Le poids de la neige de Christian Guay-Poliquin

LE POIDS DE LA NEIGE

Résumé

Dans une véranda cousue de courants d’air, en retrait d’un village sans électricité, s’organise la vie de Matthias et d’un homme accidenté qui lui a été confié juste avant l’hiver. Telle a été l’entente : le vieil homme assurera la rémission du plus jeune en échange de bois de chauffage, de vivres et, surtout, d’une place dans le convoi qui partira pour la ville au printemps.
Les centimètres de neige s’accumulent et chaque journée apporte son lot de défis. Près du poêle à bois, les deux individus tissent laborieusement leur complicité au gré des conversations et des visites de Joseph, Jonas, Jean, Jude, José et de la belle Maria. Les rumeurs du village pénètrent dans les méandres du décor, l’hiver pèse, la tension est palpable. Tiendront-ils le coup ?

Ma lecture

Comme souvent avec cette maison d’éditions, la couverture est souvent très représentative de ce que l’on va trouver ensuite avec les mots…. Et ce n’est pas toujours le cas !

Quel beau roman et pourtant un huis clos entre deux hommes, un sujet qui peut se révéler ennuyeux : le narrateur, gravement blessé sur la route qui le mène au village de son enfance après un accident de voiture qui l’oblige à l’immobilité et Matthias, homme plus âgé, qui s’est lui aussi retrouvé coincé dans cette nature hostile, tous les deux contraints à se réfugier, ensemble, sous une véranda dont le toit se couvre de neige suite à une panne d’électricité générale qui dure et qui contraint l’ensemble de la population et eux deux à vivre en retournant à l’essentiel : manger, avoir chaud, survivre en un mot.

Le climat et la nature sont omniprésents : chaque chapitre fait état de la hauteur de neige extérieure et comme le climat du livre : elle progresse, elle monte en poids psychologique puis elle fond avec l’arrivée de la fin de l’hiver. La relation entre les deux hommes passent par différents stades de l’indifférence, du mutisme au dialogue, ils forment un couple contraint à une vie à deux qu’ils n’ont pas choisie.

La co-habitation entre les deux hommes est très bien rendue : elle passe par des moments de tension extrême mais également par des accalmies entre un homme d’expérience, de bon sens, rude parfois mais révélant un coeur tendre quand il évoque sa femme avec qui il est marié depuis 57 ans, ayant des réflexes de survie essentiels pour la guérison de l’autre, plus jeune, observateur, en recherche ses racines, de son devenir.

La force de cette narration tient à la façon de traiter le sujet : on entre à pas feutrés dans l’histoire, découvrant peu à peu les raisons de leurs présences, leurs passés, les caractères se dessinent, leur environnement prend forme (je me suis très bien représenté leur refuge, la nature environnante) tout cela d’une écriture nette, concise, puissante. Tout est dit, sans développement inutile laissant le lecteur se représenter le décor, les acteurs et les tensions qui s’installent.

C’est cette subtilité que j’aime dans les romans quand l’auteur nous laisse faire le chemin près de lui, sentir la progression du récit venir à nous et se rendre compte que nous intégrons, et dans ce cas précis, le refuge, nous sentons le froid, le poids de la neige, la nature feutrée enveloppée dans la gangue de l’hiver, les tensions entre les personnages, j’ai très bien imaginé les regards échangés, les rapprochements etc.

La solitude et l’isolement des deux naufragés est ponctuée par le passage d’autres habitants, personnages secondaires, mais sources d’informations sur l’extérieur, de soins ou de comportements.

La construction du récit est originale : tout n’est pas révélé :  pourquoi une panne si longue mais ce n’est pas primordial ni indispensable pour la lecture : elle n’est que le prétexte de la révélation des personnalités  : certains se révéleront égoïstes et lâches, d’autres prendront une décision capitale pour la suite de leurs vies.

Voilà une très jolie découverte, couronnée par un prix (mérité) pour une oeuvre originale, qui aurait pu être ennuyeuse de par le sujet, majoritairement un huis clos entre deux hommes, mais qui se révèle être passionnante, bien écrite, une ode à la nature, la plus forte, toujours, et qui est surtout une étude de caractères et de comportement parfaitement réussie.

Je remercie les Editions de l’Observatoire pour ce très beau récit.

Mon avis : ❤❤❤❤/❤ COUP DE COEUR

Editions de l’Observatoire – 250 pages – Janvier 2018 – Prix France Quebec

Ciao

2 réflexions sur “Le poids de la neige de Christian Guay-Poliquin

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.