma lecture

Comme je vous l’ai dit hier, je n’ai pas pu résister à Momo et j’ai lu le deuxième tome à la suite. Momo est triste et se sent bien seule. Mais c’est ce qu’elle croit et la vie réserve bien des surprises. Et des surprises, quand elles n’existent pas , il faut en provoquer et faites lui confiance à ce petit bout de femme, elle sait y faire.

Le contenu est beaucoup plus émouvant dans ce deuxième opus comme le laissait présager la fin du premier….. et à travers Momo je suis passée par beaucoup de sentiments : tristesse, souvenirs d’enfance, les copains et copines, les rivalités, les amours débutants.

Tout œuvre pour nous chambouler dans cette BD : illustrations très représentatives des sentiments, les visages sont très expressifs, comme pour le premier parfois il n’est pas question de textes…..

Je ne regrette pas ce petit voyage dans l’enfance : celle de Momo mais aussi des souvenirs de notre propre enfance quand celle-ci s’est déroulée dans un village où tout le monde se connaît. C’est doux, c’est câlin, on a envie de la prendre dans nos bras et de lui : Ne t’inquiète pas cela va aller, tout passe…..

Mon avis : 📕📕📕📕

Editions Casterman – 89 pages – 2017

Ciao

 

Momo Tome 1 de Jonathan Garnier et Rony Hotin

MOMO T1.jpg

Momo est triste : son père est en mer depuis des semaines et elle vit avec sa grand-mère dans un village de bord de mer et elle attend. Elle a toujours son sac en bandoulière avec des crayons, craies et papier pour mieux se faire comprendre des autres.

Elle a ses habitudes, elle rencontre des personnages qui l’effraient parfois, elle voudrait se faire des amis de son âge ou pas,  elle fait des bêtises, parfois, mais Momo découvre aussi que la vie est difficile parfois et elle essaie de s’en accommoder.

Ma lecture

Je n’ai pas résister en voyant sa bouille sur la couverture, les couleurs, oui c’est le genre de BD qui m’interpelle déjà sans l’ouvrir. Un visage de manga, cette Momo, et quel tempérament. Elle en fait voir de toutes les couleurs à sa grand-mère, une journée ne ressemble jamais à une autre.

Ce que j’ai aimé dans ma lecture c’est la qualité des illustrations :

MOMO 1.jpg

jusque dans les détails, retrouver des références des années 80, l’ambiance d’un petit village où tout le monde se connaît, les bandes de jeunes, les références de l’époque (ninja, club Dorothée) etc…. mais aussi toutes les émotions qui passent dans celles-ci mais aussi dans les textes (et même quand il n’y en a pas les sensations sont présentes).

C’est une tranche d’enfance Momo : la solitude, la difficulté à se lier, à se faire compendre, avoir peur de certains visages, certains personnages, avoir peur de tout et parfois de rien….. On sourit, on se souvient on a tous été un peu, un jour, Momo.

En fin d’ouvrage Sylvain, un des garçons de la bande, donne des éléments sur sa vie, il la connaît Momo, elle ne laisse personne indifférent. Elle est attachante, drôle, pétillante et pourtant au fond d’elle il y a de la tristesse, un petit mal-être.

J’ai tellement aimé que j’ai lu à la suite le Tome 2 car à la fin du premier opus j’étais tellement émue qu’il me fallait tout de suite lire la suite.

Une BD jeunesse douce et délicate comme peut l’être l’enfance, un bonbon coloré et sucré mais avec parfois une petite note d’amerture, qui parle tellement bien de la solitude, du manque, de l’absence et de la vie de tous les jours d’une petite fille que l’on a envie de prendre dans ses bras et de consoler.

Faites un détour dans les rayons jeunesse : romans, BD et docs sont aussi pour adultes. Moi j’y déambule et me laisse porter par mon instinct, mon envie, une couverture qui me fait un clin d’œil, un titre qui m’interpelle et je fais de très belles découvertes….. La preuve.

Mon avis : 📕📕📕📕

Editions Casterman – 2017 – 88 pages

Ciao