Otages de Nina Bouraoui

OTAGES« Je m’appelle Sylvie Meyer. J’ai 53 ans. Je suis mère de deux enfants. Je suis séparée de mon mari depuis un an. Je travaille à la Cagex, une entreprise de caoutchouc. Je dirige la section des ajustements. Je n’ai aucun antécédent judiciaire. »
Sylvie est une femme banale, modeste, ponctuelle, solide, bonne camarade, une femme simple, sur qui on peut compter. Lorsque son mari l’a quittée, elle n’a rien dit, elle n’a pas pleuré, elle a essayé de faire comme si tout allait bien, d’élever ses fils, d’occuper sa place dans ce lit devenu trop grand pour elle.
Lorsque son patron lui a demandé de faire des heures supplémentaires, de surveiller les autres salariés, elle n’a pas protesté : elle a agi comme les autres l’espéraient. Jusqu’à ce matin de novembre où cette violence du monde, des autres, sa solitude, l’injustice se sont imposées à elle. En une nuit, elle détruit tout. Ce qu’elle fait est condamnable, passable de poursuite, d’un emprisonnement mais le temps de cette révolte Sylvie se sent vivante. Elle renaît.

Ma lecture

Dès que j’ai eu connaissance du thème de ce roman j’ai voulu le lire car j’avais le sentiment qu’il parlait de situations que nous avons toutes (nous femmes mais peut-être aussi des hommes) plus ou moins connues. Travail, couple, existence etc…. tout ce que nous pouvons taire et qui a tout moment peut exploser.

Otages : otage d’une vie professionnelle où elle croyait s’épanouir, se sentir valorisée jusqu’au jour où la situation dans laquelle elle se trouve  devient insupportable, otage d’une vie familiale sans heurt qui a volé en éclat, otage d’une vie où elle n’a pas le sentiment d’avoir eu à faire des choix, une vie qu’elle a subie plus qu’elle ne l’a vécue. Le jour où Victor Andrieu, son employeur lui confie une mission pour laquelle sa conscience se réveille. De l’obéissance elle va passer à la révolte et cette prise de conscience va être l’occasion de mettre à jour les blessures et violences de sa vie.

Ce récit est l’histoire d’un parcours féminin, d’une vie ordinaire, dont on écrirait normalement pas un roman mais qui est très juste dans la restitution faite par l’auteure des situations et souvenirs de son héroïne : enfant, adolescente, épouse et employée. En apparence une vie sans aspérités et puis soudain le vernis craque et enfin elle avoue, elle assume, elle se délivre, elle est.

J’ai trouvé le ton très juste, très vrai, sans réelle violence physique car la violence ici est plus dissimulée, plus morale et a débuté il y a bien longtemps car à y réfléchir elle est le fruit d’une accumulation de petits indices, de petits faits qui ont construit la femme qu’elle est devenue mais qui ont également abîmé l’image qu’elle a d’elle, de l’amour, de l’existence et son acte de rébellion est salvateur. D’ailleurs certains maux ne viennent pas facilement, ils sont effleurés, suggérés avant d’être enfin exposés.

Une femme ordinaire, une vie ordinaire mais une écriture qui vous entraîne, douce, délicate et précise, ciselée pour aller à l’essentiel, à l’image de cette femme que rien ne prédestinait à la rébellion, au vrai, au vécu, à l’urgence, au rythme des pensées, en suivant leur cheminement. Nina Bouraoui s’attache à démontrer finalement la force cachée de Sylvie soumise depuis tant d’années, c’est la confession d’une femme à l’aube d’une nouvelle vie au prix d’un acte qu’elle assume, qu’elle revendique presque, une confession salvatrice.

J’ai beaucoup aimé.

Editions JC Lattès – Janvier 2020 – 152 pages

Ciao

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