Un été à quatre mains de Gaëlle Josse

UN ETE A QUATRE MAINS

Je continue de découvrir les romans de Gaëlle Josse que j’apprécie depuis ma découverte du Dernier Gardien d’Ellis Island et qui à chaque fois me transporte dans un autre univers.

1824 : Frantz Schubert a 27 ans, il a l’opportunité de retourner durant un été dans la famille Estherhazy  où il a été maître de musique des deux fillettes de la maison 6 ans plus tôt. Il rêve de calme, d’un lieu où il pourra créer sans se soucier du quotidien, mais retrouve deux jeunes filles dont Caroline 19 ans, qu’il va ressentir comme son âme soeur, son double et le troubler. Sentiment partagé ?

C’est là que l’auteure intervient et imagine. Tout n’est que douceur, romantisme, frôlements. Frantz souffrant déjà de syphilis, retrouve Pepi, une servante, celle qui peut-être l’a contaminé lors de son premier séjour, voit autour de lui des signes du destin, le vert, couleur maudite etc….

Cette fois-ci il est question de musique et d’amour contrarié mais source de création.. Frantz Schubert, oui pourquoi pas. Finalement cela tombe bien car c’est un compositeur que je connais de nom, certaines de ses musiques mais dont j’ignore beaucoup sur sa vie. Voilà qui est intéressant. Je commence par aller m’informer de la vie de ce compositeur et en lisant sa biographie je réalise comment Gaëlle Josse travaille. Elle part des éléments de sa vie et elle imagine, elle comble des faits, elle brode, oui elle brode, lentement mais sûrement, point par point et nous fait pénétrer dans le travail de composition de ce musicien, comme elle était entrée dans un tableau pour Les heures silencieuses.

A nouveau, en quelques pages elle nous transporte dans un autre univers où les sentiments et les émotions sont exacerbés. C’est doux, précis, concis.

Le roman tient en moins de 90 pages : un travail d’orfèvre comme toujours. J’ai été un peu moins touchée par celui-ci même si je l’ai apprécié, je n’ai pas eu ce renversement auquel elle m’a habituée dans les précédents, ce petit moment où tout bascule, où elle vous bouleverse, où les émotions sont au bord des yeux et des lèvres.

Ici c’est une page de la vie d’un musicien blessé dans son corps, dans son âme, mal dans sa peau, dont la musique était la représentation de la beauté des choses, de la nature et des sentiments. Il fut le maître incontesté du lied, de la poésie faite musique.

Un petit divertissement à la hongroise créée par Frantz Schubert peut-être en souvenir de Caroline et sa soeur Marie

 

Mon avis : ❤❤❤/❤

Editions Henry Dougier – 87 pages – Mars 2017

Ciao

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Les carnets de Cerise – Tome 3 – Le dernier des cinq trésors de Joris Chamblain et Aurélie Neyret

LES CARNETS DE CERISE 3

Cerise est entrée au collège avec ses amies Erica et Line mais les trois amies vont résoudre une nouvelle énigme, toujours pour aider ceux et celles qu’elles rencontrent.. Comme annoncé dans le tome 2, elles font la connaissance grâce à la bibliothécaire,de Sandra, relieuse de livres qui va les initier à ce métier.

Mais Sandra a des pertes de mémoire, ses souvenirs s’estompent ….. Une pièce laissée à l’abandon dans l’atelier de reliure va révéler bien des secrets, un jeu de piste commence et les trois jeunes amies vont découvrir que Sandra est liée à elles de bien différentes façons.

Elles sont entrées au collège, Noël approche mais rien n’arrête les trois fillettes : toujours aussi amies, toujours aussi curieuses et observatrices, voilà encore une jolie histoire mais je regrette que certains rebondissements soient utilisés : la pièce laissée à l’abandon qui va révéler le premier secret, un message du passé qui refait surface etc…..

Cela ne gâche pas le plaisir mais j’espère ne pas retrouver cela dans les albums suivants. Mais je suis une adulte et peut-être qu’un enfant ne relèvera pas ce genre de détails.

Je trouve très agréable de retrouver par contre les personnages d’un tome à l’autre, comme un fil rouge : une petite communauté se créée et le lecteur s’attache à ces différents protagonistes.

Le mystère autour du père de Cerise se précise, petit à petit, l’absence de celui-ci dans la vie de Cerise se fait ressentir. La complicité entre la mère et la fille se resserre, la confiance règne.

Des illustrations toujours aussi délicates et d’autant plus avec la période des fêtes et j’ai beaucoup aimé les 9 représentations de Cerise en fin d’album : des styles différents où l’on comprend mieux l’importance de l’illustrateur et du monde qu’il imagine …… Très pédagogique pour tout lecteur.

Mon avis : ❤❤❤/❤

Editions Soleil Collection Métamorphose – 86 pages – Novembre 2014

Ciao

Le courage qu’il faut aux rivières de Emmanuelle Favier

LE COURAGE QU'IL FAUT AUX RIVIERES

Un récit sur une catégorie de femmes dont je n’avais jamais entendu parler, les « vierges jurées » que l’on trouve principalement en Albanie. Des femmes font le serment de rester vierges et d’apparaître en tant qu’hommes en faisant disparaître tout signe de féminité extérieure en échange d’un pouvoir au sein de leur communauté.

Ce serment Manusche l’a fait après le refus d’épouser l’homme qu’on lui destinait. Elle serait un homme, vivrait comme un homme, ressemblerait à un homme et en contrepartie elle possède un pouvoir comme un homme : siège au sein de la communauté, près du chef, participe aux prises de décisions etc…

Jusqu’à ce jour sa condition elle l’acceptait et d’ailleurs elle ne se posait pas de questions : elle vivait et travaillait comme un homme même si parfois lorsqu’elle se retrouve seule des gestes ou souvenirs restent féminins.

Mais un jour arrive au village Adrian et cette présence va bouleverser Manusche mais aussi tout le village. Les apparences sont trompeuses, les certitudes s’ébranlent.

Lecture étrange : captivante et déroutante. Captivante par les personnage et leurs passés, leurs présents et leurs devenir. Captivante car une fois commencé je ne l’ai pas lâché et voulait connaître et comprendre cette communauté : leur fonctionnement, leur ressenti. Etre homme en tant que femme : obtenir leur statut mais comprendre que les sentiments vont bien au-delà d’un statut.

Déroutante car l’écriture est riche de détails, de vocabulaire et il faut avoir un dictionnaire à portée de mains car certains termes m’étaient totalement inconnus. La présence de la nature, des signes, des apparitions et prémonitions sont également des éléments qui contribuent au climat du récit. Mêlant force et délicatesse, comme les personnages, Emmanuelle Favier distille au compte goutte tout au long du récit les élements qui nous permettent de mieux cerner ces femmes.

Dans la première partie on découvre la vie de Manusche et sa rencontre avec Adrian. Puis Adrian se raconte, lui aussi a beaucoup à dire et sa vie a été un long chemin de quête identitaire. Un troisième personnage intervient Dirima dont je ne vous dirais rien…..

Je ne peux et ne veux rien révéler de cette histoire et vous laisser le plaisir, comme je l’ai eu de suivre de destin de ces femmes/hommes, leurs sentiments au plus intime d’elles, leur choix de vie et parfois peut-être leurs regrets. On ne peut rester insensible, et je ne le suis pas restée, à cette condition choisie volontairement ou comme un pire aller de ces femmes devenues des hommes.

Un premier roman original par son style, son sujet et j’attends un prochain roman pour mieux connaître cette auteure et son univers mais cela promet…..

Je vous mets lien vers l’Ina avec une video sur ces vierges jurées dont il reste quelques membres. Troublant

http://www.ina.fr/video/VDD09009699

Mon avis : ❤❤❤❤

Editions Albin Michel – 217 pages – Juin 2017

Ciao

Les carnets de Cerise – Tome 2 : Le livre d’Hector de Joris Chamblain et Aurélie Neyret

LES CARNETS DE CERISE 2

Vous commencez à me connaître dès qu’un ouvrage parle d’écrivain, de romancier, de livres etc….  je ne résiste pas et je n’ai pas résisté au point que le tome 1 n’étant pas disponible (je l’ai réservé) j’ai commencé par le tome 2 et le 3 m’attend. Il aurait été judicieux de prendre la série par le début afin de connaître cette jolie petite Cerise mais je n’ai eu aucun mal à plonger dans ce récit.

Une petite fille qui va entrer au collège, qui rêve de devenir romancière, une maman qui s’inquiète parfois des actions de sa fille, deux amies et une ancienne institutrice, Madame Desjardins, écrivaine à ses heures et qui a décelé en elle un potentiel d’écriture : elle a une faculté très importante quand on veut écrire : elle observe, elle note, elle imagine…..

Une vieille dame attire son attention : elle se rend régulièrement à la bibliothèque et emprunte depuis des années le même livre : celui d’Hector……. Il n’en faut pas plus pour que Cerise se lance dans une enquête minutieuse, pleine de sentiments et d’émotions mais ce que je trouve très bien dans ce récit c’est que l’ensemble amène aux enfants un message à travers les actes de Cerise.

Les illustrations sont très jolies  (tout ce qui est léger, délicat, pastel me touchent), les expressions et attitudes des personnages sont très bien représentées : visage, corps etc… Le personnage de Madame Desjardins, son ancienne institutrice est particulièrement attachant. J’ai presque senti son parfum, une eau de violette et celui de sa poudre sur son visage…

CARNET DE CERISE 2 PLANCHE

Cerise tient un journal, une correspondance parfois et tout cela est intégré à l’histoire ce qui rend l’ensemble cohérent : l’écriture est parfois hésitante, corrigée de ses fautes d’orthographe.

J’ai pris un énorme plaisir, même en tant qu’adulte à le lire, une petite bulle de fraîcheur dans l’univers des livres, une enquête et une sorte de petite morale de vie qui, même pour nous les grand(e)s ne fait de mal à se rappeler.

Je le recommanderais aux petites filles autour de moi qui aime les intrigues, lire, les livres et tenir un journal…….

Mon avis : ❤❤❤❤

Editions Soleil – Collection Métamorphose – 76 pages – Novembre 2013

Ciao

Entre deux mondes de Olivier Norek

ENTRE DEUX MONDES

Deux hommes, deux vies, deux pays, deux destins.

2016 -Adam, flic en Syrie mais indic des rebelles, doit organiser le départ de sa femme et sa fille au plus vite : il risque d’être démasqué par un rebelle arrêté et torturé. Elles devront partir avant lui pour rejoindre l’Angleterre via Calais et lui les rejoindra très vite.

Mais le voyage n’est pas sans risque et lorsqu’il arrive à Calais, il n’aura qu’une idée en tête les retrouver et atteindre la terre de tous les espoirs.

Bastien, flic en France, arrive à Calais, sa nouvelle affectation, avec sa femme, dépressive depuis la mort de son père et sa fille de 14 ans.

Je cherche la définition de jungle :  » La jungle est l’incarnation de l’inhumanité invivable, et la loi de la jungle une forme de chaos qui fait office d’épouvantail politique ». C’est pas moi qui le dit ….. (référence Wikipédia) et un mot n’a jamais eu autant de sens que celui-là pour ce roman.

Voilà vous savez à quoi vous en tenir. On entre dans un monde où les règles sont régies par les différentes ethnies, circonstances et forces en présence. Au-delà de ce territoire, on observe, on adapte les textes pour ne pas avoir à s’emmêler. Et pendant ce temps là…..

Bastien découvre ce no man’s land que représente la Jungle : une ville dans la ville, une zone de non droit où chacun s’emploie à ne pas agir, on laisse faire,on surveille de loin, on ramasse les corps comme ont compte les points, quelle importance : ils n’ont pas de noms, pas d’origine, ils ne font que transiter avant de gagner ce qu’ils pensent leur El Dorado : l’Angleterre. Et puis toutes les nuits c’est la ruée pour se glisser dans un camion, risquer sa vie pour tenter de vivre ailleurs.

Mais des meurtres vont être commis dans cette jungle et les deux flics vont faire alliance pour aider un enfant à sortir de ce bourbier mais cela ne sera pas sans conséquence sur leurs vies respectives……

Deux hommes de deux pays différents mais que le sens du devoir, de l’humanité rapprochent.

Dès sa sortie ce livre a remporté un vif succès que ce soit sur les blogs, dans les magazines. Comment l’ignorer. Je ne suis pas une lectrice de polar, de policier, de thriller et pourtant celui-ci …… Wouahhhhh

Mais il n’est pas pour moi un « vrai » policier car l’énigme est le prétexte à une enquête d’un tout autre genre : c’est plus un constat d’une situation, qui se passe ici, chez nous, à quelques kilomètres. Calais : la Jungle, oui elle porte bien son nom car ici ce qui règne c’est la loi des non-lois : ce qui compte c’est survivre, un jour de plus à part pour les passeurs, les traficants et les recruteurs. Les clans, les trafics, les viols, les violences c’est le quotidien de ceux qui y vivent, au vu et su de toute une population soit impuissante, soit aveugle, soit découragée se sentant abandonnée.

Un roman policier / politique : on ferme les yeux, on se passe la patate chaude, on  trahit, on promet mais on ne tient pas ses promesses.

Bastien et Adam ont beaucoup de choses communes : un métier, une femme et une fille, la découverte d’une nouvelle affectation pour l’un, la découverte d’un nouveau pays pour l’autre, de nouveaux collègues pour l’un, de nouveaux voisins pour l’autre, une femme et une fille à retrouver pour l’un, sauver son couple et comprendre sa fille pour l’autre.

L’histoire est très bien construite, les éléments nous sont révélés au compte gouttes même si très vite certaines réponses sont apportées mais l’on a besoin de l’ensemble pour réaliser l’ampleur et l’horreur du récit. Vous ouvrez le livre et vous ne le lâchez pas.

Un roman policier pour nous mais une réalité pour des humains qui ne cherchent qu’à fuir la misère, le sang, les larmes et c’est le genre de récit qui reste longtemps en tête.

C’est presque un cri d’alarme. Olivier Norek que j’ai eu la chance de rencontrer pendant le Printemps de Montaigu, a séjourné à Calais, ancien flic, il connaît le fonctionnement de la police, de ses hommes, parfois au bord du découragement mais dont certains gardent une âme, ont le sens du devoir et doivent parfois faire des choix.

Ecoutez-le quand il parle de son roman : il est intarissable. Il est enthousiaste, il sait : il était flic, il a été à Calais pour obserVer : le camp, la police, les calaisiens et il navigue entre les différents mondes en essayant de rester objectif. Il pose les faits, il nous oblige à écouter notre conscience comme les flics doivent eux aussi renier le métier qu’ils ont choisi pour protéger, aider, secourir.

Entre deux mondes errent des hommes, des femmes, des enfants qui cherchent une terre d’asile mais que l’on entasse dans des « camps », dans des conditions indignes de notre XXIème siècle, où chacun est responsable à son niveau.

Voilà un roman réaliste : pas besoin d’inventer, pas besoin d’aller imaginer des scènes d’horreur : elles se passent ici, maintenant, nous en sommes témoins. L’auteur n’a fait que relater un fait, une actualité en y incorporant une intrigue policière, un alibi pour attirer l’attention.

Ma note : ❤❤❤❤/❤       

      COUP DE COEUR

Editions Michel Laffon – 414 pages – Septembre 2017

Ciao

La Joie du matin de Betty Smith

LA JOIE DU MATIN

J’aime beaucoup cette collection Vintage des Editions Belfond : couverture et choix des textes.

1927 – Carl (Carlton) et Annie vont se marier. Ils s’aiment depuis des mois, lui 20 ans suit des études de droit, elle 18 ans, d’origine irlandaise a dû arrêter ses études afin d’aller travailler et ramener un peu d’argent à la maison.

Ils se marient seuls, sans famille, car des deux côtés cette union n’est pas acceptée : trop jeunes mais aussi incompréhension des parents de Carl. L’une pense que le mariage est précipité par l’arrivée d’un enfant, l’autre que leur fils s’est laissé abusé et va sacrifier ses études.

Ils sont amoureux, ils voient la vie en rose mais sans occulter les difficultés qui les attendent et principalement financières. Nous allons les accompagner pendant les premiers mois de leur union : ils vont se découvrir l’un l’autre véritablement, affronter la faim, le manque et bien d’autres petits événements, heureux ou non. Ils vont faire des projets, se soutenir mais c’est surtout Annie qui va être le moteur.

Oh qu’elle est attachante cette Annie : elle est curieuse, observatrice, elle a soif d’apprendre et porte le regret d’études qu’elle n’a pas pu suivre. Elle résout les problèmes avec logique, s’attache aux gens qui l’entourent, essaie de comprendre le pourquoi de leur attitude. C’est une optimiste née, elle exploite tout ce qui s’offre à elle. Elle aime Carl mais s’affirme dans le couple, et c’est très moderne pour l’époque, en cherchant sa place, en refusant de sacrifier sa passion pour la littérature et en trouvant les moyens de l’assouvir.

Une histoire de petites gens, vivant au jour le jour mais ayant de grandes espérances, où chaque dollar est compté, espéré mais en gardant les petits plaisirs de la vie. Leur grande force à ces deux jeunes gens c’est leur amour, qui faillit déraper mais qu’ils ont su faire évoluer au fil du temps et des difficultés, en se parlant, en s’écoutant.

De nombreux thèmes sont abordés : place de la femme, sexualité, grossesse, travail, argent, relations humaines etc… L’écriture est vive, moderne par les thèmes abordés (publication en 1963).

J’avais beaucoup aimé il y a des années Le Lys de Brooklyn du même auteure, roman que je conseille souvent autour de moi : Betty Smith décrit à chaque fois des personnages n tout noirs ni tout blancs, ils sont attachants et pour les deux romans elle évoque la possibilité pour des personnes, même de condition très modeste, de se sortir des difficultés et de s’élever grâce aux livres, à l’écriture. Peut-être une part importante de son propre parcours.

Si je ne l’écris pas, je peux penser que je serai un auteur, un jour. Si je l’écris, je constaterai peut-être que je ne serai jamais un auteur. Alors de quoi pourrai-je rêver. (…) Valait-il mieux rêver qu’on pourrait au lieu d’essayer de prendre l’énorme risque de constater qu’on ne pouvait pas ? Elle conclut que, pour certains, il était préférable de ne pas tenter de réaliser leurs rêves. (p181)

J’ai passé un délicieux moment, dans un univers un peu désuet mais si attachant.

Merci à NetGalley pour cette lecture.

Mon avis : ❤❤❤❤

Editions Belfond Vintage – 275 pages – Juin 2018 – 

Ciao

America N° 5 – François Busnel et bien d’autres

AMERICA 5

Depuis plusieurs mois ce magazine, cette revue, je la feuillettais dans les librairies, je lisais des chroniques la concernant et donc j’en parlais autour de moi. Comme un signe du destin on m’a offert ce N° 5 « Que reste-t-il de l’Amérique sauvage ? » pour un événement particulier (merci) et au même moment j’ai acheté les numéros  3 – 4  puis le numéro 2 car à la lecture des premières pages j’ai compris que l’instinct, le destin, appelez cela comme vous le voulez, créée des rencontres qui ne sont pas anodines. J’avais peur de ne plus les trouver et le N° 1 rejoindra bientôt mes étagères….. En plus le dos de chaque volume constitue un puzzle représentant la carte des Etats-Unis.

Tout d’abord l’objet : un bel ouvrage comme on disait autrefois….. Une qualité de papier, d’illustrations, pas de publicité (merci !). Il a une petite odeur très agréable : mais oui pour moi les livres ont souvent un parfum…. Vous ne les reniflez pas vous ? Bon d’accord il n’a pas l’odeur des pins, des canyons etc…. et d’ailleurs qu’est devenue l’Amérique, est-elle encore sauvage ?

The Wild, la nature ! Nous sommes nombreux à l’apprécier, parfois un peu moins nombreux à la respecter et encore moins nombreux à en être préoccupés. Et l’arrivée de Trump mais pas seulement car la dégradation des grands espaces ne date d’hier, est particulièrement préoccupante aux Etats-Unis. L’industrialisation à tout va grignote sur elle, l’envahit, la ravage, la pollue.

Le grand intérêt de cette revue, ce mook (publication hybride entre revue, magazine, livre), piloté par François Busnel, c’est d’analyser les événements à travers le regard, la plume, les images des auteurs, photographes de ce pays.

Plusieurs articles m’ont particulièrement touchée : Appalaches, le grand sacrilège par Ron Rash, l’interview de Jonathan Frazen : son travail, son lieu de vie, sa vision de l’Amérique, son Amérique), Margaret Atwood et sa résistance, Osez de Pete Fromm que j’avais découvert dans Lucy in the Sky et qui signe un très bel article et que je vais bientôt retrouvé prochainement grâce aux Editions Gallmeister.

Il y a des chroniques très pertinentes (Augustin Trapenard, le poisson rouge (:-)) et puis William Faulkner, de magnifiques photos de cow-boys urbains, découvrir la Nouvelle-Orléans et…..

Into the wild, pour une plongée dans l’Amérique (mais cela pourrait être un autre pays) des grands espaces, aux paysages grandioses mais qui disparaissent sous les mains des hommes et leurs machines.

J’ai revu (comme quoi le destin) il y a 2 jours Into the Wild de Sean Penn sur W9 : une ode à la nature, aux valeurs, au respect que j’avais espéré revoir en finissant la lecture du magazine car lorsque je l’avais vu au cinéma lors de sa sortie il m’avait fortement marquée et en quelque sorte convaincue de faire des choix de vie mais qui vont bien au-delà de vie ce sont presque des choix philosophiques sans aller aussi loin que le personnage du film (inspiré d’une histoire vraie). Une prise de conscience qu’un certain monde disparaissait, que nous en étions tous la cause, qu’il disparaîtra si nous n’agissons pas, et que tout cela se passe dans l’indifférence quasi générale.

 

Bon mais là je m’égare, je reviens à ma chronique sur la Revue America. Si on aime la littérature américaine (certains articles sont en français et en anglais), si on aime les auteurs américains, les Grands Auteurs, les Belles Ecritures, les prises de position mais aussi comprendre ce qui se passe et ce qui se joue, un conseil : Plongez, tout est clair, on réalise ce qui est en jeu…..

A quoi sert une maison si l’on n’a pas une planète acceptable pour l’y établir.

Henry David Thoreau

Autant vous le dire tout de suite le N° 1 est attendu chez moi d’un jour à l’autre et à mon prochain passage en librairie le N° 6 rejoindra mes étagères (consacré aux femmes : je vais me régaler mais sûrement m’agacer) etc….. et cela pendant 16 numéros puisque la revue éphémère sera éditée le temps du mandat de notre « Cher Trump »……

Mais tout cela fera l’objet d’autres chroniques.

Mon avis : ❤❤❤❤/❤

194 pages – Printemps 2018

Ciao

 

 

 

John, le dernier des Kennedy de Olivier Royant

JOHN LE DERNIER DES KENNEDY

On a tous en tête l’image de ce petit garçon de 3 ans faisant le salut militaire devant la tombe de son père John Fitzgerald Kennedy : JFK pour beaucoup d’entre nous. Ce petit garçon fut élevé par sa mère Jackie (Bouvier) avec sa sœur Caroline à New York après l’assassinat de son père à Dallas en 1963  dans le respect et le souvenir d’un homme, son père,  du nom qu’il porte, de son destin, mais sans grand succès car toute sa vie fut marquée par la présence des médias autour de lui, même s’il avait appris à vivre avec.

Destin tragique d’un homme adulé, porteur des espoirs d’une famille qui voyait en lui un futur président mais qui n’échappera pas à une sorte de « malédiction » familiale.

Comme beaucoup de personnes, j’ai été fortement marquée par ce destin familial mais aussi par la personnalité de cet homme et je voulais en savoir plus et cette biographie tombait à point.

Olivier Royant, directeur de la rédaction à Paris Match et correspondant à New York en 1984 cotoya ce descendant de la famille Kennedy dont la vie fut irrémédiablement marquée par la mort de son père dont il garda que peu de souvenirs mais dont l’empreinte fut omniprésente au quotidien.

Nous n’aurions jamais dû donner à John le nom de son père. (p90)

Oui non seulement il reçut le nom de son père mais on l’affubla du double John-John dont il s’empressait de rectifier : non John. John Junior était l’enfant chéri de l’Amérique.

Ce fut un de ses combats : trouver sa propre identité, vivre intensément, follement, allant au bout de ses limites, exister mais comment réussir cela quand vous êtes poursuivi à longueur de temps par les photographes mais aussi par les gens dans la rue. Sa beauté ne passait pas inaperçue, l’identifiait immédiatement, il était le fils rêvé de tous les Américains, un symbole.

Sa préoccupation principale n’est pas d’être connu mais de se faire oublier. (p125)

Sur un ton journalistique, Olivier Royant a collecté beaucoup d’informations sur la vie de cet homme foudroyé avec sa femme Carolyn et sa belle-sœur à 39 ans (en 1999) dans l’accident de l’avion qu’il pilotait.

En prenant comme point de départ l’assassinat de JFK et en remontant le temps de sa naissance à sa mort, l’auteur nous dresse le portrait d’un homme victime de son nom, d’une famille marquée par les drames mais qui n’était pas le surhomme que l’on imaginait : il a sa part de faiblesses, de doutes, de questionnements sur son père, sur sa mère qui sera son « mentor » comme sa sœur avec qui il était très complice.

J’ai beaucoup aimé ce livre : je l’ai lu avec plaisir car j’ai plongé dans la vie éclair de cet homme, dans l’Amérique d’après Kennedy, on y trouve des anecdotes sur certaines personnalités, l’envers du décor, dans la difficulté à être le fils de…

J’ai trouvé qu’il y avait parfois des redites, des répétitions sur certains personnages : on reprend leurs affiliations, qui ils sont. J’avais l’impression de revenir en arrière (en particulier concernant son cousin et meilleur ami Anthony Radzivill, ses parents, sa femme).

Un encart photos au milieu du livre retrace les principaux moments de sa vie. Certaines photos sont devenues cultes comme l’histoire de cet enfant chéri de l’Amérique.

On ne peut s’empêcher de penser à des vies comme celle de James Dean etc…. pour qui tout souriait, ils étaient beaux, ils avaient du talent mais ils brûlaient la vie.

Quand un être jeune meurt, l’interrogation porte sur la brillante promesse qu’il incarnait : qu’aurait fait John ? Serait-il sorti victorieux de son labyrinthe personnel ? De l’avis de ses amis, son plus grand exploit avait été de survivre. Le mythe écrasait parfois sa personnalité. Il voulait s’extraire de son personnage. « Si au lieu d’être un grand homme, je décidais juste d’être un mec bien ? »(…) Mais il ne pouvait ignorer l’immense espoir irrationnel qu’on lui demandait de porter. Avec ce sens du devoir rivé au corps, John, l’homme traqué, l’être en fuite, ne voulait pas décevoir les espérances qu’on avait tous placées en lui.(p407)

Editions de l’Observatoire – 411 pages – Avril 2018

Merci à Babelio Masse Critique et aux Editions de l’Observatoire pour cette lecture.

Ciao

La guerre des Lulus – Tome 5 – 1918 – Le Der des ders de Régis Hautière & Hardoc

LA GUERRE DES LULUS TOME 5

Je voulais connaître la suite des aventures des Lulus, que vont-ils devenir ? Vont-ils arriver enfin en Suisse et pouvoir grandir en paix loin de la fureur de la guerre ? Une chance la bibliothèque avait le dernier opus…..

Nos 4 Lulus se retrouvent prisonnier d’une mystérieuse « organisation » : méfiants les responsables les tiennent à l’écart dans un lieu étrange. Un château, un aristocrate, un enfant rôde autour d’eux, vole des outils….. Mais où sont-ils tombés ? Sont-ils en sécurité ? Ils vont se trouver séparés, certains vont devenir des espions, les autres seront la garantie. Et puis un visage du passé va refaire surface : ennemi, ami ????

Il y a toujours une belle relation entre les 4 garçons (Luce est totalement absente de ce volume), mais la guerre est là et à l’approche de l’armistice la violence aussi.

La lecture est toujours aussi agréable mais je suis un peu frustrée car je pensais que l’histoire se terminait avec ce cinquième volume et……. non il y aura une suite. Arrivée à la dernière page, pour avoir certaines réponses sur le devenir de certains il faudra lire La perspective Luigi en 2 tomes……

On entrevoit le présent d’un des Lulus : Lulu, le narrateur avec ses enfants et petits enfants, on devine certaines choses mais le mystère reste entier.

J’aurai aimé que la partie guerre se termine là et que l’on découvre ensuite le futur des personnages dans une nouvelle série. Oh je n’aime pas ce marketing en fond d’une histoire.

Pour le scénario et les illustrations : toujours parfaits même si certains rebondissements sont un peu évidents mais cette bd s’adresse à la jeunesse et après tout pourquoi pas.

Mon avis : ❤❤❤/❤

Editions Casterman – 64 pages – Novembre 2017

Ciao

 

La guerre de Catherine de Julia Billet et Claire Fauvel

LA GUERRE DE CATHERINE

Inspirée par l’enfance de Tamo Cohen, mère de Julia Billet mais qui a passé une partie de son enfance sous le nom de France Colin afin d’échapper aux rafles des juifs en France, ce roman graphique offre une lecture touchante de tous ces réseaux qui aidaient des enfants à échapper à la déportation.

Catherine (de son vrai nom Rachel) fut d’abord placée par ses parents dans la Maison d’enfants de Sèvres où elle reçut une éducation moderne, ouverte et découvrit la photographie.

Tu t’efforces de capter l’exceptionnel du quotidien, alors que je me borne à le mettre en scène. (p64)

Etre séparée de sa famille, abandonnée toute son identité jusqu’à son prénom, son nom, ses habitudes, ne pas se recouper, être toujours sur le qui-vive voilà la trame de cette histoire. Mais Catherine est d’un optimisme à toute épreuve. Son rêve  : retrouver ses parents, ceux qui l’ont aidé : Goëland, Pingouin etc…. les enseignants de la Maison de Sèvres mais aussi aider ceux qu’elle rencontre et elle fera de jolies rencontres.

Grâce à son appareil Rolleiflex elle observe, capte et approfondit son art à travers les reflets, les miroirs mais il lui permet également d’être observatrice du monde qui l’entoure.Elle y rencontrera de belles personnes, parfois rudes mais généreuses, mais la guerre l’obligera plusieurs fois à partir, s’enfuir, prendre en charge d’autres enfants, parfois plus jeunes, être la grande sœur protectrice.

J’ai aimé ce personnage qui affronte la guerre avec force et courage, qui utilise son appareil photo comme un troisième œil, qui lui permet d’adoucir les moments difficiles, la peur et le découragement.

Il est question d’amour, de générosité, d’entraide et de capacité à continuer mais sans tomber dans le larmoyant ni les « clichés » (oh ce n’est pas volontaire !) faciles. Il peut s’adresser à un large public.

Les illustrations ne rentrent pas dans mes critères de ce que je préfère mais elles donnent un petit côté désuet qui colle bien au récit.

LA GUERRE DE CATHERINE PLANCHE

Ce roman graphique est une adaptation du roman de Julia Billet : La guerre de Catherine publié à l’Ecole des loisirs et sélectionné par le Ministère de l’Education Nationale.

Mon avis : ❤❤❤❤

Editions Rue de Sèvres – 162 pages – Janvier 2018

Ciao