Fief de David Lopez

FIEF

Attention, mise en garde, ce livre ne plaira pas à tout le monde.

Il va heurter certains, les dérouter, les mettre mal à l’aise car l’écriture, la structure et le récit nous plongent dans l’univers d’un groupe de jeunes, environ 16 à 18 ans, pas des délinquants, pas d’un cité difficile, non mais d’une petite ville de 15 000 habitants, partagée en différentes zones : tours, pavillons et centre ville. On ne se mélange pas ou peu, on s’évite : les bourges, les jeunes, les autres.

Ils sont livrés à eux-mêmes, ont abandonné les bancs des études. Ils ont pour certains des talents :  Poto écrit des textes mais bourrés de fautes d’orthographe, il cherche du boulot. Ixe : ravitaille le groupe en cannabis, cultive son « jardin… », Lahuiss lui a fait des études s’est éloigné un peu de ses anciens amis mais revient de temps en temps les voir, Sucré lui travaille mais souffre de surpoids, Miskine, petite frappe, flambeur et Untel, le grossiste en cannabis et fournisseur du père de Jonas.

Jonas, le narrateur, nous livre son quotidien en une quinzaine de chapitres, sa bande de copains aussi désoeuvrés que lui, vivant au jour le jour, avec comme principale occupation le shit, la fumette, le cannabis, l’alcool, les jeux : cartes et vidéos. Ils sont sans projet, ne se voient pas d’avenir, sans idéaux. Il faut passer le temps.

Ils sont le plus souvent sans repères, livrés à eux-mêmes car les parents comme le père de Jonas, ne sont pas des exemples : on ne parle pas travail, les parents eux-mêmes sont consommateurs de shit. Pourtant lorsque Jonas parle de son père on sent du sentiment, même s’il n’est pas exprimé. On ne se dit pas ses choses là. Il y a des petits gestes, des frolements, des regards.

Son défouloir à Jonas c’est la boxe, mais même la boxe il va arrêter malgré Monsieur Pierrot, son vieil entraîneur, qui tente de motiver tous ces jeunes, qui l’encourage pour un dernier combat. Pour Jonas la vie ressemble souvent à un combat.

Je suis bien là. Dans cette bulle. Je n’ai de comptes à rendre qu’à la partie de moi la plus complaisante Celle qui cautionne tout du moment qu’on lui pardonne. C’est ma place. Je peux être paresseux, je peux croupir, ne me soucier de rien, je n’ai mal nulle part. (p211)

Et puis il y a Wanda, son amie, on ne dira pas sa petite amie car il n’y a guère de sentiment réellement dit, mais plus un plan c.. ou alors peut-être plus mais on ne parle pas non plus d’amour. On découvre, on expérimente, on performe….. Le reste !

La lecture peut être déroutante car l’auteur a intégré tous les dialogues à la narration de Jonas ce qui donne un texte dense mais qui reflète bien, je trouve, leur façon de parler : untel dit que …… et l’autre dit que ….. en plus dans un langage fait de verlan et autres mots que nous, plus vieux, nous ne connaissons pas toujours, langage des cités peut être. Donc à plusieurs reprises il m’a fallu relire à l’endroit, à l’envers ou essayer de comprendre.

Par contre les pensées, le ressenti de Jonas sont rédigés dans une forme de langage habituel et elles sont parfois de profondes  réflexions, ses interrogations sur le sens de la vie, de sa vie.

Il y a des passages savoureux en particulier lorsqu’on parle de Voltaire, de Céline, quand ils décident de faire une dictée pour savoir qui est le pire en orthographe ou du nettoyage de jardin car en fin de compte ils ne demandent ces jeunes qu’à s’occuper, à être reconnus. Mais il faut que cela vienne d’eux.

C’est un livre qui nous immerge totalement dans cette jeunesse où le seul point d’ancrage c’est les amis, le groupe, c’est leur famille, celle qu’ils ont choisie, celle sur qui ils peuvent compter, celle où ils existent.

Bien sûr ce n’est pas mon univers ni le domaine de lecture que je préfère mais cela fait prendre conscience de leur monde, du vide de celui-ci.

C’est un premier roman original par l’écriture, osé où l’écriture est très détaillée (on vit les scènes) parfois trop pour certaines, assez crue et l’ambiance générale peut choquer mais pas par le texte, en fin de compte, mais par ce qu’il raconte et qui est une réalité notre monde.

Livre lu dans le cadre d’un comité de lecture.

Ma note : ♥♥♥

Ciao

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En vivant, en écrivant de Annie Dillard

EN VIVANT EN ECRIVANT

Quand on lit, que la lecture est une passion depuis si longtemps, quand on est jamais rassasiée, que l’on dit encore, encore…..

Qui qualifierait de bonne une journée passée à lire ? Mais une vie passée à lire. Voilà une bonne vie (p47)

Quand on pense que l’on a atteint le sommet de l’émotion et que l’on découvre encore des mots, des phrases, une histoire, un récit, une réflexion qui nous touche, nous émeut, nous interroge, on est en quête (et moi je le suis) de franchir un peu plus la barrière qui me sépare de l’auteur (e), de mieux comprendre celui-ci, son travail, son lieu, ses tourments et grâce au livre d’Annie Dillard, j’ai pu toucher de plus près ce domaine.

J’avais particulièrement aimé la lecture d’Un lieu (chambre) à soi de Virginia Woolf  que vous trouverez ICI qui évoquait superbement cet aspect de l’écrivain et plus particulièrement si celui-ci est une femme, mais dans cet essai l’auteure nous fait part de ses lieux d’écriture, simples et sans confort mais parfois avec beaucoup d’humour, où elle s’installe respectant des rituels précis, ses réflexions, ses recherches, le temps mais aussi son environnement, la nature très présente, son besoin d’isolement.

Le début de la sagesse consiste à se trouver un toit (p39)

Proverbe africain

C’est un regard lucide, sans complaisance mais réfléchi sur son travail et des sacrifices qu’il peut imposer. Il n’est pas simple d’écrire, j’en suis persuadée pour ma part, cela demande une rigueur, une volonté farouche d’arriver à transcrire exactement le projet,   avec minutie pour emmener le lecteur là où on a voulu l’emmener.

Plutôt que d’écrire un livre, je le veille, comme une amie à l’agonie. Durant les heures de visite, j’entre dans sa chambre avec terreur et je compatis à ses nombreux désordres. Je lui tiens la main es espérant que son état va s’améliorer.(p70)

La preuve dans son dernier chapitre où elle nous emmène en avion faire des loopings, on monte à bord, on a le coeur retourné mais on comprend que son travail d’auteure demande une force, une précision et un entraînement comme le pilote afin de faire décoller le lecteur, le maintenir en vol et le faire atterrir doucement ou plus violemment suivant le récit.

Pourquoi lisons-nous, sinon dans l’espoir que l’écrivain rendra nos journées plus vastes et plus intenses, qu’il nous illuminera, nous inspirera sagesse et courage, nous offrira la possibilité d’une plénitude des sens, et qu’il présentera à nos esprits les mystères les plus profonds, pour nous faire sentir de nouveau leur majesté et leur pouvoir ? (p92)

Lire apporte tellement : évasion, connaissance, rêve, informations mais aussi tellement de bonheur, de douceur, de sérénité. On vit mille vies, on espère, on croit, on pleure, on se révolte et tout cela grâce à eux, les auteurs et leur travail, laborieux, exigeant.

Pourquoi lisons-nous, sinon dans l’espoir que l’écrivain rendra nos journées plus vastes et plus intenses, qu’il nous illuminera, nous inspirera sagesse et courage, nous offrira la possibilité d’une plénitude des sens, et qu’il présentera à nos esprits les mystères les plus profonds, pour nous faire sentir de nouveau leur majesté et leur pouvoir ? (p92)

Ce livre a illuminé mon esprit mais il a pris également des couleurs car j’ai beaucoup surligné des passages tellement ils me touchaient. Le difficile travail de l’écrivain : l’écriture, la relecture, les satisfactions, les pages jetées, la recherche des mots, du mot juste;

Je vais assister prochainement à une rencontre autour de ce livre que je vous recommande et je pourrais découvrir plus profondément encore ce domaine si riche d’humanité, d’humilité et de générosité et …………. je vous raconterai !

Ma note : ♥♥♥♥

Les bonnes journées ne manquent pas. Ce sont les bonnes vies qui sont rares (p46)

Ciao

 

No Home de Yaa Gyasi

NO HOME

Il y a certains romans qui, dès leur parution, et quoiqu’on vous en dise, vous attirent et No Home en fait partie et je ne suis pas déçue même si l’attente m’a paru longue…. Je n’étais pas la seule à vouloir le lire dans ma bibliothèque ! Et son succès est justifié.

C’est un magnifique premier roman sur le parcours de deux lignées d’une même famille (à la base deux demi-soeurs) : une au Ghana, l’autre en Amérique, séparées par des trafiquants d’esclaves.  L’une a participé à la vente d’esclaves dont la deuxième a été la victime sans que l’une ou l’autre ne le sache.

Une  aïeule commune, Maame, et ensuite une succession de destinées parallèles toutes imbibées  des racines africaines et ayant pour seule mémoire, leurs parents, parfois grand-parents mais sur des continents différents et en fin de compte si peu différentes. Une douleur profonde , un racisme provenant des blancs mais aussi au sein de la communauté noire (en fonction de la teinte de la peau), une quête de reconnaissance et de justice pour certains.

Une histoire n’est rien de plus qu’un mensonge débité en toute impunité (p134)

Avec cette fresque on s’aperçoit que malgré les siècles, les luttes etc…. , que ce soit en Afrique ou en Amérique, rien ne change vraiment, tous doivent supporter le regard des autres et leur propre regard sur leurs origines : métissage, exclusion, ségrégation,violence, misère, exploitation, différence et indifférence voir mépris des autres.

Quand quelqu’un fait le mal, que ce soit toi ou moi, que ce soit la mère ou le père, que ce soit l’homme de la Côte-de-l’Or ou l’homme blanc, il est comme le pêcheur qui jette son filet dans l’eau. Il ne garde qu’un ou deux poissons dont il a besoin pour se nourrir et rejette les autres à l’eau, pensant que leur vie redeviendra normale. Personne n’oublie qu’il a été autrefois prisonnier, même s’il est à présent libre. Mais malgré tout, Yaw, tu dois accepter d’être libre.(p332)

L’auteure, à chaque chapitre, retrace parallèlement l’histoire des deux branches familiales (je conseille fortement l’arbre généalogique du début du livre à garder sous la main car cela peut être une difficulté surtout au début de la lecture). Que se soit hommes ou femmes, chacun a du lutter pour exister, pour vivre, pour s’accomplir. Et puis ils sont tellement forts (dans tous les sens du terme) tous les membres de cette famille disloquée,  laissant leurs empreintes dans notre esprit après la fermeture du livre.

L’on ne peut être que profondément ému par ces destins broyés, anéantis. Certains passages sont bouleversants. La nature et ses éléments (eau, feu) sont des composants importants du destin des personnages, une empreinte indélébile ainsi que la magie et les symboles. L’on est pas ce que l’on est sans nos racines, sans nos ancêtres et la transmission.

C’est une lecture qui laisse des traces, qui ne peut laisser indifférent, roman historique sur plus de trois siècles,  très structuré de cette auteure à l’écriture forte et qui évite les longueurs et la facilité (même pour le dénouement).

Note : ♥♥♥♥ 

COUP DE COEUR

Ciao

 

La mémoire dans les poches – Tome 2 de Etienne Le Roux et Luc Brunschwig

LA MEMOIRE POCHES T2

Deuxième opus de La mémoire dans les poches : Laurent part à la recherche de son père, Sidoine, qui a disparu depuis 3 ans, sans explication. Il est écrivain et passe à la télévision et lance un avis de recherche pour retrouver ce père, cet inconnu dont il ne comprend pas les actes.

Son périple va le mener en Algérie où il va retrouver sa trace, grâce à un médecin puis un détective privé et il va commencer à dénouer la pelote……

Beaucoup de pistes sont soulevées, hypothèses, réalités, Laurent ira de découverte en découverte, devra faire avec Rosalie, sa mère, déprimée et peu conciliante, découvrira un pan de la vie de ses parents qu’il n’imaginait pas. A vouloir chercher on ne trouve pas forcément les réponses mais on soulève le voile sur ses proches….

J’ai un peu de mal avec cette BD. Je ne sais pas encore si je lirai le tome 3….. Je n’arrive pas à accrocher à cette histoire même si j’ai envie d’en connaître le dénouement….. étrange sensation…… Je n’ai rien à y reprocher mais je n’accroche pas.

Ma note : ♥♥

Ciao

Atelier d’écriture n° 283 – Bricabook

ATELIER ECRITURE 283

FRANCHIR LE PAS

Voilà tu y es, au bord du train mais aussi au bord de toi.

Un vertige, une attraction impossible à réprimer, une fuite plutôt que les doutes te poussent à franchir le pas mais ton corps et ton esprit font bloc, plantés là au bord du vide, ils rsistent et te retiennent.

Tu sais pourtant que tout ton être n’aspire qu’à plonger, à s’oublier afin de se laisser aller, ce serait si facile. Mais tu n’as jamais choisi la facilité.

Franchir ou non la limite. Il suffit d’un pas en avant, quoi quelques centimètres et ce qui est  basculera dans le néant, ce serait si facile, simplement laisser faire l’attraction, dans l’autre sens, à l’arrière c’est l’inconnu mais tu as toujours su l’affronter mais là il s’agit de ta vie.

Car il s’agit bien de vie.

Tu as mis du temps à te trouver, à savoir qui tu étais vraiment et ce que tu voulais faire désormais de la tienne. Tu l’as accueillie, reconnue, protégée comme on le fait pour un enfant fragile, puis acceptée  et imposée aux autres. Tu n’as plus écouté les sirènes alarmantes lancées autour de toi. Tu savais depuis si longtemps qui tu étais vraiment et que les autres ne voyaient pas, ce que tu voulais.

Allez un peu de courage, un pas de plus et tu y es, n’écoute pas les dernières mises en garde…. Comment peuvent-ils comprendre ce qui sommeille, ce qui couve depuis si longtemps au fond de toi.

Il faut faire un choix : soit tu sautes et tout s’arrête, définitivement, soit tu saisis ta chance, tu écoute la petite voix qui te rassure et dont les mots sont si doux et clairs :  – Fis-toi à ton instinct, il ne t’a jamais trahi, il t’a mené sur ce chemin et malgré les embûches tu t’en es bien sorti, il t’offre une chance, saisis-la.

Voilà : tu as fait ton choix : tu recules de quelques centimètres après avoir respiré une dernière fois l’air frais, tu refermes la porte. Tu souris, tu relèves la tête, plus jamais tu ne vivras les yeux baissés.

C’est le premier jour du reste de ta vie, où tu sauras  heureux car enfin toi, car comment l’être quand on est quelqu’un d’autre, celui que les autres attendent….. Enfin peut-être ou peut-être pas mais tu sauras. Ah ! voilà que le doute revient, ce n’est pas le moment et de toutes façons il est trop tard. Tu as pris ta décision, tu es sur le chemin.

N’écoute que toi, libère toi, Envole-toi.

Tu regagnes ton siège, pour tes voisins de compartiment rien ne s’est passé, pour toi les minutes que tu viens de vivre ont définitivement changé ta vie.

C’est un autre qui est assis là, qui sait que maintenant quoiqu’il arrive il a pris Sa Vie en mains. Il agit, il ne renonce plus, il ne subit plus.

Atelier d’écriture proposé par Leiloona de Bric à Book BRICABOOK

Le métier de traductrice à la Maison Gueffier à la Roche sur Yon

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Jolie rencontre hier soir 10 Novembre à la Maison Gueffier à La Roche sur Yon avec Nina Yargekov qui nous a fait part de son métier de traductrice-interprète,  en français-hongrois et auteure ainsi que Ludivine Bouton Kelly traductrice-interprète francais-anglais et professeure à l’Université de Nantes.

Elles nous ont fait découvrir une profession passionnante qui demande beaucoup de travail, de recherches et de compétences. On comprend mieux l’importance de la traduction, toutes ses subtilités mais aussi leur parcours.

Rencontre de qualité avec une lecture de Nina Yargekov d’un passage de son dernier roman : Double Nationalité, paru aux Editions POL qui relate en partie les questionnements sur son métier.

Tout ce qu’il faut d’implication pour restituer une oeuvre originale dans notre langue mais aussi les difficultés quand il s’agit d’un procès, d’un diplôme, d’un cours en faculté de médecine d’un site web ou de la traduction instantanée.

Un moment instructif, enrichissant et des personnes très investies.

Qui a dit qu’il ne se passait rien près de chez nous…..

Ciao

La mémoire dans les poches Tome 1 de Etienne Le Roux et Luc Brunschwig

LA MEMOIRE POCHES T1

Une couverture un peu mystérieuse, un homme qui marche, seul, les mains dans les poches suivi par un chien….. Tiens et si on allait voir de quoi il s’agit !

Il ne faut pas se fier aux apparences. Il n’est pas un vieil homme comme les autres qui déambule dans les rues. Mais pourquoi  parcourt-il la ville avec un nourrisson dans les bras en pleine nuit, suivi de son chien ? Et bien c’est une longue histoire où il est question d’entraide, de cités, d’alphabétisation, d’un toit, d’une écoute, de solitude.

Achille tente de trouver des solutions, pas toujours de façon habile, il se trompe, il réfléchit, il veut comprendre, il tente de tout concilier. Sa femme aide aux devoirs les jeunes de la cité où ils vivent mais  rêve d’être grand-mère mais d’un « vrai petit enfant » de son sang et supporte mal que son fils s’amourache d’une femme d’origine magréabine, ce fils éducateur dans un centre social, amoureux de Malika, femme très mystérieuse qui, elle aussi vient en aide à une cousine etc….. Et tout cela Achille le confie aux habitués d’un bistrot où il a trouvé refuge et qui vont eux aussi participer à ce sauvetage. Mais Achille s’enfuit encore, pourquoi ?

Histoire comprenant beaucoup d’entrées, de surprises, où les événements du présent font remonter des souvenirs encore présents…..

Je pense que je lirai la suite (deux tomes je crois) pour connaître les clés de tous ces mystères pour comprendre Achille, découvrir (sûrement) son passé, et puis tous cette sympathique bande d’habitués du bistrot qui se retrouvent dans une situation bien embarrassante.

Ma note : ♥♥♥

Ciao

 

 

L’embaumeur ou l’odieuse confession de Victor Renard de Isabelle Duquesnoy

L'EMBAUMEUR

Couverture rouge sang, un titre qui fait un peu froid dans le dos, on hésite car on ne sait pas trop où l’on va avec ce livre. Je voulais une lecture qui sorte de l’ordinaire et bien j’ai été gâtée !

L’embaumeur….. je sais que beaucoup de personnes ne s’aventureront pas dans un tel récit mais je l’ai fait et je ne le regrette pas….. Quel récit, bourré d’informations, d’anecdotes (vraies….. comment s’instruire en lisant sur un sujet un peu scabreux…), la petite histoire dans la grande histoire….. j’adore.

Victor Renard, dit Victordu, nous narre à travers les compte-rendus d’audience de son procès ce qu’a été sa vie et … son oeuvre !

Comment voulez-vous ressortir indemne d’une enfance près d’une mère Pâqueline, marâtre odieuse, incapable de sentiment, veuve après un horrible accident survenu à son mari, joueur de serpent (oui oui de serpent, je vous laisse découvrir). Victor ne recevra aucun amour familial voir plus puisqu’il sera tenu responsable dès sa naissance d’un crime.

Les embrouilles arrivent quand on a de l’audace, pas quand on vit comme un doryphore dans une patate (p41)

Il est destiné à vivre au milieu de la mort. Ce sera son quotidien et il la regarde avec indifférence, la mort c’est son métier et il lui donne un aspect plus digne. Il en fera un art grâce à un maître bon et généreux, Mariel Joulia, qui lui permettra à travers le métier d’embaumeur, de devenir respectable, fortuné. Mais est-ce que Victor ne cherchait-il pas autre chose ?

On entre dans la vie de cet homme par son propre récit, au tribunal, avec sa gouaille, son franc parler. Nous écoutons avec patience comme public, comme juge. Il déroule ses souvenirs avec précision, douleur, humour parfois et décrit son métier avec passion et minutie.

Cela surprend,  mais on savait où on mettait les pieds et puis on s’y fait : on rentre très vite dans cette existence, au moment de la révolution française, période où les morts s’accumulent, la société change, la religion également. Bien sûr la mort est omniprésente avec toutes ses conséquences mais Victor gère, Victor en fait son gagne-pain.

Mais c’est un sentimental cet homme, quand il aime c’est pour toujours et il est prêt à tous les sacrifices. C’est un naïf, toujours en quête d’un amour maternel qui ne viendra jamais. Pire que Folcoche cette Pâqueline !

Une bête mendiant la fierté de son dresseur ne l’eût point regardé plus servilement. Depuis ce jour, je n’ai cessé de chercher mes remontants dans ses yeux. (p171)

Bien sûr il y a beaucoup de termes de l’époque et du métier (mieux vaut avoir un dictionnaire à portée de main) mais c’est enrichissant, surprenant, très bien documenté. Apprendre à travers une histoire, quoi de plus agréable même si le sujet est un peu…… difficile. Ce récit banalise ce moment douloureux, de prendre conscience de certains actes, de mieux connaître les petits détails de la vie de tous les jours du petit peuple de France mais aussi du devenir des têtes couronnées après leur mort.

On sent que l’auteure maîtrise le sujet : histoire, patrimoine, peinture…..

Attention : à la fin de cette lecture, vous ne regarderez pas un tableau de la même façon….

Ma note : ♥♥♥♥

Ciao

Pour qui sonne le glas de Ernest Hemingway

Livre lu dans le cadre d’un club de lecture

POUR QUI SONNE LE GLAS

L’avantage de faire partie d’un club de lecture, c’est qu’il vous propose des lectures que vous n’auriez peut-être pas choisies de vous-même…..

Bien sûr je connaissais Ernest Hemingway, les grandes lignes de sa vie, de son oeuvre mais je vois avouer que je n’avais rien, jusqu’à ce jour, lu de lui et c’est maintenant chose faite.

A travers ce récit sur la guerre d’Espagne et plus particulièrement sur un groupe de républicains qui doivent mener à bien le dynamitage d’un pont sous les ordres de Robert Jordan, professeur américain d’espagnol, spécialiste de ce genre d’opération, on découvre une tranche d’histoire, celle de l’Espagne et d’une lutte sanglante entre fascistes et républicains mais aussi des combats d’un homme face à sa conscience, à ses choix et aux autres.

On reconnaît à travers l’écriture l’excellente connaissance par l’écrivain du contexte sachant qu’il a couvert ce conflit en tant que journaliste côté républicains. Que ce soit sur les tactiques, les conflits d’intérêt, les armes, les hommes, l’auteur maître totalement les situations. Il nous fait part également des questionnements humains et plus particulièrement ceux de Robert Jordan : sa soif de réussir sa mission mais aussi son amour pour Maria, jeune femme venant de vivre une tragédie, ses observations sur les caractères, les comportements et sur la brièveté de la vie.

Vivre 3 jours comme si c’était toute une vie…..

J’ai foi dans le peuple et je crois qu’il a le droit de se gouverner à son gré. Mais on ne doit pas croire au droit de tuer. Il faut tuer parce que c’est nécessaire, mais il ne faut pas croire que c’est un droit. Si on le croit, tout se corrompt.

Il y a des passages (en particulier celui du lynchage des fascistes par les républicains menés par Pablo et Pilar) et le dénouement final qui sont très intenses et bouleversants sur la cruauté humaine mais aussi sur le don de soi et le sens du devoir.

J’ai moins aimé (mais par conviction personnelle) tout ce qui touchait le maniement des armes, la tauromachie. Il y a, à mon goût des longueurs, des répétitions qui, bien sûr, rendent l’intensité de ce que vivent ces hommes et femmes mais qui ralentissent l’intérêt.

Le contraste entre Robert Jordan, forte personnalité, charismatique, volontaire et froid et Maria, surnommée Guapa, la belle, le chevreau est important. Elle est une femme enfant, presque simple (mais elle a traversé des épreuves qui pourraient ébranler le plus fort) et on peut penser qu’auprès d’elle il retrouve une douceur de vivre, une foi et un objectif pour sortir peut être vivant de toute cette horreur.

On ne peut pas les exterminer tous ; plus on en tue, plus il en repousse, et toujours plus haineux. La prison, ça ne sert à rien. La prison ça ne fait que de la haine. Il faudrait que tous nos ennemis s’instruisent (p58)

Les différents acteurs représentent toutes les catégories d’humains : Pilar la maîtresse-femme, Pablo, l’ancien meneur qui ne sait plus quel combat il doit mener, Rafaël, le gitan, Anselmo, le vieillard, et même Karkov, le journaliste désabusé (peut être l’auteur).

Mais j’imagine que tu te débarrasseras de tous ces souvenirs en les couchant noir sur blanc, sur le papier. Tu as un beau livre à écrire, si tu en es capable (p188)

C’est un beau récit de guerre, d’hommes, d’amour mais je mets une petite réserve par rapport à mes goûts personnels de lecture mais on n’en ressort pas indemne et je pense qu’il restera longtemps dans ma mémoire.

Peut être de moi-même n’aurais-je pas choisi ce roman mais je ne regrette pas  mais sans y prendre un plaisir intense.

Ma note : ♥♥♥

Ciao

Au-revoir Là haut de Albert Dupontel

AU REVOIR LA HAUT

J’avais hâte de voir l’adaptation cinématographique du roman de Pierre Lemaître, roman et auteur que je venais de découvrir et de voir ce que Albert Dupontel en avait transcrit tellement le récit est foisonnant, riche, épique et et …… (voir ici mon billet à ce sujet ICI). 

C’est chose faite hier soir et j’ai passé une belle soirée. Bien sûr je ne révélerai rien des intrigues, rebondissements, détails car je veux laisser au lecteur et spectateur le soin de découvrir ce magnifique film.

Je ne donnerai que mon avis sur l’adaptation du livre et de l’histoire. Et bien je préfère le roman et je conseille d’ailleurs de le lire (comme je l’ai fait) avant d’aller voir le film car un de mes reproches au film c’est d’avoir fait des ellipses (pour moi importantes) par rapport à l’oeuvre initiale. Bien sûr vu l’ampleur du récit, ses personnages, leurs caractères et actions, tout était difficilement transposables mais ils donnaient au récit toute sa richesse, tout son charme.

Le film est compréhensible, l’histoire se tient, bien sûr, malgré tout mais pour la lectrice, que je suis, j’ai été un peu frustrée car j’aurai aimé voir certains thèmes du livre abordés… Et puis la fin a été modifiée, avec l’accord de Pierre Lemaître je crois, mais cela donne un petit côté convenu, attendu, fleur bleue qu’il n’y avait pas dans le récit où la fin est un coup de poing, une déflagration.

La mise en scène est époustouflante, rapide, vive, les acteurs magnifiques en particulier Nahuel Perez Biscayart, que j’avais déjà apprécié dans 120 Batttements par minute,  dans un rôle tout en regard, émotion et gestuel, Albert Dupontel, Laurent Lafitte en « ordure » immonde, Niels Arestrup tout en retenue, présence, douleur….. Emilie Dequenne, douce, sensible mais déterminée et tous les autres.

Décors magnifiques de Paris au début du 20ème siècle, une petite réserve sur les décors de combat et du Maroc qui m’ont vraiment paru artificiels. Costumes et accessoires rendent bien l’ambiance du livre.

Il faut aller le voir, vous allez prendre pleins d’émotions, passer du rire aux larmes, les dialogues sont savoureux, les sentiments forts, c’est flamboyant comme l’est le roman.

« AU REVOIR LÀ-HAUT » Réalisé par Albert DUPONTEL

Ma note : ♥♥♥♥

Ciao