Le rêve de Machiavel de Christophe Bataille

LE REVE DE MACHIAVEL IGQuelques semaines avant sa mort, à Florence, Machiavel est surpris par la peste. La ville est comme son tombeau. Derrière les palissades, on vit dans la peur, on abandonne ses enfants, on vole du pain gris, on se lave au vinaigre. En quelques heures, l’humanité s’effondre. Sur les bords du fleuve, un prophète réclame des bûchers. Une sorcière tombe en transe. Etrange enfer que cette ville somptueuse, encerclée par les soldats, où se multiplient les meurtres et les viols… Tel est le piège dans lequel se trouve pris le grand penseur politique, l’homme parfaitement civilisé, le voyageur, l’intriguant, l’écrivain. Mis à nu par la maladie, seul, Machiavel garde les yeux ouverts. Sans trop savoir pourquoi, il sauve du bûcher une jeune femme malade…. « Et voici ce que je raconte, après dix années de doute et d’esquisses : le dernier amour de Machiavel. Comment le penseur tombe amoureux au milieu des corps et des mauvais rêves. Le prince qu’il n’est pas décide de soigner cette femme, il la lave, la dévêt, lui parle, l’embrasse, s’allonge contre elle, contre elle et contre tout, jusqu’au dernier instant…. Je prends Machiavel à son histoire. J’en fais un homme. Pour Machiavel, il a fallu ce long chemin. Il a fallu les voyages, l’exil, il a fallu les livres, les traités, les grandes découvertes, les femmes, la bizarre course du temps pour qu’il ne reste rien : rien du grand esprit, rien de la gloire. Car la peste renverse tout. » Christophe Bataille nous donne un magnifique roman sur la maladie et le néant, qui sonne comme un avertissement : le mal ne se dit pas, et ses formes sont légion. Mais c’est aussi un roman d’amour, car c’est un geste d’amour qui renverse Machiavel et le monde.

Ma lecture 

J’ai choisi ce livre un peu au hasard ou plus exactement sur la présence dans le titre de Machiavel, cet homme qui donna son nom à toute idée de manipulation, de perfidie voire de torture et dont le visage sur le buste découvert dans un musée à Florence, reflétait, je trouve, ses turpitudes.

1527 – Machiavel est au soir de sa vie et a fui Florence pour échapper à la peste. Il arrive dans une ville de Toscane dont on ne connaît pas le nom mais où l’épidémie fait des ravages. Il va déambuler pendant plusieurs jours, faire des rencontres (mais surtout voir des cadavres) et être amené à se pencher sur ce qu’il représente pour les autres (son visage étant reconnaissable) mais aussi va se découvrir bon samaritain en sauvant la vie à une jeune fille accusée de sorcellerie et assister une autre dans ses derniers instants.

Quel esprit torturé ce Machiavel. L’auteur en fait le principal narrateur mais par quelques interventions, Christophe Bataille explique également sa démarche :

Je prends Machiavel à ses mots. Je le prends au temps et à sa légende. J’en fais un homme. Je me sens libre comme Racine écrivant l’Enéide. Voilà en peu de mots tout le sujet de cette tragédie : j’écris un roman sur la peur, la maladie, les rêves, le néant, un roman sur la pauvre science et la glorieuse astrologie ; ou bien, après tout est-ce un roman sur la nuit, sur la marche, sur les poules noires et ce diable de vinaigre. (p141)

Face à la peste, Machiavel comprend que malgré sa réputation, sa richesse (il a sur lui des diamants) il se retrouve démuni, impuissant, faible et même en danger car certains veulent se venger des conseils qu’il a suggérés aux puissants (en tirant un bénéfice bien sûr de ceux-ci), basculant dans le camp des faibles, des craintifs, de ceux qu’ils terrifiaient autrefois. Ici celle qui gouverne est désormais la Peste. Elle abolit fortune et pouvoir. Alors il erre avec le vinaigre comme seul bouclier et va vivre chaque moment comme le dernier.

Je ne sais pas si c’est le fait d’un énième récit sur une épidémie ces derniers temps (ce roman date de 2008) mais j’ai eu beaucoup de difficultés à aller au bout de ce roman, ayant même eu envie à plusieurs reprises de l’abandonner sans trop savoir d’ailleurs pourquoi. Le fond m’intéressait, l’histoire aussi mais il y avait quelque chose dans la narration qui me gênait.

Pour moi, cela tourne un peu en rond, Machiavel par ci, Machiavel par là (répétition du nom x fois alors que le « je » aurait peut-être allégé la narration), vinaigre à profusion et j’ai trouvé le temps long, parfois figé et n’ai pas du tout compati au sort de cet homme. Rencontres féminines, débauche avec de très jeunes filles, idées malsaines etc…. sont prétextes parfois à des scènes scabreuses.

En fin de récit, l’auteur justifie sa démarche, en expliquant qu’il a voulu démontrer que toute personne à une part d’humanité lorsqu’elle se trouve confronter au désastre, à des scènes de mort, d’horreur et d’impuissance ou sentant sa mort prochaine. Machiavel vit un cauchemar et rêve et là est également le problème car on se perd parfois, souvent, ne sachant plus dans quel univers on se situe : rêve ou réalité. L’écriture est sèche (peut-être comme l’était le personnage) faite souvent de courtes phrases et sans émotion. Intéressant mais déroutant.

Une lecture machiavélique finalement !….

Editions Grasset – Août 2008 – 218 pages

Ciao