Le Grand Art de Léa Simone Allegria

LE GRAND ART IGPaul Vivienne a tout vendu. Le commissaire-priseur a dispersé des palais entiers, des bols en argent, des vieux machins que l’on fait briller depuis des siècles. Le testament du Roi-Soleil et des machines à coudre. Des momies d’Égypte avant que l’on interdise le commerce des macchabées.

Aujourd’hui, la partie lui échappe. Il ne maîtrise ni les réseaux sociaux, ni les enchères en ligne. Terminé le théâtre ; plus d’histoires à raconter. Paul Vivienne rejoint ses ombres. Jusqu’à ce qu’il découvre un mystérieux retable au fin fond d’une chapelle toscane. Vivienne, le désabusé, a une épiphanie : il tient son dernier coup. Son ultime chef-d’œuvre. Un tableau d’église, vraiment ? À l’heure où l’on s’arrache les Koons et les Basquiat ?
Pour s’offrir une dernière gloire, ou peut-être pour séduire la redoutable experte à son côté, il lui faut à tout prix identifier ce maître inconnu de la Renaissance. Alors que l’obsession dévore Vivienne, le tableau prend son indépendance.

Ma lecture

Poussons la porte du monde de l’Art, celles des prestigieuses salles des ventes aux enchères où pour quelques milliers voire millions d’euros les œuvres de ceux qui parfois sont restés inconnus ou ont acquis une célébrité fulgurante attendent le coup de marteau du commissaire priseur pour changer de mains.

C’est tout l’art du Grand Art et ce roman se lit à la fois comme une enquête, passionnante, aux multiples rebondissements mais aussi comme un catalogue du monde pictural, de ses techniques, expertises ainsi qu’une plongée habile dans l’histoire des débuts de la Renaissance italienne en parcourant Florence.

Prenez un commissaire-priseur sur le déclin, abandonné par sa femme, qui ne rêve que d’une dernière vente exceptionnelle pour quitter la scène avec les honneurs, possédant tous les codes parisiens. Prenez la succession d’un homme italien louche avec la découverte fortuite d’un retable de la fin du XIIIème siècle au fond d’une chapelle. Prenez une experte en peinture qui veut asseoir sa réputation malgré sa jeunesse et son sexe sans compter sur tout le petit monde des Salles des Ventes où tous les coups sont permis pour faire briller son nom et empocher de belles commissions et vous obtenez un roman haletant et  instructif.

Léa Simone Allegria dose parfaitement ses ingrédients : juste ce qu’il faut de rose avec une petite touche d’attirance amoureuse, de noir avec les arcanes des rivalités professionnelles entre experts, spécialistes, restaurateur, des touches de flou comme la période que traverse son personnage principal, Paul Vivienne, un peu de rouge comme la fougue d’une veuve italienne qui ne s’abandonne pas dans les larmes, et vous obtenez un récit que vous ne lâchez pas.

Je me suis plongée dedans et me suis passionnée pour ce retable de la Vierge au rouge-gorge, j’ai appris sur les techniques picturales, les méthodes d’expertises,  les indices à rechercher dans les tableaux, découvert les coulisses et astuces utilisées pour faire monter les enchères.

Cela démarre comme une découverte, se poursuit une enquête, des aller-retour entre Paris et Florence, le tout dans une écriture vive, claire, accessible aux néophytes de l’Art, pour en comprendre toutes les subtilités, les techniques. Cela se poursuit, en milieu de lecture, par un temps de séchage, enfin je devrais dire de pause, où l’on a le sentiment d’avoir manqué certains détails, certaines explications, le temps de reprendre un peu son souffle avant de se lancer dans une dernière partie où tout s’éclaire, comme quand vous retirez les couches de poussière sur un tableau ancien, que les spots se dirigent sur lui et qu’il se révèle sous son vrai jour.

C’est fort astucieux d’utiliser un récit à multiples rebondissements pour aborder un univers assez, malgré tout, confidentiel et en faire un roman éclairant sur l’Art d’hier et d’aujourd’hui, très documenté et de lever le voile sur les enjeux des grandes salles des ventes.  Léa Simone Allegria réussit parfaitement à brosser les portraits, ils prennent vie devant nous, les attitudes et caractères sont restitués avec précision et elle agit avec finesse pour maintenir l’attention jusqu’à la dernière page.

Une vraie réussite que je conseille à toute personne cherchant une lecture à la fois divertissante, instructive, bien écrite et construite, avec ce qu’il faut d’efficacité et de maîtrise pour tenir le lecteur en haleine jusqu’au bout, où il devient le spectateur d’une mise en scène picturale des plus réussies.

Merci à Lecteurs.com et aux Editions Flammarion

Lecture faite dans le cadre du Cercle Livresque Lecteurs.com suite au Prix Orange du livre

Editions Flammarion – Mars 2020 – 351 pages

Ciao

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