Là où chantent les écrevisses de Delia Owens

LA OU CHANTENT LES ECREVISSESPendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur « la Fille des marais » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n’est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent.
A l’âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé qui lui apprend à lire et à écrire, lui fait découvrir la science et la poésie, transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l’abandonne à son tour. La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie. Lorsque l’irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même…

Ma lecture

Je vais essayer de démêler un peu les différents fils de mon ressenti sur ce roman car je dois avouer que même si la lecture a été plaisante, j’ai malgré tout quelques réserves mais qui ne tiennent finalement peut-être qu’au fait que ce roman entre dans une catégorie où les ressorts et intrigues se ressemblent à la seule différence que celui-ci se déroule dans un environnement particulier, un marais de Caroline du Nord, où une enfant va grandir, pratiquement seule, et se forger un caractère grâce à la nature et la faune qui l’entourent.

Kya est une fillette observatrice, possédant un fort caractère et les événements vont la forcer à ne compter que sur elle dès l’âge de 6 ans suite au départ de sa mère, Ma. S’inspirant de ses connaissances en zoologie et biologie où Delia Owens fit carrière, elle imagine pour son héroïne analphabète une école permanente faite surtout d’observations d’oiseaux pour comprendre et s’adapter au monde et aux êtres humains dont elle ne possède pas tous les codes.

Ce qui transpire de cette « Fille des Marais » c’est sa solitude qu’elle va apprendre à aimer, comprenant peu à peu qu’elle y est plus à sa place que parmi les humains mais aussi son attente, ses espoirs de revoir ceux qu’elle aime ne comprenant que tardivement que leur fuite n’a pas forcément été un abandon.

Même si l’histoire est assez prévisible sur son déroulé et ses personnages, et bien qu’il s’agisse d’une fiction, j’ai trouvé certaines situations assez improbables en particulier les conditions de survie d’une si jeune enfant. Mais c’est une fiction, tout est possible. Tout l’intérêt réside dans le milieu où vit cette fillette.

Pour donner un peu de « sel » l’auteure alterne l’enfance de Kya et la découverte du corps  sans vie de Chase Andrews au pied d’une tour de guet, un garçon avec lequel elle a eu une histoire d’amour, les deux périodes se rejoignant dans une salle de tribunal. Pour moi, l’histoire de Kya se suffisant à elle-même, je n’ai pas trouvé l’ajout d’une intrigue « policière » forcément utile.

Il faut être adepte de ce genre de roman où dès les premiers chapitres vous avez presque tous les tenants et les aboutissants. L’intérêt du récit réside plus dans l’immersion dans la nature, au milieu des oiseaux principalement, que Kya côtoie, étudie, analyse et les paysages qui sont finalement les principaux acteurs. Delia Owens permet d’ailleurs à son héroïne à plusieurs reprises, de faire le parallèle entre les comportements animaliers et humains, permettant ainsi à celle-ci de trouver des réponses à ses questionnements et c’est ce que j’ai trouvé très intéressant.

Le langage du tribunal n’était évidemment pas aussi poétique que celui du marais. Pourtant, Kya leur trouvait quelques ressemblances de nature. Le juge, manifestement le mâle alpha, était assuré de sa position, par conséquent sa stature était imposante, mais il se comportait de façon détendue et sans aucune agressivité, comme un sanglier régnant sur son territoire. (p415)

L’auteure installe parfaitement le climat de cet état de Caroline du Nord : racisme, exclusion, différences des classes sociales que comporte le village, où la ségrégation règne, où chacun se connait, sait, voit mais avec distance et offre à son héroïne des alliés bienveillants avec le couple noir que forment Jumping et Mabel. La présence d’un duo de garçons attirés par sa beauté et sa différence, l’un doux et attentionné, l’autre plus vil finalise l’ensemble apportant la touche sentimentale, assez convenue à ce genre de récit.

Le titre fait référence à un conseil de Ma, la mère de Kya, qui l’encourageait à toujours aller plus loin dans le marais, là où vivent les animaux, les vrais à la différence des humains qui peuvent devenir, parfois, se transformer en bêtes.

Ça veut dire aussi loin que tu peux dans la nature, là où les animaux sont encore sauvages, où ils se comportent comme de vrais animaux. » (p151)

Delia Owens fait de Kya une jeune fille attachante, secrète, débrouillarde, à la fois forte et fragile, au caractère bien trempé mais qui peut fondre tant elle est dans la recherche de ce qui lui manque : l’amour, l’attention. Ne possédant pas les codes « humains », elle va se forger une existence basée sur son environnement, faisant parfois preuve de naïveté et parfois d’une grande maîtrise.

La mise en parallèle du comportement animal et des réactions humaines dans cette bourgade du sud des Etats-Unis, est particulièrement habile, instructive parfois.

Avant le jeu des plumes, la solitude était devenue une partie d’elle-même, un peu comme un bras supplémentaire. Maintenant, ses racines poussaient à l’intérieur et se pressaient contre sa poitrine. (p137)

J’ai trouvé la partie consacrée au tribunal assez longue, n’apportant que peu de faits nouveaux et j’ai eu le sentiment qu’elle n’ était là que pour faire durer le suspense quant à la résolution du meurtre qui est pour moi, comme je l’ai dit, qu’anecdotique.

Il y a une langueur qui transpire de l’écriture semblable à la moiteur sur la peau de Kya lors de ses périples sur les eaux de ses canaux qu’elle connait par cœur, elle en a fait son domaine où elle règne et dont elle se fait la gardienne. Delia Owens parsème le récit de poèmes d’Amanda Hamilton dans lesquels Kya trouve la force de résister et du réconfort, sa petite musique de fond et tient jusqu’à la dernière ligne le mystère qui entoure cette fille des marais.

C’est une lecture dépaysante, de pure détente, avec ce qu’il faut de rebondissements pour tenir le lecteur, pour qui veut s’immerger dans un monde inconnu et bénéficier de l’expérience et des connaissances de l’auteure dans les domaines de la zoologie et de la biologie sur lesquels elle a d’ailleurs publié plusieurs non-fictions et qu’elle rend accessibles grâce à son écriture. Elle possède tous les ingrédients d’une fiction, rien à lui reprocher sauf justement d’avoir peut-être trop reproduit les stéréotypes du genre mais j’ai suivi Kya avec plaisir, pour découvrir tous ses secrets et elle a déjà conquis de nombreux lecteurs.

Livre lu dans le cadre d’une Masse Critique Babelio que je remercie ainsi que les Editions Seuil

Traduction  de Marc Amfreville 

Editions Seuil – Janvier 2020 – 478 pages

Ciao

13 réflexions sur “Là où chantent les écrevisses de Delia Owens

  1. Je me posais pas mal de questions sur ce roman. Tu y réponds en partie. Je pense pouvoir apprécier cet environnement géographique bien marqué, la proximité de la nature et ce personnage de petite fille. Ensuite, je crains le côté « pure détente » et les intrigues superflues qui cherchent à attirer les lecteurs

    Aimé par 1 personne

    • Le côté nature, environnement est intéressant et comme je le dis c’est plus les ressorts habituels (meurtre, les deux personnages masculins amoureux de la jeune fille : le bon et le méchant) qui m’ont gênée. C’est un pur roman pour passer un bon moment mais pas forcément le genre que je préfère mais de temps en temps pourquoi pas 🙂

      J'aime

    • Après ce n’est que mon ressenti et j’ai vu qu’il plaisait beaucoup…. Ce qui m’a gêné ce sont les ressorts utilisés alors qu’un récit uniquement sur la vie de cette « sauvageonne » sans y ajouter romance et intrigue policière m’aurait sûrement beaucoup plus accrochée. 🙂

      Aimé par 1 personne

Les commentaires sont fermés.