La nuit des Béguines d’Aline Kiner

la nuit des beguines

L’histoire se déroule entre 1310 et 1314. Si le royaume de France est encore le plus puissant de la chrétienté, les équilibres féodaux ont basculé. Le clergé tente donc de mettre au pas tous ceux qui échappent à son autorité et le statut des béguines va être condamné. Pour des centaines de femmes seules, pieuses mais laïques, cette institution offrait une alternative au mariage et au cloître. Ne subsisteront que quelques rares survivances dans les Flandres.

La dernière béguine est morte en 2013 à Courtrai.

Pourquoi j’ai choisi ce livre

Lors de sa sortie en Septembre 2018 ce livre avait attiré mon attention et puis vous savez ce que c’est, un livre puis un autre et certains se trouvent reléguer sous la pile….. J’aime de temps en temps lire un roman comportant une part historique qui me permet d’apprendre, de découvrir, d’approfondir mes connaissances. Et puis,au début du mois, j’ai appris le décès de l’auteure Alice Kiner. Alors ce livre est devenue une sorte de priorité.

Ma lecture

Ce roman est avant tout une histoire de femmes, d’une congrégation qui a réellement existé mais qui a disparu petit à petit  après le Concile de Vienne en 1311. Je mets le lien vers Wikipédia si vous souhaitez en découvrir un peu plus sur cette communauté.

A travers Ysabel, Maheut, Ade et Jeanne la Bricharde, nous plongeons dans le Paris du début du XIVème siècle, sous le règne de Philippe Le Bel, au sein du grand béguinage royal, créé par Louis IX (Saint Louis) qui accueille ces femmes bénéficiant d’un statut très protégé et privilégié. En effet,  elles étaient veuves ou célibataires, entraient dans cette communauté religieuse laïque mais sans jamais prononcé de vœux perpétuels, souvent afin de se protéger ou afin d’éviter un mariage. Leurs vies ressemblaient fortement à une vie monastique mais sans engagement vis-à-vis de l’église,  même si elles étaient dévouées à des règles d’aide, de charité, de soins et de prières.

Je ne connaissais pas du tout cet ordre et grâce au roman d’Aline Kiner je me suis plongée dans cette période du Moyen-Age et j’ai retrouvé cette époque tourmentée, marquée par la rigueur du roi, Philippe Le Bel mais aussi la chasse aux Templiers par celui-ci (souvenez-vous dans les Rois Maudits de la malédiction proférée par Jacques de Molay sur le bûcher),  l’inquisition, la torture et le bûcher destination finale de tout opposant(e).

Etre femme sans entrave à cette époque, sans autorité d’un mari, d’un père, d’une famille, de la religion n’était pas finalement bien vu et certaines ont payé le prix fort de cette liberté. A travers les différentes figures, Alice Kiner se lance dans une intrigue qui mêle faits historiques et suspens, entraînant le lecteur au sein de cette communauté féminine, active, libre, souvent instruite dans beaucoup de domaines.

Chaque femme est là pour une raison différente : mariage forcé, viol, deuil etc…. et trouve dans cette congrégation un épanouissement, une protection, un refuge mais aussi elle découvre une forme de liberté, n’ayant plus à subir l’autorité, n’ayant de compte à rendre à quiconque pas même à l’Eglise et on se doute que celle-ci cherchera d’une manière ou d’une autre à mettre fin à ce privilège.

En introduisant Maheut la Rousse au sein du béguinage, celle dont la chevelure est symbole du diable, de sorcellerie (il n’en fallait pas beaucoup à cette époque pour se retrouver mise au ban de la société), l’auteure va semer le grain de sable qui va mettre en évidence la force et la faiblesse dans la vie bien réglée de ces femmes, installant une aventure qui permet de mettre en lumière des événements historiques et religieux.

Aline Kiner allie histoire et intrigue très habilement dans un voyage dans le temps, où les sentiments humains sont présents malgré tout : amitié, rancune, pouvoir mais sans utiliser des ficelles trop stéréotypées. Elle restitue la vie du peuple de Paris, ses ruelles, ses échoppes, ses parfums, ses artisans mais aussi les intrigues et des luttes de pouvoir, d’influence avec une écriture riche, documentée mais restant fluide et légère.

J’ai beaucoup aimé cette lecture, j’ai retrouvé avec plaisir cette période de l’histoire où religion et royauté s’affrontent, s’opposent, se jalousent et où ces béguines vivaient en femmes libres.

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Editions Liana Levi – Septembre 2018 – 287 pages

Ciao

 

 

 

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Le cœur du Pélican de Cécile Coulon

le coeur du pelicanAnthime, un adolescent inséparable de sa sœur Helena, vient d’emménager dans une banlieue de province avec toute sa famille. Il craint de ne pas s’intégrer dans cette nouvelle communauté où personne ne l’attend.

Pourtant, il va vite trouver le moyen de se distinguer et de se faire connaître. Lors d’une kermesse, il s’illustre par sa rapidité au jeu de quilles. Il n’en faut pas plus à Brice, un entraîneur obèse et bonhomme, pour l’enrôler dans la course à pied. Anthime, surnommé le Pélican, excelle dans cette discipline et devient un exemple et un symbole pour toute la région. Sa voisine Joanna l’adule mais le coureur n’a d’yeux que pour Béatrice, une camarade de classe, belle et charnelle, et qui ne reste pas, elle non plus, insensible à son charme… La veille d’une course déterminante, ils échangent un baiser qui scellera leur relation devenue désormais impossible à cause de la chute d’Anthime, qui s’effondre aux portes de la gloire…

Vingt ans plus tard, alors qu’il a tout abandonné, désormais bedonnant, et qu’il vit un amour médiocre avec Joanna, Anthime reçoit un électrochoc. Il sort de sa torpeur lorsque ses anciens camarades de classe lui lancent le défi de traverser le pays en courant.

Le Pélican retrouvera-t-il en lui la force de redevenir un champion et combler, par la même occasion, son orgueil?

Merci à Lecteurs.com et aux Editions Viviane Hamy pour cette lecture

Editions Viviane Hamy – Janvier 2015 – 238 pages

Pourquoi j’ai choisi ce livre

J’ai  eu la chance d’être retenue lors de la sélection pour les Explorateurs de la Rentrée Littéraire 2018 Lecteurs.com. et suite à cette candidature, Lecteurs.com m’a proposé de choisir un livre dans une liste. Ayant découvert Cécile Coulon avec le Le roi n’a pas sommeil et surtout Trois saisons d’orage que j’avais beaucoup aimé et aussi  lors de la rencontre qui avait eu lieu à La-Roche-sur-Yon, j’ai eu envie de lire un autre de ses romans.

Ma lecture

Il faut préciser tout de suite que Cécile Coulon est une passionnée de course à pied, de running (je crois que c’est comme cela qu’on le nomme), elle en parle très volontiers et l’on sent que chez elle c’est une véritable passion (comme pour beaucoup de pratiquants d’ailleurs).

Alors moi pas du tout….. je tiens à le dire tout de suite mais j’ai un coureur proche de moi et il a cette même addiction pour ce sport et je peux comprendre que, quelle que soit la passion, quand elle vous colle à la peau, on en parle, beaucoup, tout le temps, et on sent l’enthousiasme dans chaque évocation (là je veux parler de ma passion….. la lecture, les livres, les auteurs etc….)

Cécile Coulon y aborde les difficultés d’intégration dans une ville de province jusqu’au jour où vous avez la chance (mais est-ce une chance) d’être repéré pour une qualité qui vous distingue des autres (dans le cas présent la course à pied). Mais cette reconnaissance apporte-t-elle le bonheur ? Est-on plus aimé pour ce l’on représente pour ce que l’on est réellement ? Et quand le podium s’éloigne que devient-on ?

Ce « don » transforme-t-il l’élu, devient-il un autre, sûrement aux yeux des autres mais lui ? Comment résister à cette notoriété soudaine ? Faut-il l’accepter ou la fuir ? Comment la gérer ? Vous fait-elle grandir ou sombrer ?

Anthime, lui vivait dans l’ombre des autres et surtout de sa sœur. Grâce au sport il va être lui enfin, tout est possible, tout devient accessible, les murs s’effondrent, les barrières se lèventses rêves se réalisent.

La vie est cruelle et le jeune homme va le comprendre à ses dépens. Même encouragé, soutenu et encadré par Brice son coach, figure sportive locale de la ville qui va trouver à travers Anthime un peu de gloire et de reconnaissance, même si Joanna, la voisine éblouie par le garçon bien avant qu’il ne devienne célèbre le suivra quel que soit son statut et même si lui ne partage pas ses sentiments, même si Béatrice, la jeune fille qu’il aime et se révélera également amoureuse de lui, cela ne l’empêchera pas de mordre la poussière, de basculer dans l’anonymat voire la moquerie quand ses foulées ne le porteront plus sur les podiums.

Une chose est sûre, il ne suffit pas de savoir que quelqu’un ne reviendra pas pour cesser de l’attendre. (p11)

Comme le Pélican, symbole de son collège, il va se manger le cœur (mais aussi le cerveau) non pas pour nourrir ses petits, mais pour trouver un but à une existence morne et sans attrait, pour prouver qu’il peut redevenir celui qu’il a été et s’offrir une seconde chance.

J’ai eu plus de difficultés à m’imprégner de l’histoire et même à m’intéresser à ce récit. Peut-être la présence justement du sport, de la course à pied, dans laquelle Anthime va se révéler un performeur et qui pour moi reste un sujet étranger.

On retrouve tout ce qui fait la plume de Cécile Coulon : une écriture incisive, vive, rythmée. J’ai eu parfois le sentiment que les phrases étaient calquées au rythme du souffle d’Anthime, de sa colère, de sa course, de sa fuite : fuite du quotidien, fuite de ce qu’il est devenu.

Elle jette, comme dans ses autres romans, un regard assez désabusé sur notre environnement. Elle a l’œil acéré sur les humains, sur leurs façons d’agir, sur la rage qui peut les habiter, sur leurs frustrations qui peuvent bouleverser leurs vies. On ressent une colère qui sommeille, toujours présente, aux aguets, une vivacité, une énergie incroyable dans les mots.

Ce qui fait que j’aime malgré tout ses romans, c’est le fond, ce qui se cache sous le prétexte, qu’apportent finalement la gloire, la célébrité, peut-on s’en détacher ou deviennnent-elles des drogues dont on ne peut plus se passer, quitte à perdre tout sens des  réalités, toute humanité, toute identité.

Elle n’hésite pas à donner la parole aux principaux personnages comment s’ils prenaient le relais, afin de partager avec le lecteur les moments clés du récit, s’expliquaient sur leurs actes, en de courts chapitres, comme une respiration entre deux foulées.

Pour moi trop d’ambiance sportive même si c’est l’argument du livre ce qui ne m’enpêche pas de reconnaître la maîtrise de l’auteure dans ce domaine que ce soit au niveau du physique que du mental.

C’est également un roman d’apprentissage : les rêves déçus, les désillusions, les débordements quand on ne veut plus voir ce qui nous entoure mais uniquement le but à atteindre mais aussi l’espoir, la motivation et la volonté qu’il faut parfois puiser dans le fond de soi, de son mental et de son physique pour parvenir à ses fins.

Le monde ne sera jamais assez vaste pour accueillir des hommes comme lui. Le monde ne comprendra jamais que les grands hommes ne sont pas ceux qui gagnent, mais ceux qui n’abandonnent pas quand ils ont perdu. (p154)

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Ciao

L’homme de la montagne de Joyce Maynard

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Juin 1979, Californie du Nord. Rachel, 13 ans, et sa sœur Patty, 11 ans, sont délaissées par leurs parents : une mère souvent absente et un père volage. Leur quotidien ennuyeux est soudain interrompu par une affaire de meurtre en série que leur père, l’inspecteur Torricelli, est chargé de résoudre. Trente ans plus tard, Rachel, devenue romancière, raconte l’été qui a bouleversé leur vie.

Traduction par Françoise Adelstain

 Editions Philippe Rey – Août 2014 (première parution 2013 chez HarperCollins) – 319 pages

Ce qui m’a fait choisir ce livre (nouvelle rubrique désormais dans mes chroniques)

Je pensais que je n’avais jamais lu cette auteure dont le nom était passé sous mes yeux dans des chroniques (mais j’ai retrouvé dans ma bibliothèque virtuelle (merci Babelio) que j’avais lu en 2014 Les filles de l’Ouragan qui ne m’avait laissé aucun souvenir). A l’époque je ne tenais pas encore ce blog……  La quatrième de couverture m’a interpellée. J’ai trouvé ce livre lors d’un de mes passages à Emmaüs et je n’ai pas hésité…… L’instinct

Ma lecture

Dès le prologue, la narratrice, Rachel, romancière reconnue  âgé de 43 ans, célèbre pour ses romans noirs,  installe ce qui va suivre : une relation très forte la liait à sa sœur, Patty, de deux ans sa cadette et leur goût pour l’étrange, le mystère, la mort sûrement en partie dû à la profession de leur père Anthony Torricelli, inspecteur à la brigade criminelle en Californie du Nord;

L’été 1979 va marquer à jamais son enfance et son passage à l’adolescence. Elle a 13 ans, l’âge de l’éveil aux sens de toutes sortes, aux questionnements sur son corps mais aussi aux garçons, aux adultes qui les entourent.

Un roman d’apprentissage pour ces deux sœurs, très fusionnelles, vivant avec leur mère depuis le divorce de leurs parents, une mère dépressive qui, une fois sortie de son travail passe son temps libre à la bibliothèque ou dans sa chambre au milieu des livres,  laissant ses deux filles livrées à elles-mêmes à la différence de leur père qui restera l’ange protecteur, même loin d’elles.

Ce père, d’origine italienne, qu’elles admirent tant, qui sait faire d’un cheveu une araignée, beau comme Dean Martin, qui aime les femmes mais une en particulier. Il enquête dans la série de meurtres dans les montagnes proches de la Cité de la splendeur matinale (il fallait le trouver) où vivent ses filles, il s’est complètement investi dans son enquête. Relation épisodique, complice mais de belle qualité alors que la relation maternelle, quotidienne est pratiquement inexistante.

Les deux sœurs se sont créé un monde à elles, fait d’excursions, de rêves, d’aventures, de basket, de chien, d’autant qu’elles n’ont pas de télévision ou alors muette, pas d’argent, peu d’ami(e)s, peu de sources d’informations à part ce qu’elles peuvent grappiller à droite ou à gauche,

J’ai trouvé la première partie s’étirant un peu, répétitive par moment et ne comprenant pas où l’auteure voulait m’emmener mais je faisais confiance, les thèmes évoqués m’intéressaient (je suis d’un naturel impatient, je dois l’avouer). Je sentais qu’il allait y avoir bien plus….

Puis tout s’accélère, dans des fausses pistes d’abord puis sur l’évolution des différents personnages (mais chut). Rachel devenue femme reprend l’enquête menée par son père, conciliant son travail d’auteure de romans policiers à l’enquête non résolue,  ne pouvant accepter l’impunité du meurtrier, souhaitant finir ce que son père n’a jamais pu mener à bien, un devoir de mémoire, une responsabilité qu’elle porte sur ses épaules.

On retrouve l’ambiance des années 70, l’attachement qu’elle porte à San Francisco, le Golden Gate, frontière rouge entre leur monde et l’autre monde,  mais aussi à la nature sauvage de la montagne qu’elles parcourent à longueur de journée, inconscientes du danger.

Le climat d’insouciance de l’enfance alterne avec le mal et la peur, les doutes, les suspicions, les interprétations enfantines face à des situations dont elles ne comprennent pas toujours le sens ni l’importance mais aussi les sentiments de la narratrice : culpabilité, responsabilité, remords et regrets vis-à-vis de sa sœur mais aussi de son père.

J’ai passé un agréable moment, une lecture détente mais avec un climat lourd, pesant parfois, sentant que le drame est proche. J’ai pensé à Frankie Addams ou à Le cœur est un chasseur solitaire de Carson Mc Cullers, ou à Ne tirez pas sur l’oiseau solitaire ou Va et poste une sentinelle de Harper Lee (qui restent pour moi des références absolues), romans d’apprentissage également plus anciens mais qui soulèvent tous ce difficile et parfois douloureux passage de l’enfance à l’âge adulte, souvent marqués dans ces romans par des événements qui accentuent le mal-être…..

Comme l’auteure le précise,je vous mets en fond sonore la chanson My Sharona qui a bercé son écriture et rythmé l’été des deux sœurs Toriccelli

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Ciao

Valse hésitation de Angela Huth

valse hesitationSéparée temporairement de son deuxième mari, Clare est de moins en moins sûre du rôle que les hommes devraient tenir dans sa vie. Son premier mari, Richard, était bien plus âgé qu’elle, et son mépris pour la jeunesse s’était peu à peu transformé en en une glaciale indifférence. Jonathan, quant à lui, était trop facile : trop attentionné, trop inquiet, et puis aussi un peu pédant. Lorsqu’elle rencontre Joshua à une fête, l’excentrique Clare n’est pas tellement à la recherche de l’amour, mais elle n’en est pas moins impressionnée quand il éteint sa cigarette avec le pouce, et le conseil de sa nouvelle amie, Mrs Fox, la pousse encore un peu plus vers lui : « Prends un amant, l’exhorte-t-elle. Mieux vaut avoir un amant quand on est jeune qu’une névrose quand on est vieille ».

Ma lecture

Je découvre Angela Huth avec ce roman et cette lecture confirme mon attirance pour la littérature anglaise. Une écriture fine, précise, pleine de petits détails qui nous permettent de nous immerger totalement dans la narration mais sans l’alourdir, restant fluide mais aussi une étude des caractères, des sentiments, qui au premier abord paraît légère mais qui pose, dans le cas présent, de vraies questions sur le couple, le mariage, ce qu’il devrait être et ce qu’il est réellement.

Il s’agit ici de La Valse hésitation du personnage principal, Clare Lyall, par rapport au couple, au mariage, aux hommes. Elle est au carrefour de son second mariage et a décidé avec Jonathan de prendre un délai de réflexion de six mois pour décider de l’issue de leur union.

Clare n’a pas trouvé le bonheur espéré dans le mariage, pourtant ses deux maris étaient bien différents : le premier Richard plus âgé, marin souvent absent, protecteur, secret mais imprévisible, le second Jonathan, écrivain en recherche, mais surtout laissant peu d’initiatives à son épouse, organisant dans les moindres détails leur vie, mais presque un homme-enfant ne prenant aucune décision majeure, remettant tout au lendemain….

Pourtant quand elle rencontre Joshua, travaillant dans le cinéma, elle pense enfin avoir trouvé l’homme idéal : il lui propose immédiatement de partager son appartement mais  reste très mystérieux, parfois égoïste, parfois tendre, surprenant, lunatique, passant de la tendresse à l’absence, de la surprise au silence, de la proximité à la distance.

Clare va  se plonger dans son passé, se remémorer les moments importants de ses deux mariages, les beaux moments qu’elle espérait et ce qu’ils ont été, les moments difficiles où l’on peut juger ce qu’est vraiment le couple, elle comprend qu’elle s’est profondément ennuyée dans ceux-ci. Elle n’a jamais vraiement formé un couple, c’était plutôt deux solitudes qui se joignaient, qui s’épaulaient. L’amour n’est pas à la même hauteur, pas vraiment partagé, pas au même moment, pas de la même manière.

Mais est-elle capable de choisir ou se laisse-t-elle guider par les hommes de sa vie ? Clare, jusqu’à sa rencontre avec Joshua, s’est laissée portée par la vie et ce qu’elle doit être, par les conventions, se marier, avoir des enfants mais est-elle en capacité d’aimer, de décider ?

J’ai aimé cette dissection des sentiments féminins sur le mariage, le couple mais aussi les liens familiaux et amicaux. J’ai été parfois agacé par cette femme qui n’arrive pas à assumer sa vie, se raccrochant aux décisions des autres car elle est à l’opposé de mon tempérament mais cela ne m’a pas empêché d’aimer la suivre dans ses réflexions. Elle laisse les autres s’immiscer dans sa vie, lui imposer leurs choix que ce soit les amis, les parents, les relations. Je l’ai trouvé finalement très soumise.

J’ai particulièrement apprécié, comme souvent dans la littérature anglaise, l’opposition à un autre personnage, dans le cas présent Mrs Fox, une femme plus âgée mais qui, elle, a réussi son mariage, un mariage d’amour, avec Henry, médecin mais qui est désormais veuve. Elle prend une place prépondérante dans la vie de Clare et Jonathan, un peu trop parfois (j’ai trouvé) en donnant des clés pour réussir un couple.

Dès sa rencontre avec Clare dans un parc, elle va lui donner les grandes lignes de sa philosophie et l’encourager à tenter d’être heureuse hors du mariage :

 Mieux vaut avoir un amant quand on est jeune qu’une névrose quand on est vieille

En refermant ce récit paru pour la première fois en 1970 (c’est important de le préciser par rapport au contexte du couple, de la place de la femme dans celui-ci car heureusement celui-ci a changé et évolué depuis) on ne trouve que très peu d’attrait pour le mariage : soit soumise à un homme plus âgé mais absent, secret, soit se retrouver avec un homme-enfant, maniaque, irresponsable et oppressant. Clare va connaître les opposés et sa relation avec Joshua va lui apporter une bouffée d’oxygène, de liberté, d’imprévu dont elle avait besoin. Mais va-t-elle saisir sa chance et Joshua a-t-il la même idée du bonheur ?

C’est un récit très féminin par le style, l’écriture et le fond. C’est doux mais profond car on entre dans l’intimité de cette femme quant aux questionnements, c’est un tourbillon de réflexions dans la vie d’une femme.

La valse est une danse qui se pratique à deux : l’un guide l’autre mais l’autre est-il prêt à mettre ses pas dans ceux de son partenaire ? Valse-t-on à la même vitesse et la valse a-t-elle été choisie par les deux danseurs ou a-t-elle été imposée à l’un des deux ? Chacun va à son rythme, qui n’est pas toujours le même, parfois on danse à contre-temps et l’unité du couple s’en trouve compromise.

Ne pas se fier parfois à la légèreté d’une histoire car celle-ci va souvent bien plus loin qu’il n’y paraît. Elle peut parler à beaucoup, soulever des questionnements, retrouver des sentiments éprouvés, tus ou cachés.

Ce qu’il y a de bizarre avec les jardins secrets, c’est que, d’accord, ils sont très précieux, mais ils le sont d’autant plus quand les autres savent que vous en avez un. (p52)

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Merci aux Editions La Table Ronde pour cette lecture

Editions Quai Voltaire (Editions La Table Ronde) – Mars 2018 – 229 pages

Ciao

Ceux de Guitry (Tome 2) -Le fantôme de la Dame Blanche de Dany Le Du

le fantome de la dame blancheDans une Normandie en pleine révolution industrielle, l’héritage de Nicolas Belhoste s’avère lourd à porter pour ses enfants qui tente de se construire dans l’ombre de leur père disparu. Dépositaire du secret paternel, Célestine est poursuivie par une mystérieuse Dame Blanche. Pierre semble impuissant à égaler ce père. Jean Misère, le fils du colporteur, ami de Pierre et ennemi juré de Célestine, s’essaie à la poésie. L’exode rural qui s’amorce l’entraîne vers Rouen et son destin se joue auprès des ouvriers d’une draperie elbeuvienne.

Ma lecture

Je retrouve les personnages normands que j’avais découverts dans le tome 1 – L’affaire Flichy et je n’ai eu aucune difficulté à reprendre le fil de cette saga, ce que je craignais un peu après un mois d’interruption (mais cela me servait également de test).

Comme je l’avais précisé dans la chronique que j’avais rédigée pour le premier tome, je ne suis pas une lectrice de romans « terroir » par contre j’aime de temps en temps retrouver des faits d’histoire mais aussi les us et coutumes de notre passé.

On retrouve les descendants des différentes familles, ouvrières ou bourgeoises, mais très peu de cette dernière catégorie dans ce tome, se concentrant plus sur les enfants des familles Belhoste en particulier Célestine (de 1829 à 1860) et son frère Pierre aux destins bien différents.

J’ai trouvé la lecture de cette deuxième partie plus fluide, peut-être parce que  le décor et les personnages étaient en place et que l’on est très vite plongé, sans des retours en arrière fastidieux, dans une nouvelle histoire et je pourrais même dire aventure, où une dame blanche apparaît régulièrement à Célestine, et est annonciatrice de drames. Et des drames il n’en manque pas…..

Je me suis pris totalement dans l’histoire, suivant Célestine et sa métamorphose, passant d’une enfant douce et attachante à une femme froide, ambitieuse, sans cœur, calculatrice et même dénonciatrice. J’ai aimé retrouver des éléments du premier tome comme la malédiction proférée dans les premières pages de l’Affaire Flichy et qui plane sur cette famille ambitieuse. On retrouve le poids des croyances, des dictons et du passé.

C’est un roman qui mêle intrigues et histoire familiale à la vie d’une région mais aussi d’un pays avec régulièrement des références à ses bouleversements. En tant que lectrice je me suis particulièrement attachée à la vie de ces femmes, aux maternités successives, à leur volonté pour certaines de s’élever de leur condition, pour d’autres à vivre une vie simple mais épanouie auprès de mari et enfants, quand ceux-ci ne disparaissaient pas de maladie, d’accidents…… J’étais effarée par la quantité de maternités certes mais aussi de mortalité infantile.

J’ai  particulièrement aimé un personnage masculin, Jean Misère, ce poète qui se trouve embarqué, par naïveté, dans des complots, je trouve sa relation à son père libraire très belle (peut-être pas assez exploitée à mon goût mais dès qu’il s’agit d’écrivain, de livres, de libraire j’en voudrais plus), mais aussi le regard qu’il porte sur le monde ouvrier, les conditions de travail et les mouvements de colère qui commencent à monter.

Dany Le Du, comme dans le premier tome, s’attache à fournir quantité de détails sur la vie normande, les moments marquants comme l’arrivée de la ligne de chemin de fer, les tirages au sort pour les hommes au moment de la conscription, etc….mais aussi sur la condition féminine.

J’ai trouvé l’écriture plus fluide peut-être, comme je l’ai dit, parce que désormais on suit les destins des protagonistes, on s’attache à certains, on suit les différentes intrigues, il y a des rebondissements et l’auteure elle-même est peut-être plus à l’aise maintenant que les acteurs sont entrés en scène…..

Il faut reconnaître à Dany Le Du une belle maîtrise de l’ensemble : habileté à faire réapparaître certains éléments du précédent tome, relier les parcours de chacun entre eux, fournir une foule de détails sans que cela alourdisse le récit. On ressent le travail de documentation important et un attachement à cette région, la Normandie, son parler, ses paysages mais aussi à la vie de ses habitants, à leur quotidien, aux coutumes, aux événements qui jalonnent leurs vies en incluant l’évolution du pays, son industrialisation, la condition des femmes.

Il y a un vrai public pour ce type de récit et je pense qu’il peut totalement plaire à des lecteurs de saga familiale, d’intrigue mais aussi intéressé par la vie d’autrefois.

Je rappelle que cette saga comportera quatre tomes…..

📕📕📕 (même note que pour le premier mais avec un + par rapport au premier)

Editions Des Falaises – Septembre 2018 – 283 pages

Ciao