La grâce de Thibault de Montaigu

LA GRACE IG« J’ai essayé d’approcher au plus près ce miracle qui fait surgir la lumière au plus profond de la noirceur. »

Il y a quatre ans, j’ai sombré dans une vertigineuse dépression. Je ne trouvais plus aucun sens à l’existence. Jusqu’à cette nuit, dans la chapelle d’un monastère, où j’ai été touché par la grâce. Par la sensation inouïe d’un contact charnel avec Dieu.
Pour moi qui ai toujours été athée, cette révélation relevait de l’incompréhensible. Quel en était le sens ? Qu’avais-je éprouvé réellement ? Était-il possible qu’un au-delà existe ? Une seule personne pouvait me répondre : Christian.Cet oncle, frère franciscain, que je connaissais à peine, allait être emporté par la maladie au moment-même où je renouais avec lui. Mais à sa mort, je découvris, renversé, que Christian avait été touché par la grâce à 37 ans. Comme moi. Et qu’il avait vécu jusqu’à cet âge une vie de fêtes et d’excès, en parfaite opposition avec la foi. Comme moi aussi. En enquêtant sur ce destin extraordinaire qui l’avait vu troquer le smoking des soirées mondaines pour la robe de bure des frères mineurs, j’ai essayé d’approcher au plus près ce miracle qui fait surgir la lumière au plus profond de la noirceur. Et des étincelles de grâce, que l’on croit ou pas, dans la brume de nos quotidiens.

Ma lecture

Il y a un moment, un âge, où l’on découvre avec stupeur que l’on a été jeté dans cette vie sans raison. Que l’on aurait pu ne jamais exister et pourtant que l’on est, jailli du néant pour un jour y retourner. Il y a un moment, un âge où l’on entre brutalement dans le pourquoi du monde, et la raison tremble à l’idée que rien ne justifie notre présence ici-bas. (p17)

Un jour il arrive que l’on se pose des questions sur la raison de notre existence, son but s’il y en a un. Certains disent recevoir, être touchés par la Grâce et trouvent des réponses. Pourquoi et comment certains êtres se vouent parfois totalement à la Religion, à un Dieu j’allais dire en s’oubliant soi-même mais finalement peut-être en se trouvant enfin ?

Ce roman je l’ai lu avec presque « passion » : autobiographique et biographique à la fois. L’auteur part faire des recherches sur Xavier Dupont de Ligonnès et sa fuite après les assassinats de sa femme et ses quatre enfants, un homme dont il envisageait de faire le sujet de son prochain roman et ce faisant il va prendre un chemin qu’il était loin d’imaginer. Il va être touché par la Grâce, une révélation qui va l’emmener sur d’autres chemins, d’autres destins : celui de Saint François d’Assise, fondateur de la congrégation des franciscains et dont son oncle Christian de Montaigu, lui-même touché par la Grâce, fut un des membres après une vie tumultueuse.

Trois chemins de croix baignés d’éveil à la religion alors que rien ne les prédestinait à cela, trois chemins faits de renoncements, de douleurs mais également d’engagements. Ils ont en commun une jeunesse baignée d’excès mais qui se révélèrent, pour Christian de Montaigu et Saint François, ensuite des hommes de foi et de conviction, vivant dans un dénuement le plus complet, voulu, des ascètes qui ont pour seule ambition venir en aide aux autres pour donner un sens à leurs vies.

Certes Thibault de Montaigu n’en est pas à ce stade d’engagement mais à travers ses recherches, il tente de comprendre la signification de ce qu’il a éprouvé dans l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux, près de Carpentras où le meurtrier aurait peut-être séjourné, une sensation tellement inattendue pour cet homme qui a exploré les mondes artificiels et qui cherche un sens à son existence alors qu’il traverse une dépression, tellement éloigné de la religion, de la croyance et qui pourtant va vivre un moment qu’il ne peut expliquer que par la Grâce :

Mon corps perdait ses contours à mesure que les lignes mélodiques se déroulaient et refluaient le long du vaisseau de la neuf. Alors j’ai senti en moi un point, une minuscule fleur de lumière qui commençait à grandir. Qui s’épanouissait au son des notes. Se répandait à travers ma poitrine. Irradiait ma gorge et mon crâne. Jusqu’à remplir soudain tout l’espace (…) Dieu était là, à l’intérieur de moi et derrière toute chose. Ici et nulle part à la fois, dans l’infiniment petit comme dans l’infiniment grand, immergé dans l’univers et l’univers immergé en lui… Alors, je me suis mis à pleurer comme jamais dans ma vie. (p39) 

J’ai aimé la manière dont l’auteur se livre dans ce roman auquel il a consacré quatre ans de sa vie, une histoire personnelle racontée sans ménagement à la fois sur lui mais également sur cet homme auquel il dédie son roman, Christian, cet oncle qui cherchera toute sa vie à comprendre qui il est, qui doutera toujours mais sans jamais renoncer, faisant de Saint François d’Assise, ce bourgeois devenu le plus pauvre des pauvres, un modèle.

Faire rejoindre à travers un récit qui débute par l’enquête sur Xavier Dupont de Ligonnès, un monstre à un Saint il faut avouer que cela peut sembler périlleux et je dois avouer que je me suis laissée « guider » par la plume de Thibault de Montaigu à la fois par sa mise à nu mais également par la réhabilitation d’un oncle dont il avait une fausse image.

Je cherche souvent à comprendre comment certain(e)s peuvent renoncer à tout, jusqu’à leur famille, pour se vouer à une vie monastique dédiée à un Dieu dont d’aucun pourrait penser qu’il ne s’agit qu’invention de l’esprit. Et pourquoi sur certains de leurs visages, ce sourire presque extatique, cette sérénité ? Comment certains bifurquent totalement à un moment donné et sortent de leurs vies parfois idéales, parfaites ou dissolues pour ensuite se dédier aux autres ou à une quête spirituelle. Pourquoi la Grâce touche-t-elle les plus méprisables, ceux au banc de la Société, ceux que rien ne prédestinait à être touchés ?

La Grâce est-ce seulement une hallucination, une révélation ou la découverte de soi à travers un au-delà ou le mélange de cela ?  Et la foi qu’en reste-t-il quand le doute s’installe lorsque tout s’effondre, quand les chemins sont semés de pierres, d’entraves ? Ce sont toutes ces pistes qu’explore l’auteur dans un roman où se mêlent religion, philosophie et humain.

Avec un travail de recherches sur les endroits qu’ils ont fréquentés, dans sa famille et dans les archives, Thibault de Montaigu dresse les portraits de deux hommes qui trouvèrent sur leur chemin la lumière qui guidera le restant de leurs vies et qui apporteront à l’auteur un éclairage sur sa propre existence et lui donnera peut-être un sens après des années de mises en danger et d’attentes.

J’ai beaucoup aimé.

Editions Plon – Août 200 – 310 pages

Prix de Flore 2020

Ciao 📚

Comme des bêtes de Violaine Bérot

COMME DES BETES IGLa montagne. Un village isolé. Dans les parois rocheuses qui le surplombent, se trouve une grotte appelée ’la grotte aux fées’. On dit que, jadis, les fées y cachaient les bébés qu’elles volaient.

A l’écart des autres habitations, Mariette et son fils ont construit leur vie, il y a des années. Ce fils, étonnante force de la nature, n’a jamais prononcé un seul mot. S’il éprouve une peur viscérale des hommes, il possède un véritable don avec les bêtes.

En marge du village, chacun mène sa vie librement jusqu’au jour où, au cours d’une randonnée dans ce pays perdu, un touriste découvre une petite fille nue. Cette rencontre va bouleverser la vie de tous…

 

Ma lecture

Je me suis déjà frottée à la plume de Violaine Bérot avec Tombée des nues que j’avais beaucoup aimé pour l’originalité de la construction de son récit mais également pour la restitution qu’elle faisait des différents protagonistes d’un village. Je connais donc son talent, son univers et je les ai retrouvés ici, sous une autre forme mais en utilisant une manière différente d’aborder un événement, au sein d’un village ou seuls les habitants ou intervenants parlent, racontent.

Nous sommes placés en tant que témoin d’un interrogatoire où seules apparaissent les réponses mais sans que cela ne soit gênant car on arrive parfaitement à identifier chacun : son rôle, pourquoi il est là à répondre aux questions des enquêteurs mais aussi la question à laquelle il doit répondre. Il s’agit de savoir qui est cette fillette vivant nue, loin de la civilisation et des codes habituels, dont tout le monde (ou presque) ignorait l’existence et surtout l’origine. Qui est sa mère, son père et pourquoi vit-elle dans une grotte auprès de l’Ours, un homme d’une quarantaine d’années, fils de Mariette, un « simple » comme on le nomme souvent, une « Bête » dirons d’autres….  Mais qui sont les Humains et qui sont les Bêtes ? Et d’ailleurs de qui s’agit-il ? De Bêtes humaines ou d’Humains revenus à l’état de Bêtes ?

Alors des questions sont posées : qui est-elle, d’où vient-elle, pourquoi vit-elle près de ce géant muet ou ne connaissant que les rugissements, un inculte, mais qui possède des mains guérisseuses et pourquoi vivent-ils dans la Grotte aux Fées, cet endroit  sur lequel courent des légendes selon lesquelles des fées y recueillent les enfants fruits de violences ? Et pourquoi ne faudrait-il pas une Bête comme gardien du lieu ?

Tour à tour chacun va apporter une pierre à l’édifice, donnant son sentiment, son avis et peu à peu, au fil des interrogatoires, les portraits de l’Ours et de sa mère se dessinent peu à peu mais sans jamais vraiment y apporter une réponse, une vérité. Mais d’autres portraits se dessinent également, ceux de toute cette communauté car à travers leurs réponses ils parlent également d’eux. On le sait bien, dans ces villages où tout le monde se connaît, chacun a son mot à dire, son opinion mais finalement ne sait rien. Du facteur, au randonneur, de l’éleveur à l’institutrice chacun apporte son témoignage, avec son franc-parler, ce qu’il sait et ce qu’il imagine et sans avoir besoin de les nommer Violaine Bérot réussit à les situer, à leur donner personnalité et existence.

Elle fait d’un village un microcosme d’humanité, avec ce qu’elle peut avoir de plus violent mais également de plus humain et c’est un dénominateur commun de ses deux romans lus. Et puis elle y incorpore d’autres voix, celles des fées, elles qui détiennent des secrets, qui ont leurs vérités et parfois certaines sont tues car il n’y a pas parfois de mots pour les exprimer car trop humiliantes, trop dures, trop incomprises.

J’ai ressenti les mêmes émotions que lors de la lecture de Simple de Julie Estève qui évoque également l’attitude d’une communauté face à la différence, à l’Autre, si terrifiant parce qu’autre et surtout à ceux qui gardent leurs mystères, qui peuvent susciter l’incompréhension, la répulsion, la violence mais chez qui d’autres ont su voir la beauté.

Alors Bêtes ou Hommes et si finalement il s’agissait des deux…. Comment réagirions-nous car il est toujours facile de prendre position à distance, mais si cela nous touchait de plus près, si nous étions concernés, si nous avions un avis ? L’homme est une bête, dite civilisée, mais jusqu’où et les Bêtes ne seraient-elles pas plus civilisés, plus humaines que les Hommes…..

J’ai beaucoup aimé.

Editions Buchet Chastel – Avril 2021 – 160 pages

Ciao 📚

Où je suis de Jhumpa Lahiri

OU JE SUIS IG

Effarement et exubérance, enracinement et étrangeté : dans ce nouveau roman, Jhuma Lahiri pousse l’exploration des thèmes qui sont les siens à leur limite.

La femme qui se tient au centre de l’histoire est professeur, elle a quarante ans et pas d’enfants. Elle oscille entre immobilité et mouvement, entre besoin d’appartenance et refus de nouer des liens. La ville italienne qu’elle habite, et qui l’enchante, est sa confidente : les trottoirs autour de chez elle, les parcs, les ponts, les piazzas, les rues, les boutiques, les cafés… Elle a des amies femmes, des amis hommes, et puis il y a  » lui « , une ombre qui la réconforte et la trouble tout à la fois…

 

Ma lecture

Ce n’est pas un roman mais si un peu, ce ne sont pas des nouvelles mais si un peu, ce sont des instantanés de la vie d’une femme d’une quarantaine d’années, célibataire, sans enfant, professeur de lettres installée en Italie et que l’on peut penser à un carrefour de son existence. Elle s’analyse, s’étudie à travers son quotidien comme on pourrait le faire dans un journal intime.

Elle partage sa vie, ses moments de vie : son quartier, son travail, ses activités, ses pensées, ses relations, ses souvenirs et même parfois ce qu’elle ne devrait pas avouer comme ce sentiment qui la saisit à chaque fois qu’elle le croise, Lui, à chaque rencontre, ressentant un trouble inexplicable et qui s’amplifie, Lui l’intouchable parce que marié et père. Un fantasme.

J’ai beaucoup aimé la délicatesse de la plume, sa sincérité, la manière succincte d’évoquer un pays, une intériorité féminine, une façon de vivre avec parfois ses contradictions, ce que chacun garde parfois au fond de soi, une émotion fugace ou des sentiments qui sont nés qui sont les fruits d’un passé. 

C’est l’histoire d’une femme, de ce qui fait sa vie, elle qui n’a voulu aucune attache mais qui peut parfois envier pour quelques instants une vie familiale même si sa solitude est un choix. Dans ses confidences Entre soi et soi, elle évoque cette solitude voulue et incomprise parfois des autres, en particulier par sa mère, terrorisée par cet état, mais que la narratrice dit avoir voulue, qu’elle apprécie pour diverses raisons :

Faire la solitaire est devenu mon métier. Il s’agit d’une discipline, je m’efforce de la perfectionner mais pourtant j’en souffre, la solitude a beau être une habitude elle me désespère. (p31)

Si je disais à ma mère que j’aime être seule et me sentir maîtresse de mon temps et de mon espace, malgré le silence, malgré les lumières que je n’éteins pas en sortant de chez moi, ni même la radio, elle me regarderait sans y croire, elle dirait que la solitude est un manque, rien d’autre.(p32)

même si celle-ci est parfois pesante mais qu’elle retrouve toujours avec plaisir car elle est un élément déterminant de sa vie.

Où je suis n’est pas un récit d’immobilisme car l’esprit lui est en mouvement, il enregistre, il observe et ce qui pourrait se dissoudre dans le temps, l’auteure le note et l’analyse car elle aime la littérature, l’écrit, les carnets et à défaut d’une analyse chez un psychanalyste, qu’elle a d’ailleurs expérimentée, elle s’interroge sur ses réactions, ses pensées :

Lors de chaque séance, il fallait raconter quelque chose de positif. Malheureusement mon enfance me fournissait peu d’exemples. Alors je parlais du balcon de mon appartement, les jours de grand soleil, quand je prends mon petit-déjeuner. Et je lui racontais le plaisir d’avoir un stylo tiède à la main, en plein air et d’écrire, pourquoi pas, quelques lignes. (p38)

J’ai beaucoup aimé ses déambulations dans sa vie italienne, ses habitudes dans les cafés, ses échanges avec commerçants, serveurs, son rapport aux vacances ou son attitude pendant un dîner. J’ai pensé aux chroniques de Philipe Delerm, sur toutes ces petites choses qui constituent une existence, ces petits riens mais qui signifient tant, ces petits bonheurs teintés parfois de mélancolie, de regrets qui font le sel d’une vie et sont révélateurs d’une personnalité.

Ce n’est pas racontable parce qu’il faudrait presque reprendre chaque courts chapitres et dire la justesse du propos dans ce qu’il peut avoir de plus personnel surtout quand on s’y se retrouve, sans fard, sans faux-semblant, simplement des sortes de petites confessions sur ce qu’il y a parfois de plus intime dans les sensations, les pensées, les regards jetés autour de soi et en soi.

J’ai beaucoup aimé et puis qu’elle sublime couverture…..

Merci à Lecteurs.com et son Cercle Livresque ainsi qu’aux Editions Actes Sud pour cette lecture.

Traduction de l’Italien d’Hélène Frappat

Editions Actes Sud (Collection  Chambon) – Mars 2021 – 144 pages

Ciao 📚

Ce matin-là de Gaëlle Josse

CE MATIN LA IG« De la chute au pas de danse… J’ai voulu écrire un livre qui soit comme une main posée sur l’épaule. » Gaëlle Josse.
Qui ne s’est senti, de sa vie, vaciller ? Qui ne s’est jamais senti « au bord de » ? Qui n’a jamais été tenté d’abandonner la course ?
Clara, trente-deux ans, travaille dans une société de crédit.
Compétente, investie, efficace, elle enchaîne les rendez-vous et atteint ses objectifs.
Un matin, tout lâche. Elle ne retourne pas travailler. Des semaines, des mois de solitude et de vide s’ouvrent devant elle.
Amis, amours, famille, collègues, tout se délite dans l’ordre ou le désordre de leur apparition dans sa vie. La vague de fond qui la saisit modifie ses impressions et ses sentiments.
Ce matin-là dévoile la mosaïque d’une vie et la perte de son unité, de son allant et de son élan. Une vie qui se refuse à continuer privée de sens et doit se réinventer. Une histoire minuscule et universelle porteuse d’espoir.

Ma lecture

Il y a un signe qui ne trompe pas quand vous êtes frappée par le burn-out c’est l’impossibilité de faire un pas de plus : un pas de plus physiquement mais également dans votre esprit. Vous êtes vidé, il n’y a plus aucune énergie, plus aucun ressort et même si vous étiez performant,, apte, reconnue pour votre valeur, il y a un moment où la machine se détraque, s’enraye et là vous êtes au bord du gouffre et ce gouffre peut être profond, vertigineux, dangereux.

C’est ce qui arrive à Clara Legendre. Elle travaille dans une banque, elle accorde des crédits à ceux qui les demande, même si parfois elle sait que cela va à l’encontre de sa morale. Elle est consciencieuse, appliquée, dévouée mais un jour ce qu’on lui demande est la larme qui fait déborder des yeux. Ce n’est pas elle, c’est trop dur, on charge la mule sous prétexte de résultats après une promotion. Elle n’a pas vu le piège, elle sacrifie tout au Travail : ses convictions, son amour pour Thomas, ses parents, sa propre existence. Elle ne vit, respire que boulot et à un moment les coutures craquent.

J’aime Gaëlle Josse pour son écriture, sa sensibilité, les domaines qu’elle explore (très variés car elle a une imagination fertile et s’inspire d’un musique, d’une peinture, d’un lieu) et depuis la lecture du Dernier gardien d’Ellis Island je pense avoir tout lu d’elle mais j’attendais celui-ci avec encore plus d’impatience car le sujet me touche personnellement. J’ai connu, par le passé, je ne dirai pas un burn-out mais un presque burn-out….. J’étais sur la ligne de faille, juste avant de sombrer et j’avais hâte de voir de quelle manière elle allait aborder et traiter le sujet.

Dans Otages de Nina Bouraoui j’avais aimé la manière dont l’auteure décrivait cette lente descente dans une nbuleuse dans laquelle la personne s’enfonce, sans rien voir du mal qui s’installe en elle, tente de se débattre (je dis bien tente car au bout d’un moment on est pris comme dans un sable mouvant et toute réaction semble vous enfoncer encore plus profondément) et j’avais retrouvé beaucoup de similitudes avec mon propre vécu.

Dans ce matin-là j’ai écouté Clara Legendre faire le récit d’un épisode « presque » similaire, mais je pense qu’il peut y avoir plusieurs formes de burn-out, plusieurs manière de sombrer, de réagir, d’agir et Gaëlle Josse choisit la manière douce, tout à fait en adéquation avec ce que je sais d’elle à travers ses précédents romans. Des phrases courtes en adéquation avec le stress intérieur, pour décrire le marasme dans lequel son héroïne se trouve. J’ai retrouvé certaines attitudes, pensées comme le fait de culpabiliser, de se dévaloriser, de se sentir différents des collègues, d’être inapte au travail mais aussi à la vie, de ne plus y trouver de sens.

Gaëlle Josse, comme dans ses autres ouvrages, est à l’écoute et elle est fine observatrice de notre société, de ces petites choses que l’on observe, remarque, comme des signes, des souvenirs, qui sont associés ou font ressurgir des événement du passé qui éclairent le présent mais je suis restée malgré tout en retrait. Je n’ai pas été aussi touchée que je pensais l’être. Peut-être parce qu’ayant vécu une telle « expérience » qui m’a profondément marquée, mais dont j’ai également tiré beaucoup d’enseignements par la suite, je n’ai pas ressenti la violence et le profond désespoir, l’aveuglement dans lequel on se trouve, la difficulté et le manque de volonté à communiquer sur ce que l’on vit.

J’ai aimé que Clara s’en sorte aussi bien même si cette fois-ci je n’ai pas eu le petit « twist » inattendu dans chacun de ses romans et qui là est assez prévisible, que Clara survole la crise sans trop de blessures, mais il y a tellement plus de douleurs, d’incertitudes, de risques également sur l’avenir en réel que je suis restée spectatrice sans avoir envie de lui tendre la main car je sentais et savais, qu’elle, elle s’en sortirait sans trop de dommages. J’ai aimé les mots, l’écriture de Gaëlle Josse et je lui reste très attachée mais pour avoir été moi-même au cœur du sujet, je n’y ai pas retrouvé la violence de la chute et les murs sur lesquels je me suis cognée.

J’ai aimé.

Editions Noir sur Blanc/Notabilia – Janvier 2021 – 215 pages

Ciao 📚