Les insurrections singulières de Jeanne Benameur

LES INSURRECTIONS SINGULIERESRésumé

L’histoire d’un ouvrier, entre France et Brésil.
Parcours de lutte et de rébellion, voyage au centre de l’héritage familial, aventure politique intime et histoire d’une rédemption amoureuse, Les Insurrections singulières emboite les pas d’abord incertains d’un fils d’ouvrier en délicatesse avec lui-même. Entre la France qu’on dit profonde et la terre nouvelle du Brésil, sur les traces d’un pionnier oublié de la sidérurgie du XIXe siècle, Jeanne Benameur signe le roman d’une mise au monde.

 

Ma lecture

Une histoire comme une autre, une histoire comme tant d’autres, une histoire qui évoque le monde du travail, d’une usine, « Lusine », qui délocalise, d’un homme obligé de retourner vivre chez ses parents car non seulement il perd son travail mais sa compagne lui a demandé de partir mais une histoire écrite avec finesse et justesse.

Une situation qui fait la une des actualités régulièrement et un homme qui se trouve à remettre en question toute sa vie. Il s’agit d’Antoine, la quarantaine, qui pensait avoir toute sa vie tracée va devoir tout remettre en question. Comment il en est arrivé là et se découvrir explorateur de sa vie, de ses envies et du monde. Il veut comprendre pourquoi sa vie ressemble à un désert….. Tout y passe : ses études, qu’il a abandonnées, sa vie sentimentale et familiale. Il s’observe et en retournant vivre à la source, auprès de ses parents, aidant sa mère sur les marchés à vendre des boutons, en lisant le carnet secret de son père, en faisant des rencontres, en prenant le temps de regarder, d’écouter, en étant lucide sur lui-même et surtout en ayant comme mentor Marcel, le bouquiniste sur les marchés, il va vouloir entreprendre un voyage pour connaître ceux qui lui prennent son travail, là-bas de l’autre côté de l’océan, au Brésil.

C’est à la fois un voyage intérieur fait de révoltes silencieuses car Antoine ne parle pas beaucoup mais aussi un voyage vers un ailleurs où il va découvrir que ceux qui lui volent, croit-il, son travail, sont des gens comme lui, qui ont besoin d’un travail pour vivre, dans une usine de sidérurgie qu’un français Jean de Monlevade au début du 19ème siècle a bâtie au Brésil, ayant pour main-d’œuvre des esclaves…..

J’ai beaucoup aimé le style de Jeanne Benameur : c’est une écriture très poétique dans le rythme, claire, lumineuse, limpide. Elle m’a emmenée dans son histoire, je me suis laissée porter par le désespoir de cet homme et même si la fin est un peu « facile », j’ai aimé ce cheminement humain, portant un regard sur ses choix, reconnaissant ses erreurs et sa volonté d’en sortir, de comprendre.

A vouloir faire porter aux autres la responsabilité de ses échecs, il va prendre conscience qu’il est peut-être en partie seul responsable et qu’il est parfois nécessaire de s’éloigner  pour se confronter à un autre monde et renaître.

Il y a de très jolies évocations : les temps de rien par exemple qui figurent dans le carnet de son père qu’il n’a jamais pu lire, et qu’enfin il lui confie mais aussi les temps morts et sur la force des livres et de la lecture :

…Tu vois, moi j’ai des passions, les livres ça me sauve…. je traverse mes temps morts avec des gens qui ont œuvré pour ça, ceux qui ont écrit… je les aime et je leur suis infiniment reconnaissant du temps passé devant leur table… ils m’aident à traverser. Et qu’eux soient morts ou vivants, ça n’a plus aucune importance. J’ai le livre en main et c’est du carburant pour ma vie à moi. (p152-153)

J’ai découvert une écriture avant tout sur laquelle j’ai vogué pour suivre Antoine dans ses pensées, dans son introspection mais aussi à la découverte d’un autre monde.  C’est peut-être très optimiste voir utopiste vu le monde dans lequel nous vivons mais pourquoi pas après tout…..

Encore une auteure que je vais continuer de découvrir.

Editions Actes Sud – Janvier 2011 – 196 pages

Ciao

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L’accompagnatrice de Nina Berberova

Résumé

L'ACCOMPAGNATRICEPétersbourg, 1919. La neige. Le silence. Le froid et la faim. Les pieds qu’on n’a pas lavés depuis un mois. Les fenêtres bouchées avec des chiffons… J’entre dans l’immeuble. Il fait chaud ! Des tapis, des rideaux, un coffret de cigarettes précieuses. Un chat bleu fumé. Et une femme. Belle, grande, robuste. Des cheveux noirs bien coiffés. Le visage rond et beau, les yeux noirs. Tout en elle dit l’équilibre mystérieux, beau et triomphant. Elle chante et je serai son accompagnatrice. C’est cette vie que je vais m’acharner à détruire. Parce qu’elle est belle, talentueuse, et que je ne suis rien. Parce qu’elle est forte et qu’elle rayonne. Parce qu’elle m’aime et que, moi, je ne comprends même pas ce que cela veut dire..

Ma lecture

Je n’ai rien lu de cette auteure, la littérature russe est un domaine où je me plonge que très rarement…..  Et bien ce fut une belle et singulière découverte.

Dans ce court roman, la narratrice, Sonetchka, relate ses origines très modestes, née de père inconnu (mort d’après sa mère) et élevée dans le dénuement le plus complet au moment de la révolution de 1919 à St Petersbourg par sa mère, professeur de piano qui lui donna le goût de la musique et  grâce à cela elle devint l’accompagnatrice d’une riche cantatrice Maria Nikolaevna Travina.

Elle qui n’a connu que la misère va se trouver projeter dans un monde qu’elle ne pouvait imaginer un jour côtoyer de par ses origines, va voyager à travers l’Europe, vivre dans l’ombre de la soprano et de son mari Pavel Fedorovitch. Elle qui a sacrifié famille et amour, va découvrir que celle qu’elle idolâtrait tant mène une double vie avec un mystérieux Bert…..

La jeune fille naïve et sensible va se transformer en détective n’écoutant que sa curiosité et sa rancœur, vivant cette relation comme une trahison, et se lancer à la poursuite dans Paris à la poursuite des amants, furetant pour trouver indices et preuves, qui vont faire monter en Sonetchka des sentiments qu’elle ne connaissait pas jusqu’à maintenant et va mener au drame. Celle qu’elle a tant aimée va devenir un objet de jalousie presque jusqu’à la haine.

Il est précisé roman, mais on pourrait presque parler de nouvelle tant le récit est court, concis et vivant malgré la forme narrative presque totale. On assiste à la transformation de la jeune fille pas à pas, peut-être à force d’isolement, de remarques blessantes, d’avoir le sentiment de ne pas faire partie du même monde que ses employeurs, la révolution bolchévique mettant à jour l’injustice des classes sociales…..

Nina Berverova transcrit avec une écriture fluide, vive, toute l’ambiguïté des sentiments qui lient les deux femmes mais surtout ceux de Sonetcka : amour/haine, envie/jalousie vis-à-vis de Maria, atteignant son paroxysme quand celle-ci fera le choix du bonheur.

Je ne me suis pas rendue compte, qu’une fois terminée, à quel point l’histoire m’avait emportée et dont je voulais connaître l’issue, à la manière des drames russes, où amour et violence cohabitent souvent.

Première lecture de cette auteure, que je ne connaissais pas du tout, même de nom mais lecture qui donne envie de lire autre chose d’elle, tant son écriture est efficace.

Traduction de Lydia Chweitzer

Editions Actes Sud – Novembre 1988 – 109 pages

Ciao

Les guerres intérieures de Valérie Tong Cuong

LES GUERRES INTERIEURESRésumé

Comédien de seconde zone, Pax Monnier a renoncé à ses rêves de gloire, quand son agent l’appelle : un grand réalisateur américain souhaite le rencontrer sans délai. Passé chez lui pour enfiler une veste, des bruits de lutte venus de l’étage supérieur attirent son attention – mais il se persuade que ce n’est rien d’important. À son retour, il apprend qu’un étudiant, Alexis Winckler, a été sauvagement agressé.
Un an plus tard, le comédien fait la connaissance de l’énigmatique Emi Shimizu, et en tombe aussitôt amoureux – ignorant qu’elle est la mère d’Alexis. Bientôt le piège se referme sur Pax, pris dans les tourments de sa culpabilité.
Qui n’a jamais fait preuve de lâcheté ? Quel est le prix à payer ? Quand tout paraît perdu, que peut-on encore sauver ? La domination du désir et de la peur, les vies fantasmées et le dépassement de soi sont au cœur de ce livre fiévreux qui met en scène des personnages d’une humanité bouleversante et vous accompagne longtemps après l’avoir refermé.

Ma lecture

Comme j’avais pris beaucoup de plaisir à la lecture de Par Amour de cette auteure, que j’avais aimé son écriture mais aussi l’analyse des sentiments humains, c’est en toute confiance que je me lance dans son dernier roman qui aborde des thèmes qui me passionnent.

Valérie Tong Cuong continue son exploration des sentiments humains et cette fois-ci elle évoque ceux qui sont ruminés, argumentés, parfois occultés en silence : culpabilité, mensonge, bonne conscience, intervenir ou pas, petits arrangements avec soi-même mais en les intégrant dans notre société confrontée à une violence régulière, physique mais aussi psychologique, une sorte de banalisation et comment chacun peut trouver en soi les moyens de déculpabiliser, parfois en toute bonne foi, face à des événements ou volontairement ou involontairement il peut se trouver impliquer.

Elle met en parallèle ses deux principaux personnages Pax Monnier et Emi Shimizu qui traversent chacun une période de conflits intérieurs l’un par son silence et l’autre face à un événement tragique survenu dans l’entreprise où elle occupe un poste de Responsable des Relations Humaines. Ils vont se rencontrer, s’aimer mais vivre chacun de leur côté, une sorte de double vie, omettant qu’à un moment ou à un autre il faudra faire face quelque que soit le prix à payer.

C’est un roman qui nous parle principalement d’intériorité, du cheminement des pensées, des ruminements, des alternatives qui s’offrent à chacun pour vivre en paix…. Les petits arrangements, les bonnes excuses pour accepter ce que l’on sait ne pas être acceptable, cette petite voix intérieure qui revient sans cesse, qui parfois se fait plus discrète parce que le bonheur prend la place mais qui revient, tel un boomerang, qui vous envahit et devient obsédante.

C’est avec une écriture fluide, comme peut être le flux des pensées, que l’on suit ce couple, celles-ci pouvant réveiller en nous des similitudes de questionnement et c’est aussi à cela que sert la littérature.

J’ai trouvé intéressant d’évoquer des situations très différentes où l’implication de chacun peut être mise en cause. Des cas très différents : une agression pour l’un, la tentative de suicide d’un employé pour l’autre, avec les mises en avant des « si j’avais », où s’arrête la certitude d’avoir bonne conscience, où commence la responsabilité voire la culpabilité. Oui cela peut devenir un champ de batailles où l’on se retrouve seul face à ses choix…..

Valérie Tong Cuong réussit parfaitement l’exercice, en confrontant deux situations où chacun a réagi sur l’instant, dans l’urgence parfois, par automatisme de défense ou par réflexe professionnel. Un seul bémol j’ai trouvé la coïncidence du lien entre les deux personnages assez peu probable mais pourquoi pas, c’est un roman…..

Il est parfois intéressant de se plonger dans une lecture qui amène à se poser des questions sur nos agissements à travers une histoire parmi d’autres, une histoire dans chacun peut à un moment ou à un autre se reconnaître.

Merci à NetGalleyFrance et aux Editions JC Lattes pour cette lecture

Editions JC Lattes – Août 2019 – 151 pages

Ciao

 

Glaise de Franck Bouysse

GLAISE IG

Après mon coup de cœur pour Né d’aucune femme lu en début d’année, je voulais savoir si c’était l’histoire d’une lecture ou si j’étais conquise par d’autres romans de Franck Bouysse…. Donc Glaise…..

L’action se situe dans le Cantal au pied du Puy Violent, cela plante le décor si déjà l’environnement porte en lui toute la rudesse du récit. La première guerre mondiale vient d’appeler tous les hommes valides sur les champ de bataille, ne restent dans les fermes que femmes, hommes âgés ou réformés et nous découvrons à travers principalement deux familles, les Landry et les Valette, les conflits familiaux quand ville et ruralité se trouvent à cohabiter mais aussi les rivalités ancestrales, les désirs inassouvis ou refoulés qui peuvent transformer l’humain en bête primaire.

Glaise : définition : Terre grasse compacte et plastique, imperméable.

Oui ici presque tout est poisseux, collant, dur et impénétrable…. Mais c’est la terre d’ici et elle façonne ses habitants.

Dès que j’ai commencé ma lecture, j’ai retrouvé l’écriture de Franck Bouysse, directe, dépouillée et pourtant précise, dès les premières pages le décor est planté, les personnages caractérisés et la nature omniprésente installée, elle qui façonne les êtres et les âmes et ici elle est sans concession tout comme les sentiments.

A de nombreuses reprises l’auteur décrit les visages à la manière d’un paysage avec leurs crevasses, leurs vallons, leurs nuances. Comme un sculpteur, il pétrit les phrases les rendant à leur plus juste expression, il malaxe les mots pour en faire une histoire où l’âme humaine se trouve disséquée, montrant tout ce qu’elle cache de plus sombre et de plus vile, révélant ses plus bas instincts mais avec aussi ses moments de grâce.

Des mots il n’en possédait pas tant que ça, en tout cas pas qui auraient pu convenir pour rendre grâce à ce sentiment, la conscience surnaturelle que ce baiser n’était pas une pierre posée au hasard, mais qu’il s’agissait d’une construction grandiose s’élevant bien au-delà des montagnes. (….) Et voilà que cette grande encyclopédie devenait obsolète, mise respectueusement à distance par de nouvelles vérités, une présence importée, une forme magistrale de chair, l’expression d’un miracle. (p124)

Il faut du talent pour se fondre  ainsi dans le décor et s’effacer derrière ses personnages, leur laissant toute la place pour nous raconter une histoire certes rude mais  dans laquelle chacun cache ses failles, ses douleurs et où d’autres laissent parler leur animalité.

-(…) Tu dois avoir une âme d’artiste. (…)

– Je ne sais pas d’où ça me vient. Quand je m’y attelle, plus rien n’a d’importance, c’est comme si je fabriquais un souvenir que je voudrais pas voir disparaître pour garder à l’intérieur toute l’émotion que j’ai ressentie à un moment (p287)

Il a pris un soin particulier à façonner chacun de ses personnages, gens du cru, taillés à la serpe mais à plusieurs facettes pour certains, les faisant évoluer dans un environnement qui leur ressemble mais celui-ci ne les a-t-il pas façonnés ? Ajoutez-y une période troublée où ils se retrouvent livrés à eux-mêmes, subissant à la fois les assauts du temps mais aussi des événements, se retrouvant mis à nu :

-C’est facile pour personne, mais nous, on ne le montre pas quand c’est pas facile (p338)

Franck Bouysse à travers une histoire de haine mais aussi d’amour, de jalousie et de bestialité laisse l’humain et la bête se confronter, s’affronter. Certains ne cherchent pas à s’élever, d’autres s’y complaisent en répondant à leurs instincts les plus primaires. J’ai particulièrement aimé le personnage de Léonard, ce philosophe protecteur de Victor, taiseux mais tellement humain, protecteur voir philosophe.

C’est un roman noir, rude, rien d’un policier, mais presque une étude sociétale, humaine. Pas de leçon à tirer, des faits rien que des faits, sans cruauté autre que celle des hommes.

Et bien me voilà convaincue que Franck Bouysse sait écrire sur nous, âmes humaines, mais aussi sur ce qu’il observe de la nature, de son environnement, de nous et des bêtes mais parfois les limites se fondent et se confondent.

Un auteur que je vais suivre.

Résumé

Au pied du Puy-Violent dans le Cantal, dans la chaleur d’août 1914, les hommes se résignent à partir pour la guerre. Les dernières consignes sont données aux femmes et aux enfants: même si on pense revenir avant l’automne, les travaux des champs ne patienteront pas. Chez les Landry, le père est mobilisé, ne reste que Joseph tout juste quinze ans, en tête à tête avec sa mère et qui ne peut compter que sur Léonard, le vieux voisin. Dans une ferme voisine, c’est Eugène, le fils qui est parti laissant son père, Valette, à ses rancœurs et à sa rage: une main atrophiée lors d’un accident l’empêche d’accomplir son devoir et d’accompagner les autres hommes. Même son frère, celui de la ville, a pris la route de la guerre. Il a envoyé Hélène et sa fille Anna se réfugier dans la ferme des Valette. L’arrivée des deux femmes va bouleverser l’ordre immuable de la vie dans ces montagnes.

Editions La Manufacture de Livres – Septembre 2018 – 426 pages

Ciao

La salle de bal de Anna Hope

LA SALLE DE BALUne lecture que je voulais faire depuis longtemps, la reportant régulièrement et puis elle est devenue, à force d’éloges un peu partout, une priorité ce mois-ci. Enfin !

C’est une salle de bal assez particulière dont nous parle Anna Hope dans ce roman. Nous sommes en Irlande, en 1911 et cette salle de bal se situe dans l’asile de Sharston dans le Yorkshire qui accueille environ 2000 patients, hommes et femmes. J’ai déjà lu par le passé les raisons, pas toujours psychiatriques, qui amenaient toutes ces personnes dans ces lieux où les conditions de vie étaient particulièrement rudes voire misérables. Dans celui-ci, vivant presque en autosuffisance, on y fait la connaissance de Ella Fay, enfermée parce que révoltée, de John Mulligan, « mélancolique » irlandais mais aussi de Clem, lectrice compulsive issue d’une famille aisée et Charles Fuller, ambitieux médecin adjoint.

La salle de bal s’ouvre tous les vendredis à ceux qui le « méritent », offrant un moment de rapprochement entre les sexes, une thérapie par la danse en quelque sorte et Ella et John vont se lancer dans une danse à un seul temps, celui de l’amour.

En prologue, comme dans ce roman, je voudrais dire mon agacement lorsque dans les premières pages du roman, l’auteur(e) donne finalement une idée de ce qui va se passer….. Cela n’apporte rien, je trouve, bien au contraire puisqu’on a finalement le dénouement ou presque…..

Encore une lecture où je suis très partagée….. Le cadre de l’histoire est intéressant et même passionnant : cet asile d’aliénés où vivent dans des conditions déplorables, ces hommes et femmes, pas forcément atteints de problèmes psychiatriques mais rappelons nous que nous sommes en 1911 et qu’il fallait parfois peu de choses pour se retrouver enfermé ! La narration se fait à travers les trois principaux personnages : Ella, John et Charles.

Ce qui m’a le plus « dérangée » c’est l’option prise par l’auteure d’en faire principalement une romance assez prévisible et pour rajouter du piment à l’affaire elle transforme assez rapidement Charles, qui apparaissait en début de lecture, comme un homme aux bonnes intentions vis-à-vis de ses patients avec des idées originales et bienveillantes, en une sorte de médecin fou (vraiment) tortionnaire, jaloux, ambitieux, cédant ses convictions premières d’humaniste à celles d’un défendeur des idées d’eugénismes parce qu’il n’accepte pas ses propres penchants…..

Malgré ces bémols, je reconnais qu’on est embarqué par cette histoire, les thèmes abordés sont très nombreux et intéressants : les prises de position des deux idées majeures de l’époque : eugénisme par stérilisation ou par ségrégation dans le traitement des maladies psychiatriques, la condition des femmes, les conditions de vie dans ces asiles, les raisons assez douteuses parfois d’enfermement, les disparations parfois, pouvaient être à eux seuls suffisants. On découvre d’ailleurs les prises de position de certains grands noms comme Churchill et Darwin et les méthodes glaçantes envisagées ne sont pas sans faire penser à ce qui arrivera quelque trente ans plus tard en Allemagne.

Je me suis sentie beaucoup plus attirée par le personnage de Clem, cette femme anorexique,  placée dans cet asile par sa famille non pas pour se débarrasser d’elle mais pour la protéger, en quelque sorte, me semblait beaucoup plus intéressant. Je pense qu’elle aurait pu faire à elle seule le personnage central d’un récit.

On se laisse porter par l’écriture et les événements mais ce qui aurait pu être un plaidoyer sur les conditions dans les asiles psychiatriques, se perd dans une romance et la « perte de contrôle » du médecin m’a paru un peu mise too much….

Anna Hope s’est inspirée d’un cas d’internement familial, celui de son grand-père à cette époque pour écrire ce roman, avec un travail de recherches important et qui donne toute sa substance au récit. Une lecture que je ne regrette pas, on est embarqué dans une sorte de tourbillon, mais depuis le temps que je lorgnai dessus j’en attendais sûrement plus et surtout ne m’attendais pas à cette construction.

La salle de bal a été très lu entre autres par  : Au fil des livres, Maeve, MoonPalace, Un cahier bleu, Aleslire, Luciole et Feu follet, Mélie et les livres.

Résumé

Lors de l’hiver 1911, l’asile d’aliénés de Sharston, dans le Yorkshire, accueille une nouvelle pensionnaire : Ella, qui a brisé une vitre de la filature dans laquelle elle travaillait depuis l’enfance. Si elle espère d’abord être rapidement libérée, elle finit par s’habituer à la routine de l’institution. Hommes et femmes travaillent et vivent chacun de leur côté : les hommes cultivent la terre tandis que les femmes accomplissent leurs tâches à l’intérieur. Ils sont néanmoins réunis chaque vendredi dans une somptueuse salle de bal. Ella y retrouvera John, un « mélancolique irlandais ». Tous deux danseront, toujours plus fébriles et plus épris.
À la tête de l’orchestre, le docteur Fuller observe ses patients valser. Séduit par l’eugénisme et par le projet de loi sur le Contrôle des faibles d’esprit, Fuller a de grands projets pour guérir les malades. Projets qui pourraient avoir des conséquences désastreuses pour Ella et John.

Traduction de Elodie Leplat

Editions Gallimard – Août 2017 – 257 pages

Ciao