Ecoute la ville tomber de Kate Tempest

ECOUTE LA VILLE TOMBERQuatrième de couverture

Becky, Harry, Leon. Ils quittent Londres en pleine nuit, une valise d’argent pour seule ressource, avec la furieuse envie d’échapper  tout et de se réinventer. Comment en sont-ils arrivés là ? Que cherchent-ils à fuir ?

Kate Tempest attrape le lecteur à chaque phrase en évoquant ces enfants du désordre, abîmés par la solitude et les déceptions avant même d’avoir trente ans, mais qui s’obstinent à poursuive leurs rêves. Vendre de la drogue, danser, s’étourdir, ne sont que des manières d’essayer de vive, intensément, éperdument.

Ma lecture

Chacun cherche cette étincelle qui donnera du sens à sa vie. Cette miette de perfection fuyante qui fera peut-être battre leur cœur plus fort. (p138)

Cette phrase résume la quête de chacun des personnages de ce roman, la quête d’une génération en manque de repères, de stabilité. Ecoute la ville tomber et ses enfants se chercher…..

Dès sa sortie j’ai entendu parler de ce roman et il a retenu mon attention…. Par son titre, s’agit-il d’un roman de science-fiction, d’un récit apocalyptique ou d’un conte mythologique ? C’est presque cela mais c’est aussi :

Roman noir car on comprend dès les premières lignes qu’il y a urgence, danger, fuite. L’auteure  prend le parti de raconter le présent de ces jeunes tout en intercalant, au fur et à mesure du récit, le passé, l’enfance de chacun de ses personnages. Petit à petit les pièces se mettent en place, elle tisse les fils de son histoire pour en faire un roman générationnel, familial et géographique.

Roman générationnel : l’auteure aborde les grands thèmes d’une génération qui doit faire face au manque de travail même quand vous possédez des diplômes, l’obligation d’avoir plusieurs jobs pour s’en sortir, l’usage des drogues parce qu’il faut tenir, un jour, un mois, un peu plus ou pour oublier.

Roman géographique d’un lieu, d’une ville : Londres, ville de tous les possibles on le sait mais aussi rapide sera l’ascension aussi rude peut être la chute, une ville qui vit, qui bruisse de mille sons, de lieux où de jeunes adultes se cherchent une identité, une raison de continuer, d’aller plus loin, plus vite, plus fort. Ils frôlent souvent le danger, le côtoie en évoluant dans des univers troubles, dealeuse de drogue pour l’une, pour une autre de « massages » rémunérés afin de pouvoir continuer sa passion : la danse. Ce qu’ils veulent c’est être libres, ne dépendre de personne, ils ont la rage revancharde et veulent s’en sortir. Alors, ils imposent leurs règles, se jouent des apparences, de leurs identités, même s’il ne s’agit que de sauver la face car derrière ces masques il y a les blessures de l’enfance jamais guéries, comme une revanche à prendre.

Revanche à prendre, oui car roman sur la famille : ils ont entre 20 et 30 ans et la vie jusqu’à ce jour n’a pas toujours été tendre. Ils ont tous un passé familial négatif : issus de familles désunies, inexistantes, ou qui n’acceptent pas ce qu’ils sont. Ils ne doivent compter que sur eux-mêmes pour se construire, l’image des parents est assez désastreuse pour chacun d’eux.

Roman sur la quête d’identité : chacun leurre le monde, a son ambiguïté,  se cherche un avenir, ils ne veulent  plus être sur le bord de la route mais être maîtres de leurs vies, pour assouvir sa passion et ses rêves, refuser ce qu’on attend d’eux, vivre et s’enrichir vite,  même si la fragilité est à fleur de peau.

Et pour ces êtres en devenir l’amour est peut-être une planche de salut, une raison d’espérer mais il faudrait abdiquer, rentrer dans le rang et cela ils n’en sont pas toujours capables ou ne le désirent pas. Ce sont des écorchés, ils se sont forgés des carapaces, pour eux no limit,  tout est possible, envisageable mais les seules choses qu’ils n’ont pas imaginés ce sont les sentiments. L’amitié, l’amour, la jalousie.

C’est un tissage habile, où peu à peu chacun prend sa place, c’est assez ingénieux mais je dois avouer parfois mettre un peu perdu dans les retours en arrière, les différentes familles, que la fin m’a un peu déçue, un peu rocambolesque et finalement assez convenue alors que je m’attendais à quelque chose sortant de l’ordinaire, presque plus flamboyant…. Une écriture vive, moderne, sans complaisance mais agréable à lire. J’avais un peu peur, vu le thème, de découvrir une écriture « trash » et finalement c’est efficace et cela colle parfaitement au fond.

Un premier roman en tout cas riche de promesses d’une romancière-rappeuse-poétesse, qui parle d’une génération qu’elle connaît car elle a l’âge de ses personnages et peut témoigner. Ma note oscille entre le 📕📕📕 et le 📕📕📕📕 sans arriver à me décider.

Traduction de Madeleine Nasalik

Editions Rivages – Décembre 2017 – 425 pages (1ère parution 2016 (Kate Calvert)

Ciao

 

Publicité

4 réflexions sur “Ecoute la ville tomber de Kate Tempest

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.