Chez soi de Mona Chollet

Le foyer, un lieu de repli frileux où l’on s’avachit devant la télévision en pyjama informe ? Sans doute. Mais aussi, dans une époque dure et désorientée, une base arrière où l’on peut se protéger, refaire ses forces, se souvenir de ses désirs. Dans l’ardeur que l’on met à se blottir chez soi ou à rêver de l’habitation idéale s’exprime ce qu’il nous reste de vitalité, de foi en l’avenir.
Ce livre voudrait dire la sagesse des casaniers, injustement dénigrés. Mais il explore aussi la façon dont ce monde que l’on croyait fuir revient par la fenêtre. Difficultés à trouver un logement abordable, ou à profiter de son chez-soi dans l’état de  » famine temporelle  » qui nous caractérise. Ramifications passionnantes de la simple question  » Qui fait le ménage ? « , persistance du modèle du bonheur familial, alors même que l’on rencontre des modes de vie bien plus inventifs… Autant de préoccupations à la fois intimes et collectives, passées ici en revue comme on range et nettoie un intérieur empoussiéré : pour tenter d’y voir plus clair, et de se sentir mieux.

Ma lecture

Dès que j’ai eu connaissance de cet essai je savais que je le lirai car je suis une casanière, j’aime être chez moi, dans mon nid et dès que je le quitte je me sens un peu orpheline, en manque et n’ai qu’une envie le retrouver surtout depuis que je vis dans une maison dans le bocage entourée de nature et où le silence n’est rompu que par le chant des oiseaux. J’en avais rêvée, je l’avais construite dans mon imaginaire et même si elle n’a pas tous les critères espérés, je me sens chez moi.

Difficile de résumer un essai mais j’ai trouvé que Mona Chollet abordait le thème du foyer de façon très complète, avec ses différentes ramifications, évoquant tout ce qui est lié au « Chez soi » que ce soit en tant que choix de vie (en solitaire ou pas), espace, lieu de vie (ville ou campagne), isolement ou pas, confort, fonctionnement (répartition des tâches ménagères et du couple, chambre commune ou pas), façon d’y vivre avec en autre l’apport des nouvelles technologies type internet, mais aussi l’architecture etc…. Elle y inclut quelques évocations sur sa propre façon de vivre, ses propres choix et déculpabilise les lecteurs des leurs car chacun cherche à trouver son lieu idéal, en accord avec sa vie, ses loisirs et ses aspirations personnelles. 

Je m’y suis retrouvée, je m’y suis sentie chez moi, j’ai souri parfois dans les descriptions ou cas évoqués , elle me rassurait également sur la validité de mes choix (même si je n’avais pas besoin de cela pour savoir que j’avais fait, pour moi, les bons choix) mais qui me font parfois me poser des questions surtout à travers le regard des autres. Il est truffé de références littéraires (en particulier H.D.Thoreau avec Walden mais également Virginia Woolf avec son essai Une chambre à soi (ou un lieu à soi suivant la traduction) cette dernière évoquant si bien l’importance du lieu de vie, mais aussi d’études et enquêtes scientifiques pour appuyer ses propos. Elle évoque également les nouveaux modes d’habitation (en particulier les tiny houses dont c’était le début : première édition en 2016) mais sans les changements, bien sûr, qu’a opéré dans nos comportements la récente crise sanitaire, confortant ou pas les choix de certains. En féministe affirmée qu’elle est, elle ne peut éviter de défendre la place de la femme au sein du foyer, son rôle primordial et toujours majoritaire au bon fonctionnement de celui-ci.

C’est une lecture passionnante et instructive pour qui s’intéresse à son lieu de vie, à son évolution avec des pistes sur les nouveaux comportements plus écologiques, plus communautaires ou intergénérationnels mais également source de réflexions sur ce que représente notre rapport à notre maison, à notre nid, à notre refuge et sur ce que cela révèle parfois de nous. Cela se lit grâce au ton presque comme un roman celui de la recherche, parfois ardue, de concilier lieu, prix, espace surtout quand le marché de l’immobilier s’enflamme, rend la quête impossible ou oblige à se contenter de ce qui entre dans les possibilités mais aussi comme l’histoire de nos quotidiens, de nos vies.

Je le recommande bien sûr à ceux qui aiment leur « chez soi » ou qui rêvent de le trouver, qu’ils en rêvent ou en ont le projet, celui qui correspondra exactement à leurs aspirations, à leur façon de vivre, n’ayant pas besoin d’être grand, ni beau mais seulement être le « nid » confortable auquel ils aspirent.

J’ai beaucoup aimé.

Editions La découverte poche – Juin 2020 (1ère édition 2016)- 356 pages

Ciao 📚

11 réflexions sur “Chez soi de Mona Chollet

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