Le journal de la veuve de Mick Jackson

LE JOURNAL DE LA VEUVE IGUne femme, veuve depuis peu, s?enfuit de sa demeure londonienne pour s?installer dans le Norfolk. Loin des quelques proches dont elle ne supportait plus la fausse complaisance, elle trouve refuge dans une petite maison de pêcheurs, et réapprend à vivre seule. Son quotidien se partage entre la rédaction d?un journal auquel elle confie ses réflexions, les excursions qu?elle entreprend sur la côte et les moments passés au pub, sous le regard étonné et réprobateur des habitants du village. À mesure qu?elle reprend le contrôle de sa vie, elle se penche sur son mariage : idyllique en apparence, il se révèle en réalité porteur de lourds secrets

Ma lecture

C’est comme une douleur. Ou une espèce de vacuité. Je commence à entrevoir le pourquoi du port du noir, de la tenue de deuil. Le reste de l’humanité est ainsi averti de votre approche. Comme feraient une clochette ou un grand pavillon noir. Cela reproduit également à l’extérieur comment on se sent à l’intérieur. Malheureuse. Morne. Anéantie. Comme si la mort était sur vous. Ce qui est probablement le cas. (p82)

La narratrice dont on ignore jusqu’à son prénom a 63 ans et vient de perdre son mari, John. Elle fuit le domicile conjugal à Londres à bord de la Jag de son époux et se dirige vers le Norfolk Elle n’a emporté qu’un sac et va louer une petite maison sans confort dans laquelle elle va écrire son journal, le journal de son deuil. Mais elle n’a peut-être pas choisi cette destination par hasard et ce voyage va être pour elle l’occasion de mettre à plat son passé, son présent et envisager l’avenir.

Quand vous perdez la personne qui a partagé votre vie depuis de nombreuses années (plus de trente ans) il faut se reconstruire, se retrouver mais aussi  faire un bilan des années passées et pour se faire, Elle va fuir le domicile conjugal cossu de Londres et se réfugier dans une maison sans confort au bord des marais. Elle y tient son journal dans lequel elle note à la fois son quotidien, ses états d’âmes, ses souvenirs, ses rencontres, le tout avec un ton parfois assez sarcastique, humoristique, direct, se moquant d’elle-même et de ses addictions pour oublier (alcool). Au premier abord elle m’a semblé assez revêche, pas très sympathique et puis au fil des pages, j’ai trouvé ses remarques sur le couple, la solitude, le regard des autres sur son nouveau « célibat » très justes, fondées sur une réalité de la femme seule qu’elle soit veuve, divorcée ou célibataire.

Page après page, le voile se lève sur son couple mais les aveux semblent difficiles à écrire, ils apparaissent ici ou là  au début par de si jusqu’au moment où elle se lâche et alors là c’est une autre femme que l’on découvre (je ne vous dirai rien de ses révélations) qui va se lancer dans une aventure qui va révéler le pourquoi de la destination de son voyage et toutes les péripéties qui vont suivre.

J’ai aimé toute la partie concernant ses états d’âme de veuve et la forme du journal m’a paru tout à fait appropriée. A qui se confier quand vous n’avez que très peu d’ami(e)s, pas d’enfant….. Ecrire est un remède comme un autre et j’ai trouvé qu’à travers ses mots (et donc ceux de l’auteur), Elle se montre sans filtre, avec son franc-parler, sans pudeur, sur ses sentiments, sur certaines réalités du couple mais aussi sur une autre facette de sa personnalité.

La seconde partie concernant ses péripéties m’ont beaucoup moins intéressée, je les ai même peut trouvées superflues….. Cela tient presque du vaudeville mais montrent le côté fantasque du personnage mais à mon avis assez peu crédibles.

Une lecture que l’on peut recommander à toute personne se retrouvant seule pour quelque raison que ce soit, c’est un regard porté sur la vie à deux avec ses hauts et ses bas, grâce au ton ce n’est jamais pathétique ni triste j’ai trouvé que cela était assez bien vu en tenant compte du fait que l’auteur s’est glissé dans un personnage féminin.

C’est une loi de la physique, ou peut-être de la chimie, qui veut que si on combine deux éléments dont un a eu une journée affreusement merdique, c’est toujours la merde qui prend le dessus. (p159)

Traduction de Eric Chédaille 

Editions Christian Bourgeois – Février 2012 (1ère parution 2010 – 273 pages

Ciao

Là où chantent les écrevisses de Delia Owens

LA OU CHANTENT LES ECREVISSESPendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur « la Fille des marais » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n’est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent.
A l’âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé qui lui apprend à lire et à écrire, lui fait découvrir la science et la poésie, transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l’abandonne à son tour. La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie. Lorsque l’irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même…

Ma lecture

Je vais essayer de démêler un peu les différents fils de mon ressenti sur ce roman car je dois avouer que même si la lecture a été plaisante, j’ai malgré tout quelques réserves mais qui ne tiennent finalement peut-être qu’au fait que ce roman entre dans une catégorie où les ressorts et intrigues se ressemblent à la seule différence que celui-ci se déroule dans un environnement particulier, un marais de Caroline du Nord, où une enfant va grandir, pratiquement seule, et se forger un caractère grâce à la nature et la faune qui l’entourent.

Kya est une fillette observatrice, possédant un fort caractère et les événements vont la forcer à ne compter que sur elle dès l’âge de 6 ans suite au départ de sa mère, Ma. S’inspirant de ses connaissances en zoologie et biologie où Delia Owens fit carrière, elle imagine pour son héroïne analphabète une école permanente faite surtout d’observations d’oiseaux pour comprendre et s’adapter au monde et aux êtres humains dont elle ne possède pas tous les codes.

Ce qui transpire de cette « Fille des Marais » c’est sa solitude qu’elle va apprendre à aimer, comprenant peu à peu qu’elle y est plus à sa place que parmi les humains mais aussi son attente, ses espoirs de revoir ceux qu’elle aime ne comprenant que tardivement que leur fuite n’a pas forcément été un abandon.

Même si l’histoire est assez prévisible sur son déroulé et ses personnages, et bien qu’il s’agisse d’une fiction, j’ai trouvé certaines situations assez improbables en particulier les conditions de survie d’une si jeune enfant. Mais c’est une fiction, tout est possible. Tout l’intérêt réside dans le milieu où vit cette fillette.

Pour donner un peu de « sel » l’auteure alterne l’enfance de Kya et la découverte du corps  sans vie de Chase Andrews au pied d’une tour de guet, un garçon avec lequel elle a eu une histoire d’amour, les deux périodes se rejoignant dans une salle de tribunal. Pour moi, l’histoire de Kya se suffisant à elle-même, je n’ai pas trouvé l’ajout d’une intrigue « policière » forcément utile.

Il faut être adepte de ce genre de roman où dès les premiers chapitres vous avez presque tous les tenants et les aboutissants. L’intérêt du récit réside plus dans l’immersion dans la nature, au milieu des oiseaux principalement, que Kya côtoie, étudie, analyse et les paysages qui sont finalement les principaux acteurs. Delia Owens permet d’ailleurs à son héroïne à plusieurs reprises, de faire le parallèle entre les comportements animaliers et humains, permettant ainsi à celle-ci de trouver des réponses à ses questionnements et c’est ce que j’ai trouvé très intéressant.

Le langage du tribunal n’était évidemment pas aussi poétique que celui du marais. Pourtant, Kya leur trouvait quelques ressemblances de nature. Le juge, manifestement le mâle alpha, était assuré de sa position, par conséquent sa stature était imposante, mais il se comportait de façon détendue et sans aucune agressivité, comme un sanglier régnant sur son territoire. (p415)

L’auteure installe parfaitement le climat de cet état de Caroline du Nord : racisme, exclusion, différences des classes sociales que comporte le village, où la ségrégation règne, où chacun se connait, sait, voit mais avec distance et offre à son héroïne des alliés bienveillants avec le couple noir que forment Jumping et Mabel. La présence d’un duo de garçons attirés par sa beauté et sa différence, l’un doux et attentionné, l’autre plus vil finalise l’ensemble apportant la touche sentimentale, assez convenue à ce genre de récit.

Le titre fait référence à un conseil de Ma, la mère de Kya, qui l’encourageait à toujours aller plus loin dans le marais, là où vivent les animaux, les vrais à la différence des humains qui peuvent devenir, parfois, se transformer en bêtes.

Ça veut dire aussi loin que tu peux dans la nature, là où les animaux sont encore sauvages, où ils se comportent comme de vrais animaux. » (p151)

Delia Owens fait de Kya une jeune fille attachante, secrète, débrouillarde, à la fois forte et fragile, au caractère bien trempé mais qui peut fondre tant elle est dans la recherche de ce qui lui manque : l’amour, l’attention. Ne possédant pas les codes « humains », elle va se forger une existence basée sur son environnement, faisant parfois preuve de naïveté et parfois d’une grande maîtrise.

La mise en parallèle du comportement animal et des réactions humaines dans cette bourgade du sud des Etats-Unis, est particulièrement habile, instructive parfois.

Avant le jeu des plumes, la solitude était devenue une partie d’elle-même, un peu comme un bras supplémentaire. Maintenant, ses racines poussaient à l’intérieur et se pressaient contre sa poitrine. (p137)

J’ai trouvé la partie consacrée au tribunal assez longue, n’apportant que peu de faits nouveaux et j’ai eu le sentiment qu’elle n’ était là que pour faire durer le suspense quant à la résolution du meurtre qui est pour moi, comme je l’ai dit, qu’anecdotique.

Il y a une langueur qui transpire de l’écriture semblable à la moiteur sur la peau de Kya lors de ses périples sur les eaux de ses canaux qu’elle connait par cœur, elle en a fait son domaine où elle règne et dont elle se fait la gardienne. Delia Owens parsème le récit de poèmes d’Amanda Hamilton dans lesquels Kya trouve la force de résister et du réconfort, sa petite musique de fond et tient jusqu’à la dernière ligne le mystère qui entoure cette fille des marais.

C’est une lecture dépaysante, de pure détente, avec ce qu’il faut de rebondissements pour tenir le lecteur, pour qui veut s’immerger dans un monde inconnu et bénéficier de l’expérience et des connaissances de l’auteure dans les domaines de la zoologie et de la biologie sur lesquels elle a d’ailleurs publié plusieurs non-fictions et qu’elle rend accessibles grâce à son écriture. Elle possède tous les ingrédients d’une fiction, rien à lui reprocher sauf justement d’avoir peut-être trop reproduit les stéréotypes du genre mais j’ai suivi Kya avec plaisir, pour découvrir tous ses secrets et elle a déjà conquis de nombreux lecteurs.

Livre lu dans le cadre d’une Masse Critique Babelio que je remercie ainsi que les Editions Seuil

Traduction  de Marc Amfreville 

Editions Seuil – Janvier 2020 – 478 pages

Ciao

Je ne suis pas seul à être seul de Jean-Louis Fournier

JE NE SUIS PAS SEUL A ETRE SEULLe premier souvenir de solitude ? Un petit garçon coiffé en brosse qui réclame sa mère à l’accueil d’un grand magasin. Plus tard, c’est un enfant de 10 ans qui nage seul dans la mer du nord et qui lorsqu’il se retourne découvre la plage vide : personne ne l’a attendu. Puis c’est la première danse refusée, la première rupture, le premier deuil, mais c’est aussi tous ces moments choisis, voulus, espérés, goutés : seul avec un livre, avec une musique, seul à regarder les autres, seul en écrivant. Jean-Louis Fournier est toujours ce petit garçon, fils unique qui rêvait d’amitiés et d’une grande famille mais qui espérait aussi s’échapper, grandir, rester seul. Aujourd’hui dans un grand appartement, après la mort de sa femme, de ses amis, de son éditeur, ce désir des autres et ce besoin de solitude sont restés les mêmes et il passe de l’un à l’autre.

Ma lecture

Une lecture qui dès les premières « pensées » m’ont un peu gênées par le ton, par les sentiments qui transpiraient, n’ayant jamais lu cet auteur, je lui trouvais des accents Desprogiens  qui ont été confirmé dans ma lecture par l’évocation de l’humoriste et de leur travail en commun. Mon ressenti était juste…. N’étant pas réceptive à ce genre d’humour, je sentais que je m’engageais dans un style qui ne me correspondait pas.

Je préfère le silence de la solitude au vacarme de la multitude, la fraîcheur apaisante de la solitude à la chaleur étouffante de la multitude.(p57)

L’auteur est confronté à la solitude, solitude imposée, non choisie et nous fait part de ses pensées sur cette existence faite du vide laissé par les êtres chers et en particulier de sa femme, Sylvie, qui l’attend au Père Lachaise. C’est un court recueil teinté de mélancolie dans lequel Jean-Luc Fournier porte un regard sur lui-même et sur le monde qui l’entoure, regard sarcastique, critique sur ses contemporains et dans lequel il tente malgré tout de trouver encore un sens à son existence.

Il faut être amateur de ce style d’écriture qui mêle humour assez noir et dérision pour rendre les choses plus supportables, comme il l’avoue :

La solitude, c’est tendance et c’est lourd.

J’ai essayé de faire un livre léger. 

Avec plus d’accordéon que de violoncelle, quelques rires ajoutés et quelques facéties quand ça devient vraiment triste. (p133)

Pour ma part j’ai eu un peu de mal à l’apprécier car je vois la solitude comme un sentiment plus positif car voulue, le choix d’être une sorte d’ermite, de savourer le silence, de vivre loin du déchaînement du monde moderne.

L’auteur se révèle comme une sorte de misanthrope, jugeant le monde qui l’entoure comme responsable de son état mais ne se remettant pas en question sur son attitude. Ainsi va le monde, ainsi va les aiguilles du temps, les cheveux blanc arrivent et l’horloge tourne, vite, bien trop vie. Seule, Claire, jeune étudiante bénévole déléguée par la Mairie auprès des personnes isolées, trouve grâce à ses yeux, peut-être parce qu’elle passe outre ses remarques, peut-être qu’elle-même comble sa solitude en venant en aide aux autres esseulés.

Oui dans notre monde hyper connecté la solitude s’installe, les gens ne se parlent plus comme ces couples qu’il observe au restaurant et qui n’ont plus rien à se dire, ces familles disloquées, comme ces humains qui étalent leur vie sur les réseaux sociaux mais ne s’inquiètent pas de leurs voisins, nous vivons dans un monde d’ultra moderne solitude comme le chantait Alain Souchon.

J’ai choisi cette lecture pour le thème : la solitude, un thème qui m’intéressait et que je ne trouve pas pour ma part forcément négatif. Je l’ai lu jusqu’au bout car Jean Louis Fournier a malgré tout un regard pertinent sur le monde qui l’entoure à la manière de Philippe Delerm lu très récemment mais sur un ton plus sombre, il n’hésite pas à se montrer sous son plus mauvais jour, celui d’un octogénaire bougon, râleur, égoïste. Il est apparemment coutumier de ce style, c’est donc plus moi qui ne suis pas réceptive à ce langage mais reconnaissons lui le courage de se montrer sous un mauvais jour….

Je vous invite à découvrir le billet de Usva qui apprécie cet auteur depuis longtemps et qui m’a encouragée à le découvrir dans un de ces précédents romans. C’est noté !

A conseiller aux amateurs de ce style, aux inconditionnels de Pierre Desproges qui y retrouveront cet humour parfois glacial et qui moi m’a laissé un peu de glace….

Merci aux Eitions JC Lattès et NetGalley pour cette lecture

Editions JC Lattès – Octobre 2019 – 141 pages

Ciao

Tenir jusqu’à l’aube de Carole Fives

TENIR JUSQU'A L'AUBE

Une jeune mère célibataire s’occupe de son fils de deux ans. Du matin au soir, sans crèche, sans famille à proximité, sans budget pour une baby-sitter, ils vivent une relation fusionnelle. Pour échapper à l’étouffement, la mère s’autorise à fuguer certaines nuits. À quelques mètres de l’appartement d’abord, puis toujours un peu plus loin, toujours un peu plus tard, à la poursuite d’un semblant de légèreté.
Comme la chèvre de Monsieur Seguin, elle tire sur la corde, mais pour combien de temps encore ?

Ma lecture

J’ai pris du temps pour rédiger mon billet sur cette lecture et même en ayant attendu, je suis un peu mal à l’aise pour l’écrire…..

J’ai eu le plaisir de rencontrer Carole Fives lors de la Fête des Livres en Septembre à Saint Philbert de Grand Lieu et j’avais été très intéressée par les raisons pour lesquelles elle avait écrit ce roman, son dynamisme, son investissement dans le sujet.

Je suis revenue avec le livre à la si jolie couverture, avec en prime une dédicace et je l’ai gardé sous le coude jusqu’à maintenant. Je ressors de ma lecture un peu déçue mais Carole Fives n’en n’est pas totalement responsable.

En utilisant le conte de la Chèvre de Monsieur Seguin d’Alphonse Daudet, Carole Fives alterne moments de désespoir et fable morale, univers enfantin et montée en puissance du dénouement dramatique qui s’annonce.

Les situations sont parfaitement réalistes, piochées dans l’observation de la réalité du quotidien des mères (dans le cas présent), isolées, déchirées entre maternité et vie personnelle, problèmes financiers et isolement. Les passages d’échanges entre mères sur les forums, les réflexions de son entourage, du manque de prise en compte de ses difficultés par ses interlocuteurs sont bien rendus, mais j’ai trouvé, pour ma part, cette femme dans une phase de dépression, peut-être d’usure et par moment j’ai eu envie de la secouer (mais cela vient peut-être de mon tempérament…..).

Il s’agit d’un court roman, une sorte de journal du quotidien de cette jeune femme sans nom, sans visage comme le montre la couverture, car elle pourrait être n’importe laquelle, qui en a plein le dos de porter seule toutes les  responsabilités de son foyer…. C’est également une sorte de mise en évidence, et cela Carole Fives en parlait très bien lors de la rencontre, au risque d’ailleurs de choquer l’assistance, d’un silence qui règne autour des pères qui « abandonnent » leurs enfants pour débuter une autre vie sans se préoccuper du devenir de leurs enfants déjà là, des pensions non versées et du jugement que l’on porte sur des femmes qui à un moment « craquent » parce qu’elles n’y arrivent plus.

Cela ressemble presque plus à un essai/romancé sur la condition des mères isolées avec les difficultés qu’elles rencontrent, les absurdités de certaines situations, le manque d’écoute et d’aide.

Le problème que j’ai rencontré, et je le dis très honnêtement, c’est que ce roman a été très largement commenté lors de sa sortie, la trame m’était connue car même pendant sa présentation on expliquait le crescendo des sorties, un peu plus longues à chaque fois, un peu plus loin jusqu’à ce que……

Pendant ma lecture, j’avais le sentiment de lire un roman que j’avais déjà lu, dont je connaissais la construction, le fond et une fois terminé j’ai eu un sentiment étrange : je ne ressentais rien alors qu’il s’agit d’un sujet de société et je n’avais pas grand chose à en dire car, pour moi, pas une découverte et rien de plus que je n’avais entendu ou lu.

Je pense que toute mère (ou parent) peut se retrouver dans les pages de ce récit : au-delà de la solitude et de l’isolement de cette héroïne, la difficulté de gérer le quotidien, le manque de relations avec l’extérieur, l’isolement que confèrent parfois la parentalité, l’exigence (oui oui) des enfants (mais cela tient peut-être à la situation), les difficultés financières et professionnelles liées à cet état, une femme (un homme) en couple peut d’ailleurs également s’y retrouver.

Carole Fives observe notre société et plus particulièrement les femmes et elle pointe sa plume sur leur position, leur place dans la société, leur envie de s’épanouir en dehors de leur rôle de mère qui leur colle à la peau (dans le cas contraire elle passe pour des femmes indignes et sont jugées) alors qu’aucune étiquette ne colle sur ceux qui abandonnent.

J’attendais beaucoup de cette lecture et le fait d’avoir lu, entendu et écouté sur ce livre fait que celle-ci ne m’a rien apporté de plus. Le fond ‘m’était connu, la forme également, reste l’écriture qui est, comme dans le précédent, efficace, concise, directe. La narration à la troisième personne fait que j’ai gardé une distance, un regard extérieur, comme un reportage sur un épisode de vie.

Malgré tout un récit qui peut intéresser un large public mais qui touchera je pense particulièrement toutes les femmes qui se reconnaîtront dans ce portrait, qui vivent cet état.

Mon avis : 📕📕📕

Editions l’Arbalète Gallimard – Septembre 2018 – 177 pages

Ciao