Apprendre à parler avec les plantes de Marta Orriols

APPRENDRE A PARLER AVEC LES PLANTES IGÀ 42 ans, Paula Cid mène une vie ordinaire à Barcelone. Passionnée par son travail en néonatalogie et immergée dans la routine de la vie de couple, elle ne voit pas la catastrophe arriver : après quinze ans de vie commune, son compagnon la quitte pour une autre. Et quand il meurt dans un accident de vélo quelques heures plus tard, sa vie bascule.

Meurtrie, elle ne sait plus ce qu’elle est en droit de ressentir. À la douleur de la perte viennent s’ajouter la rancoeur, le sentiment d’abandon et la jalousie. Est-ce trahir la mémoire du défunt que d’entamer une nouvelle relation ou prend-elle sa revanche sur celui qui l’a trompée ?

Une année durant, elle observe les mouvements de son âme bouleversée, avec lucidité et auto-dérision, entre crises de larmes et fous rires inattendus. Et peu à peu la peine se mue en tendresse, tandis que les plantes de la terrasse redeviennent aussi luxuriantes que la vie qu’elle se promet d’avoir.

Ma lecture

Les déblais de la vie, on les dissimule où on peut. (p157)

Oui quand la perte d’un amour arrive, on fait comme on peut avec ses souvenirs, avec ses sentiments, avec ses ressentis et Paula Cid, 42 ans, subit une double perte. Son compagnon Mauro, éditeur, lui annonce qu’il la quitte et perd la vie quelques heures plus tard dans un accident. Ce roman s’inscrit dans le registre du deuil, de la perte mais aussi de la trahison.

Paula, médecin dans un service de néonatalogie dans un hôpital à Barcelone où elle tente de sauver des grands prématurés, se bat chaque jour pour des petits êtres, fragiles, sans défense, pesant parfois moins d’un kilo, s’attache parfois à certains et vit avec eux une relation forte ayant refusée elle-même d’être mère, souhait que Mauro aurait voulu concrétiser comme le mariage auquel elle s’est toujours refusée. Le combat elle connaît, elle l’affronte mais avec ce drame personnel elle se retrouve sans armes.

Etre abandonnée par celui qu’on aime, dont on a jamais douté est une épreuve mais en plus le perdre définitivement laisse en suspens des questions qui resteront sans réponses. C’est le chemin que Paula va emprunter pour trouver un sens à sa nouvelle vie, sans lui, avec la découverte d’une présence à laquelle elle ne s’attendait pas qui va remettre en questions ses certitudes.

J’ai trouvé l’écriture de ce roman agréable, fine et les ressentis très bien analysés et restitués. La confrontation entre la mort de l’être aimé et la profession de maintenir en vie des êtres fragiles, de leur donner une chance donne un parallèle émouvant. Paula puise dans son travail les forces qui lui manquent dans son quotidien pour tenir. Mort et Vie sont en continuelle opposition.

Une jolie écriture, très féminine, très fine, précise pour parler d’un double drame (voire plus) avec ce qu’il engendre de colère, d’incompréhension, de culpabilité également dans les choix de vie et de remises en questions.

J’ai trouvé la première moitié très intéressante mais j’ai eu un passage à vide ensuite, comme l’héroïne d’ailleurs, qui cherche sa propre voie, sa résurrection, à l’image des plantes de sa terrasse qui dépérissent sans la présence de celui qui les aimait.

J’ai trouvé finalement que le roman n’a pas tenu ses promesses sur la durée. Il devient au fil des pages une histoire de deuil, de reconstruction, certes bien relatée à l’image de bien des histoires déjà lues, mais j’ai trouvé qu’il ne se démarquait pas, qu’il devenait même semblable à ceux déjà lus.

Apparemment « un best-seller catalan qui a bouleversé l’Espagne » mais qui pour moi était agréable, certes, avec une belle qualité d’écriture, d’analyse des sentiments mais qui rejoint tout un éventail de romans écrits sur le sujet et qui plaira aux amateurs du genre sans aucun doute. Je sais, je sais….. Je suis dure aux sentiments ou alors je lis trop mais il me faut plus désormais pour m’émouvoir et me bouleverser.

Je me dis qu’elle et moi venons d’un lieu reculé où nous sommes restées trop longtemps, le temps nécessaire pour que les rires et la joie des autres deviennent une forme d’insulte, le temps nécessaire pour comprendre qu’il y a quelque chose de triste et de vaguement méprisable lorsque l’amour s’éteint, mais que rien n’est comparable à la déroute dévastatrice de la mort.(…) C’est elle qui commande à la vie et non pas l’inverse. (p226-227)

Merci à Babelio Masse critique privilégiée et aux Editions du Seuil pour cette lecture

Traduction de Eric Reyes Roher

Editions du Seuil – Octobre 2020 – 252 pages

Ciao

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