Un funambule sur le sable de Gilles Marchand

UN FUNAMBULE SUR LE SABLE

Livre lu dans le cadre de la Masse Critique Rentrée Littéraire 2017 Babelio et en Lecture commune avec Enna Lit Enna Vit que vous pouvez retrouver ICI

Vrai coup de coeur  pour ce roman que j’ai reçu des Editions Aux Forges de Vulcain…… que je remercie vivement, car j’aurai tellement regretté de passer à côté d’un tel récit. Tellement original, poétique, frais et plein d’humour et de fantaisie  même sur des sujets difficiles tel que le handicap, la différence.

Oui Stadi est différent, mais celle-ci lui permet, malgré tout, de rêver, d’imaginer et de vivre à son rythme, au rythme de la musique de son violon, son complice qui joue des morceaux de musique, reflet de ses états d’âme et aussi parmi les oiseaux dont il comprend le langage. Un moyen de s’évader, de partager ses réflexions et qui mieux que les oiseaux peut le comprendre….. ils ont la même petite musique dans leurs têtes. Mais ces particularités le marginalisent, l’isolent du reste de la Société.

Et comme notre monde n’aime pas la différence Stradi est exclu et n’a qu’un seul ami : Max….. Lui ce n’est pas un violon qu’il a dans la tête mais une multitude de musique et surtout une jambe qui a du mal à suivre. Alors qui se ressemble s’assemble et qui mieux qu’une autre différence pour se confier et se comprendre.

Stradi supporte avec courage les traitements très douloureux, les remarques et les mises à l’écart car sa force c’est aussi sa famille : son père inventeur, observateur de la vie, de la science, sa mère, professeur de littérature et son frère aîné, sans défaut et protecteur. Stradi n’est pas triste bien au contraire, il constate mais il a, lui et sa famille, un humour qui lui permet de surmonter toutes les épreuves.

Il vit des aventures folles mais même celles-ci, si elles paraissent improbables, ne choquent pas car elles font partie de l’univers du récit et du personnage qui reste optimiste, toujours et contre tous. Il est confronté à des humains « normaux » mais aussi à des personnages étranges, tel le plombier qui vient régulièrement frappé à sa porte. Mais toutes ces aventures et pensées sont aussi ancrées dans la vie

Parmi les hommes de cinquante ans qui recherchaient un peu de compagnie, je fus surpris par la constance de l’élégance. Je n’avais jamais remarqué à quel point cette qualité était importante sitôt le cap de la cinquantaine franchi. Certains précisaient par ailleurs qu’ils étaient doux. Etaient-ils si doux qu’ils l’affirmaient ? Et quelqu’un d’élégant précise-t-il qu’il l’est ? Est-ce que préciser que l’on est élégant n’est pas en soi une preuve de son inélégance ? Et pourquoi exactement cherchaient-ils des femmes de quarante ans ? Je craignais qu’il y ait derrière tout cela une volonté quelque peu malhonnête. (p 247)

On sourit, on est ému mais on réfléchit aussi car tout cela a un sens, à mon avis, sur notre comportement, sur nos attitudes…. Et Stradi nous pousse aussi à réfléchir sur nous-mêmes et sur la vie :

Les meilleures culpabilités sont celles que l’on garde pour soi, les autres ne sont des demandes de pardon (p316)

mais aussi sur le handicap :

Appeler à l’aide n’avait jamais été mon fort. Appeler à l’aide était une défaite. Pour moi, pour Max. N’importe qui pouvait demander du secours, pouvait avoir besoin d’une  béquille. Mais nous concernant, l’appel à l’aide nous envoyait à la figure notre infériorité. Un « j’y arrive pas » devenait lourd de sens. Comme un aveu définitif, comme si on admettait enfin que nous n’étions pas adaptés à cette société, à cette vie. (p322)

sur les blessures de chaque jour :

Des coups d’épée…. mais pas des coups d’épingles… C’était précisément ce que nous ressentions. Nous n’étions jamais réellement attaqués. Jamais frontalement. Jamais réellement attaqués. Jamais frontalement. Jamais réellement avec méchanceté. Mais nous luttions contre les petites déconvenues, contre ces coups d’épingles qui nous égratignaient sans cesse.

sur les rêves d’enfants :

Et nous n’osions pas leur dire que nous aussi nous aspirions à devenir des super héros. Et je comprends aujourd’hui que les vrais héros ne sont pas ceux qui ont des super pouvoirs, mais ceux qui en sont dénués et qui continuent à avancer (p352)

ainsi que sur notre société, la solitude :

Le téléphone ne sonnait pas et patientait avec moi, sans trop savoir ce qu’il avait à faire? Je voyais bien qu’il aurait aimé sonner, les téléphones qui ne sonnent pas se sentent inutiles. Je le tenais de la dame du premier qui dépoussiérait régulièrement le sien et le prenait avec elle pour dormir depuis qu’elle avait perçu ses premiers signes de dépressions. (p323)

Il y a tout un monde poétique qui entoure les acteurs de ce récit : une bouteille remplie des dernières paroles d’un grand-père, un lépreux qui demande une pièce mais qui refuse les morceaux du coeur en lambeaux, une société qui gère les idées, un directeur qui souhaite que son personnel sorte à reculons afin de voir s’il ne partait pas avec une idée derrière la tête etc…. et puis il y a la belle histoire d’amour que Stradi va vivre. Il y a un peu du Boris Vian chez cet auteur…..

Oui, j’ai beaucoup, beaucoup aimé et c’est pour cela que j’aime lire, pour faire ce genre de découverte, d’un auteur, d’une écriture, d’une histoire qui ne ressemble à rien d’autre.  Si vous êtes un peu rétif au rêve, à l’imaginaire et aux émotions, passez votre chemin et allez chercher un autre roman, mais dans le cas contraire attendez-vous à partir pour une symphonie d’émotions.

Merci Monsieur Gilles Marchand pour ces heures de lecture passées dans votre univers et qui permettent aussi d’aborder un sujet grave sur un ton léger mais profond…..

COUP DE COEURMa note : ♥♥♥♥

Ciao

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6 réflexions sur “Un funambule sur le sable de Gilles Marchand

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