Blizzard de Marie Vingtras

BLIZZARD IG

Le blizzard fait rage en Alaska.
Au coeur de la tempête, un jeune garçon disparaît. Il n’aura fallu que quelques secondes, le temps de refaire ses lacets, pour que Bess lâche la main de l’enfant et le perde de vue. Elle se lance à sa recherche, suivie de près par les rares habitants de ce bout du monde. Une course effrénée contre la mort s’engage alors, où la destinée de chacun, face aux éléments, se dévoile.

Ma lecture

Bess a lâché la main de Thomas, un jeune enfant d’une dizaine d’années, le temps de renouer son lacet, et il a disparu dans le blizzard qui balaie cette région d’Alaska. Elle n’aurait jamais dû sortir par cette tempête, Bénédict l’avait mise en garde….  Ils vont être plusieurs à partir à sa recherche : le père de l’enfant, Benedict, Bess elle-même, Cole un voisin et ami. Freeman, un homme de couleur, Lui va rester à attendre avec son chien leurs retours. Tous les quatre vont prendre la parole à tour de rôle pour raconter non seulement la recherche mais également se raconter : qui il ou elle est, son passé, pourquoi il (elle) a choisi de vivre sur cette terre hostile car il faut avoir de bonnes raisons pour le faire, pour tenir, ses liens avec Thomas, l’enfant et même parfois ce qu’il (elle) a en tête.

C’est un roman qui se veut rapide et haletant, construit en courts chapitres alternant les voix, les points de vue. Alors comme le roman je vais vous faire court :  encore un roman dont on a beaucoup parlé depuis sa sortie et qui vient de se voir décerner d’ailleurs Le prix des libraires 2022 et une fois de plus j’en ressors avec un avis mitigé. Une écriture agréable mais les changements rapides de narrateurs m’ont gênés. Une fois de plus j’avais à peine le temps de situer, de commencer à découvrir la personnalité qu’un autre s’adressait à moi (j’avoue que pendant les premières prises de parole, je revenais à la tête de chapitre pour remettre mon cerveau face à mon interlocuteur). Le procédé est ingénieux car il nous laisse désorienté (dans le brouillard euh….blizzard) avec des interrogations, des pistes qui ne demandent qu’à aboutir mais pas assez parfois pour s’attacher, identifier, ressentir.

J’ai trouvé les personnages et leurs passés assez stéréotypés voire prévisibles dans leurs blessures passées, leurs sentiments présents, j’ai pressenti assez vite les liens entre certains d’entre eux ou ce qu’il allait advenir d’eux. Le dosage des révélations, par petites touches est assez judicieux, chacun révélant sa face cachée (bien sûr) ou ce qu’il tient secret et la résolution de l’énigme n’arrivera que dans les dernières pages après une montée crescendo des aveux et des événements….

Un thriller : oui, peut-être mais pas un grand thriller,  : tout a été trop vite, sans tension palpable, durable, installée et presque sans surprise, un dénouement efficace mais pas sensationnel. Je n’ai ressenti aucune angoisse, palpitation, c’était agréable mais sans plus et même si je ne lis que très peu ce genre de roman à tension, il ne fait partie de ceux qui me laisseront un souvenir impérissable car il se confondra vite à d’autres qui naviguent dans les mêmes eaux troubles et boueuses (voire glacées) des êtres marqués par  une guerre, une famille, une couleur de peau.

Petite confidence : finalement il y a un personnage, l’absent, qui m’a accrochée, celui qui plane sur tout le récit, dont j’aurai voulu savoir plus, de connaître son devenir tellement j’aurai voulu avoir son point de vue, lui l’inapte à vivre sur cette terre rude, froide comme le sont ou sont devenus ceux qui y vivent…. Il pourrait être l’objet d’un autre livre…..

C’est un premier roman et en tant que tel c’est réussi. On passe un bon moment mais une fois de plus il a bénéficié d’une large publicité, de beaucoup d’échos élogieux (que je respecte et comprend), d’un passage remarqué à La Grande Librairie mais une fois de plus je suis à contre-courant : il est plaisant, distrayant, prometteur pour le futur en tant que premier roman, mais il m’a manqué de la profondeur, de l’originalité, une tension réelle, promise, que je n’ai pas ressentie (mais peut-être suis-je trop exigeante ou blindée de ce côté là).

J’ai aimé mais sans plus et je n’ai pas frissonné alors que je l’ai lu dans la chaleur de ce mois de Mai déréglé.

Je vous invite à aller consulter d’autres avis : D’autres vies que la mienne, Domi c lire, Le jardin de Natiora, Lettres d’Irlande et d’ailleursLe blog de Krol, Aleslire, Lire et vous, Mélie et les livres, La bibliothèque de Céline, Aux bouquins garnis, Sin city, Au fil des livres, Pamolico, (j’espère n’avoir oublié personne parmi les blogueur(se)s avec lesquel(le)s j’échange régulièrement et qu’ils (elles) me pardonnent si c’est le cas) Les avis sont partagés et je vous invite à vous faire votre propre opinion (comme toujours)….

Prix des libraires 2022

Editions de l’Olivier – Août 2021 – 192 pages

Ciao📚

Ne m’oublie pas de Alix Garin – Coup de 🧡

NE M'OUBLIE PAS IG

La grand-mère de Clémence souffre de la maladie d’Alzheimer. Face à son désespoir, elle prend la décision de l’enlever de la maison de retraite et de prendre la route en quête de l’hypothétique maison d’enfance de sa mamie. Une fuite, une quête, un égarement, l’occasion de se retrouver ? À moins que ce ne soit plutôt des adieux…

Ma lecture

Ce roman graphique très personnel d’Alix Garin évoque non seulement la maladie d’Alzheimer, maladie qui touche la grand-mère de la narratrice, Clémence, mais également de beaucoup d’autres thèmes plus ou moins liés à la famille. Le sujet, souvent traité, peut se révéler assez « plombant » mais l’autrice en fait un récit tendre sûrement, en partie, parce qu’il aborde une histoire, son histoire, sa Mamycha.

La dernière fugue de Mamycha, la grand-mère de Clémence n’offre comme seule option pour sa fille, la mère de Clémence, que d’accepter que lui soit administrée une camisole chimique qui facilitera le travail de l’Ephad où elle réside mais également une sécurité pour elle et sa famille. Cette décision Clémence, en la refusant , n’a d’autre solution que de la kidnappée et ainsi débute une folle équipée « sauvage » pour les deux femmes, une échappée belle où l’une va se pencher sur sa vie, ses rapports avec sa grand-mère et sa mère mais également sur son enfance, son identité et son métier de comédienne. Pour l’autre, son esprit flottant dans un monde où plus rien ne s’imprime durablement, il s’agit obsessionnellement de retrouver ses parents, la maison de son enfance, une période dans laquelle elle retrouve certaines traces et sensations.

Il émerge de ce récit tant de tendresse, de mélancolie, de douceur mais aussi d’humour, car parfois il vaut mieux rire que pleurer, qu’il est impossible de rester insensible à ce duo intergénérationnel lié par le sang mais plus par la mémoire pour l’une d’entre elles, par ce que la plus jeune sait et que la plus âgée a oublié, par ce que la plus âgée, malgré le désert de son esprit, peut encore, malgré tout apporter à la plus jeune.  C’est une échappée qui s’apparente à un voyage dans le temps, dans le passé mais également dans le futur mettant face à ce que l’être humain peut devenir, devient, à la fois intellectuellement mais aussi physiquement. C’est à la fois doux et violent par la confrontation brutale avec une réalité que l’on est pas toujours prêt à affronter. Avec une sobriété dans les illustrations et les textes, tout se jouant souvent sur les faciès, les mimiques, les attitudes, l’autrice, dont on comprend très vite (dès la dédicace) que ce récit est à peine masqué, y a mis tout l’amour mais aussi tous les questionnements qui s’imposent à vous face à cette maladie qui renvoie non seulement à la personne touchée mais également à soi-même.

Comment ne pas trouver émouvante la manière illustrée dans laquelle Alix Garin a su terminer son ouvrage : les vides qui subsistent, les sons qui résonnent et les images qui vous accompagnent ensuite, d’une grande beauté par leur sobriété chargée de tant de messages, de symboles à qui sait regarder, comprendre le chemin qui mène à l’autre.

Je l’ai vu souvent passé depuis sa sortie et les éloges que j’avais lues n’étaient pas imméritées. Jamais mièvre, jamais pathos (même si parfois l’émotion est présente), le juste équilibre entre la détresse face à la maladie, l’impuissance face à elle mais également ce qu’elle a offert comme moments partagés, inoubliables relatés avec ce qu’il faut de pudeur mais également de mises à nu des sentiments, des corps, de l’intime pour évoquer un mal qui vous efface de la mémoire de ceux que vous aimez.

Coup de 🧡

NE M'OUBLIE PAS 1NE M'OUBLIE PAS 2

NE M'OUBLIE PAS 3

Editions Le Lombard – Janvier 2021 – 224 Pages

Ciao 📚

Je chante et la montagne danse de Irène Solà

JE CHANTE ET LA MONTAGNE DANSE IGDans un village perché en haut des Pyrénées, on conserve la mémoire des drames familiaux, des persécutions guidées par l’ignorance, des exécutions sommaires de la guerre civile. Mais rien, jamais, ne vient altérer la profonde beauté du lieu, terre propice à l’imagination, à la poésie, aux histoires transmises de génération en génération. Chaque voix raconte : d’abord les nuages, puis l’éclair qui foudroya Doménec, le paysan poète. Dolceta, qui ne peut s’empêcher de rire lorsqu’elle se rappelle avoir été pendue pour sorcellerie. Puis Sió, qui dut s’occuper seule de ses deux enfants. Puis les trompettes de la mort, avec leurs chapeaux sombres et appétissants, qui annoncent l’immuabilité du cycle de la vie. Puis le chevreuil, l’ours, la femme amoureuse, l’homme blessé par balle, et les autres. Dans ce lieu hors du temps, amitiés, mariages, deuils, naissances s’entrelacent au fil des saisons.

Ma lecture

Nous, nous étions ici. Les premiers. Bien avant les hommes et les femmes. Nous sommes arrivés les premiers et ces montagnes, ce froid, ce ciel, cette forêt et cette rivière et tout ce qu’il y a dedans, les poissons et les feuilles, c’était à nous. Nous étions les maîtres. Et alors vous êtes arrivés. Vous, les hommes dégoûtants qui tuent ce qu’ils ne mangent pas. Les hommes qui veulent tout, qui prennent tout Vous êtes venus avec vos brebis couardes, et vos vaches couardes, et vos chevaux couards. Je hurle. Et vous avez construit des villages au pied des montagnes et vous avez dit, rapineurs, que les montagnes étaient à vous. Et que nous, nous étions des étrangers, des étrangers chez nous. Et vous avez commencé à nous tuer. Seules les bêtes couardes tuent ce qu’elles ne mangent pas. (p163-164)

Que la montagne est belle, que de messages inscrits dans ses pierres, dans ses vallées, malgré les hommes, malgré les guerres et c’est cela qu’à voulu transmettre Irène Solà dans ce roman en donnant la parole à ce qui la constitue : les êtres, les animaux (ours, chevreuil, chienne), la nature (champignons), les éléments (l’eau, les nuages), les traces d’anciens combats (balles, grenades), malgré les morts, malgré les accidents, malgré les éléments (nuages). L’autrice laisse la parole à tous, car tous ont leurs mots à ajouter, leurs histoires à raconter, celles qui constituent un paysage, qui le créent (allant jusqu’à le dessiner), le modifient, l’habitent.

Il y a des histoires d’orage et d’éclair qui tue, de femmes qui donnent la vie, de celles qu’on imagine sorcières, de celles qui aiment ou détestent, d’amitié et puis il y a les chemins empruntés par les bêtes et les hommes en temps de guerre, pour prendre la fuite et retrouver l’espoir d’une vie.

Irène Solà s’immerge totalement, se fond dans le paysage pour en restituer tout le paysage, tout son amour et je dois avouer que dans la première partie du roman je me suis laissée bercer par ses histoires, parfois ses légendes qui parcourent les esprits et les lieux. Elle fait fi des époques, les mêle, les entremêle pour finir par les faire parfois se rejoindre. Mais au fil des pages j’ai eu un peu plus de difficultés, les chemins m’ont semblé plus ardus, je me suis perdue parfois au détour de personnages n’arrivant pas à les resituer, à perdre le fil de sa narration et peut-être qu’ à trop vouloir s’attacher à l’écriture, à sa poésie, à faire une construction originale et à vouloir transmettre l’amour qu’elle porte aux Pyrénées, elle m’a perdue, mon intérêt s’est envolé ne retrouvant plus le fil d’Ariane emprunté par l’autrice, j’étais ailleurs….

Cela aurait put être un recueil de nouvelles, des chroniques de déambulations de voyages pyrénéens avec les présences fantomatiques ou réelles, sa faune et sa flore mais l’autrice en a fait un roman sensoriel voulant y mettre tout l’amour qu’elle y porte mais en le construisant d’une manière un peu anarchique elle m’a fait perdre l’attachement que je prenais à certains épisodes. J’ai trop ressenti une recherche d’écriture, des divagations nébuleuses et n’étant pas versée (vous le savez) dans la pure poésie, je suis restée sur le bord du sentier, j’ai lu les mots mais j’avais perdu mes repères…… Dommage.

J’ai un peu aimé surtout pour la première partie, pour les images et l’originalité des narrations mais à force je me suis égarée alors que j’aurai bien aimé passer un peu plus de temps auprès de certains d’entre eux. Il y a de la beauté certes mais la beauté se ressent et là je n’avais qu’une hâte arriver au bout du voyage.

Lu dans le cadre d’une Masse critique privilégie de Babelio que je remercie ainsi que les Editions Seuil

Traduction du catalan par Edmond Raillard – 215 pages – Mai 2022

Ciao 📚