La maison des Hollandais de Ann Patchett

LA MAISON DES HOLLANDAIS IGDanny Conroy grandit dans une somptueuse demeure en banlieue de Philadelphie. Malgré un père distant et une mère partie sans laisser d’adresse, il peut compter sur l’affection des sa sœur adorée, Maeve, l’intelligence et la drôlerie incarnées. Unis par un amour indéfectible, ils vivent sous l’œil attentif des « Hollandais », les premiers propriétaires de la maison, figés dans les cadres de leurs portraits à l’huile.
Jusqu’au jour où leur père leur présente Andrea, une femme plus intéressée par le faste de la bâtisse que par l’homme qui la possède. Ils ne le savent pas encore, mais pour Maeve et Danny c’est le début de la fin. Et une fois adultes, ils n’auront de cesse de revenir devant la maison des Hollandais se heurter aux vitres d’un passé douloureux.

Ma lecture

Comme dans Orange amère, Ann Patchett fait de la famille son terrain d’investigation mais elle axe ici son récit autour d’une maison, celle des Hollandais, une maison cossue que le père, Cyril Conroy, a acquis pour sa famille composée de Elna, sa femme et Maeve et Danny, ses deux enfants, faisant de celle-ci le symbole de sa réussite.

Quelques années plus tard, Elna ayant disparu du jour au lendemain sans jamais donner de nouvelles, Andrea fait son entrée dans le lieu avec ses deux filles et en deviendra la maîtresse absolue.

Danny, le narrateur, revient sur son enfance dans cette grande maison, impressionnante et chargée de son passé, enfance complice avec sa sœur de sept ans son aînée mais également avec Sandy et Jocelyn, les employées attentives et dévouées de la maison et la relation à la fois admirative et silencieuse avec son père, promoteur immobilier avec lequel il fait la « tournée des loyers » chaque samedi jusqu’à l’arrivée d’Andrea qui va dévoiler ses aspirations.

De la même manière que dans Orange amère, Ann Patchett construit brique après brique son récit fait d’allers-retours entre passé et présent, semant petit à petit les indices et événements qui vont finir par révéler l’histoire d’une famille où les silences demeurent et dont la maison se fait l’écho. Elle s’attache particulièrement à la relation presque exclusive entre Maeve et son frère faite à la fois du rôle tenu par l’aînée après le départ de la mère puis d’un profond lien d’affection et de complicité à la fois entre eux mais également avec leur passé symbolisé par la maison dont ils n’arrivent pas à se détacher.

On avait fétichisé notre malheur, on en était tombés amoureux. (p238)

Roman d’amour familial à différents niveaux mais également roman d’apprentissage dans lequel Danny verra son avenir orchestré comme une vengeance mais réussira à assouvir malgré tout son rêve, où la complicité d’un frère et d’une sœur transpire dans chaque page, où la présence d’une femme et l’absence d’une autre pèseront sur le devenir de chacun.

Ann Patchett, grâce à la fois à la construction du récit mais également à une écriture vivante, s’attache à évoquer et décortiquer les sentiments de chacun de ses personnages à leur hauteur, laissant les plus silencieux dans leurs réserves et ne les dévoilant que peu à peu à travers les propos de leurs proches et de ce qu’ils ont eux-mêmes, le moment venu, à révéler. Tout réside de la manière dont elle esquisse ses personnages, leur donnant peu à peu toute leur profondeur, leur consistance et elle fait de la Maison des Hollandais le centre de chacune des vies que ce soit dans les bons ou mauvais moments, devenant à la fois lieu de convoitise, lieu d’amertume et de cristallisation des sentiments.

J’ai aimé m’installer dans les lieux, me demandant au début où tout cela allait me mener, découvrir les portraits finement ciselés par la plume de l’auteure, me rendant compte au fur et à mesure que l’ensemble de la toile prenait forme sous mes yeux, chacun des éléments s’installant pour, au fil des pages et du temps, dresser une chronique familiale où les vides se comblent et les teintes vives se patinent et s’adoucissent.

J’ai beaucoup aimé.

Lu dans le cadre du Comité de lecture des bibliothèques.

Traduction de Hélène Frappat

Editions Actes Sud – Janvier 2021 – 352 pages

Ciao 📚

16 réflexions sur “La maison des Hollandais de Ann Patchett

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.