Les Ardents de Nadine Ribault

LES ARDENTS

Fin du XIème siècle, dans la région des Flandres maritimes, une femme à la poigne de fer, règne sur le château de Gisphild. Isentraud est son nom : elle n’hésite pas à employer tous les moyens, torture et mise à mort comprises, pour que son domaine garde sa splendeur. Mais ce qu’elle veut surtout c’est régner en maîtresse absolue de son domaine…..

 

Au squelette d’autrui, Isentraud, dame de Gisphild, être sans pitié, aiguisait ses canines. Au cœur faible, elle opposait le mur de son mépris. A l’esprit retors, elle réservait la torture puis une cellule sombre jusqu’à ce que mort s’ensuive. Au fauteur de troubles, elle désignait la place publique où le spectacle d’une pendaison ou d’une roue rappelait l’intérêt et suscitait le goût de la soumission.(p9)

Même son fils Arbogast plie sous ses injonctions : il est contraint d’enfermer et d’affamer sa jeune femme, Goda, pour répondre aux attentes de sa mère qui se veut être seule femme influente dans le royaume. Autour d’eux gravitent Sire Bruni, l’ami d’Arbogast, vaillant chevalier qui va s’éprendre d’Abrielle, une jeune femme savante en plantes et connaissances de la nature. Mais Goda est bonne et va s’attirer, par ses bontés, la sympathie du peuple et cela Isentraud ne peut le supporter.

Confrontation entre le pouvoir de la bonté et celui de la peur, Isentraud n’aura de cesse d’éliminer sa rivale, celle-ci ayant trouvé en Abrielle une amie et alliée. Chacun aura des choix à faire,  mais la révolte gronde car plane également dans le pays un autre mal, celui des Ardents, rongeant âmes et corps, emportant les plus faibles.

Ceux qui avaient attrapé cette maladie, un beau matin, sombraient dans la mélancolie et l’accablement. Ils voyaient la première tache sur un membre qui s’étendait, noirâtre, brûlante et puante. Ils cessaient de sentir le bout de leurs doigts et entendaient des voix. La gangrène s’installait. Ils sentaient la chaleur les cuire et l’étisie s’annonçant, leur peau commençait à partir. (p92)

A la manière d’une légende moyenâgeuse, Nadine Ribault nous conte une histoire d’amour, d’amitié, de pouvoir et de guerre où les êtres comme les corps s’enflamment, se détruisent et se mêlent à la nature omniprésente tout au long du récit.

(…) tu négliges aussi qu’être au pouvoir, c’est veiller à un si subtil équilibre qu’un grain de poussière suffit à le rompre. Il n’est pas facile de régner. Il faut surveiller, espionner, douter de tous et tuer et tuer encore. Voir mourir satisfait mon œil le plus souvent, mais il arrive , parfois, que devoir tuer soit fatigant. Or, on ne peut régner sans tuer. Ta révolte n’entraînera pas ce que tu crois, certainement pas la fin de qui tu crois, mais d’autres, plus proches, indispensables (p188)

Avec une écriture très poétique, riche en détails, l’auteure évoque et mêle ce qui ronge un pays et les âmes humaines. Les phrases sont parfois longues, énumérant un à un les éléments qui peuplent les alentours, c’est parfois déroutant, parfois sidérant de poésie :

Au loin, le long corps de la mer brillait d’un flot de soleil couchant, métallique, aveuglant et devant de soleil qui penchait de fatigue, des barques effleuraient l’eau de leurs coques ventrues. Une jonchée d’oiseaux s’envolait. Vague par vague, au jusant, la mer s’épluchait et les euphorbes que cueillait parfois la jeune fille dans les dunes, fleurissaient.(p190)

mais elles « collent » parfaitement au récit m’évoquant parfois les chansons de gestes colportées de village en village par les troubadours.

C’est une histoire d’hommes mais aussi et surtout des femmes, de leurs pouvoirs et leurs sacrifices, leur force mais aussi leur douleur :

Bienheureuse en effet, celle qui a eu faim, soif, celle que l’on a fait souffrir, bienheureuse, oui, celle qui a crevé et caché son tourment, ses larmes, sa douleur pour éviter à autrui certains désagréments.(…)Car, si vous voulez le savoir, notre jeune dame ne devrait pas être pleurée comme vous le faites, mécréants ! Vous devriez danser au pied de sa couche. Car, au lieu de se protéger, elle a œuvré à disparaître. (p151)

Il faut se laisser porter par le flux de l’histoire de temps lointains mais facilement transposable tant elle évoque les tragédies qu’ont suscité les luttes de pouvoir, quand l’amour est impossible face à l’honneur, l’obéissance et au respect des convictions, avec ici et là des scènes qui m’ont fait pensé à une sorte de comedia del arte avec le personnage de Inis, sorte de bouffon des bois.

Il m’a fallu un peu de temps pour accepter l’univers, le rythme des mots, peu habituée à ce style d’écriture et de récit mais j’y ai pris plaisir. Je n’ai eu ensuite aucun mal à m’immerger dans ce terrible pays où vous êtes face à des menaces de toutes sortes  mais où la nature et les éléments jouent un rôle important.

Définition du Mal des Ardents : « Le Feu-Saint-Antoine, le Feu Sacré ou le Mal des Ardents , noms divers donnés à des épidémies dûes à l’ingestion, le plus souvent en temps de disette, de farines contaminées par l’ergot du seigle. … C’est un toxique responsable au cours des temps de nombreuses épidémies.

Résumé

A la fin du XIème siècle, dans les Flandres maritimes, Isentraud tient d’une main de fer le château de Gisphild et ses sujets. Poussé par cette dernière, son fils Arbogast ne voue plus, en raison de ses origines étrangères, que haine à sa jeune épouse Goda et la condamne à l’isolement. Insidieusement, le mal des Ardents, que rien ne semble pouvoir ralentir, envahit la région. D’une légende médiévale, Nadine Ribault fait un rêve enfiévré où la description de chaque sensation, chaque lieu, chaque sentiment invite à retrouver son écriture ciselée. Le lecteur plonge dans l’ardeur de l’histoire amoureuse qui, mêlée à celle des guerres, sur fond de siècle lointaine, a tout à voir avec notre époque.

Editions Le mot et le reste – Septembre 2019 – 212 pages

Ciao

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